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Chronique d’un coup d’État annoncé…

Et la peur s’installa comme une dépendance

C’est à partir du mois de décembre que les choses commencèrent à se préciser. Il faisait froid, très froid et la banlieue s’agitait pourtant. Il y eut des vols, des chapardages, des intrusions, des agressions… Puis il y eut des viols. Et la peur s’installa sournoisement, à la tombée de la nuit. Elle était même présente, le jour, parfois, au croisement d’un visage cagoulé sous la pique du vent du nord, au son d’un pas qui se rapproche dans le brouillard, à l’impression que l’on a du ralentissement de certaines voitures devant l’abribus. La peur était là. La peur s’installa, enfin.
Et ce sentiment ne faiblit point jusqu’au printemps, lorsque avril vint, couvert d’affiches et de slogans.

A partir de janvier, juste après les fêtes, chacun s’en souvient je crois, il y eut ces titres dans les journaux. Il y eut des photos, aussi, en première page, en couleur parfois. Du sang, des flammes et des tôles tordues. Des mines patibulaires, des gones [1] de banlieues sordides, la rage aux lèvres et le cocktail Molotov à la main. Il y eut des dérapages, des tabassages et des assassinats. Peu importait alors la couleur de l’assassiné, seule celle de l’assassin comptait.

Les lieux de cultes comme un enjeu

Puis vint le temps des synagogues. Voiture bélier, cocktail Molotov, tags, tout y passa. Peu de choses en somme au regard du génocide qui s’opérait là-bas. Vous savez, là où l’on nous dit qu’un certain Jésus serait né de père inconnu et de mère pucelle.

Enfin, il n’y avait pas de coupables à se mettre sous la main. Il devenait alors plus facile de les montrer du doigt, de les désigner, de les nommer presque, puisque personne ne pouvait contredire des affirmations que l’ensemble des médias corroborait à l’unisson. Le pouvoir, aussi, désignait.

Dans ces périodes-là, les coupables interpellés ou identifiés sont gênants, chacun le sait.

Il y eut bien d’autres choses encore et même une « Marseillaise » que l’on siffla et que l’unanimité journalistique qualifia de crime de lèse majesté. Pousser un chômeur au suicide ne sera jamais rien comparé à ce sifflotement « présidenticide » ; le harcèlement moral, comme savent si bien le pratiquer quelques employeurs de choc, non plus. Catherine si tu me lis.... tu es directement visée.

Et la peur devenait palpable. Chaque « une » de journal, chaque flash à la radio, chaque journal télévisé donnait une large place à cette insécurité exacerbée, à cette haine de l’autre, à ces faits divers qui du coup, n’étaient plus des faits divers. Ils étaient la France, le véritable visage de la France malade de l’immigration, malade de ces loubars toujours aussi basanés qui refusent de s’intégrer et de se couler dans le moule.

La France était au bord de la chienlit, prête à sombrer dans le pire des cauchemars, par la faute des immigrés, pour sûr, à conditions qu’ils soient originaires d’Afrique. La préférence allant, en la matière, au nord de ce continent.

Et vint un homme au passé de gégène

Et vint un homme que l’on connaissait déjà et qui portait en lui la solution (finale ?). Et vint un homme au regard de cyclope, le verbe haut. Et vint un homme obsédé de pucelles. Et vint un homme au passé de gégène qui nous tendit les bras. [2]
Il promit de radicales solutions et apportait une réponse à tous les problèmes posés. Le discours était clair. Il parlait le langage du terrorisé, de celui qui se cache et qui a peur. Avec très peu de mots, l’avenir devenait tout à coup plus réjouissant, presque possible. Enfin, la France allait être nettoyée, purifiée. Les cars de police et de CRS allaient arriver pour pacifier les banlieues et protéger la veuve, l’orphelin et l’agressé potentiel. Demain serait un autre jour. Le discours pour connu qu’il soit prenait alors toute sa force, amplifié par TFN, méthodiquement, chaque soir à l’heure du souper. Combien de plats de pâtes ont refroidi, de potages ont débordé, chez les prolos et ailleurs, pour s’être laissés hypnotiser par la « pernaudicide » information.
Que d’horreur en ce bas monde, mais que d’horreur… puisqu’ils le disent. Et ils le montrent aussi !

Il y eut le 21 avril et son appel aux urnes. La foule se pressait pour être élue pas pour élire. Ce qui avait été, méthodiquement, préparé arriva. Il n’en restait que deux. On les appela « le voleur » et « le facho ». Mais il fallait choisir. Et tout le monde dit dans une parfaite unanimité qu’il fallait choisir le « voleur » car c’était le moindre mal. Quant à l’autre, jadis la « providence », le « sauveur », le « troisième homme » il était indispensable de lui barrer le chemin, de lui faire mordre la poussière, et même plus. L’avenir était en danger. La démocratie vacillait. La France allait sombrer dans un fascisme sans précédent. Hitler et Mussolini étaient de pâles dictateurs au regard de celui qui allait prendre la France… et les Français. L’heure était au rassemblement et tout le monde était beau et gentil à la fois dans les rangs de ceux qui allaient manifester pacifiquement.

Il fallait s’emparer de la rue et ce sont les jeunes que l’on y poussa. Personne ne sait aujourd’hui qui était ce « ON ». La rue s’emplit de lycéens, d’adolescents et l’imagination créatrice prit le pouvoir, le temps de quelques matinées de défoulement. L’Internet s’anima de débats nocturnes et diurnes, enflammés et contradictoires. Un autre monde était possible.
Puis vint ce 1er mai « historique » et consensuel. La foule dans les rues. La foule qui brûlait ce qu’elle avait idolâtré. Une marée contre la haine et le fascisme, contre l’intolérance et la bêtise. Et chacun crut qu’il en était ainsi. Longtemps après ils le croyaient encore. Quelques uns y croient toujours par lassitude ou par habitude, mais jamais par conviction.

On ne parlait plus de faits divers dans les journaux, ou très peu, enfin plus modérément, comme pour nous rassurer en nous démontrant que la France respirait encore et que son pouls ne s’affolait pas trop. La peur peut naître, aussi, de situations étales. Tout est question de dosage. Le moment était aux dosages savants. Il fallait rassurer mais pas trop. Laisser comme une impression de besoin. Créer le besoin, voilà l’exacte vérité. Ce besoin portait un nom trop souvent décrié : Chirac.

La prophétie était dans la pomme

Le 5 mai arriva comme une tragi-comédie et Chirac fut élu comme on l’est trop souvent dans certains pays d’Afrique, républiques bannières inclassables. Pour une première, ce fut une première. 82 % des électeurs reconnaissaient le « voleur » comme étant le « sauveur ». La pensée vacilla un moment, avec le vocabulaire, puis tout redevint calme et serein. Ceux d’avant, qui avaient eu très peur, et ceux qui s’étaient fait peur entre les deux tours se retrouvaient pour une même fête… parallèle. Ils l’avaient échappé belle et ce sentiment d’avoir participé à une véritable révolution leur donnait l’impression d’être, enfin, les acteurs d’une aventure, presque unique, au service de la liberté, de l’égalité... Tout est affaire de sentiment : la peur, l’amour, la haine, l’espoir, le désespoir… Manipuler le sentiment, ah, le bel art que voilà !

El Gringo nous fut donné, comme une offrande. Avec sa paupière pendante et sa bouille de bougnat accoudé au zinc, l’homme se veut rassurant. Il est là pour ça. Il nous ressemble. Un homme passe-partout ! En mission si l’on peut dire, chargé de nous faire gober l’inavouable intolérable et de nous entuber (au sens littéral s’entend) tout en douceur comme on gave les oies. Il n’est pas dans la nature de l’oie d’être gavée, et pourtant l’oie qui s’habitue est heureuse et reconnaissante envers son gaveur ! Ce ne sont pas les Landais qui me contrediront.

Je vous passe la description du Gouvernement qui « s’inscrit dans la durée » comme une prophétie. Nous avons 5 ans pour disserter sur le sujet.

La France, comme une prostituée qui va de l’un à l’autre sans état d’âme

La chiraquie s’empare de la France et crée l’UMP. Machine de guerre à géométrie variable et à durée indéterminée, le mouvement doit permettre de conquérir l’Assemblée Nationale pour l’offrir à son monarque. C’est le but avoué. Bayrou s’agite et rend plus naturelle encore, puisque discutée, cette confiscation du pouvoir, des partis et des électeurs.
La vague pubère de l’entre-deux tours, oubliant pourquoi elle était descendue dans la rue, n’a pas cru bon de rechercher le chemin des urnes.
Les extrêmes ayant subi le revers que l’on sait un certain 21 avril, la route est tracée pour un affrontement Gauche-Droite malgré la pléthore de candidats. La stratégie ayant parfaitement fonctionné il n’y aura pas de triangulaires stupides. Ce sera, la Gauche ou la Droite et rien d’autre. En l’occurrence ce sera surtout la Droite.

Décodeur électoral nécessaire

Est-ce un bien, est-ce un mal ? Après avoir vécu et analysé tout ce qui s’est passé depuis plus de 6 mois je reviens au point de départ. Je ne sais toujours pas à qui profite le crime. Je ne sais pas qui a manipulé qui. Et pourtant, la question est essentielle. La réponse, aussi.
Est-ce que la Droite a vraiment voulu tous les pouvoirs ou bien est-ce la Gauche qui lui a fait ce cadeau empoisonné ? Est-ce que la Gauche a délibérément choisi la traversée du désert pour mieux se refaire une santé et revenir en force le moment venu ?
Je ne sais plus. Tout est possible et tout a été conçu pour que l’on comprenne le moins de choses possible. Ils ont effacé les traces et la mémoire est si fragile que, demain, il n’y paraîtra plus… rien.

Je rêve d’une commission d’enquête indépendante qui ferait la lumière sur les six mois qui ont précédé les élections présidentielles. Je sais que nous ne saurons jamais la vérité. Je ne sais pas si je deviens parano ou si la réalité est ainsi et dépasse, du coup, toutes les fictions. Je ne sais plus rien et plus je cherche et moins je trouve. Quand je commence à comprendre, la vérité s’efface… C’est comme une brusque rafale sur le sable du désert après le passage du Paris-Dakar. Les salauds font toujours disparaître les indices… et le temps fait le reste.

Il n’y a qu’une chose dont je sois sûr : toute cette gymnastique électorale ne dessert pas les intérêts financiers des multinationales, des grands groupes et des boursicoteurs. Au contraire, la passion et confusion générale permettent de faire passer moult arrangements et surtout de préparer quelques lois scélérates qui vont être votées dans l’urgence. Au profit de qui ? Je vous le donne en mille.

« A la bourse de Paris, Jean-Pierre Gaillard, pour la Nausée » peut-on entendre encore en tendant l’oreille.

Faut-il croire en demain ? Je voudrais tant pouvoir répondre à cette question, aussi.

Gilles LESTRADE


Notes

[1Expression typiquement lyonnaise désignant un enfant, une jeune…

[2Excuse moi Léo de te plagier ainsi


 
P.S.

Illustration : Lakoët

Note de l’auteur : Cette chronique est loin d’être achevée. Je la complèterai en fonction des évènements et de l’inspiration... A suivre donc.

Lire : Le plan diabolique. Mitterand et le Front National

 
 
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