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" Theorie Gallelli ou des braves gens du sud "

Entretien avec Franco Gallelli, écrivain napolitano-calabrais, activiste civil, politique et religieux ; ancien révolutionnaire il nous livre les étapes cruciales de sa vie politique, intellectuelle, sociale et religieuse en s’appuyant sur les faits les plus marquants du terrorisme noir et rouge qui ravagea l’Italie dans les années 70/ 85 . L’auteur a trouvé une voie dans l’action sociale auprès des plus démunis en Calabre et mène un combat civil et politique contre le crime organisé, la misère, l’exclusion, les conditions de la pauvreté à Catanzaro, ville de Calabre, entouré de jeunes volontaires associatifs. Texte initialement diffusé sur linked222, une traduction de Nathalie Bouyssès, 23/05/2006

Interview de Franco Gallelli

Q 1. Franco, merci d’accepter cet entretien... Tu as adhéré durant ta jeunesse étudiante et politique à un groupe dissident extra-parlementaire ainsi qu’aux jeunesses du Parti Communiste Italien. C’était une époque où les groupes politiques d’extrême gauche et les groupes armés allaient offrir, à leur insu, toute légitimité au système institutionnel, à l’Etat bourgeois et à la
répression policière quasi militaire... Une légitimité qui conduira finalement la Démocratie Chrétienne au pouvoir d’Etat, c’est-à-dire à une situation politique de l’Italie d’avant 1968.
Peux-tu nous parler de cette période, de la souffrance sociale, de ta vie politique et intellectuelle ?

R 1. Oui, mon impression était que le passage à la clandestinité et au choix terroriste de certains groupes extraparlementaires mènerait le gouvernement tout entier vers son déclin. Beaucoup d’entre nous avaient compris que l’expérience révolutionnaire ne pouvait se concrétiser ici, en Europe, par une insurrection du peuple et une chute violente du pouvoir d’État. N’étaient pas réunies les conditions qui avaient incité, en Russie ou en Chine, le peuple à s’insurger. Les batailles pour l’amélioration des conditions de vie devaient être menées dans le cadre de règles démocratiques, par le biais d’élections libres ou d’autres instruments, comme les comités de quartier, la lutte organisée des chômeurs, l’offensive syndicale... qui devaient inciter les masses à mettre le pouvoir de la DC d’alors en déroute. Ma vie politique retint une incapacité du mouvement extraparlementaire à maintenir un rapport avec chacun et à mobiliser ouvriers et étudiants. Même notre façon de parler était éloignée du langage commun. Je me sentais, par conséquent, comme enfermé dans une cage, sans espoirs ni alternatives. Le coup fatal me fut porté en 77, à Bologne, lors d’une réunion contre la répression où je vis des camarades s’échanger des coups entre eux. La réunion s’acheva au milieu des insultes réciproques et je suis rentré chez moi dégoûté et abattu. Mais sur cette « mort politique » a cependant fleuri une personnalité nouvelle. Je remis en question l’enthousiasme facile, les choix dictés par la mode ou adoptés sous le coup d’émotions et commençai à « penser ». Oui, à penser. C’est à dire, à ne rien tenir pour acquis et à ne rien accepter qui ne soit intimement compris ; disons que ce fut une rencontre décisive avec la déesse Raison. Voilà pourquoi une révolution d’inspiration pro-chinoise me sembla pure utopie et, pour continuer à faire de la politique, je me mis à fréquenter la section PCI Giorgio Quadro, de Naples. Les camarades « révisionnistes » étaient très attentifs aux analyses du Comité Central et aux rapports d’Enrico Berlinguer, qui jouissait, à l’époque, d’un immense charisme. Mais, dans les sections du parti, la plupart jouaient aux cartes, tandis que de rares intellectuels lisaient Rinascità, la revue culturelle du parti. Ce fut alors que je me plongeai dans une multitude de livres. Mon grand maître fut Bertrand Russell et son Histoire de la philosophie occidentale. Je dévorais jours et nuits les travaux des philosophes qu’il citait. Puis, je cherchai à apaiser mon crépuscule intérieur avec des poètes maudits de la Beat generation : Corso, Ferlinghetti, Ginsberg..., mais sans succès. On aurait dit que mon esprit était une salle dans laquelle rebondissaient, à l’infini, des balles de ping-pong et, surtout, je trouvais stérile autant qu’inutile la culture officielle, c’est pourquoi, je cessai très vite de fréquenter l’université. En résumé : après une belle saison de nouveauté et d’espoir, effondrement de l’enthousiasme et des idéaux, je me retrouve seul avec moi-même, homme totalement à reconstruire, mais au cœur, absolument intactes, la force révolutionnaire et une vive intolérance envers toute forme d’injustice.

Q 2. Souvenons-nous un instant des heures tragiques de l’attentat de la gare de Bologne en 80, des violentes et insolentes manipulations du pouvoir politique national de la Loge P2, des réseaux protofascistes et fascistes du Gladio-OTAN, de la période proprement dite "des grands procès anti-corruption Mani Pulite" des années 90 impliquant anciens présidents du conseil, ministres, parlementaires, fonctionnaires de police, fonctionnaires de l’administration centrale, juges, représentants des partis politiques... Comment as-tu vécu, après le renoncement à la vie d’opposant révolutionnaire classique, la montée en puissance de l’extrême droite et du terrorisme noir d’Etat ?

R 2. Eh bien, heureusement, la violence est, en soi, autodestructrice. Tôt ou tard, quiconque use de l’épée, périt par l’épée. Je ne parlerai pas de montée en puissance de l’extrême droite, ni de terrorisme d’État, mais plutôt de Grande Organisation. Certains faits, comme la tentative de coup d’état de J. V Borghese, la période des attentats massacres, tous ces crimes de facture nazi-fasciste, laissaient supposer une seule et même organisation noire, avalisée ou générée, directement, par les services secrets. Mais nous, à l’époque, nous n’avions pas les idées bien claires, même si certains évoquaient le « grand vieux » - probablement Licio Gelli (franc-maçonnerie). Comme la plupart des Italiens, nous étions dans l’ignorance absolue. Je me souviens, bien sûr, du frémissement intérieur avec lequel nous accueillions les nouvelles des attentats, la nette impression que, sous peu, nous finirions comme au Chili avec Allende. Heureusement, à chaque attentat, nous répondions par de grandes mobilisations de rue. Oui, je pense que cette capacité à nous mobiliser, aujourd’hui malheureusement tombée en désuétude, nous a sauvés de quelques nouveaux Duce.
En ce qui me concerne, l’opération « Mains propres » a représenté la meilleure période italienne, véritablement une nouvelle Résistance. Le problème est que de ce leaderisme de groupe, qui aurait pu conduire à une nouvelle ère de correction et d’intégrité, n’ait émergé que la figure de Di Pietro, qui, au lieu de continuer à mobiliser la magistrature à la manière d’un front de guerre, a préféré envahir un champ qui n’était pas exactement le sien. L’histoire qui frappe aujourd’hui le football italien avalise ma thèse : tant que le monde ne sera pas assaini par une nouvelle culture de la légalité, nous aurons besoin d’une magistrature attentive, vigilante, strictement démocratique et bien distincte du pouvoir économique, qui livre, sans conditionnement, la juste bataille de la liberté. Ensuite, ce n’est pas l’extrême droite qui est arrivée au pouvoir, mais une droite à « double tronc », celle de Fini, l’allié de Berlusconi. Nous avons, enfin, refermé une page réellement « noire » de notre existence italienne, non seulement à cause de la mort de l’économie, mais aussi à cause de la régression culturelle, de la démence des médias et du déclin de toute forme d’opposition intellectuelle efficace. Heureusement, la nuit s’achève...


Q 3. Nous nous souvenons tous du Maxi-Procès de 87, des assassinats des magistrats anti-mafia Giovanni Falcone et de Paolo Borsellino à Palerme en 92... A la corruption administrative et politique du pays s’ajoute la réforme de la structure mafieuse au sein la vie sociale, politique, religieuse, économique Italienne, y compris dans le tissu de la gauche. 2005/2006, que ressens-tu lors des campagnes de resocialisation des jeunes démunis de Calabre et de Catanzaro ? Que dis-tu ? Comment t’organises-tu ?


R 3.
Cette question me fait très plaisir, car elle est pour moi l’occasion d’exprimer l’une de mes théories et d’exposer ce que nous, et tant d’autres, faisons, y compris avec les jeunes de l’association E adesso ammazzateci tutti de Locri.
Alors, ma théorie est la suivante, et je vous prie de la diffuser en tant que : « Théorie Gallelli ou des braves gens du Sud. »
Considérons les quatre plus importantes organisations de la pègre : la camorra en Campanie, la Sacra Corona Unita dans les Pouilles, la ‘ndrangheta en Calabre et la Mafia en Sicile.
Comment se fait-il que ces organisations criminelles naissent et prospèrent dans des régions où, de manière notoire, les gens sont bons, prêts à venir en aide à celui qu’ils voient tomber, hospitaliers, accueillants, généreux, allant jusqu’à partager leur dernier bout de pain ? Comment se fait-il que dans d’autres régions comme la Toscane ou l’Émilie de tels phénomènes ne se vérifient pas ? Eh bien, ma théorie soutient que si, ici, dans le Sud, ces personnes étaient moins « braves », moins patientes et davantage (pardonnez l’expression) « furax », probablement que le mal n’aurait pas le temps de montrer le bout de son nez. Exemple : admettons qu’à Florence, un homme, à bord d’un scooter, s’enfuie après avoir dérobé le sac d’une touriste. Beaucoup de gens, probablement, noteront le numéro de sa plaque et préviendront la police. Dans notre Sud, s’élèveront peut-être quelques voix d’indignation, mais pas tant que ça. C’est donc aux Siciliens de vaincre la mafia et aux Calabrais de vaincre la ‘ndrangheta. Chacun doit être l’artisan de son propre destin. Il est inutile d’envoyer sur place des centaines de policiers ou de militaires pour faire changer les choses. Commençons par diffuser une culture nouvelle : la culture de la participation. Cessons de parler de désintérêt et d’indifférence. Chaque réalité qui m’entoure est mienne, et je peux la conditionner, la changer, la rénover.
En Calabre, et à Catanzaro donc, nous avons deux grands « phares », deux lumières qui peuvent éclairer le chemin par leurs paroles, par leurs exemples : l’entrepreneur de thon Pippo Callipo et Mons, et Bregantini, l’évêque de Locri. Ils nous ont enseigné que l’on pouvait enrayer le mal par la citoyenneté active, en particulier lorsqu’on est jeune ou chrétien. Le groupe de Calabrais auquel j’appartiens a bien l’intention d’agir. Nous avons crée l’association Calabria Protagonista et nous tissons inlassablement un réseau avec toutes les associations engagées dans le volontariat et l’action civile afin de diffuser nos idéaux. Parmi ces derniers, le Pacte Éthique élu-électeur, grande nouveauté du panorama politique italien. Précisément ces jours-ci, à Catanzaro, nous avons lancé un autre projet provocateur : nous avons proposé à la candidature de maire, un jeune diplômé de 26 ans ; c’est étrange de voir, dans les débats publics, ce jeune garçon affronter les « loups » de la politique, mais il est tellement brillant, préparé, motivé qu’il s’attire la sympathie de beaucoup de gens. Et puis, hier toujours, grâce à l’initiative d’un grand journal calabrais Calabria ora , nous avons créé un forum réunissant de nombreuses associations d’engagement civil qui œuvrent en Calabre. Il y a, aussi, le jeune qui a lancé cette phrase, désormais célèbre dans le monde entier : « E adesso ammazzateci tutti ! » [1]. Au cours de ce forum, des choses importantes ont été dites, une proposition de loi, pour éviter que les gens de la pègre ne financent les campagnes électorales, a même été évoquée.
Nous nous bougeons donc pour construite la Calabre de l’avenir.

Q 4. Tu as rencontré la foi lors d’une action catholique communautaire en Calabre et milité pour l’unité de l’ordre franciscain. L’histoire de l’ordre nous dit que de nombreux réfractaires gagneront la Calabre au XIIIe siècle et qu’ils s’inspireront de l’œuvre de Joachim de Celico. Ce dernier, calabrais, proposera au XIIe une interprétation mystique de la Bible et une doctrine du renouveau social et religieux. Tu as fondé de ton côté le "Centro di cultura e ricerche francescane" puis lancé le "Movimento dei Focolari", un mouvement unitariste et "Vento Nuovo", mouvement civique et civil pour la ville de Catanzaro.... Ton action socioreligieuse semble nous dire que le propre de la mystique et de la foi, comme au temps du couvent de la Fleur de Celico (Joachim de Calabre), est d’être consubstantiel au renouveau social et religieux. Comme s’il était possible de régler tout rapport conflictuel entre la dynamique sociopolitique de la cité, les échanges marchands, l’homme, la vie religieuse, les sciences et l’histoire. Peux-tu nous éclairer sur ce point ?

R 4. On connaît la grande énergie et le courage avec lesquels, en 1178, Joachim de Fiore, alors abbé de Corazzo, qui se trouvait à la cour de Guillaume II, a fait valoir avec succès des revendications sur la possession de certains territoires en faveur de son monastère. Ici, en Calabre, je mène, moi aussi, pratiquement depuis toujours, une lutte acharnée pour l’amélioration des structures publiques. Je peux vous raconter une petite anecdote aux accents de « miracle » (que les athées et agnostiques en tous genres veuillent bien me pardonner).
Le Mouvement des Focolari, auquel j’appartiens, n’avait pas de siège à Catanzaro. À l’époque, pour me rendre à mon travail, je passais chaque jour sur une route de laquelle on voyait parfaitement la ville de Catanzaro se dresser sur trois collines. À cet endroit précis, je me disais en regardant la ville : « Seigneur, je t’en prie, fais quelque chose pour l’amélioration de cette ville, aide-nous à rénover les structures, les jeunes d’ici doivent émigrer, je t’en prie pour le développement économique... ». La première expérience avec Vento Nuovo a échoué car le maire est mort après 18 mois de mandat seulement. Mais, précisément aux environs de ce point à partir duquel ma pensée errait vers la ville et son destin, nous trouvâmes le nouveau siège régional de mon mouvement. Cela voulait clairement dire pour moi que, s’il l’on veut rénover la ville et ses structures, il faut commencer par rénover l’homme. L’action éducative menée par les focolari en faveur des jeunes et des familles est connue dans le monde entier.
L’idéal de ce mouvement, et le mien, par le fait, est la chose la plus simple qui soit : « l’unité du genre humain ». Blague à part, en un peu plus d’une soixantaine d’années, nous sommes parvenus à porter ce message jusqu’aux confins les plus retirés de la planète. Nous sommes dix millions, dans le monde, à proposer l’amour réciproque comme solution à tous les maux. Quelques exemples : nous possédons l’une des plus importantes organisations d’adoption à distance, des centaines de nos médecins se trouvent dans les pays du tiers-monde, auprès des populations les plus reculées, nous avons inauguré, avec plus de mille entreprises, une économie de communion, dans laquelle les bénéfices soutiennent des actions de formation, viennent en aide aux populations défavorisées et participent à la consolidation de l’entreprise. Voici comment il est possible de dialoguer dans les différents cadres de l’action, voici comment on change l’histoire.
Comment le racisme a-t-il été éradiqué ? Si ce n’est par l’action silencieuse et incessante d’hommes tels que Mandela et King, aux côtés de millions d’individus que personne ne connaît mais qui communiquent entre eux, s’estiment et s’entraident, au-delà de leurs origines, de leurs cultures et de leurs fois.

Q 5. Quelle est ta position sur la théologie de la libération et quelle est celle des franciscains ? En quoi la théologie de la libération diffère-t-elle de ta vision unitariste du monde ? Marx ?

R 5. Très simple. La théorie de la libération, pour synthétiser à l’extrême dit : chacun doit apporter sa contribution. Nous disons : chacun peut apporter sa contribution. Tout est là. Le marxiste n’est pas très éloigné de certaines instances contenues dans l’Évangile, mais il y a une différence de taille : la liberté. Pour moi, la relation est plus importante que l’affirmation de ma vision des choses. Parcourir le chemin de la paix et de la cohabitation est plus important que ma survie personnelle. Il s’agit donc d’œuvrer pour l’acquisition et la diffusion d’une âme collective et communautaire de l’existence, avec la certitude que chacun d’entre nous est une minuscule tesselle d’une grande et magnifique mosaïque. L’important n’est pas ma couleur ou ma forme particulière, l’important, c’est la colle qui permet à ces pièces de tenir entre elles.

Q 6. Pour nous faire part de ton expérience tu choisis d’un côté la distanciation, le roman, "Cieli Rossi", de l’autre, tu t’engages dans une campagne politique militante à Catanzaro. Quelles sont tes propositions artistiques, socio-religieuses et politiques tant dans le roman que dans la campagne ?

R 6. Ma vision de l’art est la même que celle de Dostoïevski : « La beauté sauvera le monde », oui, à moins de folie, qui peut contester un tableau comme La Joconde, une œuvre d’art comme La Pietà, ou un poème comme La Divine comédie ?
Tout divise. L’art unit. Il est intéressant de vivre, de témoigner que, dans la vie, et dans la vie politique également, l’unité peut tous nous sauver. Un exemple : un trou sur la chaussée, quelle couleur politique a-t-il ? Le chômage, est-il un problème de droite ou de gauche ? Le futur pont sur le détroit de Messine (que nous souhaitons voir abandonner) est-il une infamie pour les progressistes ou une innovation pour les conservateurs ? En dépit des divergences de « visions » et de « missions », nous nous asseyons, parlons, dialoguons, conversons. Tant que possible, de manière sereine, toujours prêts à donner raison à autrui s’il a raison. Telle est ma façon de penser : la réalité est un jeu extraordinaire, un kaléidoscope dans lequel je peux percevoir une multiplicité, une variété, dont je peux profiter. L’art de chacun est beau, du cordonnier à l’architecte. Belle est la foi de chacun, celle de mon ami Nasir, islamique pakistanais, mais aussi celle de feue ma grand-mère, qui vivait entre prières et icônes sur papier. Vive la vie telle qu’elle est : belle et variée. Notre campagne électorale aussi connaît quelques grandes nouveautés qui s’inspirent de ma façon de penser : le plus jeune candidat italien à la fonction de maire (renouvellement), une affiche électorale qui ne présente pas un visage (une photo datant d’une vingtaine d’années peut-être...) mais un groupe, de gens, de personnes, entourés de quelques adultes (dont je suis), qui les soutiennent et permettent aux jeunes d’avancer. Parce que, croyez-moi, ce qui est Beau est toujours jeune !

Q 7. Georgio Napolitano est le nouveau Président de la République Italienne, Fausto Bertinotti est président de l’Assemblée Nationale, Romano Prodi est chef du Gouvernement, Franco Marini est à la tête du Sénat... Quel est ton sentiment alors que la droite et l’extrême droite mafieuses semblent se replier sur d’autres moyens de pression ? Peut-on craindre les vieilles recettes de la terreur pour déstabiliser les forces de gauches antilibérales ?

R 7. Cher interviewer, croyez-moi, le mal, la mafia, la camorra, n’ont pas, en Italie, de couleur politique. Certains journalistes se sont amusé à éplucher les enquêtes politiques et... surprise ! (mais je m’en doutais), aucun parti n’est exempt (les rares à l’être sont ceux qui n’ont jamais eu le pouvoir...). Ensuite, la mafia ne passe pas un accord avec le candidat, non. Elle le choisit, à son insu. Une fois qu’il est élu, la mafia présente l’adition...
Certes, le danger d’une nouvelle saison de terrorisme « occulte » existe. Nous avons toujours, au Parlement, des personnes telles que le Cavaliere qui, jusqu’à ces derniers temps, n’acceptaient pas de voir les rouges s’asseoir sur les fauteuils qu’ils occupaient précédemment. Imaginez si un ancien président du Conseil, ayant fait de l’anticommunisme le cheval de bataille de son offensive politique, va se tenir tranquille ! Pensez seulement à l’horreur qu’a éprouvé ce pauvre diable lorsqu’il a vu Bertinotti, et d’autant plus Napolitano, occuper ces places-là... des gens qui mangeaient les enfants... Cependant, je ne veux pas conclure cet entretien sur une image affreuse, je tiens à le conclure à ma manière, à la manière de Cieli rossi, sur une image de paradis terrestre. Que font les étoiles, côte à côte, dans le ciel ? L’une dit : « je t’aime » et l’autre lui répond « je t’aime ». De même font les arbres, les fleuves et les fleurs. Chacun dit « je t’aime » à son voisin. Quelle est la loi profonde de la nature, de la création ? La relation d’amour. Il ne suffit donc pas « d’aimer » l’autre jusqu’au sacrifice, aussi noble et grand cela soit-il. Telle n’est pas la loi fondamentale de l’univers. Nous sommes à l’échelon du « trou noir », de la mort d’une étoile. La vérité intime de la création est la réciprocité. C’est valable du simple rapport avec le concierge de l’immeuble comme pour les rapports entre les puissants.
Ma foi, que dire de plus ?

Entretien traduit de l’italien par Nathalie Bouyssès.
Version originale.

Fraternellement aux ami(e)s d’Oulala


Notes

[1N. d. T : « Et maintenant tuez-nous tous ! »


 
P.S.

Article proposé par Christian Pose

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