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Lettre ouverte à tous les Petits d’Homme

Ceci n’est pas un appel à voter pour l’une ou l’autre des candidats encore en lice pour le 2ème tour des élections présidentielles. Même pas une adresse à l’élu-e pour qu’il-elle réponde à des revendications.
C’est, bien au-delà des circonstances électorales, une lettre ouverte aux seules personnalités qui importent : les enfants... et par contrecoup celles et ceux qui sont chargé-e-s de les éduquer (parents, enseignants, citoyens).

Petit d’homme,
Je ne sais pas quel monde, quelle planète, les terriens d’aujourd’hui te lègueront. Tout n’est pas vraiment propice à ton bonheur, pourtant dans un élan de générosité, nos ancêtres déjà, avaient inscrit au fronton des mairies une devise prometteuse : « liberté, égalité, fraternité ».
Mais,
-  les richesses, immenses, sont détenues par quelques-uns et ceux qui n’ont rien s’enfoncent chaque jour un peu plus dans la misère ;
-  les pouvoirs sont confisqués par ceux qui détiennent les richesses et leurs vassaux immédiats que sont les médias -radios, journaux et surtout télévision - ;
-  la charité humanitaire a remplacé dans les consciences l’idéal de partage équitable ;
-  le sentiment de fatalité a été instillé peu à peu dans les esprits à coups d’indices boursiers, de taux de chômage et de précarité ;
-  toute l’organisation de la société concourt à renforcer le chacun-pour-soi, l’émiettement de la vie, la culpabilité individuelle, la servitude volontaire ;
-  et l’éducation, même aux mains de gens bien intentionnés que sont la plupart du temps les parents, les enseignants et autres animateurs, éducateurs, etc... ne permet le plus souvent aux enfants que de prendre la place qui leur est assignée par avance ; pire, elle est un puissant outil à fabriquer du conformisme, de la docilité, de l’esprit de fatalité, du pseudo savoir perverti par la course à la note, au diplôme, à l’apparence...

Bref, les 3 mots généreux hérités de la Révolution Française sont peu à peu vidés de leur sens, travestis :
-  la liberté s’appelle dorénavant libéralisme : c’est la situation du renard libre et des poules libres dans le même poulailler nommé lui aussi poulailler libre ;
-  l’égalité s’appelle dorénavant égalité des chances : c’est la situation d’une course à pied où partent à pied d’égalité sur la même ligne de départ un bipède courant, un unijambiste, un cul-de-jatte et un pilote de Formule 1 à bord de sa voiture ;
-  la fraternité s’appelle dorénavant « l’humanitaire » qui a remplacé la « charité chrétienne » mais fait toujours appel aux mêmes « dames patronnesses » et aux « bonnes âmes charitables » pour assister le « fainéant » tombé si bas mais qui, s’il mérite à peine de vivre, mérite au moins d’exister tant sa condition sert d’épée de Damoclès sur la tête des « un peu moins bas que lui »...

Petit d’homme,
Tu te demandes comment on a pu perdre ainsi le sens des mots, le sens des actes, le sens des valeurs. C’est peut-être qu’on a, sous l’emprise d’une idéologie dominante qui ne veut que fabriquer « du cerveau disponible pour coca cola », oublié d’interroger la finalité de chaque pratique éducative. Et on ne s’est pas rendu compte que « on ne peut pas détruire la maison du maître avec les outils du maître ». Et on ne s’est pas rendu compte que si « le rêve de tout éducateur est un élève docile et obéissant... songe-t-on à l’homme lâche et veule qu’il risque de devenir ». Et on ne s’est pas rendu compte que le véritable projet derrière « la syllabique », ou « la leçon de mots », ou « base écoles », ou « les 4 opérations en maternelle » ou « la grammaire à la place de l’observation réfléchie de la langue »... ou les notions mêmes de « projet » et d’ « évaluation » non interrogées du point de vue des valeurs philosophiques, citoyennes, éthiques... on ne s’est pas rendu compte que le véritable projet est de former un individu peu revendicatif sur ses droits mais particulièrement imprégné de ses devoirs, un individu qui ne pense pas par lui-même et qui a intégré l’état du monde comme un ordre immuable.

Petit d’homme,
Tu dois savoir que beaucoup d’adultes ont vieilli prématurément dans leur vision du monde. Ce sera à toi dans la confrontation solidaire à tes pairs d’apprendre à dire NON. Il te sera fait peu de cadeau... ou plutôt nombre de « cadeaux » seront là pour te détourner du pouvoir de résister, de grandir, d’inventer une vie digne d’être vécue. Il te faudra découvrir presque par toi-même ce que l’on tentera le plus souvent de te cacher : tes immenses potentialités. Pourtant des pratiques existent qui peuvent inverser le cours programmé des choses. Exige-les de tes parents, des enseignants, de toutes celles et ceux qui ont en charge de t’éduquer.

Pour le Groupe Français d’Education Nouvelle Rhône Alpes
Yves Béal


 
 
 
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