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Soigner les causes, non les symptômes !

Les 15 ont approuvé, ce week-end à Séville, les grandes lignes d’une politique commune en matière d’asile et d’immigration. Cet accord marque l’entrée de ces domaines dans la politique extérieure de l’Union Européenne.

L’aide au développement ne sera pas liée directement à la maîtrise des flux migratoires.

Les dirigeants politique européens ont réaffirmé leur détermination à lutter contre l’immigration illégale, mais en privilégiant la coopération avec les pays d’origine.
Les pays partisans d’une ligne plus dure, Espagne en tête, favorables à des sanctions à l’encontre des pays jugés insuffisamment coopératifs, n’ont pas eu gain de cause et ont dû entériner une approche plus modérée. Le projet de la présidence espagnole, soutenu par l’Italie et le Royaume-Uni, s’était heurté d’emblée à l’opposition farouche de la France et de la Suède, appuyées par d’autres pays comme la Belgique, le Luxembourg et le Portugal.
Les nouveaux accords de coopération et d’association conclus par l’UE avec des pays tiers comporteront une clause sur "la gestion commune des flux migratoires" et sur "la réadmission obligatoire" des clandestins dans le pays d’origine ou de transit. L’UE s’est engagée à fournir un appui technique et financier. Les 15 ont réaffirmé la nécessité de s’attaquer sur le long terme aux causes des flux migratoires : l’accent sera mis sur la coopération économique, le développement des échanges commerciaux, l’aide au développement, ainsi que sur la prévention des conflits.

Des points de vue divergents : qui croire ?

Tout est pour le meilleur des mondes ? Peut-être. En tous cas, les avis divergent.
Le président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Peter Schieder a vivement critiqué lundi à Strasbourg la "dramatisation" des problèmes de l’immigration lors de ce sommet. "En durcissant leurs approches en matière d’immigration, les gouvernements européens font bon marché des grandes conventions internationales sur le droit humanitaire et les droits de l’Homme", a accusé M. Schieder lors de la séance d’ouverture de la session parlementaire d’été.
"Nous ne pouvons pas nous permettre de jeter par la fenêtre les conventions de Genève au nom de l’opportunisme électoral qui sert les extrémistes xénophobes ", a-t-il déclaré dans un discours en forme de réquisitoire. "Cette stratégie est vouée à l’échec", a-t-il insisté.
"L’immigration illégale a-t-elle vraiment pris des proportions aussi spectaculaires ou bien cette question a-t-elle été exagérée et artificiellement grossie ?" et "Jusqu’où sommes-nous prêts à aller dans notre tentative néfaste pour gagner quelques voix au prix d’un compromis sur les droits de l’Homme et les valeurs humanistes ?" , s’interroge M. Schieder
Selon M. Schieder, "la seule chance de pouvoir relever le défi d’une régulation de l’immigration sans causer d’effets négatifs sur la situation politique, économique, humanitaire et des droits de l’Homme est de dédramatiser le problème en donnant au public des informations objectives sur sa réelle ampleur, en adoptant des mesures qui répondent à la réalité et non à des sentiments suscités par la presse à scandale, et en respectant rigoureusement les principes humanitaires".
Les associations de défense des réfugiés ont quant à elles, jugé plutôt "positive" la tonalité des conclusions de Séville. "Nous sommes soulagés que la menace d’utiliser l’aide au développement ait été écartée et nous jugeons positive la référence aux relations commerciales pour aider au développement" des pays d’immigration, a commenté Peer Barneke, secrétaire général du Conseil européen sur les réfugiés et exilés.

Une réalité qui n’est peut-être pas aussi rose qu’on le dit

Les Conclusions du Conseil Européen de Séville (qu’il est possible de trouver au lien suivant ) méritent d’être analysées dans leur entièreté, appendices et annexes en tête. En effet, seule une lecture complète du texte permet de mieux saisir le sens profond des décisions qui ont été prises.
De nombreux points " sensibles " ont été abordés lors de ce Sommet, outre celui sur l’asile et l’immigration. Parmi ceux-ci : les questions liées à l’avenir de l’Union (Réformes Institutionnelles, Elargissement) ; la lutte au terrorisme ; le conflit Israélo-palestinien ; la fiscalité et les réformes économiques ; la mise en place d’une gestion coordonnée et intégrée des frontières extérieures de l’UE.
Bien que nulle décision importante n’a été prise dans aucun domaine que ce soit, il se dégage malgré tout de ce texte comme une odeur aigre-douce. A première vue le ton semble équilibré et les arguments raisonnables. Mais en y regardant de plus près, il est possible de se rendre compte que la logique de fond qui émerge de ces Conclusions est dévastatrice.
La langue de bois a fait son œuvre, relayée comme d’habitude par des médias complaisants et des soi-disant " journalistes " peu enclins à faire leur métier d’enquête et d’analyse. Si tel avait été le cas, pourquoi aucun d’entre eux n’a relevé que les perspectives économiques mentionnées par les 15 sont fantaisistes et en complet désaccord avec celle de la Banque Centrale Européenne ? Pourquoi aucun d’entre eux n’a mis en évidence que, malgré que l’aide au développement de l’UE ne sera pas liée à la lutte à l’immigration clandestine de la part des pays tiers, elle le sera bel et bien en matière de lutte au terrorisme ? Pourquoi aucun d’entre eux n’a pas plus ouvertement critiqué la position européenne en ce qui concerne le Proche-Orient (pas assez ferme vis-à-vis d’Israël et qui pourrait se résumer aussi à  : "un Etat pour la Palestine oui, mais selon nos lois, avec les structures et les hommes que nous désirons ") ? Pourquoi… ? La liste est longue.
Dans le court terme, ce Sommet n’aura peut-être pas de répercussions négatives directes pour les " pays tiers " mais dans le long terme celles-ci risquent d’être catastrophiques. Séville représente en effet une étape ultérieure dans l’avancée vers une Europe-Tour d’Ivoire, impérialiste et ultra-libérale.

Une politique myope et partisane

Les chefs d’Etats et de Gouvernements européens ont à nouveau brillé par leur manque de vision et de clairvoyance ; par leur incapacité à prendre des décisions pour le bien commun ; par leur inavouable manque d’autocritique. Peu importe les positions plus ou moins édulcorées de uns ou des autres ; de toutes façons tous tendent dans la même direction : celle du Marché Global et du Nouvel Ordre Mondial Multipolaire.
Rappelez-vous. Les 15 ont réaffirmé la nécessité de s’attaquer sur le long terme aux causes des flux migratoires : l’accent sera mis sur la coopération économique, le développement des échanges commerciaux, l’aide au développement, ainsi que sur la prévention des conflits. Croient-ils vraiment que cette stratégie de la carotte et du bâton soit la meilleure pour résoudre les causes profondes des inégalités existantes entre Nord et Sud et garantir à la planète un développement réellement durable ? Ne comprennent-ils pas que l’Europe a été et est toujours elle-même une cause profonde de la misère mondiale ? Ne voient-ils pas que tant qu’il n’y aura pas une autre façon de penser et d’agir en Europe, il n’y aura pas de solutions durables possibles aux problèmes de la planète ?
L’Europe doit cesser d’essayer de soigner inutilement les symptômes ; elle doit plutôt s’efforcer de trouver et de soigner les causes profondes des maux de l’Humanité, même si cela doit lui coûter très cher.
Le fossé qui sépare les pays riches et les pays pauvres n’ira qu’en s’agrandissant tant que l’Europe ne se remettra pas complètement en discussion et ne changera pas radicalement ses priorités ; tant qu’Elle ne se dotera pas d’une réelle politique mondiale cohérente avec les valeurs qu’Elle prêche et défend.
Pour une politique mondiale de long terme, plus inspirée, plus inspirante et surtout plus cohérente.
Quels ont été les objectifs principaux de l’Europe en matière d’unification depuis le sommet de Maastricht en 1992 ? Avant tout la création de l’Union Monétaire (au moyen de l’Euro et de la création de la BCE) ; ensuite la création de l’Union militaire (au moyen de la PESC, de la PESD et bientôt d’une Force d’Intervention Rapide), de l’Union judiciaire et policière ; le tout se conclura bientôt avec la création de l’Union Politique (au moyen de la Convention Européenne et de la création d’une Conférence intergouvernementale ad hoc qui statuera définitivement sur l’avenir de nôtre cher vieux continent).

Economie - " Défense "- Sécurité et " Justice "- Répartition du pouvoir entre les Partis Politiques Européens.

Voilà donc les priorités de l’Europe. Celles-ci répondent-elles réellement aux aspirations des citoyens européens ? Sont-elles réellement cohérentes avec les objectifs énoncés en matière de politique de développement durable, d’éducation, de santé, d’environnement ? D’ailleurs pourquoi celles-ci ne sont plus considérés par la Commission Européenne et le Conseil Européen que comme des politiques d’accompagnement économiques visant à " la croissance et à la compétitivité vers le plein emploi " ?
Il sera difficile pour l’Europe d’être crédible en matière de prolifération des armes (vis-à-vis des pays tiers) tant qu’Elle ne cessera pas elle-même d’en produire et d’en commercer. Il sera difficile pour l’Europe d’être crédible en matière de Santé et de lutte aux maladies infectieuses (ex : SIDA) tant qu’Elle n’autorisera pas l’utilisation de médicaments génériques et n’interdira pas la brevetabilité de la Vie. Il sera difficile pour l’Europe d’être crédible en matière de prévention des conflits tant qu’Elle ne cessera pas d’exploiter les richesses naturelles de la planète. (Quelle guerre en Sierra Leone sans le commerce de diamants ? Quelle guerre en Tchechenie ou en Afghanistan sans le commerce du pétrole ? Quelle guerre au Congo sans le commerce de l’uranium ?…) Il sera difficile pour l’Europe d’être crédible en matière d’environnement tant qu’Elle sera incapable de mettre en pratique pas même un traité ridicule et minable comme celui de Kyoto (alors que l’UNEP -l’agence des Nations Unies pour l’Environnement- dépeint des scénarii catastrophiques dans son dernier rapport Géo-3)…
Il sera difficile pour l’Europe d’être crédible en matière de démocratie vis-à-vis des pays tiers et de ses propres citoyens tant qu’Elle persévérera sur le chemin de la répression, de la violation des droits de l’Homme et des droits individuels.
C’est pourquoi il est urgent que l’Europe s’arrête une seconde pour réfléchir et faire autocritique ; pour évaluer les résultats obtenus jusqu’à présent et vérifier leur cohérence avec les objectifs de départ…et surtout pour qu’Elle en parle entre Elle.
Un changement radical dans ses priorités s’impose, si Elle veut vraiment contribuer à l’avènement d’un monde meilleur, fondé sur des principes de coopération, d’entraide, de respect et d’Amour.
" Si vous ne faites pas partie de la solution, vous faites partie du problème ! "


 
 
 
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