Chiapas : La paix fictive

Par Iñigo Herraiz, ’Solidarios para el Desarrollo’, mai 2002, (Traduction : Frédéric Lévêque).

Oubli et impasse, tels sont le mots qui nous viennent à l’esprit pour qualifier le conflit au Chiapas. Marginalisé dans les médias, le conflit persiste mais la perspective d’une paix "juste et digne" semble plus que jamais éloignée. Nous reproduisons ici un article du journaliste Iñigo Herraiz (ONG ’Solidarios para el Desarrollo’, Etat espagnol) résumant ce qui s’est passé depuis la marche historique des Zapatistes sur la ville de Mexico en mars 2001.(RISBAL)

Avec l’approbation de la loi sur les Droits et la Culture indigène, en avril 2001, l’exécutif mexicain prétendait mettre de côté l’affaire du Chiapas : "Cette loi - disait le président mexicain - marque la fin de ce que fut le conflit armé". Une année est passée et la nouvelle loi n’a pas produit les résultats escomptés. Rejetée largement par ses supposés bénéficiaires, la loi indigène s’est convertie en un obstacle supplémentaire pour la paix au Chiapas.

Comme l’avait annoncé le député du Parti de la Révolution Démocratique (PRD), Félix Castellanos, la loi est morte-née. Son approbation a mis fin aux négociations entre le gouvernement et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN - sigles en espagnol) et a été rejetée unanimement par les communautés indigènes. Le Congrès National Indigène (CNI), les gouverneurs des Etats ayant le plus grand pourcentage de population indigène (Chiapas, Oaxaca, Guerrero & Hidalgo), un très grand nombre d’organisations civiles nationales et internationales, des écrivains, des intellectuels, des religieux, tous se sont opposés à une loi faite pour les indigènes mais sans eux. De telle manière qu’après un an, 300 plaintes constitutionnelles ont déjà été accumulées et présentées contre la réforme en question.

La paix au Chiapas figurait dans les promesses électorales de Vincente Fox pour arriver au pouvoir en juillet 2000. Son administration a maintenant décrété sa mission comme terminée : il existe une loi et la reprise du dialogue est entre les mains des Zapatistes. L’été passé, en voyage au Salvador, le président mexicain avait déclaré à propos du Chiapas : "Il n’y a pas de conflit, nous sommes dans une paix sainte". Le moment de changer de priorité était venu : le Plan Puebla Panama (PPP) "est mille fois plus important que le Zapatisme ou une communauté indigène au Chiapas", avait-il affirmé.

Le changement dans l’agenda présidentiel a eu lieu parallèlement à celui des grands médias pour qui le Chiapas a cessé d’être un thème d’actualité. Les tentatives présidentielles de minimiser l’écho du conflit ont permis de réduire significativement l’intérêt international pour les indigènes chiapanèques. Fox a réussi à ce que le Chiapas, au cours de cette dernière année, devienne un conflit oublié.

Mais la relégation de la question chiapanèque au second plan ne signifie nullement que l’on vive en "paix sainte" au Chiapas, comme le prétend le président. L’approbation de la loi indigène a mis fin à l’optimisme qui avait accompagné la marche zapatiste à la ville de Mexico. Les grandes expectatives qu’elle avait soulevées quant à une reprise du dialogue ont été anéanties, et l’espoir a fait place à la déception. Du calme relatif des mois précédant l’approbation de la loi en question, on est passé à une multiplication de conflits secondaires qui risquent de provoquer une nouvelle explosion de violence pouvant aggraver encore davantage la situation précaire vécue dans l’Etat. Au Chiapas, une guerre de basse intensité est en cours, une guerre qui ne se voit pas.

La stratégie gouvernementale pour la paix au Chiapas a été dessinée pour le court terme, avec en ligne de mire la mise en place du Plan Puebla Panama et non pas les revendications indigènes. La "paix-sécurité" que poursuit Fox pour son méga-projet économique n’a que très peu à voir avec la paix "juste et digne" qu’exigent les Zapatistes, une paix qui passe par le respect des Accords de San Andrés, souscrits par l’administration fédérale antérieure et l’EZLN. la Loi adoptée nuit à ce qui a été décidé, notamment à des aspects fondamentaux pour les communautés indigènes comme les droits collectifs sur le territoire et les ressources naturelles. Ces droits, qui leur sont refusés maintenant, seront octroyés à une quelconque entreprise multinationale avec la mise en marche du Plan Puebla Panama.

La paix au Chiapas ne peut être obtenue, comme le voudrait le président mexicain, avec "des voitures, des télés et des magasins" (1). Ce n’est pas l’affaire d’un quart d’heure comme il l’avait affirmé à un autre occasion - durant la campagne électorale. Arriver à une paix durable dans la région, bien au-delà de la question indigène, exige de mener de profondes réformes structurelles qui en finissent avec les causes qui ont généré le conflit.


Note du traducteur :

(1) "con vochos, teles, changarros", mexicanismes signifiant littéralement "avec des cocinelles (voitures populaires VW), des télévisions et des réduits commerciaux"


 
P.S.

Article paru sur : RISBAL ( Réseau d’information solidaire)
Autres liens : zapata.com

 
 
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