Le dopage témoin de notre société

Concernant le sport, aux infos, le dopage a la part belle. Pour autant, son lien avec les pratiques sociétales est rarement signalé, voire jamais.

Comme chaque été le Tour de France cycliste fait parler de lui. Alors que la société ne cesse de mettre en avant la réussite individuelle. La réussite étant entendu comme un dépassement des autres.

Ne pas réussir devient alors ringard. Cette société cultive aussi le culte de l’image (se faire voir). Les sportifs sont partie intégrante de cette société et en ont les qualités et les défauts. Le cyclisme, sport populaire n’est pas à l’abri des défauts et le dopage devient le moyen de cultiver son ego, de se surpasser et de se faire voir. C’est également vrai dans les autres sports. Les plus policés ne font pas exception à la règle ; le tennis, le sport automobile, le rugby alimentent les doutes.

Les pratiques dites amateurs aussi (à défaut d’être champion du monde, on peut toujours être champion de sa région, de son département, de son club).

La télévision et la presse utilisent le sport pour assurer leurs propres développements, c’est-à-dire augmenter le taux d’écoute ou le nombre de lecteurs et, sur cette base, obtenir un volume croissant d’annonces publicitaires. La compétition sportive devient ainsi une foire commerciale. S’agissant des grandes épreuves comme le tour de France cycliste, concernant le dopage, il est donc impossible de ne pas faire le lien avec les intérêts financiers (sponsors, recettes publicitaires, droits télévisés ...) qui sont en jeux et qui concourent indirectement à l’incitation au dopage. De plus, il faut ajouter les intérêts de personnes (médecins, entraîneurs, directeurs sportifs et commerciaux), pour certains, peu regardant sur l’éthique.

Dans ces conditions, je n’ai pas de solutions miracles à proposer contre le dopage. Je m’étonne toutefois qu’on mette toujours l’accent sur les possibles sanctions à l’encontre des sportifs (qui ne possèdent pas le pouvoir) et jamais sur les sanctions possibles contre ceux qui encouragent directement ou indirectement le dopage (qui possèdent le pouvoir). Lorsque ces derniers risqueront perdre de l’argent alors le dopage diminuera.

Est-il bien normal qu’un sportif, même tricheur, soit criminalisé tel un assassin, sans possibilité de revenir faire son métier et pratiquer sa passion au plus haut niveau lorsqu’il est suspendu 2 ou 3 ans. ?

A l’inverse, est t’il bien normal que des commentateurs utilisent des superlatifs au profit d’un cycliste vainqueur du tour lorsqu’on sait que celui-ci a été victime (à 22 ans) d’une thrombose cérébral qui peut résulter d’un épaississement sanguin pour cause de globules rouges supplémentaires (autotransfusion) ? Dans ce cas, ce cycliste professionnel aurait oublié de fluidifier son sang avec de l’aspirine ou autre composé similaire. Le même cycliste ayant été suspendu au tour de France précédent, les superlatifs alors ressemblent fort à une « tricherie » de langage. Au profit de qui ?

Il est tentant de rapporter l’ensemble des excès que connaît le sport au régime capitaliste. Certes le capitalisme n’a pas inventé les fraudes dont les jeux olympiques de l’antiquité semblent avoir connu tant d’exemples si l’on en croit les chercheurs, mais le capitalisme a eu pour effet d’accentuer la commercialisation du sport et de lui donner une légitimité sociale.

On ne saurait s’étonner du dopage dans un monde où l’appât du gain reste le moteur des initiatives économiques, on conçoit difficilement que le sport échappe à la tendance générale.

Serge Portejoie


 
 
 
Forum lié à cet article

2 commentaires
  • > Le dopage témoin de notre société 20 août 2007 14:39, par Cyclo37

    Je trouve votre réfexion sur le sujet intéressante. Il est effectivement injuste que seuls les coureurs aient à supporter les sanctions du délit de dopage. Ces sanctions sont parfois disproportionnées par rapport au "délit commis". Depuis seulement un an, les ténors se font prendre car désormais les faits de dopage écornent l’image des médias et des sponsors. Avant, ils étaient systématiquement blanchis : Amstrong, Delgados, Merck...
    Il y a tout de même un changement. Mais ce n’est pas assez !
    A plus tard si vous le souhaitez.

  • C’est évidemment un défenseur des activités sportives qui écrit.

    Par rapports au temps des Simpson, Anquetil, Merkx, Delgado et autres, les changements sont vont dans deux sens, à la fois, les contrôles, bien qu’insuffisants, sont plus sérieux, de l’autre les moyens de se doper, sous l’impulsion des intérêts commerciaux, deviennent de plus en plus « scientifiques ». Des laboratoires n’hésitent pas quelquefois à en faire leur activité première (voir l’affaire Balco). Les moyens les plus utilisés sont connus : EPO, testostérone, autotransfusion, mais souvent difficilement décelables car masqués. Il y a cent façons de brouiller les pistes. L’AMA (Agence Mondiale Antidopage) connaît quelques contradictions dans son approche du problème et le cyclisme est l’arbre qui cache la forêt du dopage. Des sports ne sont pratiquement pas surveillés, des disciplines comme le golf, le cricket, la formule 1 sont touchés. Enfin, en France, le laboratoire de dépistage situé à Chatenay Malabry aurait été victime d’un piratage informatique destiné à décrédibiliser ses résultats. Comme quoi la guerre du dopage fait rage et des voix se font entendre pour suggérer un dopage médicalisé. Le Sport peut être une belle activité humaine et c’est bien dommage qu’elle soit décrédibilisé ainsi.

    Serge Portejoie

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes