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La Gauche la plus bête du monde ?

par Valère STARASELSKI

A l’heure où nous sommes, ce titre longtemps décerné à la droite par la gauche (Guy Mollet), la gauche ne semble t’elle pas parfaitement en être digne ? Le sourire de Ségolène Royal au soir de sa défaite avait quelque chose d’hallucinant, de mécanique voire de robotisé. Qu’importe ce qui arrive semblait afficher cet étrange et tenace sourire de la candidate battue - l’espoir déçu, la difficile réalité de demain, la vie brisée des gens - j’entends bien rester à ma place de première dame de gauche ! Vaste programme aurait dit l’autre ! Ce comportement ne corrobore t’il pas, en fait, la description du PS présentée par Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki : « La société des socialistes apparaît fermée, bloquée, dominée par une oligarchie très attachée à son pouvoir et aux profits qu’elle en tire, peu ouverte sur son environnement social, de plus en plus imperméable aux groupes qu’elle est censée représenter et repliée sur des luttes dont la dimension idéologique apparaît secondaire » ? [1]
Et le méritoire combat que mène François Hollande, à la fonction qui est la sienne, ne semble pas plus ramener les socialistes à la raison.
Il y a quelques temps déjà qu’il apparaît que la gauche joue à faire de la politique pendant que la droite, qui ne craint pas le populaire et le terre à terre, elle, en fait réellement. Dans un roman publié en 2002, j’en avais fait l’expérience en prenant notamment connaissance des débats à l’Assemblée Nationale ainsi que des agissements des divers partis politiques français durant les trois mois que dura la guerre du Kosovo [2]. Que n’ai je pas alors entendu sur ma gauche !
Il paraît indéniable aujourd’hui que l’actuel Président de la République a su manœuvrer en émettant des signaux aussi bien à la gauche (Jaurès, Blum, Moquet) qu’à la droite et l’extrême droite tout en gardant la cohérence de son projet de droite. La prise en charge par une droite, bien campée sur son idéologie regénérée, du ressenti des électeurs a été effective tandis qu’une gauche immature se laissait notamment dépouiller des notions de Travail, de Nation, d’Autorité et même d’ordre comme si la loi n’avait pas été créée par l’homme pour le respect des plus faibles !
Quant à la gauche de la gauche, la fuite en avant dans un gauchisme stérile (certains crieront au pléonasme) qui, partant du rejet du Traité constitutionnel européen, a confondu ses propres désirs avec la réalité a voulu nous faire prendre l’antilibéralisme pour une politique. Et le sociétal pour le social quand le Capital arrache chaque jour une portion toujours plus importante au Travail et menace l’équilibre écologique de la planète.
Qu’on relise Aragon, ce passage de Blanche ou l’oubli où il relate la manifestation communiste de 1952 contre la venue du général américain Ridgway, commandant en chef des forces de l’Atlantique Nord, à Paris, période sectaire du PCF, qu’il terminait par ces mots : « Voilà, pour moi aussi, je puis bien le dire : il ne suffit pas d’avoir raison pour avoir raison. »
Faisant remarquer il y a quelques semaines à un camarade que le PCF ne travaillait plus sérieusement, je m’entendis rétorquer qu’on ne pouvait rien à cet état de fait qui durait depuis longtemps et que le mouvement antilibéral représentait assurément une possible sortie...
Non franchement, la France mérite mieux que ces gauches là ! Ils sont des millions qui sont la gauche dans notre pays à vouloir inventer une réponse capable de prendre toute la mesure des temps nouveaux. Il ne s’agit pas de ne pas les décevoir mais de ne pas les trahir. Parce que la politique a toujours besoin d’avenir.

Valère STARASELSKI


Notes

[1La société des socialistes - Le PS aujourd’hui - Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki - Ed du croquant - 2006 - 256 p - 18,50 euros

[2Monsieur le Député - Valère Staraselski - Ed Cherche-Midi - 260 p - 17 euros


 
 
 
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1 commentaire
  • (.....) La Droite dure a enregistré une victoire nette, qui clôt une campagne offensive. D’abord, Sarkozy a tenu à son camp un langage clair, mobilisateur et idéologiquement décomplexé. Il a défendu un projet ultralibéral au plan économique et ultraréactionnaire au plan politique. Plus de 30 % au premier tour, c’est un score élevé pour un candidat de la Droite sortante, signe que les classes possédantes et les couches aisées de la population se sont rangées massivement derrière lui mais, en même temps, que le candidat a su rassembler au-delà. (.....) Très vite, Sarkozy va chercher à transposer sa victoire électorale sur le terrain des rapports de force entre les classes sociales. Son plan de travail pour les 100 premiers jours est gratiné. Il comporte tout à la fois de nouvelles attaques contre les sans-papiers et des mesures contre les immigrés, une réforme de la fiscalité favorable aux grandes fortunes et aux rentiers, une attaque contre le droit de grève en instaurant le service minimum dans les transports en commun, de nouvelles exonérations pour le patronat, des mesures d’austérité contre la fonction publique, le renforcement des politiques sécuritaires, en instaurant des peines planchers pour les multirécidivistes et en abaissant la majorité pénale pour les mineurs à 16 ans. (.....) Il est évident que la victoire de Sarkozy est une très mauvaise nouvelle et qu’on a pris un coup sur la tête le 6 mai. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Jamais aucun pouvoir n’a réussi à empêcher la lutte d’exister. Nous ne partons pas de rien : la victoire contre le CPE et les grandes mobilisations de ces dernières années ont forgé l’expérience de nouvelles équipes de jeunes étudiants, de jeunes travailleurs, de syndicalistes radicaux. Cela constituera un point d’appui pour les mobilisations qui ne manqueront pas de se produire. Elles peuvent redonner une boussole à des travailleurs qui ont voté pour l’apprenti Bonaparte en pensant qu’il leur permettrait de mieux boucler des fins de mois difficiles. Dans les quartiers, les facs, les entreprises, il faut commencer à préparer les luttes de demain. (.....)

    Extrait de "La lutte d’après", Frédéric Borras, le 18 mai 2007.

    Voir en ligne : Mesures concrètes !

 
 
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