Sarkozy ou le coup d’éclat permanent

Nicolas Sarkozy est partout. Notre Omni-président traverse la France, l’Europe, le Monde au pas de course. Il fait mentir à lui seul l’axiome politique de De Gaulle qui pose que “Le pouvoir ne va pas sans le prestige et le prestige sans l’éloignement”.

Il est ici, il repassera par là, homme pressé, super-héros du redressement de la France, briseur de tabous et enfonceur de portes ouvertes au gonds médiatiquement bien huilés.

Pour plagier ce bon père Victor Hugo,

“Ce siècle avait sept ans,
Washington remplaçait Rome
et déjà sous Sarkozy perçait...Paris Hilton“.

Mais, direz-vous, quels points communs entre cette blonde minaudante et notre président “sondagièrement” puis démocratiquement élu ?
Tous deux sont des produits, des artefacts communicationnels, lesquels posent que l’apparence fait la substance, le paraître fait l’être, la palabre fait l’acte, la vélocité de réaction fait l’action vraie, la mise en scène fait la vie, la véracité fait la vérité, le récit fait l‘histoire, le rôle fait l’homme. Démonstration...

Un président “bling-bling”

Notre président, tout comme l’héritière hôtelière, aime le clinquant et dédaigne de jetter un voile pudique sur ces signes ostentatoires de richesse que sont ses goûts dispendieux.

“Fi donc“, ont dit les plus snobs de nos éditorialistes qui n’y ont vu souvent qu’une simple manifestation du mauvais goût d’un “nouveau riche“. Une question de savoir-vivre donc, une anicroche sans grande gravité ? Mais ce serait alors évacuer ce que tout cela suppose, comment parfois l’indice fait l’édifice, et comment l‘homme tout entier est dans le détail.

D’abord Nicolas Sarkozy n’est pas un nouveau riche car il n’est en rien un ancien pauvre. On a voulu construire l’image d’un Rastignac, enragé de sa condition initiale, et jurant de se hisser socialement. Or, fils d’avocate, petit-fils de médecin, élevé à Neuilly, il n‘a pas eu à proprement parler l‘enfance de Cosette.

Dés lors une “prolétarisation” à bon compte de Nicolas Sarkozy s’est faite par le biais de son enfance mythifiée. Et le suffrage universel (donc chacun de nous) a été la bonne fée qui aura permis à notre Cendrillon présidentielle de changer sa citrouille en yacht luxueux. Mythologie de conte de Fée et mystification communicationnelle...

Un autre moyen pour Nicolas Sarkozy de se prolétariser facilement a été d’afficher des goûts (?) culturels prétendument populaires. Sa logique en cette matière a été une logique de blockbuster, best-seller, de “vu-à-la-télé“.
Le bon peuple est ainsi “steeviisé”, “bigardisé”, “claviérisé”...Et un syllogisme politiquement porteur se lit dés lors : “J’aime ce que le peuple aime donc j’appartiens au peuple“.

Pourtant se devine à travers ces prétendus goûts populaires un solide mépris de classe pour ce même peuple ainsi “franchouillardisé”, réduit à n‘aimer que les grasses bigardises.
Car tout comme les aristocrates de l’Ancien Régime ne dédaignaient pas de “s’encanailler” en mimant les goûts populaires (Marie-Antoinette et sa bergerie), Nicolas Sarkozy a tenté de faire oublier son tropisme UMP-ploutocrate en se grimant en ce qu’il a cru être Monsieur PMU-tout-le-monde...le temps d’une élection.

Une politique tautologique

Paris Hilton est célèbre d’être célèbre, connue d’être connue, médiatique car médiatisée. Elle est un produit “vu à la télé, entendu à la radio”. Elle est une tautologie à elle toute seule.

Et Nicolas Sarkozy ?

Son élection même a été tautologique, cela par le fabuleux biais des sondages. On ne dira jamais assez comment les (men)sondages ont infiniment modifié l’idée même de démocratie. Les sondages sont les Augures modernes : tout comme dans l’Antiquité greco-romaine, on fouillait les entrailles des oiseaux pour y lire des présages d’avenir, nos sondeurs modernes, faiseurs de roi, explorent les entrailles du peuple pour y découvrir qui sera élu. Cette pratique “gastro-entérologique” était interdite dans l’Athènes antique peu de temps avant les élections importantes... tout comme les sondages.

Nicolas Sarkozy, entre autres raisons, a gagné les élections, parce qu’il était donné vainqueur. Un électeur, au sortir des urnes, avait ainsi déclaré avoir voté Sarkozy car il était “le mieux placé dans les sondages”.
Le sondage a un effet mécanique de mise en visibilité exponentielle d’un candidat et d‘évidence construite et auto-réalisatrice. C’est l’effet “Münchausen“, du nom du célèbre baron, qui embourbé dans une marre, va parvenir à s’en extraire en se tirant lui-même par les cheveux.

Autre caractère tautologique de sa politique : sa communication médiatique. L’idée est simple, il s’agit de faire l’actualité tout en donnant l’impression d’y coller au mieux.
Car au fond, qu’est-ce que l’actualité ? Une succession d’évènements choisis et sélectionnés de façon arbitraire dans le flot continu des faits. L’évènement est ce qui casse une linéarité, il est donc de l’ordre de la péripétie.

L’intelligence de communication de Nicolas Sarkozy est de “créer” ou de sélectionner artificiellement cet évènement, la péripétie qui fixera l‘attention : par le biais des médias, il ne nous dit pas comment penser mais à quoi penser. Aussi la vraie censure sarkozienne n’est pas là où on empêche, mais là où on contraint de parler.

Et l’on sait également que le premier effet de l’actualité médiatique est de synchroniser (Gabriel Tarde) c’est-à-dire de construire au même moment entre les individus qui ne se connaissent pas un intérêt commun pour quelque chose. Le tout est de décider de cette “chose”, occultant ainsi d’autres problèmes plus épineux. Il donne ainsi l’impression de coller au mieux de l’actualité, d’être réactif, au plus près des préoccupations des “vrais gens” (comme s’il y en avait de “faux”...).

Et si certains médias, dans un sursaut, s’interrogent enfin sur cette omniprésence... médiatique de Nicolas Sarkozy (vertigineuse mise en abyme), on invitera, comme récemment sur France Inter, Thierry Saussez, French Spin Doctor de Sarkozy, ce qui ne sera pas précisé à l‘antenne. Il pourra alors, en tant que spécialiste “objectif“, commenter et célébrer comme “moderne” et “proche des gens” cette même communication qu’il a contribué à construire... tautologie tautologiesque.

Dans le champ lexical des discours du Président, on trouve souvent les phrases suivantes : “au fond, je ...”, “je ne vois pas pourquoi je ne dirais pas que...”, “je ne vais pas m‘excuser de dire que...”.

Il impose ainsi l’idée que toute son action est basée sur la Vérité, le Bon Sens et par dessus tout l’Evidence. Tout comme Chirac abusait du mot “naturellement”, au plus fort d’un mentir-vrai constant, Nicolas Sarkozy abuse de la “vérabilité”, de cette illusion que non seulement il dit la vérité, mais qu’il l’a dit envers et contre tous, dans la lutte et la rupture.

Or, il n’est en rien dans la rupture puisqu’il obéit, dans sa politique, au tropisme de tête de son parti : favoriser les favorisés.
Et il n’est en rien dans la lutte pour imposer ses idées puisqu’il scande le tempo médiatico-politique.

Toute la structure narrative de sa politique tente de faire croire que celle-ci est subversive alors qu’elle est parfaitement conservatrice dans les faits. Pour maintenir le rythme de cette auto-narration, Nicolas Sarkozy est condamné à toujours plus de coups d’éclat, dans un crescendo d’activisme, mais non pas forcément d’actions.
Se dégage alors l’impression d’une politique de tapis de course mécanique, où l’on se démène, où l’on sue, où l’on s’agite, où l’on court frénétiquement... mais où on n’avance absolument pas.

Une politique compassionnelle...à défaut d’une politique sociale ?

Bourdieu distinguait la “main droite” de l’Etat, faite de coercition et de monopole légal de la violence, occupée à la protection physique et la “main gauche”, tournée vers la protection sociale et économique. “Surveiller”et “Veiller sur” seraient les deux pôles de l’Etat moderne.

Où se place la politique de Nicolas Sarkozy ? Il a simplement surinvesti la main droite de l’Etat en la faisant passer pour la main gauche. “Surveiller” en faisant croire que c’est cela, “veiller sur”, prestidigitateur et illusionniste habile.
N’étant pas ambidextre, sa politique est ainsi mal latéralisée, volontairement confuse, quitte parfois à se mélanger sérieusement “les pipeaux“ comme dans le cas de la privatisation de GDF.

L’illustration en est qu’il saisit tout fait divers pour en faire une arme de diversion massive. Ses goûts le portent vers la violence matérialisée, le pénalement identifiable, l’insécurité due aux violences entre personnes.
Jamais, il ne va identifier comme victimes les gens qui ont à souffrir de violences symboliques comme l’insécurité sociale et économique, suggérant ainsi que cette dernière est naturelle et inévitable (quand bien même cette insécurité sociale serait accentuée par sa politique).
Il passe ainsi, à bon compte, pour un protecteur physique puisqu’il ne peut décemment, au vu de son libéralisme économique, se poser en protecteur social.

Le pendant de ce rôle de protecteur physique qu’il se construit à bon compte est celui d’une politique compassionnelle rythmée par le couple héros-victime. On ne doit donc pas s’étonner que la garden-party de l’Elysée, ce 14 juillet, ait eu pour thème les Héros et les Victimes. Cela illustre un glissement certain vers une disneyllisation à l’américaine de la politique.

Inconsciemment, lors de cette garden party, on devinait que s’écrivait encore un conte communicationnel (encore un !) de héros invités chez le super-héros, Nicolas Sarkozy. Et c’est également ainsi qu’il faut comprendre l’étrange reportage de France 2 où il fut présenté, très sérieusement, en Jack Bauer, héros de la série américaine “24h”, et chargé régulièrement de sauver le monde.

Et c’est ainsi qu’il faut revoir sa visite vespérale en banlieue où il promettait de nettoyer la ville de "sa racaille". Homme seul, dans la nuit, face à la foule, sa posture relevait du heros-seul-contre-tous, protecteur des petites gens. Batman à Gotham-City ? Non, Sarkozy à Argenteuil...

Et cette même idée de super-héros qui est illustrée par l’épopée de la libération des otages bulgares grâce à l’intervention à distance de Super-Nicolas et de son “missi dominici”, Cécilia.

D’ici peu, peut-être se mettra-t-il à guérir les écrouelles par imposition des mains ou à rendre la justice sous un chêne (ou sur une chaîne de télévision). Faisons d’ailleurs confiance à la télévision pour continuer à créer, lors de reportages apocalyptiques sur l’insécurité, des "minutes de la peur" qui, comme dans 1984 d’Orwell, nous jetteront apeurés dans les bras de notre Little Big Brother à nous.

Le côté supra-protecteur de notre président est enfin tout aussi présent dans ces images de footing, images qui suggèrent le muscle en action, comme si la France ne s’incarnait plus dans l’esprit ou la parole du Président mais dans son muscle contracté.
“Malheur au pays qui a besoin de héros”disait Brecht...

Pour conclure qui a dit ? : “son incuriosité et son apparente imperméabilité au doute sont quelques fois interprétés (...) comme le signe de la force de ses convictions, la simplicité de ses propos est souvent perçue comme la preuve qu’il est allé au coeur d’un problème complexe, alors que c’est exactement le contraire qui est vrai”.

Il s’agit de Al Gore parlant de W. Bush. Cela ne vous rappelle personne ?


 
 
 
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