{id_article}
 

Israël : Liban contre Golan ?

À l’heure actuelle, en dehors de ce qui est évident, à savoir qu’Israël veut se débarrasser du Hezbollah, il y a bien d’autres jeux qui se jouent sous couvert de l’attaque féroce d’Israël au Liban. Comme d’habitude il n’y a pas qu’une seule raison, mais un faisceaux d’intérêts qui se combinent ou s’opposent. On peut donc imaginer plusieurs hypothèses, et celle d’une volonté d’Israël de s’implanter d’une façon ou d’une autre au Liban mérite qu’on l’analyse.

Israël voulait, lors de l’invasion du Liban en 1982, commandée par Ariel Sharon, transformer le pays du cèdre en protectorat israélien. Mais la résistance libanaise et palestinienne, soutenues par une Syrie puissante dirigée par Hafez el Hassad, avait fait capoter le projet. Vingt-quatre ans plus tard, le même projet est en passe de réussir.

Les choses ont énormément changé aujourd’hui : Les Palestiniens, radicalisés avec le Hamas, ont fort à faire en Palestine contre Israël, qui s’est attribué la part du lion. La Syrie a dû quitter le Liban et s’est considérablement appauvrie économiquement. La perte des gains financiers au Liban, les employés syriens qui ne travaillent plus au Liban, le pétrole irakien qui ne passe plus par la Syrie, les retombées de l’invasion en Irak et un déclin économique important, ont fragilisé la Syrie.

Les Etats-Unis et leur allié dans la région, Israël, entendent bien profiter de cette nouvelle situation, propice à servir leurs desseins. Les Syriens, qui ont perdu le Liban, y ont encore au gouvernement leurs hommes à eux et l’on peut imaginer qu’ils veulent monnayer leur action avec Washington et Tel-Aviv. En continuant à soutenir le Hezbollah, via le gouvernement fantoche libanais, et en l’incitant à provoquer Israël, Damas précipite le Liban dans la guerre, le livrant pieds et poings liés à l’influence américano-israélienne. Contre quoi ? Contre la restitution du Golan, avec certaines garanties pour Israël et notamment de s’y approvisionner en eau. Après tout, les Syriens sont à plus de 80% Sunnites et n’ont rien à faire avec les Chiites du Hezbollah. Lorsqu’ils occupaient le Liban, les Syriens trouvaient une utilité à ces milices chiites, mais aujourd’hui elles n’ont plus qu’une seule utilité pour eux, leur servir de monnaie d’échange pour obtenir de l’aide économique des Etats-Unis et récupérer le Golan.

Les Israéliens pourraient donc prendre le Liban sous tutelle après l’avoir envahi et détruit juste assez pour exterminer le Hezbollah et pour forcer les Libanais à ne pas voter pour un gouvernement pro-Hezbollah, qui serait par ailleurs éradiqué. Le Liban a de fortes dettes, 40 milliards de dollars qui avaient servi à Hariri à reconstruire le Liban. Le Liban, seul, aurait du mal à rembourser. Mais si cela devient une dette israélienne, que sont 40 milliards et les 10 milliards de dégâts de cette guerre pour les Américains, qui en dépensent deux fois plus chaque mois en Irak, pour des résultats en termes de consolidation stratégique de leurs positions dans la région dérisoires. Cinquante milliards pour avoir le Liban, une aubaine !

On peut imaginer la Syrie faisant ami ami avec Israël, récupérer le Golan, les Américains via leur allié israélien s’installer au Liban, avec bases et aéroports militaires, Israël agrandir sa zone d’influence au nord et parfaire le rêve du grand Israël, bien avancé en Palestine occupée. Le croissant chiite perdrait, avec la disparition du Hezbollah, sa corne à l’Ouest, et l’Iran serait isolé, ayant perdu son allié syrien. À terme, les Américains installeraient à Damas un gouvernement sunnite, pro américain, après avoir fait la même chose à Beyrouth, dans les semaines qui viennent.

Il est certain que Rafik Hariri n’aurait jamais voulu jouer le rôle de Président du Liban inféodé à un tandem américano-sioniste, et c’est pourquoi son assassinat a été prémédité, peu de temps avant la mise en place du plan d’occupation du Liban suite à la capture des soldats israëliens par les combattants du Hezbollah. Le prochain président du Liban, dans cette perspective, sera aux ordres de Washington et de Tel-Aviv. La résolution 1559 de l’ONU aurait été votée avec le plus parfait cynisme par ceux qui voulaient débarrasser le Liban de l’influence syrienne pour y installer un régime élu, certes, mais par des Libanais appeurés par la guerre s’ils continuaient à soutenir le Hezbollah. Ce régime élu serait résolument pro américain et israélien, et même carrément inféodé au tandem américano-sioniste, avec l’aide vraisemblable de traffic des bulletins de vote dans les urnes (les américains savent le faire chez eux et ailleurs, comme en Afghanistan).

La région aura changé de façon dramatique, en faveur d’Israël et des Américains : L’Irak sans Saddam avec un régime plus modéré, les Palestiniens presque définitivement spoliés, la Palestine presque totalement sioniste, le Hezbollah disparu, la Syrie domptée dans un premier temps puis au gouvernement duquel serait installé un régime sunnite inféodé. Reste l’Iran, isolé de tous, en passe de devenir une puissance nucléaire dans environ 5 ans. Mais si le plan décrit ici fonctionne, l’Iran sans aucun allié serait attaqué par une coalition américano-israélienne, appuyée par le reste du monde, y compris l’Europe, avec la bénédiction des Nations-Unies ! On peut comprendre que, sachant cela, le président iranien ait poussé le Hezbollah à intensifier ses actions contre Israël.

Le Hezbollah dispose de missiles de portée moyenne (20 à 75 kms) mais également, semble-t-il, de missiles à plus longue portée pouvant ateindre Tel-Aviv. Ils ne se sont pas encore servi de ces missiles plus puissants, et les bombardements israéliens ont aussi visé à désorganiser la logistique du Hezbollah pour les empêcher de mettre en batterie ces missiles à longue portée au Sud Liban. Ces missiles seaient en nombre limité et on peut imaginer Téhéran tenter d’en acheminer en grande quantité via la Syrie. Si les Israéliens envisagent une guerre de plusieurs mois au Liban, le Hezbollah prétend pouvoir tenir le nombre de mois nécessaires. Toute la question est là, car si cela s’avère exact, Ehoud Olmert et Peretz pourraient se mordre les doigts d’avoir laissé l’armée israélienne ravager le Liban. Il semble qu’une lutte à mort se soit engagée entre le Hezbollah et Israël. Comme dans toute épreuve de force, la victoire de l’un des camps est la seule issue au combat. À moins qu’Israël s’avère incapable d’éradiquer le Hezbollah...

En attendant, on voit les Libanais chassés du Sud Liban, les troupes israéliennes y entrer, le déluge de feu s’abattre de part et d’autre, et on assiste au ballet diplomatique des acteurs patentés comme Kofi Annan et Javier Solana, qui amusent la galerie, jouant à la perfection le rôle que les grandes puissances attendent de ces deux guignols, pendant que les médias illustrent cette période historique en montrant les souffrances de ceux qui sont pris dans la tourmente et dont certains mourront.

L’avenir nous dira si les évènements prennent cette tournure. Si c’est le cas, cette stratégie aura été, pour Washington, infiniment plus payante et bien moins onéreuse que l’invasion de l’Irak.

En attendant, Israël inflige une punition au peuple libanais, comme si c’était ce peuple qui avait décidé la présence du Hezbollah sur son territoire. Jamais rasssiés du sang libanais, les Israéliens pilonnent les installations autant civiles que militaires, claironnant qu’ils ne s’arrêteront pas de sitôt. Cette inflexibilité et cette hargne à détruire un pays martyr et de tuer de faibles civils INNOCENTS d’un pays INNOCENT est de nature à susciter une haine encore plus forte à l’égard des sionistes. Qui osera dire, maintenant plus que jamais, que les sionistes ne sont pas dangereux ?

Il est sidérant de constater une fois de plus qu’Israël est excusé de tout par la communauté internationnale. De tout, et du pire. Un quelconque pays arabe de la région s’en prendrait ainsi contre un voisin que Bush s’en irait en guerre, soutenu par une Amérique offusquée, et traînant à sa suite plusieurs pays dans une coalition pour le rétablissement de la justice. Mais qu’Israël fasse quelque chose, même la plus inique, et elle reçoit l’absolution complice. Sans doute que les historiens, un jour, sauront expliquer ce phénomène hors du commun !

Ashoka.


 
 
 
Forum lié à cet article

4 commentaires
  • > Israël : Liban contre Golan ? 20 juillet 2006 10:14, par Anton

    Ton analyse est intéressante...sauf que Hassad et ses proches ne sont pas sunnites mais issus de la minorité ALAOUITES, d’ailleurs considérée comme plus ou moins hérétique au sein de l’Islam.

    D’autre part, il ne faut sous-estimer le sentiment nationaliste des Syriens et la population syrienne n’accepterait certainement pas un tel revirement.

  • > Israël : Liban contre Golan ? 20 juillet 2006 23:33, par A.Ayoubi

    Le but principale est là, enlevez ce régime dit ALAOUITES (faisant parti plus des chiites que Sunnites), qui dit chiites dit Iran, donc les USA espèrent l’enlever et mettre un régime Sunnite, (en réponse à l’Iran) mais qui suit à la lettre les ordres vénu de Washington. Et de deux Israel s’assure un contrôle total sur le moyen-orient.

    En tout cas c’est une très bonne pointe de vue de ta part.

  • > Israël : Liban contre Golan ? 23 juillet 2006 14:44

    L’essentiel pour le Liban, le Proche-Orient et la pais mondiale est de battre, si c’est possible dans l’actuel rapport des forces, le colonialisme israélien et l’impérialisme américain son maître. Pour cela, nous solidariser avec la résistance par les moyens politiques dont nous disposons, et préparer l’avenir, que nous espérons proche, qui verra la fin de la domination américaine et de ses sbires locaux. L’absence actuelle de réaction de l’opinion publique européenne endormie par la canicule et les médias ne prouve pas que rien ne va plus bouger.

  • > Israël : Liban contre Golan ? 24 juillet 2006 22:20, par denis

    Attention, ce genre d’affirmation peut ètre considéré comme antisémite ...
    voir affaire dieudoné ...
    lol

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes