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Dire NON à Berlusconi, c’est dire NON au « nouveau fascisme » en Europe

Ma haine viscérale du néolibéralisme et ma lutte acharnée contre ceux qui, comme Michel Rocard, veulent nous faire croire que le capitalisme a gagné et qu’il faut s’y résigner, m’a poussé à écrire un article sur le libéral Romano Prodi.

Des italiens m’ont répondu. Ils m’ont expliqué qu’ils partagent mes espoirs de voir la gauche antilibérale triompher mais pour l’instant leur principal souci est avant tout de se débarrasser de Berlusconi, ce dangereux démagogue populiste qui a dégradé le système politique italien « Cette analyse est tout à fait pertinente, et certes, Prodi est très loin de la gauche que j’aime, mais je vis en Italie, à Bologne, depuis 7 ans et je vous assure que la berluscomania pèse très lourdement sur les épaules des italiens. Mes amis de gauche ont peur, nous avons peur, les derniers dérapages de berlusca font froid dans le dos, on n’a même plus envie d’en rire. Alors Prodi sauveur de l’Italie ? Peu y croient mais la reconduction au pouvoir de la coalition de droite pourrait conduire le pays vers le pire. C’est un triste constat et c’est pourquoi je souhaite, malgré tout, la victoire de Prodi » m’a écrit l’un d’eux.

M. Berlusconi est le Président du Conseil dont le mandat est le plus long de toute l’histoire de la République. Il est aussi le seul dirigeant en occident qui détient le pouvoir politique, médiatique et économique « le système italien présente une anomalie qui réside dans la réunion d’un pouvoir économique, politique et médiatique entre les mains d’un seul homme » a affirmé un rapport du parlement européen.

Il Cavaliere, comme on le surnomme, met son pouvoir politique au service de ses propres entreprises. Il vote des lois pour échapper à la justice ou pour renforcer ses sociétés. Ainsi, la loi Gaspari de 2004 a renforcé la société Mediaset dont M. Berlusconi est l’actionnaire majoritaire. Parti de rien, Berlusconi a réussi à étendre son empire financier, à contrôler des pans entiers de l’économie du pays et à devenir l’un des empereurs des médias en Europe. Sa fortune a considérablement augmenté depuis son entrée en politique en 1993. La valeur de son patrimoine familial a été multipliée par trois, passant de 3,1 à 9,6 milliards d’euros. La valeur boursière de sa filiale télévisuelle Mediaset a doublé depuis 1996 et les dividendes du groupe Fininvest, propriété des Berlusconi, ont atteint près de 700 millions d’euros en 2004 et qui ont même doublé en 2005.

Sur le plan économique, même le président de l’organisation patronale qui avait soutenu le leader de la droite en 2001 affirme que la situation est « catastrophique » et qu’il faut « reconstruire l’Italie ».

En effet, la dette publique de l’Italie est la troisième des plus élevées de la planète ; elle est à 106% du PIB en 2003 et 109 % en 2006 soit 1500 milliards d’euros.

Le déficit public a dépassé 3,5% du PIB en 2005 et pourrait atteindre 4% en 2006. Les sommes soustraites au fisc sont estimées à 200milliars d’euros en 2004 soit 46 euros dissimulés pour 100 déclarés. Le taux de croissance est très faible allant de 0,3 % en 2002-2003, à 1,2% en 2004 puis à 0,4% en 2005.

La victoire de Berlusconi sera une catastrophe non seulement pour l’Italie mais pour toute l’Europe. Cet allié des néofascistes est « un danger pour la démocratie » et une « menace pour l’Etat de droit » a affirmé un quotidien britannique. Il incarne un « nouveau fascisme » qui risque de s’étendre demain à d’autres pays d’Europe, a précisé l’écrivain italien Darío Fo.

De plus, la victoire de Il Cavaliere portera un coup fatal à la gauche italienne. Dans un article publié dans le monde diplomatique, Andrea Colombo, journaliste au quotidien II Manifesto, explique que la défaite du centre-gauche serait beaucoup plus douloureuse qu’en 2001 car à cette époque Rifondazione Comunista ne faisait pas partie de l’alliance. Cette fois-ci l’Union rassemble vraiment tous les partis qui s’opposent à Berlusconi et si le centre-gauche perd, la gauche subirait un traumatisme profond dont elle aura du mal à s’en remettre.

M. Andrea Colombo explique que Rifondation Comunista est le parti le plus fidèle à l’alliance ; il évite de prendre toute initiative qui lui ferait porter le chapeau de l’échec de l’Union comme ce fut le cas en 1998 lorsqu’il a quitté la coalition et qu’il a provoqué par son départ la chute du gouvernement Prodi de l’époque. Aujourd’hui la victoire de l’Union est une question de vie ou de mort pour Rifondation Comunista car une défaite de la coalition risque de le conduire à long terme à la ghettoïsation voire à la disparition explique M. Andrea Colombo.

Même si l’Union est hétérogène et présente des difficultés à surmonter ses divisions et à lever ses ambiguïtés, elle a un dénominateur commun qui est la volonté de battre M. Berlusconi.

Alors croisons les doigts et souhaitons une grande défaite à Berlusconi

Notes

Le monde diplomatique : - 1 -, - 2 -, - 3 -


 
 
 
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