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Chirac : Il est temps de ne rien changer.

Avec son aplomb d’énarque rodé aux interviews et sa rhétorique sans faille, ce vieux routier de Chirac a, encore une fois et face à Arlette Chabot, réussi son examen de passage. Non pas qu’il ait convaincu quiconque, pas plus les Français que la majorité gouvernementale ni l’opposition, de la véracité de ses propos. Le fonds n’a pas une once de crédibilité, mais la forme fait passer la pilule, pour l’observateur peu averti.

Et c’est l’essentiel pour faire illusion, compte tenu des critères de succès de ce Président-là, qui ne vise pas une seconde l’efficacité mais pour qui l’essentiel consiste à donner le change. Et là-dessus il ne craint personne, Chirac. Il en a enfumé, des gens, pendant les années où il a trimé en politique. Selon lui, il est temps de ne rien changer car tout irait bien. Mais que les Français sont bêtes de ne pas s’en rendre compte ! Son gouvernement tient la route, son Premier ministre accumule les succès et remplit fidèlement les tâches que le Président lui a confiées dans sa « feuille de route ». Changer d’équipe reviendrait à perdre une précieuse année à chaque quinquennat. L’affaire Clearstream ? Des balivernes auxquelles il n’accorde aucun crédit. La lutte Villepin-Sarkozy ? Des fantasmes (sic) de journalistes. Il écarte, magistral et d’un revers de main, péremptoire, sûr de lui, toute objection. Il se pose en juge de paix, paternaliste, et se veut sage et rassurant.

Le spectacle de cette interview, rigoureusement semblable à d’autres quelle que soit la couleur politique du politicien qui s’exprime face aux caméras, m’inspire quelques réflexions amères sur la politique. En politique, il ne s’agit manifestement pas de réussir à gouverner le pays au mieux des intérêts des citoyens. Il s’agit, par des techniques enseignées à l’ÉNA et apprises sur le tas pendant une carrière bien remplie, de faire croire, de promettre pour ne pas tenir, de faire illusion, de donner le change, et de manier la langue de bois avec la mimique appropriée et le sourire d’un vendeur de voiture. Peu importe les programmes, concoctés souvent à la hâte à l’approche des élections et qui ne sont souvent qu’un ramassis de promesses qui, selon la formule de Pasqua, « n’engagent que ceux qui les écoutent ».

Il y a donc, à la base, un malentendu fondamental. L’électeur moyen, ce quidam naïf qui s’est fait flatter pendant les campagnes électorales par les propos des candidats de tous bords (ou presque, laissons à certains candidats le bénéfice du doute), croit voter pour un projet, un programme, des valeurs. Les politiciens, eux, n’ont fait qu’habiller leurs propos à dessein, mais les heureux élus se contenteront, comme Chirac, de perpétuer l’illusion. Les rares succès seront claironnés à l’envi, les échecs minimisés ou occultés, et si ça foire ce ne sera la faute de personne ou plutôt si, de ceux qui étaient là avant.

C’est ainsi que de septennat en septennat, de septennat en quinquennat, de gouvernement de droite à gouvernement de gauche et réciproquement, la France dérive, les politiciens se recasent dans des postes convoités et les Français s’écoeurent de plus en plus. Quand cela cessera-t-il ? Il faudrait un grand bouleversement car le terrain politique est miné, et n’y évoluent que des politiciens professionnels aux profils similaires, aux ambitions semblables, aux aspirations de pouvoir et pour certains d’argent. Ce sont les mêmes têtes qu’on voit depuis des lustres, aux arguments éculés, aux programmes faméliques. On les voit se pousser du coude, briguer les portefeuilles ministériels ou les postes de prestige.

Mais de saine et de sage gouvernance, point ! De progrès pour les citoyens, point ! De justice et de réformes salutaires, point ! D’assainissement du budget, pas plus ! Apparemment résignés, les Français se sont habitués au style, incarné par Chirac et par d’autres avant lui. Ils semblent accepter qu’on les prenne pour des pommes. Tant mieux pour la gent politique et tant pis pour la France.

Ashoka.


 
 
 
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2 commentaires
  • > Chirac : Il est temps de ne rien changer. 29 juin 2006 17:59, par Delcuse

    Suis pas si sûr que qui que ce soit accepte quoi que ce soit ; et je ne vois pas la résignation à l’oeuvre. Un système électorale n’est pas fait pour améliorer la vie, mais pour cadenacer l’accès aux postes clefs du pouvoir ; en empêcher toute remise en cause intempestive ; permettre à des décideurs d’imposer leurs divers fantasmes, que ce soit un pouvoir politique, militaire, d’entreprise, etc... Tout chef est d’abord chef pour sa jouissance, pour sa famille, son usine, sa classe sociale. Si c’était le contraire, celà se saurait pour cette raison qu’il n’y aurait plus de misère ni d’esclaves. Hors, c’est exactement l’inverse qui se produit. Un chef d’Etat est d’abord un chef d’entreprise, non le chef d’une bande de guerrier. En bon chef d’entreprise, il se doit un maintien indispensable de l’ordre, fusse par une grande violence, comme en font un usage permanent les forces bien nommées de l’ordre. Le programme d’un chef d’Etat ne contient pas la liberté mais la loi, qui garantie la pacification. La loi est par nature terroriste. C’est pourquoi une impression de résignation semble se manifester. Pourtant, ces derniers mois, un certains nombres d’émeutes ont éclater, démontrant que la résignation n’est qu’une surface qui peut éclater à tout moment. Il suffit d’une insulte d’un ministre pourtant pas avare dans ce registre. Que des "français", cette espèce privée d’intelligence s’habitue à la résignation, rien n’est plus naturel. Mais, il n’y a pas que des français ; il y a aussi des hommes. Et eux, ce n’est pas la résignation qui les fait courber l’échine, mais la terreur réelle de la police. Les tribunaux ne sont pas un spectacle, mais bien une office de répression. Les magistrats ne sont pas des joueurs de footbabal, mais des gens qui décident du sort de chacun. La terreur est l’arme de l’Etat. Les dernières élections n’ont pas démontrées autre chose. Brandir la peur du FN, et sévir par la crainte de la police, voilà réellement ce qu’est l’Etat. L’Etat n’est rien d’autre, ne peut pas être autre chose. De l’Etat, qu’attendre d’autre que l’application de la terreur que les lois provoquent ? Et c’est pas le terroriste Pasqua qui me contredirait en cette matière.

    Voir en ligne : http://destroublesdecetemps.free.fr

  • > Chirac : Il est temps de ne rien changer. 3 juillet 2006 11:20, par Ward

    Il n’est pas vraiment temps de faire de la métaphysique, Delouse ; quoiqu’un peu de théorie politique bien aiguisée ne puisse jamais faire de mal, l’urgence est aujourd’hui ailleurs : il faut accuser, directement et clairement, des hommes. Des individus, des visages, des voix, des gens réels. Des incompétents, des mous, des fats sûrs d’eux, qui gouvernent un grand pays alors qu’ils feraient juste des commerciaux corrects, des cadres efficaces, mais pas même de bons théoriciens, professeurs, ou militaires. Chirac est en effet l’un d’eux. Un homme doué pour accaparer et conserver le pouvoir ; soit une bien petite chose. Il en faut tellement, tellement plus pour être un homme d’Etat correct...

    C’est la réalité. Par-delà toutes les analyses nuancées et les constructions de pensée subtiles, il y a aujourd’hui ce fait brutal que nous nous devons, tous, de constater clairement, et de répéter : les hommes et femmes qui détiennent la France aujourd’hui, sont dans une proportion monstrueuse, étroits, cupides et contents d’eux. On peut ensuite tenter de comprendre comment nous en sommes arrivés là, et comment nous pourrions en sortir ; mais ne nous lassons pas d’en rester, dans un premier temps que nous devons faire durer, à la surprise muette, à l’instant de pure révolte. Comment une telle aberration est-elle possible, alors que mille choses brillantes, interessantes et bonnes pourraient être tentées en politique aujourd’hui, dans ce pays ?

    Il faut faire durer cet instant "immature", "adolescent" de la révolte suprise, muette, du poing serré dans l’ombre, de la couvée d’une haine. Parce que nous vivons aussi à l’époque où les impressions, les émotions, les jugements, les pensées, viennent et passent, repartent, remplacées très vite, par d’autres, remplacées à leur tour. Cette certitude que nous méritons mieux que ces bouffons au pouvoir, doit être conservée, grandie, partagée, elle ne doit pas passer avec tous ces courants qui passent par nos têtes chaque jour, charriant tant de pensées, de jugements, de sensations. Cette certitude devrait devenir la certitude simple, claire, de tout un peuple.

    J’ai fait ce texte volontairement simpliste dans ses perspectives. Je sais à quel point de tels propos paraitront naïfs, enfants. Et pourtant, ne sentez-vous pas qu’il est temps de retrouver une jeunesse ? Il est aujourd’hui évident qu’il n’y a rien à sauver de cette classe politique. A un certain degrés d’évidence, il suffit d’indiquer : plus n’est besoin d’arabesques verbales, LA chose à dire est simplissime : il suffit en vérité, de pointer son doigt. A un certain point, l’Histoire fera le reste. C’est ce qui arrive quand le bète refrain de l’ignorance ("tous des pourris de toute façon") finit par coïncider avec la conclusion des éclairés.

 
 
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