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Pour des élections démocratiques aux Etats-Unis

Arafat appelle à la tenue d’élections démocratiques aux Etats-Unis. Réactions mitigées à travers le monde.
par Rahul Mahajan [1]
Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

Hier, (26 juin 2002) [2] Yasser Arafat, président de l’Autorité palestinienne, a stupéfait le monde entier en exigeant que les Etats-Unis procèdent sans tarder à des élections démocratiques chez eux afin de désigner un nouveau chef de leur exécutif, en affirmant que c’était là une condition sine qua non pour que ce pays puisse prétendre continuer à jouer son rôle d’"honnête courtier" entre Israël et la Palestine.

"M. Bush est compromis par son implication dans l’élimination sélective de certains électeurs des listes électorales, avec des manières de coucou, et ses tactiques d’abus de pouvoir dans un certain Etat du sud-est [3] contrôlé par son frère", a indiqué M. Arafat, élu en 1996 en Cisjordanie et dans la bande de Gaza avec 87 % des suffrages, lors d’élections déclarées libres et tout à fait régulières par des observateurs internationaux, au nombre desquels l’ancien président américain Jimmy Carter. "Nos comptages indiquent que M. Bush aurait perdu les élections si ses associés n’avaient pas privé autant de milliers d’Afro-Américains - une minorité opprimée - de leur droit de vote. Force est de constater qu’il n’est certainement pas l’homme le plus indiqué pour ramener la paix au Moyen-Orient."

Hugo Chavez, président du Venezuela, élu avec 62 % des suffrages populaires, a approuvé les observations de M. Arafat. M. Chavez est depuis longtemps en butte à l’attitude antidémocratique de Bush. Entre autres, l’administration Bush a fait passer des centaines de milliers de dollars à des forces anti-Chavez, notamment le Fond de Soutien à la Démocratie. On la soupçonne d’avoir donné le feu vert au coup d’Etat - heureusement avorté - fomenté par cette milice d’extrême droite.
"Une fois les choses rentrées dans l’ordre, et à peine étais-je revenu au pouvoir", a dit Chavez, "l’administration de Bush m’a dit carrément : « un vote majoritaire ne confère aucune légitimité » ! Sauf, bien entendu - du moins j’en fais la supposition - lorsqu’il s’agit d’une majorité... à la Cour Suprême ?... Je respecte les traditions locales des Etats-Unis, aussi désuètes soient-elles, mais cela est très loin de donner l’exemple pour la façon dont les choses devraient se dérouler au Moyen-Orient, vous ne croyez pas ? Pourquoi ne reviendrions-nous pas à la bonne vieille idée d’une conférence internationale pour régler la question de la Palestine ?"

Toutefois, Bush ne resta pas sans défenseur. Le Premier ministre israélien Ariel Sharon, élu à la tête d’un pays qui opère une discrimination légale entre ses citoyens sur la base de la croyance religieuse, interdit formellement aux candidats aux élections de faire campagne pour l’abolition de cette discrimination scélérate et prive de citoyenneté une population entière soumise à son occupation militaire, a rejeté cet appel d’Arafat, en le qualifiant d’absurde.

Hamid Karzai, récemment "élu" à la présidence de l’Afghanistan par un grand conseil de notables, la "loya jirga" (dont une instance étrangère, contrôlée elle-même par les Etats-Unis, choisit les délégués - des seigneurs de la guerre non-élus et qui ont ravagé le pays ont été autorisés à contrôler la réunion et ont menacé de mort les délégués qui auraient refusé de voter "comme il convient" -, assistée par l’envoyé spécial des Etats-Unis en Afghanistan, Zalmay Khalilzad, qui a refusé à au moins deux autres candidats de participer au scrutin) s’est joint à M. Sharon pour apporter son soutien à M. Bush en cette heure où il en a le plus grand besoin. Karzai a déclaré : "En Afghanistan, nous avons la loya jirga. Aux Etats-Unis, vous avez votre manière à vous de procéder - nous comprenons bien qu’il est traditionnel, là-bas, chez vous, pour les grandes entreprises, de jouer un très grand rôle dans l’élection des politiciens et dans l’écriture des lois. Nous sommes nous-mêmes très intéressés par l’étude de ce genre de système politique, dont nous pourrions avantageusement nous inspirer..."

Vojislav Kostunica, choisi pour diriger la Yougoslavie au moyen d’un scrutin pour lequel les Etats-Unis ont dépensé environ 25 millions de dollars dans l’espoir d’en influencer les résultats, fut lui aussi très prompt à voler au secours de Bush, indiquant qu’il n’a constaté aucun vice de procédure dans les élections (américaines) de 2000.
Et Mahathir Mohamad, président de la Malaisie, si longtemps moqué pour ses affirmations répétées selon lesquelles "la « culture asiatique » n’est pas compatible avec les droits universels de la personne," d’ajouter  : "Les élections sont une question d’ordre strictement intérieur ; elles ne devraient en aucun cas entrer en ligne de compte dans la détermination du statut d’honnête courtier des Etats-Unis. L’autoritarisme des Palestiniens représente une menace très sérieuse pour la notion d’indépendance nationale."

Dans un volte-face surprenant, Tony Blair, le Premier ministre britannique, allié de longue date des Etats-Unis, a approuvé quant à lui l’appel lancé par Arafat, déclarant  : "Du temps que nous y sommes, jetons à nouveau un petit coup d’œil à notre traité sur l’Indépendance américaine. Non content de n’avoir jamais été élu, George Washington avait plutôt une fâcheuse tendance à s’acoquiner avec des terroristes. Benedict Arnold !... ; on peut trouver partenaire de paix plus présentable, « n’est-ce pas’ » (en français dans le texte, ndt) ?"

Nous aurions souhaité obtenir des réactions à ces commentaires. Mais M. Arafat, très pris par l’étude d’un plan qui permettrait de trouver un nouveau dirigeant israélien qui ne soit pas compromis dans l’assassinat de centaines d’innocents à Sabra et Chatila, afin de négocier avec lui, n’était pas joignable.


Notes

[1Rahul Mahajan est le candidat du Parti Vert au poste de gouverneur du Texas. Il est l’auteur de "The New Crusade : America’s War on Terrorism" (La nouvelle Croisade : La Guerre de l’Amérique contre le terrorisme), Monthly Review Press, avril 2002. Membre fondateur du Nowar Collective (Collectif Anti-Guerre), il travaille au National Board of Peace Action, un mouvement pacifiste américain.

[2Quel organe de presse officiel a repris cet article ?

[3que nous ne nommerons pas, mais dont le nom commence par un "F", ndt


 
P.S.

Article publie dans :
Point d’information Palestine > N°203 du 30/07/2002

 
 
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