Manuel Walls diabolise Battisti

Sur France Inter le 3 septembre 2007 à 19 H 30, dans l’émission « Le franc-parler » Manuel Valls y est allé de son discours pour préparer les électeurs à un recentrage du PS. Bayrou hurle-t-il : « J’étais là avant, c’est complet ! » ? Bon, d’accord, plus à droite, alors. Ça boume Nicolas ?

Car ils se tutoient et s’appellent par leur prénom. Parfois ils voyagent ensemble.

- Quand est-ce que tu viens dans mon gouvernement, Manuel ? (authentique).
- Attends, Nico, j’essaie d’abord de prendre le PS.
- T’occupe pas de ça, Manu, c’est mon job. Tu as vu comment une partie du troupeau élephantesque a foncé vers ma mangeoire en quelques semaines : Bernard Kouchner, Eric Besson, Jean-Pierre Jouyet, Jean-Marie Bockel, Fadela Amara, et aussi, en mission : Hubert Vedrine, Michel Rocard, Jacques Lang, Jacques Attali, plus Dominique Strauss-Kahn au FMI.
- Stupéfiant de vélocité, en effet, mais il en manque, Nico, il en manque.

Valls est maire d’Evry, député « socialiste » (guillemets, italique et sic), sarko-compatible et blairiste. Pour limiter le cumul, ce quadra (qui compte déjà plus de vingt ans de métier) a déchiré sa carte de la Ligue des Droits de l’Homme qui prétendait que le basque est un homme.

Donc, sur France Inter, voulant donner un exemple de ses divergences avec le PS, il a souhaité l’extradition de Cesare Battisti vers l’Italie. Le journaliste lui fait remarquer que c’est le président Mitterrand qui avait invité en France les anciens militants italiens (Cesare était alors au Mexique), et que « certains ont considéré qu’il y avait un reniement de la parole politique qui avait été engagée par la France ». Valls botte alors en touche en bafouillant un galimatias d’où il ressort néanmoins que les propos de Mitterrand ne sont pas clairs : « Oui, beaucoup d’ailleurs, de blues ( !??) sur ce qu’étaient exactement les mots de François Mitterrand... » Exactement ?

En bredouillant dans un fragment de phrase que ces mots pourraient ne pas avoir été assez clairs pour engager la parole de la France, Valls se vautre dans le moelleux d’une rumeur que la presse paresseuse, l’ayant lu sous une plume pas innocente, répète à l’envi. La vérité, HISTORIQUE, que cela plaise ou pas, est la suivante :
Dans une déclaration datée du 22 février 1985, Mitterrand offrait l’asile aux Italiens qui n’ont pas commis de crime de sang. Or, tous les exilés politiques Italiens des « années de plomb » étaient évidemment accusés d’avoir commis de tels crimes (ne serait-ce que par complicité, pour avoir appartenu à des groupes armés). C’est pourquoi, deux mois plus tard, le 20 avril, devant le 65ème congrès de la Ligue des Droits de l’Homme, Mitterrand prononce une déclaration solennelle (que Valls n’a pas entendue, bien qu’il ait de quoi entendre, mais il avait rompu avec la LDH) où cette mention restrictive ne figure plus. C’est cette parole-là, cet engagement, dit « Doctrine Mitterrand » qui a conduit des centaines d’Italiens à se réfugier chez nous. Valls peut marmonner, à la sauvette, que l’offre de Mitterrand était ambiguë, elle était au contraire limpide, mûrement affinée en deux mois, ciselée, chaque mot étant pesé. Et, quoi que l’on pense de Mitterrand, il faut admettre qu’elle était grande et noble, fleurant bon son Jaurès des grands jours.

Les gouvernements de droite ont trahi cette promesse. Sarkozy veut la peau de Battisti. Valls approuve. Zélé, il le répète régulièrement sans que personne ne l’interroge là-dessus.

Pendant la guerre civile espagnole, son grand père, cacha des membres du POUM et des anarchistes poursuivis par les franquistes. Manuel Valls, lui, un quart de siècle après la fin du conflit italien, exige qu’on livre un militant aux revanchards qui veulent l’enfermer à vie.

Le grand-père courageux et fraternel n’est plus là pour voir comment ses valeurs ont dégringolé de l’arbre généalogique ! Il n’aurait pas aimé ouïr son petit-fils s’égosiller : « Je vois un Italien qui court encore ! » et « Au trou Battisti ! » Avant d’ajouter qu’il ne faut pas « diaboliser Sarkozy ».

Valls connaît-il du dossier Battisti autre chose que ce qu’ont distillé des agences de presse informées par le ministère de l’Intérieur italien ? On en doute. Mais cela ne l’empêche pas de s’être jeté sur l’os pour clamer son amour, électoralement payant, de l’ordre et de la sécurité. En mars, il récusait toute forme « de complaisance vis-à-vis d’un terroriste [...] condamné pour crimes de sang » et « d’attachement à un pseudo-romantisme révolutionnaire, ainsi que toute forme de complaisance vis-à-vis d’un terroriste, quel qu’il soit ».

Admirable condensé d’insinuations à l’aide de mots percutants : terroriste, crime, sang, et même, hélas ! « révolutionnaire » accolé à ce repoussant triptyque. Tremblez, bourgeois ! Ou plutôt, ne tremblez pas : le duo Sako/Valls veille.

Mais AUCUNE preuve autre que des aveux extorqués, AUCUN témoin oculaire ne confirme ces accusations-là. Battisti a toujours nié avoir tiré sur quelqu’un durant son éphémère passage dans un groupuscule armé. Et empressons nous de préciser ici, avant que les guignols de gaute et de droiche ne nous ressortent encore l’exemple suivant de crime odieux commis par Battisti que :
1) L’enfant de 14 ans blessé dans une fusillade et paralysé depuis, a été atteint par une balle perdue, tirée par son père.
2) Personne n’a vu Battisti sur les lieux du drame.
3) Personne, ni la Justice italienne, ni la victime, ni son père, ni un témoin ne dit qu’il y était. Personne ? Enfin, si, nos médias, parfois et nos politiciens frappés d’écholalie ...

Valls pense-t-il à sa carrière ? Si ça se trouve, apparatchik précoce n’ayant jamais exercé un autre métier que celui de politicien, il a envie de voir ce qu’on peut obtenir comme job dans le privé après des études d’Histoire (ses hagiographes ne nous disent pas comment elles se sont terminées). Facteur à Neuilly ?

Mais s’il y pense, ce dont le soupçonnent les perfides, il devrait réfléchir à ça : quand des milliers d’intellectuels pétitionnent pour Battisti, quand Bernard-Henry Lévy s’engage activement (il vient de lui rendre visite dans sa prison, au Brésil) quand François Bayrou se prononce nettement en sa faveur, quand François Hollande le visite (février 2004) à la Santé, quand Fred Vargas anime, sans ménager sa peine ni son argent, son comité de soutien, il n’est pas impossible que ces gens-là, si divers, aient quelque connaissance du dossier et redoutent une nouvelle affaire Dreyfus.

Car les ingrédients sont là : le métèque expiatoire (le Juif, puis l’Italien !), la falsification de documents, les faux témoignages achetés ou arrachés par la torture et le tombereau de mensonges auxquels Valls vient d’ajouter le sien, tranquillement, insinué au détour d’une phrase précipitée, pour bien montrer aux électeurs que, lui aussi, il est pour l’ordre, la sécurité et l’usage d’un karchër franco-italien capable d’arroser le Brésil. Et basta des borborygmes mitterrandiens inaudibles (presque du Sarko pompette au sommet du G8 ou du Rocard à jeun) !

Que reste-t-il au PS, pour incarner le renouveau ? Quels chefs potentiels ? La réponse nous est donnée par la presse, celle-là même qui nous avait dicté en 2006 notre choix de 2007 : Ségo contre Sarko. Il reste des hommes de la trempe de Valls, porté par son amour de la vérité, sa compassion hugolienne pour les proscrits, et son farouche enracinement à gauche.

Qu’on en juge par la violence des réponses qu’il fait, sur son blog, à des questions concernant Sarkozy et Fillon.

« Q. La réussite de la politique d’ouverture de Nicolas Sarkozy vous trouble-t-elle ? R. Nous verrons [ ...] si la volonté de réforme affichée par le nouveau pouvoir correspond à une manœuvre pour nous affaiblir, ou à une sincère volonté de dialogue et de modernisation de notre vie parlementaire et politique.

Q. Vous avez dit que François Fillon, mardi dernier, avait été plutôt bon...

R. Pas mauvais en tout cas ! Combattre des mesures économiques et sociales que je juge injustes et inefficaces, le bouclier fiscal ou les franchises médicales, par exemple, ne passe pas par le sectarisme, l’aveuglement, le repli sur soi. Tourner le dos à la « vieille politique », c’est-à-dire à la vocifération et au rejet systématique de tout ce qui peut venir du gouvernement, nous permettra d’être demain plus audibles et, donc crédibles pour préparer l’alternative. »

Les esprits suspicieux se demanderont si Valls ne préserve pas là ses chances d’avoir un itinéraire à la Kouchner. Ne pas insulter l’avenir, ne pas claquer les portes aux nez de Sarko (n’est pas Cécilia qui veut !) ! Si le destin de Valls au PS n’est pas à la hauteur de ses espérances, comment voulez-vous que lui, si jeune, supporte indéfiniment, le « sectarisme, l’aveuglement, le repli sur soi » de ses amis, adeptes de « la vocifération et [du] rejet systématique » alors qu’il n’est pas exclu de trouver à l’UMP « une sincère volonté de dialogue et de modernisation... »  ?

Maintenant, que nul ne s’étonne si Manuel Valls, dont le génie politique et les dons de visionnaire restent à démontrer, squatte les médias plus qu’un ministre en exercice.

Tiens, dit Candide, pourquoi l’invitent-ils si souvent ? A cause de la longueur de ses dents et de leur positionnement particulier : en majorité plantées sur la gauche de la mâchoire pour mordre ce peuple d’« assistés », la partie droite étant habitée de souples gencives pour les douceurs réservées à une droite moderne et sincère  ?

A cause de sa dextérité directionnelle qui ridiculise les pataudes girouettes depuis qu’on le vit se prononcer pour le non au référendum sur la Constitution européenne avant de faire campagne pour le oui ? Et sans grincer, la rouille n’ayant pas le temps de s’installer.

Ou tout simplement parce que c’est le candidat « de gauche » (guillemets, italique et sic), que la droite nous a choisi pour 2012 ?

Maxime Vivas
Membre du Comité de soutien à Césare Battisti


 
 
 
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1 commentaire
  • > Manuel Walls diabolise Battisti 11 septembre 2007 09:39, par Serge Portejoie

    Dans l’affaire Césare Battisti, beaucoup de gens n’en connaissent ce que les grands médias ont bien voulu nous informer. Manuel Walls, lui, en connaît peut-être un peu plus, mais il surf sur le politiquement correct de droite ou de gauche (on ne sait plus tant ça se ressemble) qui consiste, entre autre, à jouer de la peur et du terrorisme comme s’il était pertinent de parler des « années de plomb » comme d’un mouvement terroriste comme on l’entend depuis le 11 septembre 2001 pour faire oublier le terrorisme d’Etat, celui qui s’attaque aux droits de l’homme et aux acquis sociaux en France comme en Italie. Qui sait les positions de Mitterrand en 1985 (qui n’en pris pas que des mauvaises) sur les années dites de plomb dans la seconde moitié des années 70 en Italie ? Seul le combat que tu mènes Maxime avec Fred Vargas et quelques autres pour le liberté de Battisti sont là pour nous le rappeler.

    S. Portejoie

 
 
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