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Consensus du 10 décembre ou sabordage de toute la gauche antilibérale ?

Le plébiscite des adhérent-e-s du Parti Socialiste pour Ségolène Royal, clarifie considérablement la donne politique à gauche.. Le terme de social libéral décliné dans nos textes prend ici toute sa portée. Pire alors que le pays a voté à 55% pour le non au référendum sur le TCE, les candidats socialistes du oui obtiennent 80% des voix. Ce score sans appel renforce notre refus de toute participation ou soutien à un gouvernement ou une majorité d’inspiration social-libérale.

Ce choix caricatural des adhérent-e-s socialistes doit avoir son corollaire politique : l’unité de toutes les forces antilibérales était légitime, elle est plus que jamais nécessaire.
Certes, la candidature de S. Royal libère sur le programme un espace politique à gauche du PS. Mais pour les élections présidentielle et législatives de 2007, tenter d’occuper cet espace avec des candidatures séparées serait totalement contre-productif voire irréaliste.. Non seulement cela ne ferait que renforcer la logique du vote utile dès le premier tour, mais cela crédibiliserait un des éléments de la victoire de Ségolène : son soit disant caractère novateur, moderne, au-delà des partis ... pour ne pas dire bonapartiste au féminin.
Sans unité, on peut parier que chaque candidat-e concurrent-e « à la gauche du PS » sera d’abord « ringardisé-e » puis sévèrement sanctionné-e.. De plus l’unité s’est déjà réalisée autour d’un programme, clairement antilibéral, à l’élaboration duquel ont participé des milliers de citoyen-ne-s par la rédaction de multiples amendements. Ce serait un paradoxe lourd de conséquences si nous ne parvenions pas à désigner un-e candidat-e pour porter ce programme dans un cadre collectif.

Désigner un-e candidat-e pour l’élection présidentielle signifie faire un choix parmi celles et ceux qui ont mené la campagne contre le TCE et qui se sont par la suite retrouvé-e-s dans les collectifs unitaires. C’est un exercice inédit, car habituellement, le choix des candidats se fait dans le cadre d’un parti politique avec des statuts, des traditions de fonctionnement et un corps électoral clairement identifié.
Notre configuration ressemble davantage à celle d’un front politique regroupant des appareils (nationaux ou locaux) et des militant-e-s non-encarté-e-s dans une dynamique de collectifs de bases portés par la victoire, la légitimité et la confiance militante issue de la campagne du Référendum. D’où la décision au consensus.
D’une certaine façon en procédant ainsi, nous contribuons à la crise de la Vème République, particulièrement celle du candidat vedette et charismatique qui a « rendez-vous avec le peuple ».

Le choix que nous avons à faire est effectivement un exercice inédit, mais il n’est pas, somme toute, si compliqué.

Retenons pour premier critère du consensus possible celles/ceux qui sont le mieux à même de fédérer l’ensemble des organisations politiques et des militant-e-s des différents collectifs.
Nous savons déjà qu’aucun-e des porte-parole des partis présents dans la campagne contre le TCE mais préalablement constitués ne peut assurer cette tâche ... Ni Mélenchon, ni Besancenot, ni Buffet. Cela n’a rien à voir avec leurs capacités personnelles à porter un tel combat, ni à l’estime que nous leur portons, mais renvoie au caractère minorant dans l’électorat que prendrait inévitablement la campagne à partir d’une telle candidature. Les collectifs à grande échelle ont déjà émis cette idée. Le passage en force du PCF serait vécu par la plupart des collectifs comme la volonté d’un parti, aussi fort soit il, d’imposer un point de vue décidé ailleurs.

Mais, au fond, n’en va-t-il pas de même pour une personnalité comme José Bové que nous respectons et dont nous sommes totalement solidaires dans les combats qu’il mène sur les OGM et contre la mondialisation libérale ?
Pour cette fonction de représentant de toutes les forces antilibérales, à cette élection présidentielle de Mai 2007 (car dans cette affaire tout est parfaitement circonstancié), il souffre, selon nous, des mêmes défauts qu’un porte-parole de parti politique. Certes, une notoriété incontestable et une parfaite visibilité. Mais justement, José peut apparaître aussi, qu’on le veuille ou non, comme le porte-parole d’un combat spécifique avant d’être celui des collectifs et des organisations politiques.

Soyons-en convaincu-e-s : la notoriété préalable n’est pas le critère principal que nous devons retenir pour la désignation de notre candidat-e. Car celle-ci, généralement acquise dans un autre contexte et sur d’autres tâches que celle qui nous occupe génère le plus souvent des avis contradictoires plus forts qu’on ne le pense qui altèrent la démarche unitaire.
La véritable notoriété de notre candidat-e, dès le lendemain de sa désignation, sera celles additionnées de Marie-George, Olivier, José, Jean-Luc, Yves, Clémentine et tou-te-s nos autres porte-parole ! Sur ce plan, nous avons, et de loin, le meilleur casting de toute la campagne présidentielle, testé « in vivo » lors de la campagne référendaire et confirmé dès les premiers meetings massifs de notre pré-campagne.
De plus notre tâche pour cette élection ne consiste pas à fabriquer un candidat dans la durée, notre Lula français, effectivement élu président après 2 campagnes présidentielles.

Dans notre choix, la crédibilité politique doit prendre le pas sur la notoriété.. Et, en l’occurrence, la crédibilité se mesure, à cette étape de notre aventure politique collective, d’abord, à la capacité de rassembler.

Le deuxième élément qui facilite notre choix est la prise de conscience des caractéristiques inévitables de la campagne électorale que nous allons mener.
Elle sera bien différente du long débat national que fut celui du référendum. Car, la campagne sera brève ! Quelques semaines après les fêtes tout au plus, autour des axes essentiels de notre programme et sur les mesures d’urgence que nous réclamons. Pour peser sur le vote de l’électorat, il faudra quelques messages forts en direction de ceux et celles qui souffrent des politiques libérales imposées au pays depuis plus de vingt ans.

Le premier message, à utiliser - d’un bout à l’autre de la campagne - est la continuité et la cohérence qu’il y a entre le vote antilibéral du 29 mai et le vote pour le candidat unitaire que nous présentons et qui est issu de cette bataille. Dans ce cadre, une catégorie particulière d’électeur-trice-s à mobiliser sont les abstentionnistes, qui ne se reconnaissent plus dans la gauche social libérale, qui sont découragé-e-s par la faible crédibilité des alternatives à gauche mais auxquel-le-s la campagne référendaire et la lutte contre le CPE ont redonné espoir. Il-elle-s ont voté au Référendum majoritairement pour le NON. Il-elle-s répondront à nouveau présent-e-s à la présidentielle et aux législatives si nous savons incarner un véritable enjeu de changement politique.

Le deuxième message c’est précisément la manifestation - pour ne pas dire la mise en scène - de notre unité, enfin réalisée, et dont nous espérons qu’elle inaugure une nouvelle ère de la politique dans ce pays.. Cette unité que nous aurons su réaliser autour non pas d’un-e seul-e candidat-e mais d’une équipe de porte-parole. Car, nous ne présentons pas une personnalité unique mais une seule candidate, l’unité, un seul candidat, notre programme, porté collectivement par 5 ou 10 porte-parole qui travaillent, agissent, apparaissent ensembles. Et avec eux-elles, des dizaines de milliers de militant-e-s qui manifestent, convainquent, agissent et sont également des porte-parole.
C’est une position extrêmement forte qui rompt avec des candidatures de témoignage dispersées.
C’est notre réponse au cirque médiatique Ségo/Sarko et surtout c’est un affrontement direct avec le sinistre fasciste qui hante le paysage politique français depuis vingt ans et que nous avons laissé se proclamer « premier parti ouvrier de France ». Uni-e-s, nous serons les mieux placé-e-s pour nous adresser à l’électorat populaire par un travail dans les quartiers abandonnés par toute la gauche depuis longtemps.

Voilà résumé brièvement les critères qui doivent déterminer le choix de la candidature dont nous avons besoin pour la campagne présidentielle..
Nous sommes devant un choix décisif : occuper avec une candidature unitaire l’espace ouvert par le résultat du Référendum sur le TCE et les choix du PS ou rester dans la dispersion et prendre le risque d’un découragement massif pour de longues années car nous laisserions alors un paysage dévasté aux mains du tandem Sarko/Ségo avec un FN omniprésent, même si, comme nous l’avons déjà affirmé et le confirmons, nous ferons tout pour barrer la route à la droite.

Au point où nous en sommes, et après mûre réflexion, et rappelant que nous avons besoin de Marie-George Buffet, de José Bové, d’Olivier Besancenot, de Jean-Luc Mélenchon, de Clémentine Autain et de l’ensemble des porte-parole, la proposition qui se rapproche le plus de celle, nécessaire pour rassembler d’abord, et mener campagne ensuite nous semble être celle d’Yves Salesse, président, en congé, de la Fondation Copernic et initiateur de l’appel des 200 contre le TCE qui nous a rassemblé avant et après le 29 mai. D’ailleurs, n’a-t-il pas déjà le dernier tour de parole dans les meetings de pré-campagne où il sait à chaque fois trouver les mots justes qui rassemblent et mobilisent ?
Il ne s’agit pas d’une appréciation sur la valeur personnelle d’un individu par rapport aux autres candidat-e-s déclaré-e-s.. Si nous voulons vraiment avancer tous et toutes ensemble, et franchir ce cap difficile de la désignation de la personne qui devra, le temps d’une campagne, porter collectivement avec l’ensemble des porte-parole, le programme de notre rassemblement et dynamiser l’unité, la meilleure solution n’est-elle pas de choisir celui, en l’occurrence Yves Salesse, qui a constitué et constitue le trait d’union de toutes les forces de ce rassemblement, capable de fédérer toutes les énergies dans leur diversité. Il a su si bien le faire d’abord lors de la campagne référendaire, puis dans le cadre des collectifs du 29 mai, enfin, aujourd’hui, en étant l’un des initiateurs de l’appel du 10 mai et en assurant la coordination de l’élaboration du programme..

Gilles Da-Ré, Bernard Dedeban, Jacques Richaud, Patrick Tormo, Joel Trotard


 
 
 
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3 commentaires
  • Et si c’était lui ? 3 décembre 2006 19:14, par FredSud37

    Si vous ne l’avez pas encore vue, je vous invite vivement à regarder la vidéo du discours tenu par Jean-Luc Mélenchon le 17 novembre dernier à Montpellier et qui est disponible : ICI.

    Voir en ligne : Alternative à Gauche en 2007

  • Si votre candidat était le meilleur, avouez que cela se saurait. Pourquoi refuser la sanction du vote démocratique d’un parti qui lui même a été surpris du résultat pourtant attendu ? Rares sont les politiques crédibles aujourd’hui. Alors je vous mets au défi de soutenir et de faire adopter par les députés la proposition suivante : un mandat électif à "Points" comme le permis de conduire.
    Chaque engagement non tenu à l’occasion d’un vote ou d’une décision sera sanctionné selon un barème et viendra en déduction d’un nombre de points affectés au mandat de député ; sénateur,et tout élu ayant une responsabilité engageant la vie quotidienne de tous les citoyens.
    Lorsqu’il n’y a plus de points, retour à la maison sans indemnité compensatoire en attendant la prochaine élection. vous verrez que tout comme les sanctions pour les limitations de vitesses vous constaterez rapidement une amélioration des relations citoyens/politiques pour notre plus grand bien commun.

  • Depuis longtemps, je n’avais lu une présentation aussi pertinente sur la façon de rassembler la gauche anti-libérale, de façon à éviter au maximum les clivages de partis, les luttes d’influence,. Créer une assemblée représentative du mouvement dont Yves Salesse serait en quelque sorte le candidat désigné semble la seule alternative possible dans l’état actuel des choses, mais faudrait faire vite, très très vite... Il est sans doute un peu tard pour mettre en ordre de "combat" tant de militants issus de sensibilités différentes d’autant plus que les leaders politiques ne passeront pas la main aussi facilement. Il n’en reste pas moins qu’un mouvement au-delà des partis politiques traditionnels est en train de voir le jour, qui risque de peser pendant et après la campagne électorale. J’adhère totalement à cette idée de dépassement des structures conventionnelles (productrices de prêt à penser) autour d’un axe principal : en finir avec un système économique criminel et prédateur. A partir de là, l’intelligence et l’imagination, la solidarité et la tolérance, en débordant les cadres inadmissibles de l’embrigadement, ouvriront les voies d’une nouvelle gouvernance basée sur l’honnêteté et le respect des citoyens. Il y a de fortes chance pour que les mouvements altermondialistes construisent les bases d’une société plus juste qui apprendra à s’autogérer avec le moins de violence possible. Dans ce sens, la politique s’apparente à une oeuvre artistique collective s’élaborant sans complaisance à partir d’une vision "clairvoyante" et libératrice des conditionnements et des crispations inextricables qui sont le lot inévitable des sociétés hyper sédentarisées (sur)vivant dans l’illusion bien relative de la sécurité et du confort matériel au milieu des dangers du monde, André C.

 
 
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