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Brésil : l’Arabie Saoudite de l’éthanol

Source : COMAGUER

Si la visite de Bush en Amérique a été l’occasion de montrer l’étendue de son impopularité, elle a permis de
confirmer que le Brésil était le moins déterminé des régimes de gauche à prendre réellement ses distances
avec le « patron » de l’ensemble du Continent. Considéré par les « marchés » c’est-à-dire les milieux
capitalistes transnationaux comme une puissance « émergente », le Brésil ou plus exactement sa classe
dirigeante est toute prête à jouer le rôle d’allié de l’impérialisme (encore) dominant.
Comme on pouvait s’y attendre, c’est l’agrobusiness brésilien qui est le principal intéressé à cette alliance.

Ayant à sa disposition un énorme patrimoine foncier, de bonnes terres peu chères dont il étend sans cesse
les surfaces par la déforestation, un prolétariat agricole surexploité et sauvagement réprimé quand besoin
est par des tueurs à gages, il est un des grands pourvoyeurs des exportations du pays et il tient dans les
forums internationaux comme à l’OMC un discours ultra libéral (dans l’économie capitaliste,le discours ultra
libéral n’est pas une doctrine économique, c’est un discours d’opportunité toujours tenu par les producteurs
en position dominante) sur l’ouverture des marchés internationaux des produits agricoles.

Sans rentrer dans le débat à peine entamé aujourd’hui sur la réalité de la « crise climatique » , on peut déjà
voir les effets économiques de la campagne mondiale de propagande conduire par les puissants (sommet
de Davos 2007, tournées d’Al Gore, rapport STERN en Grande-Bretagne). Un des principaux aspects de
cette nouvelle donne stratégique du Capital et donc futur champ d’accumulation du Capital au niveau
mondial est la promotion des énergies renouvelables. Le moment est bien choisi : après une petite décennie
consacrée à faire passer le message de l’épuisement des ressources pétrolières et gazières, épuisement
dont le terme réel reste inconnu mais dont l’annonce a provoqué une hausse des prix importante et une
hausse vertigineuse des profits des multinationales du pétrole, il est temps de faire démarrer à grande
échelle le marché mondial des énergies renouvelables. Sur le marché des rachats, concentrations, OPA et
autres les sociétés produisant des énergies renouvelables sont des proies de plus en plus recherchées.

Parmi ces énergies renouvelables, les bio-carburants occupent une place singulière puisqu’ils mettent en jeu
à la fois l’agriculture et l’industrie. Il faut produire en masse les végétaux qui seront ensuite transformés en
éthanol, lequel sera incorporé dans des proportions diverses à des produits pétroliers ou utilisé tel que dans
des moteurs à explosion adaptés.

L’agrobusiness brésilien a une longue expérience dans ce domaine. En effet, dés les chocs pétroliers des
années 70, le pays, pas très riche en pétrole, s’est orienté vers les biocarburants principalement à partir de
canne à sucre et a adapté son parc automobile.
Ce que BUSH est donc venu négocier avec LULA c’est la mise en place d’un circuit puissant et régulier de
fourniture d’éthanol brésilien aux Etats-Unis.
L’objectif de cet accord est double :
- desserrer l’étreinte pétrolière bien que les Etats-Unis ne se privent pas de pomper tout le pétrole possible
chez leurs deux voisins de l’ALENA : Canada et Mexique, ce qui ne les empêchera pas de demeurer
cruellement déficitaires
- circonvenir le Brésil en assurant à son agriculture industrielle un débouché massif et régulier
avec, en prime, le double avantage médiatique :
- d’économiser les ressources naturelles
- de faire oublier leurs désastreuses « guerres pour le pétrole » dont les résultats ne sont pas
probants. La nouvelle loi irakienne sur les hydrocarbures (déjà présentée dans notre bulletin n° ) qui
spolie gravement les intérêts de ce pays est bien, sur le papier, très attractive pour les investisseurs
mais la résistance irakienne a interdit jusqu’à présent tout accroissement de la production et toute mise
en exploitation de nouveaux gisements.

Il semble bien que LULA se soit laissé circonvenir puisqu’il devrait bientôt rendre sa visite à BUSH
pour finaliser cet accord stratégique. Pour le remercier BUSH, devrait, c’est annoncé, lui assurer son
soutien pour l’entrée du brésil au G8, promotion qui flatterait l’orgueil national brésilien et
achèverait de lui rallier la grande bourgeoisie du pays.
Au nombre des acteurs qui en ont préparé le terrain on compte entre autres :
- ROBERTO RODRIGUEZ ancien ministre de l’Agriculture du Brésil dans le premier gouvernement
de LULA qui est le chantre de la mise en culture de la région amazonienne
- JEB BUSH le petit frère, ancien gouverneur de Floride
Derrière eux dans l’ombre des Conseils d’administration, toutes les grandes multinationales des grains et
des semences : Cargill (maître US du commerce mondial des grains qui vient de racheter CEVASA le plus
important fabricant brésilien d’éthanol, Bunge, Monsanto et quelques autres.

Un peu moins célèbres que les grands trusts pétroliers mais aussi puissantes ramifiées et qui ne
sont pas disposées à laisser passer l’embellie des biocarburants.

A bien analyser l’opération il est facile d’en voir tous les défauts :
1 - si effectivement les espèces végétales permettant de produire l’éthanol sont renouvelables, les sols eux
peuvent s’épuiser, en particulier dans les zones tropicales ou subtropicales où la stérilisation des terres suit
souvent d’assez prés la déforestation
2 - ce type d’agriculture extensive et quasi industrielle est lui-même un gros consommateur d’énergie :
engrais, machines et le bila énergétique global en incluant les coûts de stockage, de traitement de transport
ne sera pas bien brillant
3 - cette agriculture où vont se concentrer les gros capitaux privés comme publics (il faudra bien construire
les routes ou les voies ferrées conduisant la canne à sucre vers les raffineries et l’éthanol vers les ports
d’embarquement) va se développer au détriment d’une agriculture destinée à nourrir une population qui ne
mange pas tous les jours à sa faim. Où sont passés les discours que tenaient LULA au début de son
premier mandat sur la suppression de la faim ?

Cet aspect du problème a été souligné par HUGO CHAVEZ qui dans son grand discours à Buenos
Aires a précisé que pour produire assez d’éthanol pour faire le plein (un plein) d’un réservoir d’une
voiture aux Etats-Unis il faut autant de terre et de travail agricole (hommes, outils, engrais) que pour
produire la nourriture de 7 personnes pendant un an.

Cet accord sur les biocarburants installe le Brésil dans la position d’une néocolonie des Etats-Unis et va à
contre courant de la politique d’indépendance réelle : politique et économique de l’Amérique du Sud par
rapport à son « parrain ».


 
P.S.
 
 
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