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Le centrisme comme erreur anthropologique... et Bayrou comme vote révolutionnaire

par Frédéric LORDON
(chercheur CNRS)

Ceci est un exercice. Y voir un « appel-à-voter-machin » serait l’affliger du pire des contresens. Ceux qui, intuitu personae, lancent des appels-à-voter-machin sont d’ailleurs, avec leurs commanditaires quand ils en ont, les seuls à ne pas se rendre compte du ridicule de leur posture - pour ne pas même parler de son absence totale d’effet. Ici, il s’agit d’autre chose. Que veut dire la faveur apparemment incompréhensible dont jouit le candidat centriste ? Quelles tares profondes de notre vie politique révèle-t-elle ? Réponse : l’indifférenciation droite-gauche, c’est-à-dire le déni de la conflictualité fondamentale de la vie politique, auxquels le social-libéralisme, dérivant toujours plus à droite, a si bien œuvré. Qu’arrive-t-il à une société quand sont déniés, car déclarés « dépassés », les clivages structurants de sa conflictualité politique ? Réponse : le retour du refoulé - violent. On peut lire cette analyse sans penser à la conjoncture électorale immédiate. On peut aussi la prolonger dans ce registre pour lui faire donner ses dernières conséquences. Car, paradoxe, portant cette affliction à son degré maximum, le candidat centriste offre peut-être la possibilité d’en sortir - à son corps défendant et en contradiction formelle avec son propre projet, ça va sans dire... Ce texte n’est pas une « consigne autorisée » de plus ; il propose un argument. La seule chose à faire est d’y entrer et de voir jusqu’où on est prêt à le suivre. Si les réactions sont vives, c’est peut-être qu’il aura touché quelque point sensible...

On se doute qu’il faut avoir quelques sérieux arguments en stock avant de jeter à la tête d’un mouvement politique la qualification « d’erreur anthropologique »... Si pourtant il y a lieu de l’envisager, c’est parce que l’utopie centriste de réconciliation et de paix politique perpétuelle procède d’un contresens d’une profondeur telle qu’on peut bien dire qu’il touche à des choses si fondamentales de la vie collective qu’elles méritent d’être appelées « anthropologiques ».

Mais que peut bien être cet « essentiel » de l’existence des groupes que le centrisme méconnaît au point qu’on puisse voir en lui, et à rebours de l’image superficielle d’inoffensive modération qu’on en a le plus souvent, un réel péril ? Cet essentiel c’est le problème de la violence. La violence est le fait social fondamental, elle est la condition primordiale de la coexistence des hommes, ce contre quoi la vie collective doit en permanence lutter pour se maintenir. Or la violence est partout. Comme le pouvoir, dont Michel Foucault a montré qu’il n’était pas réduit à la seule figure polaire du souverain surpuissant, mais que, par capillarité, il s’insinue dans toute l’épaisseur des rapports sociaux, on peut dire de la violence qu’elle est dense dans la société. Violence et domination entre patrons et employés, violence et domination entre représentants et représentés, violence et domination entre chefs et subordonnés, entre clients et fournisseurs, professeurs et élèves, propriétaires et locataires, curés et ouailles, et, hors de toute dénivellation hiérarchique ou sociale, entre concurrents, entre collaborateurs même - et jusque dans le couple amoureux ou entre deux amis.
La violence ne règne pas seule dans les rapports sociaux, elle n’y a pas toujours le dessus, mais elle les hante tous. C’est pourquoi elle est le péril social par excellence, le ferment de la décomposition explosive des groupes, leur menace permanente. Parce qu’elle a cette profondeur, parce qu’elle est inscrite comme possibilité au cœur même des rapports engendrés de la coexistence des hommes, les groupes n’ont pas d’autre choix que de « faire avec ». Son essentialité rendant tout à fait impossible la solution qui rêverait de l’extirper définitivement, ne restent disponibles que les diverses voies de son accommodation, c’est-à-dire des mises en forme qui la rendront supportable. Lutter mais dans des jeux sociaux et selon leurs règles instituées, s’efforcer de triompher mais dans des compétitions socialement organisées, conquérir mais dans les formes admises de la conquête, telles sont les stratégies de sublimation et de symbolisation qui peuvent seules permettre aux groupes de persévérer en dépit des pulsions violentes de leurs membres.

Le centrisme comme dénégation de la violence politique

C’est peut-être en politique, c’est-à-dire quand il s’agit de s’emparer de l’imperium et d’occuper la place d’où l’on décide pour tous, que la violence est potentiellement portée à son comble... et que les dispositifs de son accommodation sont les plus nécessaires. C’est en pensant à ce travail civilisationnel de la mise en forme qu’on peut trouver la démocratie le plus admirable des régimes - et non pas en cédant au lyrisme des droits de l’homme ou aux illusions du sujet-électeur libre et souverain. Pour tous ceux qui ne sont pas décidés à croire aux miracles de la représentation, aux fictions électorales de la souveraineté des citoyens libres et égaux, ou à l’immaculée conception de la volonté générale, il reste que la démocratie s’offre comme l’un des plus remarquables appareils institutionnels de mise en forme de pulsions parmi les plus violentes puisqu’elles ont pour objet la conquête du pouvoir politique. Aux nécessairement grands violents qui ont l’ambition de s’en saisir, la forme démocratie impose ses compétitions réglées, ses contentions, et ses symbolisations.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : en aucun cas elle n’éradique ou ne dépasse la conflictualité politique fondamentale qu’elle n’a pour objet que de faire vivre sous un régime de violence sublimée, supportable par le groupe. La démocratie se transforme en illusion quand certains en interprètent la tranquillité propre comme la possibilité d’oublier l’affrontement. Nous y voilà. Car le centrisme a fait de ce contresens le cœur de sa croyance politique. Prendre la pacification démocratique pour le dépassement de la guerre, c’est commettre la plus tragique des erreurs car on peut être certain que la conflictualité niée ici fera résurgence ailleurs, aussi sûrement que le mal-refoulé est voué à faire retour... c’est-à-dire sous les formes les moins contrôlables et potentiellement les plus monstrueuses. Cette véritable plaie politique, en quoi consistent l’oubli de la violence à accommoder et la confusion entre conflictualité régulée et conflictualité surmontée, est à l’œuvre dans la société française depuis bientôt deux décennies. Toutes les convergences larvées du social-libéralisme et du libéral-libéralisme gouvernementaux, toutes les alternances sans alternatives, tous les clubs de « raisonnables » qui s’en font le relais dans le débat public, tels les Fondation Saint-Simon (aujourd’hui disparue mais réincarnée), les Cercle Vauban, confondus dans leur projet de faire se rapprocher la gauche intelligente et la droite modérée, ou l’inverse, nourrissent cette calamité, et travaillent à donner pour dépassés les clivages structurants de la violence politique démocratiquement accommodée, telle qu’elle a été remarquablement symbolisée sous la forme de la polarité droite-gauche. Aux innocents les mains pleines : tous ces gens trop heureux de se retrouver subrepticement d’accord sur les grandes orientations de la politique publique, et notamment de la politique économique - pour faire simple : l’Europe de la concurrence, la financiarisation, les orthodoxies budgétaire et monétaire - et n’ayant plus à mettre en scène que des différences secondes, avec d’autant plus d’ostentation d’ailleurs que celles-ci sont tendanciellement évanescentes, œuvrent en fait, mais visiblement sans le savoir, au démantèlement d’un régime historique de régulation de la violence politique... et sans rien lui substituer puisqu’ils sont persuadés de faire « enfin » accéder le pays à un régime d’unanimité coordonnée par la raison experte, un « moderne » au delà du conflit en quelque sorte.
Or la violence ne connaît ni les impasses ni les culs-de-sac : barrée ici, elle resurgira là - mais sous quelle forme ? On connaît malheureusement la réponse : la conflictualité privée d’expression « officielle » se trouve toujours des émonctoires, et la violence niée dans le champ politique mainstream s’est logiquement redirigée vers de nouveaux entrants qui se sont précisément donné pour stratégie d’en récupérer le flot à haute pression. Front National est le nom de ce lieu ou s’accumulent et tournoient toutes les colères qui n’ont pas trouvé de débouché ailleurs, c’est-à-dire dans un système politique qui maintenant les nie puisqu’il a décrété que les conflits, archaïques (leur mot préféré), étaient passés de mode, qu’il n’y avait plus lieu de se mettre en colère mais de simplement et paisiblement constater l’inéluctable accord. Le centrisme porte à son point le plus haut cette tendance néfaste du champ politique mainstream et parachève, à la stupéfaction d’ailleurs de ses principaux protagonistes, PS en tête, la « grande convergence », logiquement accomplie comme « grande dissolution » de tous les clivages. Le ralliement à Bayrou de groupes de hauts fonctionnaires passés par les cabinets socialistes, vrais acteurs de la dérive indéfinie du PS vers le libéralisme, c’est-à-dire véritables opérateurs, quoique méconnus, de la convergence indifférenciatrice, est à cet égard d’une implacable logique. Que pouvait-on attendre d’autre de technocrates parfaitement dépolitisés, c’est-à-dire politiques mais de la pire manière, à savoir sans conscience de l’être, sinon ce réflexe ému de reconnaissance de leur « lieu naturel », et cette expression de bonheur à l’idée de rejoindre enfin, pour parler de nouveau comme Aristote, leur entéléchie politique : un cabinet Bayrou. Certes ils ont, depuis longtemps déjà, le pouvoir socialiste « à leur main », mais, signe supplémentaire de leur rejet de la conflictualité politique, porté jusqu’à l’ulcération, ils ne supportent même plus les moulinets et la rhétorique de gauche du candidat socialiste, pourtant strictement limités aux périodes électorales. Même la comédie de l’affrontement, c’est encore trop...

Le centrisme comme eucharistie laïque

Le pire dans cette affaire tient sans doute au fait que le centrisme peut compter sur le secours de forces collectives très puissantes qui travaillent le corps social en profondeur et sont le co-produit, mais inversé, de la violence fondamentale : les forces du désir de paix. Parce que les individus ont confusément conscience de cette omniprésente violence, la « grande réconciliation » est la plus tenace de leurs fictions consolatrices. L’amour, l’amitié, la famille sont sans cesse imaginés comme des havres de paix, des lieux où il sera possible de se reposer des agressions harassantes de la violence environnante. Un sociologue durkheimien qui passerait par là y ajouterait l’eucharistie dominicale, ce moment où il est explicitement dit que les fidèles communient, c’est-à-dire, on excusera la tautologie, fusionnent, pour un court moment, en une communauté qui suspend les clivages sociaux et délivre des fatigues de la lutte. Quand ils croient à la communion en Dieu, ajouterait ce sociologue, les fidèles communient en fait entre eux. Et ce n’est pas tant l’idée du corps du Christ qui les émeut, comme ils le pensent, mais l’unanimité fusionnelle où ils se trouvent rassemblés, expérience bouleversante à proportion de la prégnance de l’expérience inverse : celle du conflit et de ses tensions. Quand bien même ils sont usuellement recouverts par un quotidien de violences plus ou moins bien sublimées, ce sont là des attracteurs très puissants de la vie fantasmatique collective. Dans certaines circonstances favorables, ils peuvent même passer à une échelle plus large dans la vie sociale réelle. Nous y sommes. Comme « réconciliation de la droite et de la gauche », dépassement des « camps » et au-delà de la guerre partisane, le centrisme c’est la vie politique conçue sur le modèle d’une eucharistie à grande échelle, la transsubstantiation en moins. A ses tenants qui, sans surprise, se revendiquent chrétiens-démocrates, il faudra juste rappeler que vient toujours un moment où la messe est finie et où il faut sortir de l’église. Pour retourner dans le monde social tel qu’il est - c’est-à-dire traversé de conflits...
Mais pour l’heure il y a trop de profits politiques, et trop facilement ramassés, à tenir le discours de l’affect commun pacificateur. Comme si le corps social oscillait entre des états de fatigue et d’énervement, les seconds, qui portent à l’affirmation de puissance et au conflit, semblent en ce moment dominés par les premiers qui donnent l’avantage aux promesses de réconciliation. Il ne faut pourtant pas s’y tromper : cette conjoncture est nécessairement transitoire - elle n’est qu’un temps de pause dans le processus d’accommodation de la violence. Mais, de ces moments de fatigue, les plus habiles savent tirer le parti maximum. Quand elle ne passe pas par le centrisme politique, l’investissement du registre de la morale ou de la charité en est la stratégie la plus typique : contre la politique « qui divise » et fatigue, la morale est reposante puisque réputée productrice de commun et de communauté. Contre la politique qui sépare, dont, sans surprise, la forme la plus dénigrée est la forme partisane - précisément celle qui accommode la violence politique, et à laquelle on sait bien peu gré des immenses services civilisationnels qu’elle nous rend - le caritatif-moral rassemble et rassure la communauté sans cesse inquiétée de ses propres divisions. Il n’est que de voir l’empressement à s’y précipiter de ceux - acteurs, vedettes, philanthropes désireux de faire oublier les spoliations qui les ont enrichis... - dont le business model exige qu’ils restent au contact du plus grand nombre et ne s’aliènent aucune fraction importante de leur « marché ». Il y a toujours foule pour exploiter l’unanimité compassionnelle - mais on attend encore la vedette de cinéma qui se montrera sur un piquet de grève... L’affect commun d’unanimité est un filon. La compassion et le centrisme qui, chacun à leur manière, ont parfaitement compris tout l’avantage de nier les conflits et d’en appeler au « dépassement des clivages », en sont les deux modes d’exploitation les plus caractéristiques.
C’est pour ne pas le voir - ça non plus - que les « centrisateurs », ces non centristes, en général socialistes, qui ne rêvent que du centre, ne saisissent pas l’étrange paradoxe qui fait la fortune de la campagne Bayrou. Car après tout il y a bien quelque chose de surprenant à ce que le candidat centriste tonde la laine sur le dos de ses compétiteurs, et rafle la mise de la convergence indifférenciatrice, à laquelle ces derniers n’ont pourtant cessé d’œuvrer - qui plus est en les faisant passer pour des parangons du système conflictuel ! Il est vrai que le profil extrêmement brutal du candidat de droite aide beaucoup à cette opération dont la principale victime est évidemment Ségolène Royal. Le paradoxe tient donc à ce que le centriste est considéré par le corps électoral comme « solution » possible d’une pathologie politique directement issue de l’indifférenciation droite-gauche... alors même qu’il porte cette indifférenciation à son point culminant ! En d’autres termes, Bayrou est choisi alors qu’il propose en plus pur ce qui tourmente pourtant la société française et lui fait chercher désespérément des solutions autres ! Cherchant de « l’autre », la voilà donc qui se précipite dans le « super même » - faudra-t-il invoquer une sorte de nécessité dialectique bizarre voulant qu’il faille parcourir la courbe de l’indifférenciation jusqu’à l’écoeurement pour qu’il puisse se produire un dépassement ?...

Destructions, auto-destructions et reconstructions (post-)centristes

De fait l’illusion politique du centrisme au pouvoir est vouée à crever, et sans doute assez rapidement - ceci sans même invoquer les difficultés de son équation parlementaire. Car, un paradoxe s’ajoutant à l’autre, le centrisme, heureusement, est à lui-même sa propre vaccine, c’est-à-dire la dose supplémentaire, mais convenablement conditionnée, d’agent pathogène qui va tuer l’agent pathogène. C’est pourquoi paradoxalement il faut l’encourager ! En effet les solutions politiques qu’il se propose de mettre en œuvre sont aussi ineptes que celles qui les ont précédées - en fait, à peu de choses près, ce sont simplement les mêmes. Aussi, ne touchant à rien de ce qui produit conflits et colères depuis deux décennies, à savoir les formidables tensions qu’imposent au corps social les contraintes de la mondialisation parfaitement acceptées, et même mieux : intégrées, par la grande alliance des raisonnables, le centrisme de gouvernement est voué à lui voir revenir en pleine face la violence déniée que ré-engendre perpétuellement une configuration du capitalisme elle-même d’une violence inouïe - à laquelle vrais et faux centristes sont bien décidés à ne surtout pas s’attaquer de front. Cette anticipation pénible ne doit pas pour autant conduire à considérer que le vote Bayrou serait une expérience politique consentie avec légèreté, aux frais des catégories sociales les plus exposées à cette violence-là - n-ième variation sur le thème des conseilleurs qui ne sont pas les payeurs. Car, à ces catégories-là, l’alternative social-libérale n’offrira strictement rien de mieux. Y aura-t-il un plan social de moins avec Royal qu’avec Bayrou ? Y aura-t-il un jeune de banlieue de moins maltraité par la police de Royal que par celle de Bayrou ? Y aura-t-il un sans papier de moins reconduit à la frontière dans des charters Royal que dans des charters Bayrou ? Y aura-t-il une suppression de poste de prof, de chercheur, d’infirmière de moins, une fermeture d’hôpital de moins, une privatisation de moins - une résistance au néolibéralisme de plus - sous présidence Royal que sous présidence Bayrou ? Poser ces questions, c’est y répondre - et par là prendre la mesure du degré d’échouage où se trouve rendu le parti socialiste.
Neutre du point de vue des politiques publiques, la candidature Bayrou ne l’est cependant pas du point de vue de ses effets dans le champ politique. Car, le pathétique joker épuisé et l’illusion du renversement du même par le même volatilisée, c’est peut-être cette fois l’indifférenciation politique elle-même qui viendra en accusation, et ceci d’autant plus que la dénégation de la convergence social-libérale aura volé en éclat dans l’instant même où entrera au gouvernement de Bayrou un wagon de sociaux-démocrates, décidés par l’opportunité historique à joindre enfin le geste à la parole - car ils y pensent tellement fort et depuis si longtemps ! Mais faire sous Bayrou ce qu’ils auraient fait sous Royal, ce ne sera pourtant pas tout à fait la même chose. Car d’une part l’électorat socialiste enfin dessillé saura désormais à quoi s’en tenir. Et d’autre part, il y a fort à parier que le PS ne résistera pas à la combinaison, il est vrai léthale, d’un nouvel échec au premier tour suivi d’une sécession d’une de ses fractions ralliant l’expérience « historique » centriste. Or, redisons-le, à politiques publiques invariantes, l’élection de Bayrou à la place de Royal a pour vertu de mettre le champ politique sens dessus dessous. A supposer qu’il en reprenne le motif, Bayrou ne réduira pas la fracture sociale d’un iota, mais pour la fracture politique, pardon ! on peut compter sur lui : ouverte, et pas qu’un peu. Or jusqu’ici la seule perspective de remise en mouvement des structures politiques résidait dans l’arrivée du FN au pouvoir, événement dont la probabilité suffisamment faible demeurait, en fait, la meilleure garantie de la reproduction du mainstream - il n’est que de voir les empressements à sécuriser pour Le Pen la place de troisième homme... inoffensif. Un Bayrou met à bas tous ces calculs, et sort le champ politique de sa glaciation pour lui faire connaître une salutaire débâcle, qui plus est - et c’est un immense mérite - dans des formes incontestablement moins répugnantes que s’il s’agissait d’en passer par un Le Pen.

La gauche de gouvernement ayant, ces deux dernières décennies, déserté avec constance son rôle politique historique, et démontré son incapacité à se reconstruire en dépit même des gifles électorales les plus retentissantes (22 avril 2002, 29 mai 2005), force est de constater que son maintien dans l’existence est maintenant le principal obstacle à la reconstitution d’une vraie gauche. Ce que la reconduction d’un président « socialiste » rend tout à fait impossible, l’élection d’un président Bayrou pourrait le faire avec d’assez bonnes chances de succès : tuer le PS - en fait déjà cérébralement mort - et créer les conditions d’une re-création de la gauche. Résumons nous : Bayrou tue Ségo au premier tour, Sarko au deuxième, le PS au troisième, et lui-même au quatrième... Pour un centriste réputé mollasson, on avouera qu’il ne manque pas d’abattage.
On connaît les préventions dont font généralement l’objet ce genre de stratégies de vote qualifiées au mieux de « révolutionnaires », et le plus souvent de « politique du pire », pour être mieux disqualifiées. Mais précisément : qui est pire que qui ? Bayrou que Royal ? La question est à coup sûr décisive car rien n’est plus détestable que les grandioses calculs politiques en chambre au mépris des populations qui en payeront tous les coûts « intermédiaires » en attendant la réalisation des « bénéfices de long terme » - ces politiques de la patience aux frais d’autrui, dans lesquels, par parenthèses, on reconnaîtra le type même des stratégies social-libérales européennes. Or, pour la première fois depuis très longtemps, la réponse à cette question ôte au « vote révolutionnaire » tout caractère révolutionnaire puisqu’elle rend quasiment nul le « sacrifice » à consentir. Ségolène Royal, candidate de droite par complexion personnelle, d’un parti passé à droite par déviation collective, en tout cas par la fraction de ses élites agissantes - ministres probables, futurs membres de cabinets ministériels, précepteurs « experts », etc. - est hélas aussi à droite que Bayrou, comme l’atteste, outre ce qu’on sait du PS au pouvoir, les tendances de sa propre campagne, entre sa course à l’échalote sur l’identité nationale, ses palinodies sur la loi Fillon (le 1er tour n’est même pas passé...), ses inclinations en matière de mœurs, etc. Seuls le poids des habitudes et une tenace illusion nominale - car c’est une fausse continuité d’appellation qui fait encore, contre toute évidence, prendre au sérieux « socialiste » dans « parti socialiste » - empêchent de prendre acte de cet état politique des choses, et nourrissent encore les résistances quasi psychanalytiques du déni de réalité : « tout de même Bayrou, c’est la droite ; tout de même Royal, c’est la gauche ». Si la première partie de la proposition est incontestable, la seconde n’a plus pour elle que les forces résiduelles, mais néanmoins puissantes, du mensonge à soi-même.

La disparition du PS comme condition de la reconstruction de la gauche

Mais, pour pénible qu’elle soit d’abord, l’abandon de cette fiction devrait en fait être libératrice. Dès lors qu’elle nous soulage de tous les coûts psychiques du fétichisme nominal - « tout de même Royal, c’est la gauche » -, elle nous délivre des culpabilités d’un vote qui n’a en fait rien de révolutionnaire mais tout de rationnel, et nous fait voir plus objectivement les potentialités d’une « situation Bayrou » : (1) à coût équivalent pour les populations qui ne souffriront pas moins avec Royal qu’avec Bayrou ; (2) la présence au pouvoir d’un homme de droite produit au moins, d’emblée, son « bénéfice » classique, à savoir le maintien à bon niveau du pouvoir de mobilisation de la gauche mouvementiste - là où la tétanie de la « solidarité » lui fait avaler toutes les couleuvres de la trahison social-libérale ; (3) mais surtout : le schisme du parti socialiste, dont l’aile droite ne résistera pas à « l’appel historique » de la raison centriste, redonne à la conjoncture politique une fluidité jamais vue en cinquante ans et rouvre des degrés de liberté inouïs qui peuvent seuls produire une reconstruction de la gauche. Car il faut avoir des capacités d’apprentissage singulièrement basses pour continuer d’espérer, contre deux décennies d’expérience, que cette reconstruction pourra s’opérer d’elle-même, qui plus est avec le parti socialiste au pouvoir ! Sauf à tragiquement surestimer les capacités propres des différentes forces de gauche à se réorganiser, comme l’atteste éloquemment la volatilisation de la dynamique pourtant impressionnante du 29 mai, plus encore sous les formidables contraintes institutionnelles imposées par les institutions de la Vème, qui aboutissent à neutraliser de fait le PC et les Verts, ne faut-il pas constater qu’à défaut d’une impulsion dynamique de l’ampleur du « choc Bayrou », il n’est malheureusement qu’une seule force - et encore ! - qui soutienne les mouvements de recomposition à gauche : la montée à des niveaux toujours plus hauts de la souffrance sociale... Ce genre de rude constat a au moins la vertu de relativiser les accusations de « vote révolutionnaire »... et peut-être même d’en inverser la charge ! Le vote révolutionnaire de fait, sinon d’intention, mais en tout cas avec tous ses cyniques attendus, n’est-ce pas plutôt celui qui aboutit, par défaut de perspective stratégique, à laisser les détériorations de la situation sociale « faire le travail » et passer le point critique pour produire un sursaut de gauche ? Le vrai vote révolutionnaire, de ce point de vue, c’est le vote Royal, et pour le coup il n’est pas joli joli...
Les mathématiciens parlent de discontinuité par passage à la limite quand la prolongation d’une tendance à son point ultime a pour effet de la renverser brutalement et au tout dernier moment. Bayrou, évidemment à son corps défendant, s’offre à produire cette discontinuité à la limite du processus de centrisation, de mortelle indifférenciation, non pas de la vie politique du pays, car le clivage droite-gauche n’a rien perdu de sa force objective, mais de la vie de la classe politique du pays, qui, elle, a cessé de prendre ce clivage au sérieux et, ne faisant plus que le parler, moyennant d’ailleurs des oblats verbaux de plus en plus rares, l’a finalement laissé en déshérence. Il s’offre à le faire dans des conditions de tumulte très acceptables et par un processus de restructuration des forces politiques bien civilisé. Comment peut-on imaginer que pareille restructuration, c’est-à-dire pareille revitalisation du clivage droite-gauche, ou plus exactement pareille ré-expression, pareille sortie de la dénégation du clivage droite-gauche, pourrait s’opérer spontanément en l’état actuel du principal responsable de son effacement, à savoir le parti socialiste ? Le constat n’est pas drôle mais on n’y échappera pas : la reconstruction de la gauche ne s’opérera que sur les cendres du parti socialiste. Que des partis anciens doivent mourir pour que du nouveau paraisse, après tout ça n’est pas une découverte, et particulièrement à gauche - il a bien fallu se débarrasser de la SFIO... Or voici que s’annonce un dynamiteur paradoxal, conjoignant des propriétés tout à fait contradictoires : finalement très peu dangereux pour la société, il a néanmoins un pouvoir de destruction réel mais digitalement ciblé - n’est carbonisé que ce qui porte l’étiquette « parti socialiste ». Quand les seules solutions de remise en mouvement prenaient jusqu’ici la figure détestable de l’extrême-droite, voici qu’il s’en présente une plutôt aimable et même probablement assez rigolote - car il va y avoir de la pantalonnade dans l’air... Ça mérite tout de même d’être étudié...

Les utopies de dépassement de la violence sont généralement le passeport pour les plus grandes violences. Qui n’en a vu le niveau graduellement monter dans la société française, et sous les formes les plus variées, dont la plus caractéristique est bien sûr l’ascension continue de l’extrême-droite ? Qui ne voit que la reconduction de l’alternance duopolistique des vrais-faux ennemis politiques, UMP et PS, et particulièrement l’oubli du PS d’être de gauche - une boulette sans doute - intensifie le malaise profond qui vient du défaut d’expression d’un clivage pourtant structurant de la vie politique - structurant parce qu’il est lui-même la solution de sublimation la plus robuste d’une violence fondamentale, dont jamais les sociétés ne sedébarrasseront.Par une légèreté dont ils sont hélas accoutumés, les journalistes ont lu le texte de Pierre Bourdieu « Pour une gauche de gauche » comme un appel à « une gauche de la gauche ». Mais il n’en est rien. Qu’il y ait une gauche à la gauche du parti socialiste, ça Bourdieu le savait, et tout le monde avec lui. Mais c’est tout autre chose qu’il appelait de ses vœux : que ce qu’on appelle la gauche fût vraiment, et comme son nom l’indique, de gauche ! Or, que pareille tautologie dût faire l’objet d’un rappel spécifique, c’est bien qu’une évidence s’était perdue en route...
Nier qu’il y ait affrontement entre des solutions de droite et des solutions de gauche, ou bien n’y consentir que dans les mots, et de plus en plus faiblement, c’est de fait laisser le terrain aux seules solutions de droite, une fois sur deux à peine ripolinées de « social » - « il faut plus de social » bafouillent gravement les hiérarques socialistes quand se profile le gadin électoral. C’est aussi abandonner tous ceux qui se trouvent d’un certain côté du conflit, et surtout les abandonner à leur propre violence puisqu’elle n’est plus prise en charge par personne. Mais voilà que les inconscients qui ont, sans le dire, et même en feignant le contraire, laissé dépérir le clivage droite-gauche, sont doublés par plus inconscient qu’eux, qui se propose cette fois à haute et intelligible voix de le déclarer officiellement caduc ! Or ce pourrait être le pas de trop, celui qui, au surplus aidé par les reclassements politiques grotesques, mais puissamment révélateurs, qu’il annonce à court terme, pourrait faire retrouver les voies d’une grammaire politique de très longue période, une grammaire de la violence sublimée et mise en forme, du conflit regardé en face, la seule qui puisse nous éviter de verser progressivement dans la violence de moins en moins contrôlée, de plus en plus décivilisée, celle contre laquelle il n’y a plus grand-chose à faire. S’il faut en passer par Bayrou - contre son propre projet ! - pour ré-apprendre à dominer les démons dont nous ne nous déferons jamais, puisqu’ils sont au cœur même de la société des hommes, alors ainsi soit-il !

Post-scriptum

Il faudrait être singulièrement inconscient pour ne pas voir d’ici l’énormité des malentendus, plus ou moins bien intentionnés, des contresens, des désorientations, peut-être même des haut-le-cœur que ce texte ne manquera pas de produire. Aussi, ses thèses délivrées et tous ses éventuels effets d’incompréhension produits, n’est-il sans doute pas inutile d’en rappeler les véritables intentions.
Je n’aurais pas un instant songé à faire part de l’idée d’un vote possible, si celui-ci ne s’était trouvé parfaitement adéquat - mais comme pur instrument - à une analyse que j’aurais pu développer à l’identique hors de toute conjoncture électorale. Mais des opportunités de cette nature ne se présentent pas si fréquemment - la dernière en date remonte à 1981 lorsque Coluche, quoique très consciemment lui, s’apprêtait à mettre le champ politique sens dessus dessous - et c’est sans doute cette rencontre d’une analyse et d’une conjoncture qui m’a décidé à franchir un pas, dont, en principe, je souhaitais bien me garder. Si ceux qu’on appelle les « intellectuels », le plus souvent avec une grande légèreté, ont quelque titre à intervenir en une période électorale, ça n’est sûrement pas pour éclairer les foules de leurs avis souverains, mais pour tenter, si c’est possible, d’apporter à la discussion publique quelques éléments d’analyse. Si l’on voulait bien faire abstraction un instant de l’épouvantail Bayrou, il y a deux choses qui mériteraient d’être vraiment retenues :
1. L’indifférenciation politique, dont le socialisme de gouvernement porte la plus grande part de responsabilité, le parachèvement de cette indifférenciation sous la forme de la dénégation centriste du clivage droite-gauche procèdent, l’une comme l’autre, d’une tragique méconnaissance des nécessités de l’économie générale de la violence. Or, ignorée, celle-ci se venge, et sous des formes qui ne sont parfois pas belles à voir.
2. La perspective d’une recomposition endogène de la gauche (de gauche) est une chimère. On peut bien continuer de la poursuivre, mais dans vingt ans nous y serons encore. Qu’un événement politique aussi considérable, porteur d’une aussi grande impulsion dynamique que le 29 mai 2005, se soit révélé aussi improductif en offre la démonstration définitive. Ce sinistre constat enregistré, on peut dire les choses un peu plus précisément encore : il n’est pas de recomposition possible à gauche tant que le parti socialiste demeurera en l’état. Comme rien n’indique la présence d’aucune force de mutation interne, le dernier service qu’il puisse nous rendre est de disparaître. Et comme, cela non plus, il ne le fera pas de lui-même, il faut qu’un choc venu de l’extérieur l’y « aide ». Jusqu’à présent le seul candidat à l’administration d’un tel choc était Le Pen - et c’était la garantie de la reproduction. Voici qu’il s’en présente un autre.
Voilà l’essentiel. Pour le reste, tout est offert à la discussion, et notamment les prémisses de mon argument. Un Bayrou président produirait-il nécessairement la fracture du PS ? Et celle-ci une recomposition à gauche ? Il faudrait être insensé pour l’assurer. Mais une probabilité existe. Or quelle est l’« alternative » ? Royal présidente. C’est-à-dire la reconduction du même - la glaciation de la gauche (la vraie). Mon argument est qu’entre la certitude du même et une probabilité de mouvement, je choisis la probabilité. On pourra discuter aussi des coûts politiques réels, en termes de bien-être des diverses catégories de la population, de substituer Bayrou à Royal - les sous-estimé-je ? etc.
A tous ceux dont le sentiment de refus catégorique n’aurait pas été apaisé par le caractère purement instrumental, désubstantialisé, défait de toute adhésion, en fait même radicalement opposé à lui, d’un vote Bayrou, peut-être apparaîtra-t-il qu’entre mille motifs d’être détesté ce texte a au moins une vertu : porter à s’interroger sur le fait qu’on le déteste ! Or c’est sans doute parce que la thèse du « choc externe » oblige à rompre avec les fictions de la recomposition de gauche « par nos propres moyens » qu’il produira cet effet - il est vrai qu’il y a de quoi être attristé. Mais si cet affect triste permettait de poser à nouveau et sur des bases plus réalistes que des espérances cent fois déçues, des incantations cent fois envolées, le débat de la gauche à reconstruire, alors il n’aurait pas été totalement vain.


 
 
 
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35 commentaires
  • Si j’avais le moindre talent pour mettre en ordre le "vrac" de ce que je pense, c’est exactement ce que j’aurai écrit.
    En tout cas, merci

  • "faudra-t-il invoquer une sorte de nécessité dialectique bizarre voulant qu’il faille parcourir la courbe de l’indifférenciation jusqu’à l’écoeurement pour qu’il puisse se produire un dépassement ?..."

    Je répondrais que oui. "Le dernier des Hommes"(Bayrou !?)a selon Nietzsche la tâche suprême de pousser le nihilisme dans ses derniers retranchements

    Il en est finalement de même pour Hegel qui considère l’absurdité comme étant la fin de l’Esprit qui se comprend lui-même de manière intégrale.

    Marx ne dit-il pas enfin la même chose lorsqu’il voit dans le communisme plus une nécessité historique qu’un combat politique("une sorte de dialectique bizarre"), lui qui prétendait que la seule chose qu’il savait, c’est qu’il n’était pas marxiste ?

    Votre article donne beaucoup à penser, mais je pense que le vote Bayrou(le mois prochain ou dans cinq ans d’ailleurs)n’est pas seulement révolutionnaire, mais nécessaire.

    Je suis heureux d’avoir pu, à travers votre inititive d’écrire cet article, exprimer mon sentiment, qui n’est pas éloigné du vôtre, bien au contraire.Je vous remercie donc et espère vous lire à nouveau.

  • J’ai longtemps attendu les échéances électorales pour la seule jubilation que me procurent la lecture et l’écoute de tous ces graves et infatués imbéciles qui trouvent alors à se débusquer massivement sous tous les prétextes. J’avais la position tranquille de l’observateur qui n’a jamais participé qu’aux scrutins référendaires tellement les scrutins électoraux sont devenus ineptes. Et puis il y a eu cet article.

    Bien sur il y a l’agrément d’un exposé qui mérite la désormais trop rare qualification d’analyse politique et dont le style est d’autant plus appréciable qu’il émane d’un chercheur. Bien sur il y a le jouissif iconoclaste de l’analyse et la pertinence de l’argument. Mais pas seulement.

    Et s’il se peut fort bien que le vote Bayrou ébranle le Parti Socialiste comme cet article l’a fait de mes anciennes et puissantes convictions abstentionnistes, il est tout à fait certain que M. Lordon est un citoyen d’une rare lucidité. Qu’il en soit salué et remercié.

  • — - "Bayrou, le doudou" (objet transitionnel) ---

    Les cinq années qui s’ouvrent devant nous sont celles, sans doute, de la transition et recomposition du bestiaire politique.

    Et s’il est vrai que l’éclatement de la "gauche antilibérale" nous a permis de constater et de diagnostiquer la nécessaire mise à mort du Parti Communiste Français devenu un obstacle tout de même extrêmement nocif sur le chemin de la recomposition de cette partie altermondialiste et socialiste de la population, il est sans doute tout aussi vrai de souhaiter, comme en un acte de chirurgie réparatrice et salvatrice, la mise à mort de l’actuel Parti Socialiste.

    Comme toujours, devant ces bureaux politiques sclérosés et agonisants, inconscients de la gangrène idéologique qui les ronge, ce sera au peuple de France de se charger de trancher dans le vif.

    Disséquer, amputer, pour jeter, tout au fond des oubliettes de l’Histoire, les lambeaux dégénérés de partis politiques déjà morts-vivants.

    D’une certaine manière, et en parlant tout autour de moi, ce "vote Bayrou" est un creuset apaisant, dans lequel se retrouvent les citoyens de tous les horizons.

    On pourrait même considérer le "vote Bayrou" comme un véritable objet transitionnel ("L’objet transitionnel vient remplir une fonction essentielle : celle de défense contre l’angoisse. L’objet vient pour rassurer l’enfant, le réconforter, et tout parent connaît ce rôle. Winnicott précise surtout qu’il s’agit d’une protection contre l’angoisse de type dépressif, soit l’angoisse, justement, de perdre l’objet — c’est-à-dire l’objet maternel." Source Wikipedia).

    Le "vote Bayrou", ou "Bayrou le doudou", qui nous aidera, nous citoyens en perte de repères, à lutter contre l’angoisse, et à vivre plus sereinement cette période de transition et de deuil de nos anciennes croyances, d’examiner et d’observer, les yeux grands ouverts, l’agonie et la mort d’appareils politiques cacochymes devenus.

     :))))))

  • Eh bien, voilà il fallait le dire. C’est fait et de belle manière. Pour mon compte, ayant vu l’incapacité de la gauche anti-libérale de se mobiliser pour contrer les appareils de partis et réussir une vrai recomposition, voilà quelques mois que j’avais plaidé autour de moi pour le vote Bayrou, le seul pouvant amener à ce résultat. Avec c’est vrai, des développements moins scientifiquement exposés. Je ne suis pas chercheur et l’élaboration d’un texte de cette qualité n’est pas à ma portée. Mais avec l’expérience de mes 60 ans, quelques années de militantisme au PC et à la CGT et le ras-le-bol de voter PS au 2ème tour depuis toujours. Pour toujours le même résultat : l’application inexorable d’une politique de classe, celle de la bourgeoisie, et le triomphe du libéralisme. Alors cette fois, oui Bayrou, moins grave que Sarko, et avec l’espoir qu’effectivement se profile derrière la chute du PS, une vrai perspective de recomposition à gauche. Il faudra se remettre au travail.

  • Chapeau bas pour cette analyse, mais plus simplement, alors que je suis par principe de gauche (meme pire.. car jamais du coté du plus fort), il y a plusieurs mois que je sais que je vais voter pour Bayrou, overdose de PS caviar, plus à gauche nous avons constaté que rien ne se fera, quand aux dictateurs de droite... pas glop
    Et le gros plus de bayrou...c’est le seul capable d’etre élu qui semble honnete...cela va nous changer de ce que l’on vit depuis 35 ans....
    Marc

  • Assurément, cet article aura contenté les futurs électeurs bayrouïstes qui n’auront même pas à vous suivre dans vos anticipations pour jouir de l’instant "présent" de la victoire de leur champion, ou au moins de sa prééminence transcendante autant qu’inattendue(à l’insu de son plein gré).Pour ma part, c’est la forme inédite de cette légitimation savante du vote "utile" autant que l’argumentation séduisante bien qu’experte qui ont retenu mon attention : Volatilisés les dix autres candidats devant l’opération "Bayrou détruit Ségolène(le P.S)", potentiellement porteuse d’un avenir probablement meilleur.On aurait envie d’y croire.Mais si finalement Sarkozy, par exemple, l’emporte, s’évanouiront alors les perspectives idylliques dont il est fait part, brillamment, ici.Si j’ai bien compris jusque là, il restera donc à attendre la prochaine configuration politique favorable au changement dans la douleur la plus médiocre, au sens premier et centriste du terme.C’est ce cas de figure hautement probable de l’élection d’un candidat franchement de droite, dont les conséquences n’ont pas été abordées dans votre étude, jetant à bas le château de cartes d’une sortie de crise patiemment édifiée, qui me fera toujours préférer le vote de conviction (ou la bonne vieille partie de pêche dominicale en l’absence du sentiment d’avoir un représentant acceptable ou simplement représentatif) au vote utile ou de calcul qui, même inopérant, emplit du sentiment d’avoir fait au mieux celui qui s’y adonne.Tant pis, le chaos attendra comme le bonheur sait si bien le faire lui aussi.Mais n’est ce pas le lot de toutes les utopies et de tous les idéaux lucidement assumés ?

  • "Le silence qui suit du Mozart, c’est encore du Mozart…"

    Mr Lordon dit : ""Quand les seules solutions de remise en mouvement prenaient jusqu’ici la figure détestable de l’extrême droite …"". Oserais-je ajouter : "ou improbable de la gauche de la gauche." (?)

    De fait, pour réfuter le PS sans installer l’UMP, ou réfuter l’UMP sans installer le PS, il n’y a qu’une solution, c’est paradoxalement de les installer ensemble avec le vote Bayrou. C’est la seule chance pour qu’une véritable opposition moderne s’organise et propose à terme, une alternative féconde.

    La démonstration de Mr Lordon est convaincante et porteuse d’espoir. Puisse-t-elle trouver un large public.

  • Oui et non 1er avril 2007 16:31, par Emile Pouget

    Une réponse de centriste à cet article !
    Tout à fait d’accord avec ce que vous dites Mr Lordon (comme souvent d’ailleurs, j’apprécie toujours beaucoup votre prose !) !
    Oui il faut un éclatement du PS pour une recomposition de la gauche, oui l’arrivée aux affaires de Bayrou peut aider à ce nécessaire chambardement.

    Mais je crois que vous oubliez une petite chose. L’élection présidentielle est le plus fort marqueur de la vie politique française et un vote massif pour Bayrou pourrait marquer, aussi, la mort de la vraie gauche qui, réduite à 5 % (par exemple) des votes n’aurait plus aucune existence tant médiatique que politique. Parce que les choix politiques se font beaucoup en fonction des votes à la présidentielle (sorte de "super sondage" de l’opinion) les élites politiques et médiatiques seraient alors heureuses de constater la mort électorale de leurs ennemis les plus haïs, les antilibéraux.
    Je sais qu’il est bien dommage de raisonner en termes de "scores" électoraux mais je pense que cela se passe en partie comme ça. Les mobilisations sont plus fortes quand on se sait nombreux. Les idées semblent plus sérieuses quand on sait que 10 % de la population au moins les partage. La grande majorité des médias est déjà violemment hostile aux idées que l’on défend, imaginez le plaisir qu’auraient les "grands journalistes" à oublier l’existence même de la gauche de gauche car elle ne représenterait plus rien aux élections.

    Alors même si j’ai fortement apprécié votre analyse et si j’en partage les conclusions, je voterai pour la gauche "antilibérale" et j’espère que beaucoup feront comme moi.

  • Analyse correcte de Lordon.
    Mais, que faire si Bayrou ne passe pas au deuxième tour et il y a un face à face Sarko-Sego ?

    A mon avis, voter blanc, pour essayer, dans la mesure du possible, de ne pas légitimer une "election" que n’aura rien de telle que le nom.

    Et après se consacrer à reconstituer la gauche (une gauche anticapitaliste et non antinéoliberal, que ne veut rien dire) que ne passe pas seulement par l’éclatement du PS, sinon aussi du PC, de la LCR, de Lutte Ouvrière et des rigolos comme Bové.

    Voir en ligne : Le centrisme comme erreur anthropologique

  • Pour une opposition politique crédible ! 1er avril 2007 18:45, par FredSud37

    (.....) Olivier Besancenot a suggéré mardi soir à Arlette Laguiller, José Bové et Marie-George Buffet de former une "opposition politique crédible en cas de victoire de la gauche molle", (.....) lors d’un meeting devant un millier de personnes à Rezé, en Loire-Atlantique, près de Nantes. Cette union de la "gauche radicale", qui serait "indépendante du PS", doit "durer et ne pas péter à la première échéance électorale venue", a-t-il dit. Elle passerait selon lui "d’abord par des rendez-vous unitaires", comme cela a été le cas pour le référendum sur la Constitution européenne. Le candidat d’extrême-gauche n’a toutefois pas fait mystère des obstacles à la réalisation de cette union. "Le PCF a des usines d’élus à sauvegarder", a-t-il regretté lors d’une conférence de presse avant son meeting. "En l’absence d’élection à la proportionnelle intégrale, il est obligé d’être mis sous tutelle du PS, et donc d’avaler des couleuvres à longueur d’année". Dans l’immédiat, "face au risque de dispersion des voix", Olivier Besancenot a appelé les électeurs à "choisir une candidature qui puisse percer". (.....)

    Extraits d’une dépêche de l’agence Reuters en date du 28 mars 2007.

    Voir en ligne : Pour une Gauche 100 % à Gauche !

  • Si on compare la vision du salarié tel que le rêverait un socialiste de l’accabit de Christian Pierret par ex. (in memoriam Moulinex, voir lien ci-dessous), avec celle d’un Mr. Bayrou, force est de constater la convergence délicieuse :
    http://www.pourceau.info/static/20071803/index_static.php

    b

  • Le centrisme comme erreur ?

    Mince, j’avais cru lire "le centralisme comme erreur".

  • Merci Frédéric Lordon de s’être remué les méninge et de nous offrir une vision du centrisme et de ce que révèle l’attraction de Bayrou sur le champ politique et par delà sur le société contemporaine française. Cela nous change des imprécisions, des erreurs voulues et militantes des soi-disant experts autoproclamés (Laurent Joffrin, Jacques Julliard, Michel Onfray, etc.) que les médias dominant appellent à la rescousse au lieu de chercheur travaillant sur le centrisme (Julien Fretel sur l’UDF ; Sylvie Guillaume sur les classes moyennes, le consensus et le centrisme sous la quatrième République ; Jean-Jacques Delbreil sur la démocratie chrétienne comme Jean-Marie Mayeur ; Nicolas Sauger sur Démocratie libérale et ses avatars ; etc.)…

    Cependant – car il y a toujours un mais ! -, je ne peux m’empêcher de faire quelques commentaires sur ce billet.

    Je tiens d’abord à approuver pleinement la vision de l’idéologie du centrisme dont les valeurs principales sont la « réconciliation » (plutôt le consensus) et la « paix politique » (plutôt la paix sociale) mène à l’impasse lorsque sa logique triomphe comme ce fut le cas lors de l’entre-deux-guerres ou sous la quatrième République de 1947 à 1958. En ce sens, la tactique politique prôné par les tenants du centrisme se heurte à la déviation même de la troisième force (le pouvoir est toujours assuré par des éléments divers dont certains s’oppose ou dénie ce concept : la SFIO sous la quatrième République, le Parti Radical et Radical Socialiste sous la Troisième République) et par le fait de la politique mené conduit à l’exacerbation des conflits au sein de la société, d’une refoulé de la « violence ». Cependant, peut-on qualifier de « réel péril » que porte en lui le centrisme ? Car, le centrisme est bien une idéologie qui est l’une des composantes de la droite et dont la volonté est de mettre un terme aux luttes des classes, d’intérêts au sein des diverses classes sociales. Il est d’ailleurs amusant de voir que – dans un autre registre – ce sont avec d’autres méthodes et valeurs le fondement de l’anarchisme. Mais, comme toute idéologie, le centrisme comme l’anarchisme est une utopie dans le sens ou sa réalisation ne peut-être qu’un « réel péril » lorsque s’affront théorie et pratique. Or, l’on sait qu’il y a un décalage entre théorie et pratique, une reformulation de la théorie devant les faits par rapport aux réalités (par exemple pour le socialisme en France au début du XXe siècle, la défense de la petite exploitation agricole).

    « Le centrisme comme dénégation de la violence politique »… Je serais plus circonspect sur l’analyse du comportement du centrisme dans le cadre d’élection sous un régime de démocratie libérale. Car si des tenants du centrisme conçoivent effectivement leur politique comme un moyen de créer « un régime de violence sublimée » permettant le consensus et la paix sociale dans une nouvelle société idéalisée, est-ce ce ressort qui joue pour le citoyen votant pour ces derniers ? Car, n’étant pas un « sujet-électeur libre », il ne se positionne pas par rapport à cela mais bien plus par rapport aux conséquences bien décrites sur la convergence entre la principale formation de gauche au pouvoir avec l’idéologie dominante du néo-libéralisme. Ce qui l’amène à penser que le clivage droite-gauche n’a plus de sens, et d’oublier même les fondements, les valeurs même du centrisme en pensant que ce vote permettra de rompre avec ces décennies de confusions. Or, ces électeurs ne sont pas les mêmes que ceux qui ont trouvé un défouloir à leur « violence » dans le vote d’extrême droite ou ceux qui réfute la fin du clivage droite-gauche, bref une partie de la gauche. Ainsi, il me semble qu’il ne faut pas confondre les conditions amenant le centrisme au pouvoir, les conditions de sa réalisation (dans une union des droites comme sous VGE ou un front plus large avec cette gauche dîtes sociale-démocrate et des éléments de droite), les intentions des électeurs la portant (il est amusant de voir que les principaux militants de Bayrou ne font aucunes références à l’histoire du centrisme, ses combats, ses victoires, et niant que ses valeurs soient une propre idéologie comme le socialisme ou le libéralisme). Il ne faut pas non plus se baser uniquement sur la configuration présente (Bayrou, scrutin présidentiel, etc.) avec les autres formes de réalisations du centrisme. Enfin, il ne faut pas être caricatural et bien percevoir que de nombreux hommes de cette idéologie n’ont jamais nié les formes de violences contenu dans la société et dans le champ politique (durant l’entre-deux-guerres lors des profondes mutations au sein des droites affectant des repositionnements au sein d’une partie de la droite républicaine et parlementaire vers un fort anti-parlementarisme et une dérive autoritaire voulant mettre un terme aux fondements même du régime de démocratie libérale comme pour la Fédération Républicaine ; l’apparition de nouvelles droites avec un objectif semblable –François de la Rocque et son Parti Social Français – et la « nébuleuse fascistoïde » - Philippe Burrin – qui épouse les vues du fascisme tout en les réadaptant à la culture politique française et à sa société). Si il est vrai qu’après un temps d’incubation ce convergence (aujourd’hui) ou d’accentuation (entre-deux-guerres ou Quatrième République) des différences entre droites et gauches au pouvoir amenant à la victoire du centrisme et a une forme plus ou moins larvée de ses théorie de la pratique politique l’on peut constater un essor du « mal refoulé (…) sous (d)es formes moins contrôlables et potentiellement plus monstrueuses », certains centristes en ont été conscient et se sont transformé fort logiquement en défenseur de l’ordre établi (c’est-à-dire de celui d’avant façonné par l’antagonisme droite gauche). Ainsi, après les émeutes du 6 février 1934, la commission dirigé par le centriste Bonnevay qui tout en épousant la grille de lecture des événements par les gauches française n’en contribue pas moins à sauvegarder ce modèle républicain forgé par la gauche radicale du début du siècle et déjà par l’une des composantes du centrisme, l’Alliance démocratique, centre-droit, ayant soutenu la séparation des Eglises et de l’Etat. Bref, c’est nié que le centrisme dans ses réalisations – et ses variantes – se fait toujours pour sauvegarder l’ordre établi (et l’ordre des choses) bien que souvent les « violences » que son action suscite, le contexte général (deuxième guerre mondiale ou guerre d’Algérie) fait que celui-ci éclate pour le meilleur et surtout pour le pire…

    Sur le centrisme comme « eucharistie laïque », je trouve l’argumentation ingénieuse et démonstrative (dont sa conclusion s’appliquant parfaitement pour comprendre la situation actuelle). Même ci celui peut être victorieux sans être dominant (sans ces « forces collectives ») sur ceux prônant l’affirmation de puissance et de conflit (sous la troisième République). Et puis, que ce qui différencient les centristes des « centrisateurs » (beau concept !) est peut-être qu’ils forgent réellement dans leur doctrine ce dénie du clivage droite-gauche qui n’est non point une posture gagnante pour conquérir les suffrages mais bien un fondement de leur penser façonné par leur culture politique et que l’idéologie les aveugle. Ainsi, il ne faudrait pas les croire comme tirant profit d’une position marketing (même si l’heure est aux sondages de « quali », aux positions sur jouées pour rentrer dans le moule d’une vie politique façonnée par les modèles dominants du marketing et de la publicité, de l’électeur client/consommateur). Et puis, la démocratie-chrétienne (plutôt que chrétien démocrate) ne peut se réduire à une seule volonté d’« eucharistie laïque » (est-ce entièrement le cas aujourd’hui ? A en douter lorsque ses tenants se rassemblent dans l’UDF avec d’autres courants du centrisme, tel Démocratie libérale de Madelin en 1998 d’où les soutient d’Alternative libérale à Bayrou aujourd’hui) lorsque l’on sait que ses fondateurs (Lamennais, le Sillon, etc.) ont mené une bataille pour un régime conçue d’abord comme le moins pire puis en le défendant alors même du clivage religieux en affirmant que l’on pouvait être catholique et républicain (Marc Sangnier). Bref, que leur identité s’est forgé lorsqu’il était minoritaire (dans leur famille catholique, par rapport aux républicains), et qu’ils ont sublimé leur violence dans un combat quelque peu contradictoire à la logique même. Je pense que dans la famille démocrate-chrétienne dans laquelle se rattache Bayrou, cette histoire est importante et le livre que l’actuel candidat a écrit sur Henri IV est tout un symbole (ce roi protestant, haï devenu catholique…)

    Sur le final de l’article et la doctrine – le fondement même – de ce pourquoi l’argumentation précède, j’avoue avoir fait la même analyse. Etant à « la gauche de la gauche » (comme l’on dit), j’ai bien conscience des effets du futur président. Je pense qu’une victoire de Royale ou de Sarkozy empêcheront une refonte de la gauche (dont la condition est l’implosion du PS) et aura pour conséquence une crise et/puis/ou un nouvel ordre politique qui ne peut qu’être conduit par une droite dure ou par la véritable réalisation de la doctrine néo-libérale (bref, le chaos). L’élection de Bayrou permettra en effet une recomposition intense des gauches et peut-être l’unique voie pour un sursaut vers ce destin si prévisible…

    Cependant, entre théorie et pratique, il y a une différence. C’est pourquoi je ne souhaite pas l’élection de Bayrou. Tout d’abord parce que je pense que la configuration de sa victoire ne sera pas l’application de l’idéologie centriste et qu’il continuera la politique mené par cette droite dure au pouvoir depuis 2002 et ne fera point de tentative pour aménager l’installation d’un nouvel ordre économique et social à l’œuvre depuis plus de vingt ans contrairement à la sociale-démocratie. Immédiatement, il y aura des différences selon la victoire Royale/majorité PS et Bayrou/majorités centre-droit – UMP – PS rallié (beaucoup d’éléphants, peu de parlementaires, même si cela suffira à l’implosion du parti) : sur le nombre de fonctionnaire recruté ; le divorce police/jeunesse ; sur le sort des sans papiers. Pour cet aspect pragmatique qui va à l’encontre de ma culture politique et de mon idéologie, je voterai Royal au second tour car subissant les méfaits de la politique de la droite depuis 2002 et pour assurer ma place dans ce système que je pourfends (belle contradiction !), je sais que je n’aurais pas la même chance d’y parvenir sous la droite que sous la gauche (cf. avenir de professorat).

    Bref, ce n’est pas une politique du pire que nous propose Frédéric Lordon mais plutôt quelques égarements dans la démonstration, dans ce que l’on pense de plausible de l’avenir selon telle ou telle situation et ce qui rentrerait dans ce que l’on souhaite. C’est cependant oublier de regarder réellement le présent (je suis moi dans une position sociale et économique peu enviable, n’étant pas installé dans un poste du CNRS) et d’échafauder une position sur un futur qui pourrait se dérouler ainsi. C’est aussi peut-être (en tout cas pour moi) faire une lecture biaisée de l’histoire en pensant qu’en tirant ses leçons (or « il n’y a pas une vérité en histoire. Il n’y a pas plusieurs vérités. Il y a plusieurs lectures vraies des traces laissées par l’événement dixit Daniel Peschanski) facilite la vision de l’avenir et ce qu’il faudrait pour imposer ce que l’on croit de juste.

    J’ai été confronté à la même réflexion lors des collectifs unitaires antilibéraux afin d’aboutir à une refondation de cette « gauche de la gauche » (cette « recomposition endogène » comme « chimère » ? Peut-elle naître que lorsque disparaîtra le PCF (ou se faire contre lui et sans lui) ? Et pourtant, la solution n’est pas si simple (car les anciens partis décline certes, mais les autres qui apparaissent le sont pendant ce déclin généralement, or rien de tel dans la réalité sauf à la sortie de la deuxième guerre mondiale pour les droites) !

    Dans mon subconscient (et non pas de mes « résistances quasi psychanalytique » !), je ne peux concevoir de voter pour un homme de droite, que je combat, pour cette idéologie du centrisme sur lequel je travaille que je pense connaître (moi aussi, je porte depuis cinq ans en moi cette vertu : « porter à s’interroger sur le fait qu’on le déteste ») . Tout simplement parce que pour l’heure actuelle les réactions que suscite la percée de Bayrou me confirme certes la méconnaissance et le déni de réalité du PS sur ce qu’il est et ce qu’il se passe dans la société mais aussi sur cette ferveur que l’on ne peut nier autour de Bayrou, de ces nouveaux militants qui portent en eux toutes les désillusions futures qu’ils éprouveront bientôt. Certes, cela pourra aboutir à une recomposition de la gauche mais surtout à une crise politique et sociale ou la violence n’est pas si belle lorsqu’on doit la vivre. Pour cela, la relecture de l’entre-deux-guerres en France (même si l’histoire n’est pas un perpétuel recommencement) est instructif et me laisse dubitatif pour la susciter de mon vote, même si je sais bien qu’à plus ou moins longue échéance cette crise politique et sociale avec ses violences civiles sera là. Mais, peut-être différemment de ce que l’on pense, et peut-être bien plus vite sous le règne de Sarkozy…

    Rak

    Voir en ligne : http://rezo.net

  • Frédéric Lordon est impitoyable. Donc voter Bayrou pour détruire le PS. C’est vrai ce serait plus moral de voter antilibéral. Mais même en votant pour celui qui a le plus de chance de faire un bon score, Bové, et de de refonder la gauche de gauche, nous n’arriverons jamais à le porter au 2ème tour. Et le bal des élites continuerait avec un PS "de gauche" comme caution.
    Là il s’agit de faire perdre à ce PS toute caution. Après que les ministrables socialistes soient entrés au gouvernement Bayrou, le PS n’aura théoriquement plus d’arguments, pur attendre l’hypothétique refondation interne. Mais en avait-il après le non au référendum, et même après 83 ? Non et pourtant il a continué sans rien changer. Le PC idem. A 3% aux élections il agite encore ses prétentions et fusille l’unité antilibérale.
    Le problème c’est que la gauche du PS craint comme la peste la mouvance antilibérale avec ses divisions sempiternelles et ces forums bavards. Et les derniers évènements ne sont pas la rassurer. Mêmes les législatives qui auraient pu être une occasion de réunification des forces de gauche s’annoncent sous les pirss auspices. Peut-on donner tort à cette gauche socialiste et à nos concitoyens de ne pas vouloir entrer là-dedans ?
    Un espoir demeure : que la disparition du PS, réconcilier les gauches. Car la question de l’alliance gouvernementale entre les antilibéraux et le PS, à tort ou à raison, est parmi la première qui a dynamité l’unité. Si cette question ne se pose plus, les antilibéraux perdent une raison importante de se diviser. En trouveront-ils d’autres ? Je ne vois pas laquelle. Et du coup la gauche du PS perdra elle aussi une des raisons (principales ?) de ne pas se mêler aux antilibéraux. Il y a là une simultanéité nécessaire entre ces phénomènes qui est à haut risque, aussi improbable que la vie sur terre.
    Réjouissons-nous de cette perspective et agissons en conséquence.

  • Je trouve vos analyses pertinentes d’habitude, mais je suis outrée que l’on puisse appeler à voter pour quelqu’un qui a travaillé coude à coude avec Sarko pendant 5 ans, s’opposant à très peu de ses choix.

    Les partis du néo libéralisme n’ont malheureusement pas réussi à s’unir, le nouveau PS n’ont n’a pas réussi à émercé.
    Si Bayrou gagne le "parti démocrate" remplacera le PS, c’est à dire que nous serons plus proche du système américain : parti anti libéraux quasi inexistants, ensemble des partis déplacés vers la droite, comme l’atteste déjà le fait que le Pen passe pour une droite presqu modérée pour certains.
    Voilà tout ce que l’on aura gagné : je ne vois aucune révolution se profiler, mais au contraire l’étouffement définitif de l’anti libéralisme.
    Si au 1er tour, il y a quelques voix pour la gauche anti libérale et non pas pour ce fin stratège qu’est Bayrou, le PS au pouvoir serait obliger de l’écouter un peu.
    Je crois malheurreusement que la gauche anti libérale n’arrivera jamais seule au pouvoir, une gauche de gauche fait bien trop peur à tout le monde, surtout aux puissants.
    Je ne voterai jamais Bayrou au premier tour, mais essarai de sauver ce qu’il reste de la gauche anti libérale et espère que beaucoup feront commemoi.
    Vous me décevez beaucoup.

    Laure Ribeiro

  • Complicat, mas soi en accòrd total, es la rason que votarai Bayrou/Vairon.
    Botarai un ligam sul meu blòg occitanista per aqueste article, que assajarai de fargar un resumit abans. Es çaquelà pron complicat d’entendre, mas utile e precís.
    Ben coralament,
    Jacme
    PS : votarai pel Bearnés Bayrou coma cap d’Estat republican francés.

    Voir en ligne : Votarai Bayrou/Vairon, jo tanben

  • "par principe de gauche" dites-vous ... et vous allez voter bayrou, c’est un peu comme le gars qui en principe n’est pas raciste mais ...

    Y’a pas que la gauche "caviar" dont la Ségolène est un parfait exemple

    Y’a aussi la gauche chorizo, plus rouge plus piquante (trop piquante pour vous ?) qu’en a plein le cou de ces illusions d’alternance ...

  • Bonjour,

    Très bonne analyse, appelée, rien qu’à lire les commentaires, à faire florès.

    Deux remarques, cependant :

    1. Nulle part, ans le texte de Lordon, comme dans les commentaires, il n’est recouru à la question d’absence d’éthique pour expliquer la faillite du politique. Or, à mon avis, c’est l’effacement de cette dimension, inaugurée en 1981 au moins et intensifiée depuis, qui fait aujourd’hui le "succès" de l’investissement centriste dans la morale.

    2. Cocasse serait l’exercice suivant : remplacer, dans tout le texte Lordon, Bayrou et le système qu’il prône par Le Pen et l’exécrable idéologie qui est la sienne et réfléchir sur cette belle idée de dépassement ou, comme l’appellent certains, celle de faire péter le système.

    Tahar

  • je ne suis pas d’accord dutout avec l’analyse de cet article.

    Votre argumentation sous entend tout simplement que le sens de l’histoire amène inévitablement au progrès humain.
    Qu’avec la violence comme carburant, les structures et les directions amènent à un mieux.

    Mais mon chère, Hegel et sa philosophie sont mort depuis bien longtemps. Plus précisément depuis 50 ans, depuis cette barbarie nazie.

    j’espère que vous n’oubliez pas cette barbarie nazie. Cette barbarie avait 3 justifications : le progrès non paragé comme horizon, l’Autre comme origine du mal, et la violence comme outil.

    Je vous invite à relire un peu Lacan, Emmanuel Lévinas ou Alain juranville.
    Ceci vous évitera de vous perdre dans les "comment" et les violences bestiaires et libidiniques...qui sont en fin de compte stériles.

    la violence décrite a un caractère profondément sexuel et libidinique.
    Cette violence, dans toute structure (famille, conseil consultatif du CNRS... ), n’amène que frustrution pour le perdant. La frustration du perdant l’amène à une seule chose, la volonter de redominer l’autre qui a le pouvoir en regagnant ce pouvoir par cette même violence, accentuée car par experience fonctionnelle. Le perdant se focalise alors sur la destruction de l’Autre dominant, plus que sur le rôle de la structure (famille, conseil, parti ...) qui soutient le pouvoir.
    Si la reconquète du pouvoir devient impossible, on voit se ralier des perdants aux dominants, mais des minorités frustrées ne pouront jamais le faire et s’enfermerons dans la rancune, la suspission, le complot, le déni, le rejet. C’est là que joue l’inconscient comme refouloir des frustrations. Cette violence empêche toute "sublimation" (sens Freudien),e.g. tout dépassement de cette violence sexuelle pour la transformer en culture, et volonter de vivre d’accepter l’autre avec ces différences.

    Je n’ai jamais vu une structure (si petite ou si grande soit elle) bien fonctionner sur le long terme, si basée sur des mécanismes de violences.

    Mais peut-être n’avons nous pas la même conception de ce qui fonctionne ou pas.

    ce qui marche c’est ce qui est partagé, pas ce qui est monopolisé ou totalisé (sens Lévinassien).

    La vision qui a été exprimé dans cet article est un argumant que j’entends souvent par ceux qui ont l’habitude de la violence, et qui savent en profiter pour accéder aux manettes du pouvoir. C’est une vision privilégiée par les défenseur de cette Totalité (sens Lévinassien), e.g., cette volonté de tout ramener à soi à son Etre (y compris l’Autre). Ceci induit la destruction de l’autre.

    Dans le cas précis de la politique, le centrisme n’est pas une erreur anthropologique, mais un dépassement des pulsions animales, ou sublimation

    ceci s’appèle Ethique.
    lisez ou relisez un peu Emmanuel Lévinas

    jb (Chercheur au CNRS en écologie comportementale et dynamique de population)

  • J’écoute et lis F. Lordon avec intérêt jusqu’à cet article.
    Le parti démocrate voulu par m. Bayrou qui remplacera le PS vaudra-t-il mieux que celui-ci ?
    C’est un glissement général vers la droite que l’on risque et non pas la création d’une vraie gauche si l’on vote centre droit.
    La vraie gauche existe déjà, certes éclatée en plusieurs partis, mais je doute fort qu’un nouveau parti émerge face à l’ump, au nouveau parti démocrate de Bayrou et aux partis de gauche existants.
    Vous ne prenez même pas en compte l’hypothèse d’un 2ème tour Royal-Bayrou, auquel cas, nous serons gouverné par l’alliance UMP-"démocrate", soit exactement la continuation du gouvernement actuel : pour une révolution, on fait mieux !
    J’espère donc qu’au moins les lecteurs de ce site et de Lordon voteront pour la gauche anti libéral qui en a bien besoin, sans quoi elle aussi s’effondredra pour donner place à 2 partis : démocrate et républicain, ça ne vous rappelle rien ?
    On peut se tromper, dommage d’entraîner du monde avec soi.
    A bon entendeur Salut.

    (A l’attention de l’administrateur du site : ce message remplce le précédent que vous n’avez de toutes façons pas mis en ligne )

    Voir en ligne : Parti démocrate meilleur que PS ?

  • Vous trouverez dans le courrier des lecteurs de l’hebdomadaire Politis n°945 (29 mars - 4 avril 2007) un court texte qui va dans le sens général de votre article. Electeur de "gauche", je vais aussi voter Bayrou dès le premier tour, non par proximité idéologique avec ce candidat, mais par stratégie. Oui, il faut que le P.S. assume son "centrisme" et qu’une nouvelle gauche se recompose après son implosion.

    Par ailleurs, au delà des programmes, il faut reconnaitre que l’individu Bayrou est plus porteur des "valeurs morales" de la gauche (voir l’affaire Battisti, les mineurs en prison, la réforme de la Ve et j’en passe) que Mme Royal qui est époustouflante de conservatisme.

    Guy Flucher

  • Réponse à Guy 2 avril 2007 18:54, par FredSud37

    Le seul et unique vote utile est celui que l’on fait par conviction et non par dépit ou calcul politicien. Pour ma part, comme en 2002, je vais voter 100 % à Gauche...

    Salut & Fraternité.

    Voir en ligne : Royal, candidate accidentelle ou fin d’une ambition socialiste ?

  • Une autre vision de Bayrou... 2 avril 2007 20:07, par FredSud37

    Si vous ne l’avez pas encore fait, je ne peux que vous conseiller la lecture de l’article intitulé "François Bayrou et son double" et qui est disponible : ICI.

    Salut & Fraternité.

    Voir en ligne : Pour une Gauche 100 % à Gauche !

  • Excellent article. Quelques points sur lesquels j’ai envie de discuter :

    1. Est-on réellement sûr que Ségolène soit aussi à droite que Bayrou ? Je crois qu’elle l’est encore plus pour ma part. Indéniablement le PS reste plus à gauche que l’UDF, mais je ne crois pas que ce soit le cas des candidats qu’il se sont choisis : au sommet, les positions sont inversées à mon sens.

    2. Bayrou est-il complètement inconscient de ce phénomène ? Ce n’est pas sûr. Certes, il joue de la rhétorique de l’union et de la réconciliation. Mais ne faut-il pas lui aussi le prendre au mot : le clivage droite-gauche, tel qu’il est aujourd’hui, est dépassé. Constater cela n’est pas nier qu’il faille retracer un clivage (le PS a eu une chance historique de le retracer en mai 2005, il l’a perdue).

    3. Au delà d’un moment d’union important, qui pourrait nous servir à faire le deuil de l’ancien clivage droite/gauche, il serait important de voir comment vont se retracer les clivages, de quels sujets vont s’emparer la droite et la gauche écrasées provisoirement par le tracteur centriste. Lui-même n’indique-t-il pas, en choisissant pour son nouveau parti le terme de "parti démocrate", qu’il espère prendre au PS la place que celui-ci a ravie au PC ?

    En tout cas, après lecture de votre article c’est en effet encore plus tranquillement que je voterai Bayrou.

    Voir en ligne : Cf. un billet sur ce même sujet, "à gauche avec Bayrou"

  • Bonjour,

    Je réponds à JB qui écrit :

    « Dans le cas précis de la politique, le centrisme n’est pas une erreur anthropologique, mais un dépassement des pulsions animales, ou sublimation
    ceci s’appèle Ethique. lisez ou relisez un peu Emmanuel Lévinas.
    jb (Chercheur au CNRS en écologie comportementale et dynamique de population) »

    Il me semble que l’article de Frédéric Lordon porte en réalité sur cette vieille taupe, la Lutte des Classes.
    Remplacer le mot "violence" par le mot "lutte des classes", et vous verrez que votre critique psychanalytique est à côté de la plaque.
    Il faut lire Engels aussi !
    Cordialement,
    jacmar, militant chômeur

  • Je ne déteste pas ce texte, mais le trouve fondé sur un biai monumental : Bayrou = Royal.

    Les politiques menées ne seront pas les mêmes, et vous le savez surement.

    Ces différences, insuffisantes pour qui se réclame de l’extrême gauche, n’en sont pas moins réelles et suffisantes pour ne pas tout mélanger.

    Le vote Royal s’impose donc, ne jouons pas aux apprentis sorciers.

  • Lisez le texte : le propos même de ce texte est d’affirmer que les politiques de Bayrou et Royal seront sensiblement les mêmes, justement. Je pense que l’expérience des gouvernements socialistes au pouvoir montre qu’en effet un gouvernement socialiste ne défend aucun projet réellement de gauche, car il n’a jamais osé engager une vraie rupture avec la structure de notre société, comme le Front Populaire l’avait osé en 1936. Il ne s’agit pas d’un conflit entre gauche et extrême-gauche, entre réforme et révolution, mais une réappropriation de l’identité de la gauche. Si le PS apparaît comme une force de droite à de nombreuses personnes qui ne se reconnaissent pourtant pas dans l’extrême-gauche, ce n’est pas par désir de jouer aux apprentis-sorciers.

  • Le coup d’état potentiel que constitue la décision de mettre en œuvre des machines à voter électroniques sans débat citoyen manifeste clairement qu’il existe une connivence maffieuse entre la majorité UMP et la pseudo opposition PS.

  • Vidéo montrant le trucage possible lors des prochaine élections :

    http://azlob.over-blog.com/article-6279949.html

  • « Marx ne dit-il pas enfin la même chose lorsqu’il voit dans le communisme plus une nécessité historique qu’un combat politique("une sorte de dialectique bizarre"), lui qui prétendait que la seule chose qu’il savait, c’est qu’il n’était pas marxiste ? »

    Marx : très (trop) souvent invoqué de manière totalement creuse et détournée que réellement lu...

    Pour ta gouverne, par cette phrase Marx s’adressait à des guesdistes et leur reprochait cette lecture purement mécaniste/déterministe qu’il faisaient de sa théorie (notamment économique) ne prenant pas en compte, par-là même, un des fondements essentiels du marxisme : le matérialisme dialectique.

    Celui-là même qu’Engels n’aura de cesse de développer et de mettre en avant (cf. « Dialectique de la Nature » par exemple) après la mort de Marx.

    Ghibli (PCF et qui vote Marie-George Buffet)

  • > Le centrisme comme erreur anthropologique... et Bayrou comme vote révolutionnaire 7 avril 2007 20:53, par Un homme de 40 ans avec un peu de coeur

    Quand même, il est bizarre d’en arriver à des stratégies pareilles. Je trouve ça un peu bancal quand même. Nous vivons dans une société où des gauchistes votent LEPEN pour faire "pêter le système", d’autres suggèrent de voter BAYROU pour achever le PS.
    J’ai comme l’intuition que ce type de raisonnement un peu tortueux ne présage rien de bon.
    Ca me rappelle quand même la droite dure américaine qui joue à travers la CIA à manipuler les extrêmes et qui ensuite voit ses jouets lui échapper et divaguer dans la nature.
    Accepter de raisonner dans une logique aussi surprenante dénote sûrement l’état de maladie mentale avancé de notre société.
    Si j’osais je dirai que ce type de raisonnement trop alambiqués dénotent une forme de perversion légère même un chouia élitiste.
    Continuons comme cela et regardons effectivement les militants quitter les partis de gauche ....

    La lisibilité des textes/ des idées est et sera de plus en plus compromise si on accepte ce type de logique. Je continuerai à voter blanc si je ne trouve pas de candidat représentant mes idées correctement ou je voterai celui qui me parait les représenter. Et cette fois, ce n’est pas le choix qui manque.

    Nombreux sont les électeurs qui voteront Bayrou par frilosité (oublié l’échec de L’URSS déjà ?) et refus de voter SR et NS qui ne les représentent pas. Mais Bayrou les représente-t-il ? Rien n’est moin sûr. C’est une démocratie confisquée à laquelle on assiste. On nous dit finalement pour un candidat qui ne nous représente pas.

    Déjà oublié les 80 % de Chirac et les résultats des 5 dernières années ?

  • Se référer à la dialectique de la nature d’Engels est pour le moins curieux en ce début de 21 ème sciècle. Ce livre date environ de 1995 (de mémoire) et est en quelque sorte le couronnement de la pensée mécaniste déterministe laplacien du 19ème sciècle (Donnez moi les conditions initiales et je vous prédirais comment le monde va évoluer). A coté de réflexions très pointues et montrant une érudition remarquable, on y trouve des "perles" telles que la dialectique du zéro et du un, l’ affirmation de la supériorité absolue de la logique dialectique (dont Lyssenko est un merveilleux sous-produit) à la logique vulgaire - celle d’Aristote (sur la base de laquelle fonctionne l’ordinateur que j’utilise en ce moment) - et surtout cette vision déterministe d’un déroulement historique qui se produira de façon inéluctable vers un destin prévu à l’avance, où les concepts à venir prééxistent à leur propre existance , ce qui est en contradiction avec l’hypothèse d’historicité - donc de contingeance - initiale.

    1995, c’est aussi l’année ou Planck à timidement avancé l’hypothèse des quanta, qui débouchera rapidement sur la mécanique quantique ... et la fin du déterminisme binaire. Je necherche pas par là à nier le génie de Marx, (surtout dans ses premiers écrits, son analyse économique remarquable du capitalisme du 19 ème sciècle, sa volontée d’assurer la cohérance globale entre la philosophie et les connaissances scientifiques.

    Mais la remise en question des connaissances scientifiques impose de remettre en cause les systèmes "idéologiques" (oui, je sais, c’ est un gros mot) qui vont avec.
    Le problème, c’ est qu’ il n’y à pas " un autre monde possible ", mais qu’ il y en a beaucoup d’autres.
    Prétendre que "l’ avenir" (sans s) surviendra simplement en combattant le mal présent est difficilement compatible avec les connaissances scientifiques actuelles. A mon sens, cette vision de l’histoire héritée de Marx, n’ est que la transposition de la vision judéo-chrétienne du parcours assigné à l’homme sur cette terre : Le communisme primitif perverti par la propriété privée (Engels, Origine de la famille ...etc) est le pendant du paradis originel perverti par un serpent. Puis suivent divers épisodes du calvaire menant vers la rédemption ( esclavagisme, féodalisme, capitalisme). Puis viendront les Chevaliers de l’ Apocalypse (la Crise et/ou le Grand Soir) qui conduiront l’ Homme vers la parousie finale du communisme via une escale au purgatoire socialiste.

    Pour en revenir au texte de Lordon, je le trouve tout à fait pertinent, même si j’avoue être incapable de voter pour Bayrou au premier tour (mon néo- cortex ne fait pas la loi en regard de mon cerveau reptilien) . Je voterai Marie Georges Buffet, non par enthousiasme, mais par raison, parce que les dérives irrationnelles des deux autres B. me laissent pantois. Etre contre les OGM "en général" (et non contres certaines modalités d’utilisation à des fins d’ engraissement d’actionnaires) , être contre les recherches sur les nano-technologies et non contres certaines utilisations liberticides envisagées, être contre le nucléaire civil au nom de dangers apocalyptiques fantasmés, en ne proposant que des mythologies pour le remplacer ( 1m2 de cellule solaire permet de récupérer 150W/h et il faut une batterie de 20 Kg de métaux lourds (plomb, cadmium,...) pour stocker de quoi restituer cette maigre énergie quand on en a besoin : sans parler des jours d’hiver sans vent avec les panneaux solaires recouverts par 20 cm de neige !

    Et par dessus tout cela, n’avoir aucun projet sérieux de réforme économique réaliste (encore un gros mot !), intégrant la possibilité d’une crise financière de grande ampleur dont la crise actuelle des ARM aux Etats unis pourrait être la mèche qui fera exploser les barils de produits dérivés dont plus personne ne maitrise l’ évolution.

    Bon, d’accord, je diverge : pour en revenir à ma remarque, je pense que le vrai problème du PC c’est de persister dans la logique du matérialisme historique qui a été une hypothèse philosophique tout à fait pertinente au 19 ème siècle mais qui ne peut plus être soutenue de nos jours, et qui surtout conduit à une pensée du type :
    battons nous contre ce qui existe et ce qui doit arriver du fait des "lois" historiques arrivera un jour ou l’autre...
    Non l’avenir est relativement ouvert, un certain nombre de bifurcations sont possibles (au sens de Braudel) : Ce qu’il faut, c’est proposer un "plan" (le mot "projet" à été orwellisé par le PS) de société dans lequel toutes les catégories sociales vitales pour la marche d’un pays puissent se retrouver et s’investir individuellement. A ce sujet il me semble que les cadres sont les grands oubliés des projets alternatifs, alors que leur adhésion est indispensable à la réussite d’un projet (parmis d’autres possibles) de société alternative.

    @ Frédéric Lordon : Ne pensez vous pas qu’il faudrait créer une discipline qui s’appellerait " Anthropologie politique" , et essaierait de synthétiser les travaux récents en sciences humaines, en y intégrant les découvertes qui se font tous les jours sur le fonctionnement du cerveau humain ?

  • Je crois qu’il y a un autre paramètre, ce qui me fait dire que Bayrou ne risque pas d’imploser. Pas facilement en tout cas. Je crois que Bayrou est en train de reconstruire la droite française d’une certaine façon, la droite française atlantiste domine actuellement et je crois que les attentes vis-à-vis d’une droite française, qui correspond à nos fondements politiques historiques, de la part des électeurs et agents politiques de droite sont fortes, ce qui me fait dire que l’analyse prospective pour être complète devrait prendre la perpective inverse : en quo iBayrou répond-t-il à des attentes d’une droite qui ne soit pas néconservatrice ?

    Ceci dit je n’ai jamais voté pour la droite.

 
 
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