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Pour le bien-être du système, le travailleur chinois doit rester serf

La dictature, allié objectif de l’ultra-capitalisme

- Face à la pression populaire, le gouvernement chinois entreprend une réforme nivelant "par le haut" son droit du travail.
- "On ne pourra bientôt plus exploiter décemment" s’émeuvent les multinationales.

Le fait est assez remarquable : le gouvernement chinois, pressé aux entournures par des révoltes populaires de plus en plus fréquentes, a entrepris de renforcer le droit des travailleurs [1]. Le Premier ministre Wen Jiabao s’est ainsi engagé à opérer une réforme du code du travail, qui doit passer en 3e lecture cet été [2].

Et comme le pays se situe à l’autre extrêmité "sociale" du système capitaliste (très bien décrite sur Motomag.com), le Premier ministre chinois est contraint à une réforme exactement opposée à celles auxquelles on assiste en Occident, France en tête. Il s’apprête donc à niveler son droit social "par le haut" à l’heure où on ne promeut ici qu’un nivellement "par le bas" [3].

Du coup, les multinationales occidentales réalisent à quel point un Etat totalitaire et anti-démocratique sert en réalité leurs intérêts vitaux (ça se passe comme ça, chez Mc Donald’s !). Et face à cette vélléité sociale, c’est la panique... Ainsi, explique Li Hua, juriste chez le consultant Gide Loyrette Nouel, les chambres de commerce américaine et européenne "craignent l’impact négatif du projet de loi pour les entreprises, car il risque de provoquer un accroissement de leurs coûts et une diminution de la flexibilité du travail".

Que les multinationales se rassurent :
la loi ne devrait être guère appliquée

Li Hua nous éclaire sur le fait que les droits des travailleurs ont déjà été organisés en Chine par une loi de 1994. Mais "il y a un problème de mauvaise application de la loi". De quoi rassurer les entreprises, chinoises et occidentales, qui décident parfois de bafouer la loi (absence de contrats de travail, non-versement des salaires, non-paiement des cotisations sociales...).

Dans ce pays au fort niveau de corruption, elles auraient tort de se gêner. Le mépris accordé aux travailleurs faibles est quasi-coutumier. [4]

Et un expert de signaler comment "le géant américain de la distribution Wal-Mart a refusé à ses employés la création d’un syndicat" (on le reconnaît bien là, il fait pareil aux Etats-Unis), et comment "pendant des années, une entreprise française n’a pas payé ses cotisations sociales".

En gros, la question des droits de l’Homme en Chine populaire ne sert à l’Occident que quand il s’agit de la stigmatiser politiquement, sur la scène diplomatique, comme un argument pouvant éventuellement justifier un jour le largage de quelques missiles préventifs... Sûrement pas pour améliorer le sort des Chinois, petites mains à vil prix au service du dogme "croissance". Oulala...


Notes

[1Source : La Tribune, 02/06/2006.

[2Le texte "renforcera le rôle des syndicats, atténuera la précarité des travailleurs et, d’une manière générale, renforcera leurs droits (réglementation des conditions de licenciement, des périodes d’essai, négociation des règles intérieures avec le syndicat qui doit être informé lors d’un licecnciement, etc.)" explique La Tribune.

[4Un aparté de l’article de La Tribune, citant la presse chinoise du 1er juin, rapporte que des travailleurs ruraux itinérants, employés par une entreprise sud-coréenne sur un chantier de construction, se sont récemment fait démonter par des brutes armées de barres de fer et de chaînes pour avoir simplement... réclamé leurs salaires !


 
P.S.

Initialement publié le dimanche 4 juin 2006 sur cspcc.com

 
 
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