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L’Arbuste face au Mur !

La leçon que George W. Bush s’est permis de faire aux magnats de la finance, mardi à Wall Street, n’a pas seulement été un bel exercice de rhétorique. Ce discours, loin d’être aride en contenu, marque un moment historique dans l’évolution du système capitaliste américain.

Devant un parterre de financiers de haut vol et de journalistes spécialisés, le Président Bush à pris les devants de façon spectaculaire pour essayer de faire face à la crise structurelle qui secoue actuellement l’économie américaine jusqu’au plus profond de ses fondations. Après avoir analysé les passages les plus significatifs de son allocution, nous essayerons de comprendre quelles leçons en tirer. Nous essayerons de comprendre aussi si cette manœuvre annonce réellement une réforme du Système ou bien si elle n’est qu’une pure opération de ravalement de façade.

Bush au NYSE : le Best of !

Les faillites rocambolesques d’Enron, d’Arthur Andersen et de Worldcom ont eu l’effet d’un électrochoc sur l’opinion publique d’outre-Atlantique. Elles ont porté un coup très rude à la confiance (et à la fierté) que le peuple américain éprouvait pour son système économique. Parmi les non initiés, la majorités des personnes ne comprennent toujours pas comment une telle situation ai pu se produire ; elles ne comprennent pas comment certains dirigeants de ces sociétés ont pu empocher des sommes astronomiques d’argent (bonus, stock options) juste avant la déclaration de faillite, sans que personne ne leur dise rien ; elle ne comprennent pas non plus pourquoi l’Autorité Fédérale n’est pas intervenue plus tôt pour éviter que des milliers de familles ne se retrouvent privées de revenus (salaires, pensions, participations) du jour au lendemain. D’abord les attentats du 11 Septembre ; ensuite la crise économique ; maintenant les faillites et la découverte d’un monde de magouilles. C’en est trop pour un peuple en une année ; même pour celui américain. C’est pourquoi W. a profité de la situation actuelle pour commencer à mettre en œuvre un projet qui lui tient tout particulièrement à cœur : la réforme en profondeur du Système-Entreprise Amérique. Voici quelques extraits [1]du discours qu’il à fait sur le thème de la " Corporate Responsibility " (responsabilité et éthique d’entreprise). Objectif : restaurer la confiance. Pari réussi ?

" (…)L’illusion de pouvoir faire d’énormes profits qui domina la fin des années 90, favorisa toutes formes d’abus et d’excès. Grâce à une législation plus stricte et à des " standards " éthiques plus élevé nous devons inaugurer une nouvelle ère d’intégrité au sein de l’Entreprise Amérique.(…)

L’économie américaine, notre économie, est fondée sur la confiance. La conviction que nôtre système de libre-entreprise continuera à être le plus puissant et le plus prometteur au monde. (…) L’économie américaine est le système le plus créatif et le plus entreprenant qui ai jamais existé.(…) Il y a beaucoup de choses desquelles nous pouvons aller fiers aux Etats-Unis. Maintenant nôtre économie et nôtre pays ont besoin d’une seule chose encore : pouvoir avoir confiance dans la conduite de tous nos " business leaders ".(…)

(…)Nous avons appris que certains " business leaders " faisaient obstruction à la justice, falsifiaient des bilans, trahissaient leur clients, abusaient de leur pouvoir. Nous avons appris que des CEOs (Chief Executive Office : PDG ou Patron en français) avaient gagné des dizaines de millions de dollar en bonus juste avant la faillite de leur société en abandonnant les employés, le retraités et les investisseurs à leur sort. (…) La majorité des hommes et des femmes d’affaire sont honnêtes. Ils agissent correctement vis-à-vis de leur employés et de leur actionnaires. Il n’arrondissent pas les coins de l’éthique et contribuent ainsi à créer une économie qui nous est enviée par le monde entier.(…) Les " corporates leaders " qui violent la confiance publique ne devraient jamais plus l’obtenir à nouveau. La SEC (Securities and Exchange Commission) [2] devrait avoir le droit de pouvoir bannir du système tout " corporate leader " coupable d’abus de pouvoir. Si un administrateur est coupable, la démission ne suffit pas. Seul le bannissement de tout poste important protégera les actionnaires et les employés. (…)

(…)Trop de sociétés semblent être déconnectées des valeurs qui régissent nôtre pays. Ces scandales ont terni la réputation de nombreuses bonnes et honnêtes entreprises. Ils ont fait du tort au système boursier. Pire, ils ont blessé des millions de personnes, leur sérénité et leur bien-être dépendant de l’intégrité du monde des affaires. Lorsque des abus comme ceux que nous connaissons commencent à émerger dans le monde de l’Entreprise, il est temps de réaffirmer certains principes basilaires qui font que le capitalisme marche : livres (comptables) véridiques et individus honnêtes, ainsi que des lois strictes et bien ficelées contre la fraude et la corruption. Chaque investissement est un acte de foi, et la foi va de pair avec l’intégrité. Dans le long terme, il n’y a pas de capitalisme sans conscience ; il n’y a pas de bien-être sans caractère. J’appelle à une nouvelle éthique fondée sur la responsabilité personnelle de chacun dans la communauté des affaires.(…)

(…)L’autorégulation c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. (…)Par ordre exécutif, j’ai créé aujourd’hui une nouvelle Unité, la Corporate Fraud Task Force, qui aura pour mission de réprimer toute fraude ou activité criminelle à l’intérieur du monde de la finance d’entreprise. Je propose aussi de rendre plus lourdes les peines criminelles pour les cas de fraude financière. Cette législation doublera les termes maximums d’emprisonnement pour les coupables, de cinq à dix ans. Défrauder les investisseurs est un crime grave et la punition doit être proportionnée à la gravité du crime commis.(…) Si d’autres scandales couvent au sein de l’Entreprise Amérique, il est fondamental que nous les débusquions et les affrontions des maintenant, de façon à pouvoir reconstruire la confiance de nôtre peuple et des marchés. J’ai aussi proposé un Plan de Responsabilité (Accountability Plan) pour le Business Américain en dix points ; il a été projeté pour : offrir de meilleures informations aux actionnaires ; définir clairement les responsabilités des cadres et des dirigeants ; développer un système d’audit plus fort et plus indépendant. Ce plan prévoit que la SEC puisse réaliser des actions agressives et affirmatives. (…) Dans le futur, la signature du CEO impliquera sa responsabilité personnelle en matière de certification de la véracité et de l’exactitude des opérations financières.(…) Les analystes de marché devraient être des conseiller dans lesquels pouvoir avoir confiance, non pas des vendeurs essayant de respecter un agenda caché.(…)

(…)Ce qui est juste et correct pour les travailleurs l’est aussi pour les patrons.(…)

(…)Des lois plus strictes et répressives vont nous être de grand secours. Mais, en dernier lieu, l’éthique de l’économie américaine dépends de la conscience et de la morale de ses dirigeants.(….) Nos écoles de commerce doivent être les principaux enseignants de ce qui est bien et de ce qui est mal, ne s’abandonnant pas à la confusion et au relativisme. Non patrons se doivent de fixer des standards de conduite élevés et clairs, qu’ils doivent respecter au travers de leur comportement.(…) Les CEO ont la responsabilité de la direction éthique de leur entreprises. (…) Les années 90 ont été marquées par une extraordinaire croissance économique. Comme nous le savons maintenant, elles ont été des années où la promesse de profits faciles à semé la graine du scandale. Beaucoup d’argent a été fait mais trop souvent en mettant de coté les standards et le respect des règles. Le système économique américain n’a pas échoué. Ce sont certains individus malhonnêtes qui l’ont mis à mal. Maintenant vient le travail urgent de consolidation et de réforme, guidé par une nouvelle éthique fondée sur un principe de responsabilité. (…) " (George Walker Bush - Wall Street- 9 Juillet 2002)

Quelles leçons en tirer ?

Le glas sonnerait-il pour le capitalisme ultra-libéral, qui a vu naître en réaction à ses méfaits une puissante réalité comme celle des Forum Sociaux (Mondial, régionaux et locaux) ? Le président Bush serait-il devenu, sans oser se l’avouer, un militant alter-mondialiste convaincu ? Tout porte à le croire ; malheureusement, la réalité pourrait être aussi toute autre.

C’est vrai. Il reconnaît que la majorité des travailleurs et des décideurs sont honnêtes. Il reconnaît que c’est un petit groupe d’individus sans scrupules qui minent non seulement la confiance du Pays, mais bel et bien les fondements même de la société. Il reconnaît que le système comptable actuel est opaque et laisse libre cours aux fantaisies les plus folles de la part tant des rédacteurs que des auditeurs. Il reconnaît qu’une nouvelle éthique est nécessaire dans le monde des affaires. Mais ça, c’est de la rhétorique. Un amas de lieux communs. C’est ce que l’opinion publique a besoin d’entendre (bien qu’elle le sache déjà). C’est pour la forme.

Heureusement, les mesures proposées par Bush, véritable substance de son message, sont là pour nous aider à y voir plus clair quant à ses réelles intentions ; à comprendre quel était son véritable message pour les initiés de la finance. Ce qui apparaît c’est que sous sa veste de bon samaritain, semble battre un cœur de grand inquisiteur. Ces mesures sont dans leur ensemble purement répressives et moralistes. Elle ne visent pas à avoir un effet durable sur les causes profondes de la crise structurelle qui touche actuellement l’économie américaine. Elle ne remettent absolument pas en question le Système économico-financier mondial ; elles ont au contraire pour mission de le renforcer et de le rendre encore plus puissant.

Le financier milliardaire américain Carl Icahn a affirmé dans une interview à CNN, que les propositions du président n’auront guère d’impact quant au pouvoir des actionnaires, car la majorité des entreprises est gérée de façon dictatoriale, ne laissant que très rarement l’occasion aux investisseurs de pouvoir dire leur mot. " C’est un petit pas dans la bonne direction " a-t-il ajouté, "mais comme je le répète depuis de nombreuses années, il n’y a pas de réelle démocratie au sein du monde américain de l’Entreprise. Tant qu’il n’y aura pas de démocratie, il y aura toujours de la corruption. " Ichan a le courage au moins d’avouer la réalité. Chose que Mr Bush ne fait pas.

Que la chasse aux sorcières et aux hérétiques commence !

Enquêtes, procès, prison et bannissement. Tels sont les ingrédients du cocktail explosif concocté par George Jr. et réservé à toutes celles et ceux qui n’obéissent pas strictement à la Loi. La logique qui sous-tend à ces mesures est la même que celle qui inspire la " guerre au terrorisme " : " la société est bonne mais elle est gangrenée par d’ignobles individus qui déstabilisent et détruisent ses Institutions. Ces personnes doivent payer pour leur méfaits. Nous nous chargeons de rétablir l’ordre et la légalité, par tous les moyens. Entre-temps veuillez abandonner une partie de vos libertés en échange d’un peu de sécurité. "

Quelle pourrait être le résultat pratique de tout ceci ? Quelques pigeons payeront pour tous les autres. Un nouveau système de comptabilité sera introduit (en prenant pourquoi pas le soin d’effacer toute trace du passé). Il y aura plus de contrôles donc plus de stress. Plusieurs autres sociétés pourraient faire faillite elles aussi. Les CEOs et les dirigeants d’entreprise n’oseront plus rien signer, par peur des conséquences qu’ils pourraient en pâtir (tout comme ça a été le cas à l’intérieur des Institutions Européennes, suite aux scandales qui coûtèrent la présidence de la Commission à Jacques Santer). Il y aura plus de méfiance ; la délation va devenir monnaie courante ; la déresponsabilisation touchera des niveaux jamais imaginés. Les entreprises redoreront leur blasons en faisant un simple mea-culpa et se redonneront une apparence d’honnêteté grâce aux purges qu’elles effectueront.

Entre temps le Système se transforme mais ne change pas. Apparemment, ce n’est pas encore pour demain (ni pour après-demain) que les causes profondes de la crise seront analysées et définitivement gommée.

" Corporate Responsibility " un slogan vieux de dix ans !

La " Corporate & Social Responsibility " est née il y environ dix ans, dans les milieux associatifs liés au monde de l’économie. L’introduction d’un peu plus d’éthique et de morale dans l’Entreprise n’était qu’un volait d’un triptyque qui visait aussi à faire assumer un peu plus à l’Entreprise ses responsabilités en matière environnementale et sociale (principe d’internalisation). Au début ce concept a eu du mal à passer dans le milieu des affaires ; tout ça pour être ensuite récupéré, vidé de toute substance et transformé en simple " Corporate Responsibility ". Les volets environnement et impact social ont été éliminés pour ne garder que l’aspect éthique. En somme, ce que dit Bush c’est simplement : "respectez les lois comptables et financières et tout ira bien ". Rien d’autre. Comme si le simple fait que ces lois soient respectées suffisait à résoudre les problèmes de l’économie américaine et mondiale.

La comptabilité n’est rien d’autre que ce qu’elle est : des chiffres sur du papier. Mieux, c’est un langage qui permet de décrire la réalité au moyen de chiffres. Les réviseurs comptables comprennent ce langage ce qui leur permet de saisir pleinement le fonctionnement d’une entreprise dans sa globalité ; tant à niveau quantitatif que qualitatif. Malgré cela, leur mission se limite à vérifier si les comptes ont bien été rédigés, dans les respect des lois et sans erreurs (de rédaction ou de calcul). Ils n’ont pas le droit De critiquer le contenu qualitatif des bilans. Faisons un exemple imaginaire : l’entreprise A de 300 employés inscrit en comptabilité l’achat de 1000 tonnes de papier à usage de bureau. Cette somme est couverte financièrement et la comptabilité est OK. Pour le réviseur donc tout est bon. Mais s’il avait la possibilité de toucher l’aspect qualitatif il mettrai en avant le fait que la consommation de papier est beaucoup trop élevée et que cela comporte un impact environnemental non négligeable ; il pourrait ainsi forcer l’entreprise à mieux consommer et à mieux recycler. Faisons un autre exemple, plus concret celui-ci. Les réviseurs de Renault ont lu il y a quelques années des comptes où ils pouvaient voir que l’entreprise allait fermer les portes d’une de ses usines les plus rentables (Vilvoorde - Belgique) et envoyer au chômage des centaines de travailleurs et de travailleuses. D’un point de vue formel ils ne pouvaient avoir rien à redire. Si ils avaient pu s’exprimer sur l’aspect qualitatif de cette décision, il auraient pu souligner l’impact social catastrophique de celle-ci sur Vilvoorde ; ils auraient pu condamner encore plus fortement cette décision du simple fait qu’elle naissait de motivations futiles liées au coût de la main d’œuvre et à la pression fiscale.

Grâce aux mesures prises par W le monde des affaires, après s’être payé une véritable cure de jouvence, pourra continuer à faire son petit business pendant longtemps et sans que plus personne ne l’inquiète. (Aux Etats-Unis existe une loi qui veut qu’aucune personne - physique ou morale - ne peut être jugé deux fois pour le même crime).

Conclusion

Mr Bush est un des membres les plus éminents de ce petit groupe de dirigeants occidentaux (Berlusconi, Chirac…) qui fait tendance actuellement ; celui réunissant les coupables de crimes financiers et baignant dans le conflits d’intérêt. Et nous devrions le croire lorsqu’il parle d’impunité zéro, d’éthique et de responsabilité ? Quelle vaste blague. Si Enron a fait faillite c’est en partie parce que cette société a servi de caisse noire à Mr Bush lors de la campagne présidentielle de 2000. Les médias tendent à l’oublier un peu trop facilement (comme ils ont vite oublié les délits d’initié commis les jours précédents les attentats du 11 Septembre par des grandes banques très réputées) Et si l’ancien patron d’Enron, J. Clifford Baxter a été assassiné (selon l’autopsie, pas selon la version officielle) c’est peut-être parce qu’il en savait trop. Enron n’est pas le seul squelette dans le placard du président ; d’autres sociétés qui lui appartiennent, auxquelles il est lié ou desquelles il a été dirigeant sont impliquées dans la tourmente de scandales inavouables : le Carlyle Group [3] ; l’Arbusto exploration ; l’ Arkhen Energy...

Non, les mesures proposés par le président Bush ne sont pas de celles qu’un peuple serait en mesure de s’attendre de la part de quelqu’un pour qui le Bien Commun passerait avant tout. Tant que la démocratie ne régnera pas dans la grande famille de l’économie, rien ne changera. Tant que les paradis fiscaux existeront, rien ne changera. Tant que des systèmes financiers parallèles existeront en secret au travers des Clearing House [4], rien ne changera. Tant que le secret prévaudra sur la vérité, rien ne changera. Tant que le " finance engineering " existera, rien ne changera. Tant que la réussite d’une entreprise se mesurera sur la base de ses résultats économiques plutôt qu’environnementaux et sociaux, rien ne changera. Tant qu’il n’y aura pas de contre-pouvoir politique démocratique mondial pour faire face au pouvoir économique mondial tout puissant, rien ne changera.


Notes

[1Voir les sources.

[2La SEC (Securities and Exchange Commission) a pour mission principale de protéger les intérêts des investisseurs et de vérifier l’intégrité des acteurs de Marché. Elle a la responsabilité d’interpréter la Loi fédérale en matière financière, d’en proposer des modification, de la faire respecter. Pour plus d’informations.

[3Voir les sources : (1) – (2).

[4Pour en savoir plus sur le scandal de la Clearing House Clearstream (ex-Cedel) . Les livres " Révélations " et " La boîte noire " aux éditions Les Arènes.


 
 
 
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