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Félix : quand les mathématiques deviennent de l’art

Quel est le point commun entre La Géode, les Voûtes islamiques de l’aéroport de Bagdad, la station Varenne (métro de Paris), la façade luminocinétique d’Adam (Strasbourg), les Tricornes, la base Concordia en Antarctique, la médaille du Centenaire de la Tour Eiffel, la fontaine Tétraèdre, le brevet Multiplano (système constructif d’équipartition), l’écran du planétarium de la Cité des sciences, à Paris ?

Vous n’en voyez aucun ? Erreur. Toutes ces créations sont liées par une loi mathématique et émanent du cerveau génial d’un seul homme : Gérard Chamayou, dit Félix. Parce que tout le monde l’ignore le plus souvent - preuve de la majesté de ses créations que de gagner ainsi une autonomie infinie qui en fait oublier son créateur - il convenait absolument de réaliser cette monographie du vivant de Félix pour lui rendre l’hommage qui lui est du, et ainsi faire connaître au plus grand nombre l’ensemble de ses créations.

Voici donc, dans un superbe ouvrage, à la fois réunis une biographie, un catalogue raisonné et plus de deux cent photographies en couleurs qui nous font découvrir aussi bien les bijoux, les sculptures, les luminaires, les décors, les cadrans solaires, les installations éphémères ou les œuvres architecturales d’un fou furieux des mathématiques, un homme de sciences, un inventeur hors pair qui s’adonnait aussi à l’art et qui avait décidé de les associer pour le plus grand bonheur de nos yeux ébahis ...

Gérard Chamayou est né en 1929 à Asnières (Haut de Seine) ; fils unique, il se découvre une passion pour les mathématiques dès le lycée. Il intégrera Centrale (promotion 1952) et s’adonnera au tourisme culturel en parcourant l’Europe à vélo, à pied, en auto-stop ... pour visiter les plus grands musées d’art contemporain. Ainsi, tout en se spécialisant pour devenir ingénieur il s’armait aussi d’un solide bagage culturel, tout aussi fort - voire supérieur - à celui des élèves des Beaux Arts qui ne quittaient guère leur salle de classe.

Dès 1964 il décide d’exploiter lui-même sa première invention : le Multicub. Un raccord qui permet l’assemblage, sur un noyau cubique, d’un ensemble de tubes orientés suivant douze directions différentes.
A la demande du conservateur du musée des Arts décoratifs, Gérard Chamayou invente le Trône spatial qui deviendra le signal d’entrée de l’exposition Les Assises du siège contemporain. Pour s’y reconnaître dans ses multiples activités créatrices, il décide de donner naissance à l’artiste Félix, gardant son patronyme pour ses travaux d’ingénieur.

Ses derniers le mèneront vers l’idée d’un art combinatoire qui donnera vie à un certain lyrisme géométrique, plongeant ses racines dans les plus anciennes traditions en remettant à l’ordre du jour les polyèdres mythiques des grands géomètres grecs. Se basant ainsi sur une histoire qui a fait ses preuves, Félix donne libre cours à son imagination en créant, non pas seulement une pièce à partir d’un matériau donné, mais en produisant lui-même son propre matériau.
Ayant soif d’indépendance, Félix crée sa propre société, Multicub, et se lance dans la réalisation de stands d’exposition, de décors pour la télévision, d’aménagement de magasins et bureaux ... puis la consécration arrivera avec les Voûtes islamiques de l’aéroport de Bagdad (44 000 m2, soit le décor-sculpture le plus vaste du monde : plus de 600 000 chandelles suspendues donnant plus de 14 km de voûtes lumineuses) et la Sphère Miroir de La Géode.

On peut classer l’évolution des œuvres de ce génie sous 14 (sic) références : les squelettes (assemblage de tubes suivant douze directions), les apparences (sculptures polyèdres), les multicolores (squelettes de couleurs formés soit de profils, soit de tubes carrés), les étoiles (sculptures définies par l’équipartition de l’espace), les flexibles (série réalisées avec des lames cintrées), les faisceaux (tiges parallèles verticales pour les signaux, horizontales pour les œuvres murales), les lumières (luminaires), les encablures (compression et câbles), les décors (sculptures multidirectionnelles), les cadrans solaires, les bijoux (dont le fameux Pentacub), les Eros (parures de corps, trône cage, étuis péniens ...), les architectures et les projets ... bien qu’âgé de 77 ans !

Au-delà du futur pourrait être la devise de Félix, inventeur fou d’audace et de maîtrise, de générosité et d’ingéniosité ; un homme qui nous laissera des œuvres en suspension comme signe tangible que la vie peut aussi se voir comme un défi aux pesanteurs. Une manière de garder sa légèreté quoiqu’il arrive. Et d’être en accord avec soi-même ...


 
P.S.
 
 
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