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"Face à moi"

Par Thierry RENARD

Ceux qui n’aiment pas ma poésie, n’aiment pas la poésie. Non, je ne me
crois pas supérieur à un autre dans ce domaine si particulier. En matière de
création poétique, il n’existe aucune compétition répertoriée. Il ne s’agit
pas là d’une discipline sportive. Je demeure convaincu que tout élan
poétique, s’il est authentique, est porteur de promesses et d’illusions -
même lyriques. L’espérance de chaque poète mérite, en premier lieu, d’être
récompensée.
Un poète, pour moi, ce n’est pas une bête à part, un monstre d’orgueil, un
nombril déclaré. C’est seulement quelqu’un qui voue sa vie à la chose
poétique, entièrement, totalement. C’est un engagement de chaque jour et de
chaque heure du jour.
Le métier de poète est bien plus qu’un métier mais qui permet rarement à
celui qui l’a choisi de gagner sa vie avec. Il y a comme un décalage, depuis
longtemps établi, entre les poètes et l’époque où ils sont. N’être ni en
avance ni en retard sur l’horaire. Etre, tout bonnement, "décalé". Pour ma
part, je me réjouis de me trouver souvent dans cette situation. Tantôt j’ai
une heure d’avance et tantôt j’ai un siècle de retard. Mais, comme chaque
être humain sur la terre, j’appartiens à mon temps et à ceux qui en<
partagent les avantages et les désagréments.
Je reste à la fois motivé et décalé, et je veux me croire utile à la
société, en ma qualité de poète - puisque c’est un terme que je revendique -
et en tant que citoyen actif et attentif. Je suis des vôtres, tout
simplement. Ni meilleur ni pire. C’est avec vous que je passe dans la vie et
dans ses rues très peuplées.
D’autres, bien avant moi, ont témoigné que tout cela avait un sens, même
faible, même incertain. Et c’est le sens qu’on poursuit. La poésie ne prouve
rien, elle invente et elle témoigne. Elle rend plus humain, mais nous n’en
savons rien. Au fond, nous ne savons presque rien. Mais nous continuons la
route. Nous ne reculons devant aucun obstacle. Nous marchons à pas lents ou
à pas pressés. Nous avançons à tâtons. Mais nous y allons, nous avançons.
Les remarques ou définitions que je viens ici d’exposer me renvoient à ce
portrait de moi, cette photographie de Michel Durigneux, prise dans le cadre
de ma résidence à Rochefort-sur-Loire. Qui suis-je, et qui sommes-nous ? Je
lis sur mes lèvres, dans mes yeux, sur mon visage. Mais je lis aussi dans
les livres. Tout cela me rappelle le très fameux film de Tony Gatlif " Gadjo
dilo ". On y apprend la vie, donc l’amour et le désarroi. On y apprend tout
ce qui n’a pas encore été dit ou écrit. La vie toujours se balance au bout
d’une corde ou bien marche sur le fil du rasoir. La vie est passante et
périlleuse. Mais elle demeure belle et souveraine.

Soudain je regarde mon portrait, et je souris.
J’ai voulu faire de toute mon existence un chant.
Y suis-je seulement parvenu ?
Désormais nous sommes deux.
L’un en l’autre.
L’un contre l’autre.

Et ma voix vous ouvre la VOIE...

Le 23 - 04 - 2001,
à Rochefort-sur-Loire
Thierry Renard
 


 
 
 
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