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Ne privons pas le "NON de gauche" de sa traduction politique !

Mosset, le 7 septembre 2006.

Il m’est impossible d’être parmi les militants du 29 mai qui se réunissent le 10 septembre. Mais je crois que la gravité de l’heure ne permet pas de me soustraire au devoir d’intervention dans le débat. Alors, par écrit, je lance un cri. Un cri d’angoisse. Qui est aussi un cri d’espoir.

Je redoute en effet que nous soyons en train de donner raison aux observateurs qui en France comme à l’étranger écrivent - je cite un journal bruxellois - "à la gauche du PS, le sectarisme empêche de donner à la gauche du non une traduction politique". Le Monde du 29 août n’écrivait pas autre chose.

Allons-nous leur donner raison ? Allons-nous ajouter une nouvelle déception majeure après celles provoquées à trois reprises depuis 1981 ? Allons-nous suivre celles et ceux qui au Parti socialiste ont tout fait pour, comme ils disent, "fermer la parenthèse du non" ? Après tout ce que nous avons expliqué pendant des mois au peuple de France, allons-nous agir comme si dire « non » ou dire « oui » au libéralisme, c’est la même chose ?

Trois défis sont à relever : le contenu d’une alternative au libéralisme, les rapports avec le PS et le choix de candidatures unitaires aux présidentielles et aux législatives.

Pour ce qui est du contenu, j’estime qu’on peut considérer que des progrès importants ont été accomplis. On peut et on doit encore approfondir certains aspects - je pense à l’Europe et à la politique étrangère de la France - mais la base commune est là.

Quant aux rapports avec le PS, il me semble impératif de renoncer une fois pour toutes à l’illusion d’un changement possible de ce parti. On veut nous faire croire que le PS est encore à gauche. Et qu’il y aurait une gauche du oui et une gauche du non.
Mais quelle différence y a-t-il entre le soutien public à l’enseignement privé par la droite ou par Jack Lang ?
Quelle différence entre l’appui aux salaires élevés par la droite ou par Strauss-Kahn ?
Quelle différence entre les privatisations par la droite ou par Jospin ?
Quelle différence entre la défense du TCE par la droite ou par le PS ?
Quelle différence entre le soutien aux dérégulations par la droite ou par Pascal Lamy ?
Quelle différence entre l’ordre policier de Sarkozy et l’ordre militaire de Royal ?
Quelle différence y a-t-il entre l’atlantisme de la droite et celui du PS ?
Quelle différence y a-t-il entre le sionisme de la droite et celui du PS ?

Depuis le 29 mai, le PS nous a donné la synthèse du Mans et puis son programme de gouvernement. Jamais, il n’a été aussi loin dans l’accompagnement du capitalisme. Depuis le 29 mai, nous les avons tous entendus, les Aubry, Hollande, Jospin, Royal, Strauss-Kahn. Aucun n’a remis en question les choix de la gauche plurielle et le soutien au TCE. Que faut-il de plus pour admettre qu’ils ont irrémédiablement fait le choix du libéralisme et qu’il est vain de croire qu’on puisse rassembler le PS et la gauche sur un choix de transformation autrement qu’en changeant le rapport des forces ?
L’électorat PS - il l’a montré le 29 mai - est majoritairement à gauche. Mais ce parti, ses dirigeants, ses cadres et leurs relais médiatiques ont, dans leur majorité, déserté la gauche. Dès lors, pour moi, il ne devrait plus y avoir la moindre ambiguïté : sauf un changement du rapport des forces, toute forme, parlementaire ou gouvernementale, de répétition de la gauche plurielle doit être écartée.

Avons-nous vocation à demeurer les appendices d’un parti dont les choix sont diamétralement opposés aux nôtres ? Nous voulons une autre République, il ne la veut pas ; nous voulons une autre Europe, il ne la veut pas. Nous voulons une autre politique économique, une autre politique sociale, une autre politique fiscale ; il n’en veut pas. Le 29 mai nous a montré qu’il est possible de contester avec succès l’hégémonie du Parti socialiste. Pourquoi renoncer, alors qu’il s’agit d’y mettre fin ?

Il faut choisir entre le confort des habitudes et l’audace du changement. Il y a ceux qui pensent, au sein de certains partis, que pour bénéficier des voix socialistes, il faut s’allier avec ce parti par des accords d’appareil au prix de l’abandon des convictions et des engagements. Ce choix des appareils tuera l’espérance du 29 mai comme il a réduit à ce qu’ils sont devenus les partis qui y ont cru.

Et il y a ceux qui font le pari qu’une alternative crédible portée par un authentique rassemblement antilibéral peut, comme avec le TCE, offrir aux électeurs socialistes ce qu’ils attendent et provoquer un nouveau paysage politique à gauche. C’est le choix de millions de femmes et d’hommes, membres ou non d’un parti.

Quant aux candidatures communes, il nous faut d’abord lier élection présidentielle et élections législatives. Car, sur l’élan de la dynamique unitaire aux présidentielles, ce dont nous avons besoin, c’est d’un groupe parlementaire fort qui, en gardant les mains libres et avec l’appui d’un puissant mouvement social, conditionnera ses choix aux avancées de l’alternative. Comme en 1936.

Pour ce qui est de la candidature présidentielle, si on veut mettre tous les atouts de notre côté, il faut choisir le candidat qui rassemble sans écarter aucun de ceux qui ont voté « non » au TCE. Sans écarter les électeurs socialistes, sans écarter les électeurs écologistes, sans écarter ceux qui ne sont pas encartés, sans écarter ceux qui ne venaient plus voter et qui sont venus le 29 mai. Un tel critère permet de choisir parmi les noms déjà connus et d’autres qui doivent maintenant se déclarer.

Rassembler, c’est dépasser les frontières des partis. C’est ce dépassement qui a fait le 29 mai. La campagne du « non de gauche » n’a pas été identifiée à un parti, mais à un projet politique. Les campagnes de 2007 et 2008 ne peuvent réussir que si elles remplissent cette condition.

A celles et ceux qui vont effectuer les choix décisifs dans les prochaines semaines, aux appareils des partis, nous sommes des centaines de milliers à dire : ne mettez pas notre « non de gauche » entre parenthèses, ne brisez pas l’espérance née le 29 mai ! Nous ne vous le pardonnerons pas.

Raoul Marc JENNAR
Militant du 29 mai


 
 
 
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6 commentaires
  • Foin de discours..

    Elections présidentielles archaiques, datant du plébiscite de Louis Napoleon.

    Caricatures d’images présidentielles datant de Maurice Duverger..

    Olive et José hors scope..
    Et aussi le gros lepen..

    Ouvrons les yeux et nos bouches, le pouvoir est ailleurs..

    Au jour le jour.

    Réseaux d’alertes, infos des copains.

    Ici et maintenant, les seuls prétendants aux pouvoirs, ump, socialistes, udf, vont nous la mettre profond.

    Obligeons les a montrer leur visages de dictateurs, pas trés loin en 2005, du referendum perdu à cause des ???????..

    Pas le temps, la dis donc..
    Mon fils français apprend le civisme à Cachan.

  • > Ne privons pas le "NON de gauche" de sa traduction politique ! 9 septembre 2006 09:13, par Michel Veysset

    Je partage sur le fond cette analyse de la situation politique actuelle. Nous pouvons en nous appuyant sur les acquis de nos luttes, ouvrir des perspectives à des millions de gens qui sont désemparés face à l’avenir.Nous pouvons faire grandir l’idée qu’agir et résister c’est déjà gagner et qu’aucune bataille n’est perdue d’avance.

    Michel Veysset

  • Bonjour,
    Oui, j’ai voté non au referendum.
    Oui, je voudrais que la gauche de la gauche s’unisse et s’organise.
    Mais ... supposons que son représentant soit élu, il sera drôlement isolé en Europe : que font les gens à gauche de la gauche dans les autres pays ? Une petite vague en France efface un certains nombre de pas sur le sable, sans l’aide d’autres vagues, que peut-elle faire ?
    Et en France même, avec tous ces riches et puissants qui sont contre, comment ne pas se retrouver devant un mur ? Les réactions contre Mitterrand en 81 l’ont mené à changer d’orientation en 83 ...
    Il me paraît très important de réfléchir à ces énormes problèmes : quelle sera la tactique après ? Quoi faire devant les résistances ? etc.
    Sans cela, même un programme convaincant accepté par tous n’apparaît que comme un beau rêve aussi fragile qu’une bulle de savon.
    Depuis que j’erre de blog en blog, je n’ai pas vu de proposition qui réponde à mon problème ...

    Voir en ligne : question à copernic (ou à y. salesse)

  • > Ne privons pas le "NON de gauche" de sa traduction politique ! 9 septembre 2006 17:51, par vieille dame

    pour le moment, je me suis résignée à envisager de voter Ségolène Royale, et dès le premier tour, car ce sera un tout petit peu "moins plus pire". On pourra la mettre devant ses contradictions - pas Sarkozy, pas Le Pen...
    la gauche plus à gauche me désespère ! les verts, n’en parlons pas, on n’arrive pas à voir les différences entre des gens qui se sautent presque à la gorge pour avoir le pouvoir interne, attack se prend les pieds dans un fonctionnement qui vu de loin, n’a pas l’air très démocratique ! les trotskards sont anti-démocratiques par définition (non ? ont-ils abandonné la dictature du prolétariat ?) et défendent la bureaucratie dont ils sont représentants - le PC joue les prolongations à bout de souffle - ils ont été tous porteurs de terribles déceptions...
    pour moi, il n’y a que la vérité qui est révolutionnaire...quand ils feront de vraies enquêtes pour baser de vraies analyses, quand leur fonctionnement sera complètement transparent (expression publique et gratuite des tendances : facile d’être publique maintenant avec internet !), alors mon intérêt renaîtra peut-être !
    En face des magouilleurs et des grenouilles de partis, il faut des gens nouveaux, des idées nouvelles, une recherche de l’honnêté, de l’intelligence - des gens qui renoncent à la manipulation, sous toutes ses formes !

    Voir en ligne : Misère- journal de pauvres fous et menteurs

  • Continuez donc à faire le jeu de sarkozy ! 10 septembre 2006 10:00, par Jacques Adam

    J’ai voté NON au traité constitutionnel... et j’ai essayé avec d’autres d’expliquer à l’équipe de Ségolène Royal sur son site Désirs d’avenir tous les ressorts du vote NON... La synthèse qu’ils ont fait de nos interventions dans leur résumé du débat sur le premier chapitre m’a montré qu’ils avaient progréssé dans leur compréhension de notre démarche...
    Et je voterai Ségolène Royal dès le premier tour !

    La lutte contre le libéralisme ne passe pas par des élections présidentielles. Si un jour devait surgir une véritable alternative au libéralisme ce serait parce qu’une véritable alternative économique verrait le jour...
    Que tous les anti-libéraux arrêtent leur masturbation mentale dans les salons parisiens et participent à la mise en place de coopératives de production autogérées... Montrez-nous qu’une autre économie est viable et nous vous suivront... chiche...

    En attendant en affaiblissant la lutte contre Nicols Sarkozy à la gauche de la gauche vous ne me rendez pas service à moi et à tous ceux qui luttent contre le néo-libéralisme... Car, vous le savez, le libéralisme a des visages différents dont certains sont particulièrement insupportables !
    Vous le voulez vraiment le néo-libéralisme sarkozien ? Vous êtes bien parti pour l’obtenir. Et nous souffrirons cinq ans de plus pendant que les BOBO d’extrême gauche rêveront au grand soir !

    Voir en ligne : Ségolène Royal, Nicolas sarkozy face à Bush

  • Raoul Marc JENNAR a raison. Au delà des promesses, il y a trop d’ambitions personnelles. Mais après tout, les citoyens doivent se bouger, faire entendre leurs voix. Mais que voit-on ? des militants desespérés de voir leurs convictions, menées à mal. Par ailleurs les campagnes de dénigrements, vont bon train. Qui manipule ?

    Soyons concis, précis, intègres. Soyons exigeants, interpellons les politiques, mettons les en face de leurs engagements.

    Franchement nous sommes dans un pays démocratique qui fonctionne comme les pires dictatures, en mettant des vieillards aux commandes, ou des cumulards.
    Pis, il est coutumier de voir des politiciens sanctionnés par les électeurs, se représenter comme si rien ne s’était passé.
    Trop de sujets importants sont édulcorés voire ignorés.

    Bref on va encore nous refaire le coup de la précédente présidentielle. A moins qu’il soit encore possible aux citoyens d’être entendus !

    Dominique
    Dominique

 
 
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