Interview de Fanny Edelman sur le Che

Fanny Edelman, figure du Parti communiste argentin, a été secrétaire générale de la Fédération démocratique internationale des femmes. Elle se souvient de sa rencontre avec le Che en 1960.

En quelles circonstances avez-vous rencontré Che Guevara ?

Fanny Edelman : Je participais avec Wilma Espin, l’épouse de Raul Castro - elle est décédée il y a peu - à une rencontre de femmes à Santiago du Chili quand nous recûmes l’invitation de nous rendre à La Havane. Ce fut deux mois après le triomphe de la révolution. Nous avons rencontré Ernesto Guevara, qui occupait le poste de ministre de l’Industrie, dans un salon de l’hôtel Riviera. Le lien s’établit aussitôt entre nous du fait que nous étions Argentins tous deux. Cette entrevue me laissa une impression étrange. Le Riviera était un de ces lieux de plaisir, avec prostituées et casino que les Américains et les riches Cubains affectionnaient. Ce jour-à, il y avait encore tout cela, c’était les débuts de la révolution ; sur les plages un grillage séparait encore les Blancs des Noirs. Du Che je garde l’image d’un homme d’une grande beauté, un visage noble doté d’un regard d’une incroyable profondeur qui vous captivait ; il rappelait le Christ. Il s’adressait dans une langue qui savait émouvoir. On le sentait totalement imprégné par la révolution dans laquelle il avait une immense confiance. J’ai été impressionnée et fortement marquée.

L’avez-vous revu après cela ?

F. E. : Non, bien que j’ai voyagé au moins une fois l’an à Cuba depuis. Je n’ai pas eu d’autres occasions. En revanche j’ai établi avec son épouse Aleida March qui fut secrétaire de notre organisation de femmes une relation de toute une vie. J’ai également travaillé en Argentine avec la mère du Che, Celia De la Serna ; elle donnait des cours à Ernesto dans leur maison de Rosario, à l’époque de la primaire quand il ne pouvait aller à l’école à cause de son asthme ; elle lui a notamment appris le francais.
En 1963, nous avons été arrêtées toutes les deux et incarcérées par la junte du géneral Ongania après une visite à Cuba. Du Che je détache son esprit d’une grande finesse : dès 1960, il avait déjà cerné les difficultés qu’aurait à affronter la Révolution cubaine, notamment de la part des Etats-Unis et de la haute bourgeoisie en exil à Miami. Concernant l’URSS, il avait saisi les limites de la révolution de 1917 qui n’avait pas su s’appuyer suffisamment sur le peuple. Aussi préconisait-il la multiplication de rencontres et d’échanges avec les citoyens en préalable à toute réforme. Vivant, le Che aurait participé au processus révolutionnaire  ; il aurait ainsi accompli son rêve de travailler à l’émancipation humaine. Il partageait ce sentiment, cet humanisme avec Fidel Castro. Ils forment une même pensée. Ce sont deux âmes jumelles.

PROPOS RECUEILLIS PAR
GÉRARD DEVIENNE


 
P.S.

Source : Cuba Si France, N° 29, septembre12007

 
 
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