Pourquoi je n’irai pas à la manif Birmanie

par Jean Bricmont
Le 2 octobre 2007

Je n’irai pas à la manif (de Bruxelles) , même en admettant que la situation en Birmanie est horrible, que l’opposition a entièrement raison etc., parce que :

1. Je pense que les progressistes doivent exiger des gouvernements occidentaux - dont le nôtre - qu’ils s’ingèrent moins et non plus dans les affaires intérieures des autres pays. C’est un principe général, qui est soutenu par tout le mouvement des pays non alignés. Il faut exiger moins de sanctions, pas plus, et refuser l’usage des droits de l’homme et de la démocratie comme instrument d’ingérence. Nous n’avons aucun moyen d’agir directement sur la situation en Birmanie, et tout ce que l’on fait c’est de demander au gouvernement belge, qui suit en cela les Etats-Unis, de prendre des sanctions. La priorité des progressistes à mon avis, devrait être, lors d’une crise comme celle-ci, de connaître et de faire connaître les points de vue des gouvernements qui s’opposent à l’hégémonie américaine, la Chine par ex., ou d’autres pays du tiers-monde.

2. A partir du moment où une "cause" est soutenue par les Etats-Unis, et par tous les médias des pays occidentaux, comme celle-ci, ou, dans le temps, les rebelles afghans (à l’époque soviétique) , Solidarnosc, les Kurdes en Irak ou les Kosovars, elle n’a pas besoin de l’aide de ma modeste personne. Je préfère réserver mon temps et mes efforts à des causes que les grandes puissances ne soutiennent pas : les Palestiniens, l’opposition libanaise, les Irakiens, et le droit pour l’Iran à l’énergie nucléaire.

3. Je pense que ce serait une excellente "initiative citoyenne" de boycotter délibérément les manifestations auxquelles nous invitent nos médias. Quand on voit la quantité de manipulations auxquels ils se livrent, jouant sur les bons sentiments pour nous faire adhérer à l’agenda occidental du moment, la vraie résistance consiste par commencer en leur disant : Non. Par "manipulation" je ne veux pas dire que la situation n’est pas terrible en Birmanie, mais la question des priorités se pose. Pourquoi focalisent-ils leur attention sur la Birmanie, dont nous ne sommes pas responsables, et pas sur l’Irak, qui est la plus grande catastrophe humanitaire de notre temps (d’après les rappport les plus récents, un million de morts, trois à quatre millions de réfugiés), et dont nos alliés américains sont directement responsables ? A quand une manif pour demander que les Américians se retirent du Moyen Orient, cessent leurs menaces contre l’Iran et leur soutien à Israël ? On peut être certain qu’aucun média ne serait favorable à celle-ci. Et, étant donné les rapports de force, dans lesquels la soumission intellectuelle des progressistes à l’agenda médiatique joue un grand rôle, personne ne se risquerait à organiser une telle manif. Pourtant, en étant dirigée contre nos alliés et pas contre nos "ennemis" (la Chine), elle aurait au moins le mérite de l’honnêteté.

La partie ci-dessous a été rajoutée par Jean Bricmont en réponse aux critiques dont il a été l’objet à la suite de la publication de cet article sur Mondialisation.ca.

Je pense qu’il faut distinguer soigneusement entre manifestations qui s’opposent à nos gouvernements ou à leurs alliés et celles qui les soutiennent ou les poussent à aller plus loin dans la direction qu’ils prennent déjà-de confrontation avec certains pays du sud, avec la Chine, l’Iran, etc. La manif Birmanie est clairement dans la deuxième catégorie. Toutes les manifestations sont dirigées en priorité vers les gouvernements des pays où elles se produisent ; soit elles essaient de les entraver, soit de les encourager. Il ne faut pas imaginer qu’une manifestation à Bruxelles change quelque chose en Birmanie. Mais elles affectent légèrement l’attitude de nos gouvernements, dans une mauvaise direction à mon avis.

Ensuite il faut réfléchir à la logique des sanctions que la gauche appuie ici. La position libérale classique, qui était aussi celle de la gauche avant 68 (par rapport à l’URSS par exemple, ainsi que par rapport à l’ensemble du tiers-monde), est que de soutenir la diplomatie et le commerce sont préférables à la guerre et aux sanctions, y compris face aux "tyrans". Par exemple, George Kennan, ancien ambassadeur des États-Unis à Moscou, et architecte de la théorie de « l’endiguement » (de l’URSS), déclarait en 1992 : « l’effet général de l’extrémisme de la guerre froide a été de retarder plutôt que de hâter les grands changements survenus en Union Soviétique »[1]. Des déclaration semblables ont été faites du côté ex-soviétique (je ne considère pas la façon dont ces changements se sont produits comme positive, mais c’est autre chose).

En Irak, les sanctions ont fait des centaines de milliers de victimes, sans "renverser le dictateur", dont le renversement militaire (l’action militaire s’inscrivant dans la logique des sanctions) a causé de nouveau des centaines de milliers de victimes - le résultat, qui devrait faire réfléchir certains, c’est qu’aujourd’hui des millions de gens fuyent une démocratie, l’Irak, pour se réfugier dans une dictature, la Syrie, où au moins ils ont la vie sauve. Les sanctions occidentales contre Cuba, la Lybie, l’Iran et quantité d’autres pays ont fait à mon avis un tort énorme et provoqué une hostilité contre nous qui ne sera pas oubliée de si tôt. Il ne faut pas oublier que ne sommes plus les maîtres du monde (voir 9/11 etc).

Il y a deux arguments qui sont constamment invoqués pour justifier les sanctions, l’un complexe, l’autre stupide. Le premier, c’est l’Afrique du Sud, où là (comme en Israël) on se trouvait face à un régime raciste, directement hérité du colonialisme et auquel il était important que l’Occident mette fin. Comme l’Afrique du Sud provoquait l’hostilité de l’ensemble du tiers monde (ce qui n’est pas le cas de la Birmanie ou des autres pays qui sont dans notre collimateur aujourd’hui), le fait qu’elle perde le soutien occidental eut sans doute une certaine importance (reste à comparer avec le rôle des facteurs internes, comme l’action de l’ANC). Mais, même à l’époque, je pensais qu’il fallait souligner le caractère tout-à-fait exceptionnel de la situation, parce que je craignais qu’on en fasse ce qu’on en a fait, c’est-à-dire un argument général en faveur des sanctions.

L’argument stupide, c’est que, en l’absence de sanctions, les "multinationales" vont en profiter, d’où l’agitation facile contre Total, avec, cerise sur le gâteau, contre Kouchner qui leur a servi d’idiot utile. Premier point : si on n’aime pas les multinationales, nos multinationales, c’est à nous de les nationaliser, ou de leur imposer des codes de bonne conduite (qui rêve même de faire cela ?). Deuxième point : que serait la France ou la Belgique si subitement les multinationales y cessaient tout activité ? Ou bien on a un modèle économique alternatif à proposer (lequel ? le modèle stalinien ? maoïste ?
si oui, qu’on le dise) ou bien il faut reconnaître que, retirer les multinationales, c’est arrêter l’économie. C’est-à-dire demander aux populations de vivre dans une économie de subsistance. L’Irak a illustré la cruauté de cette proposition.

Le vrai problème des multinationales, c’est qu’elles monopolisent les outils d’une économie moderne. On peut vouloir socialiser ce monopole, tout en gardant la modernité de l’économie, ce que voulait Marx - mais qui ose encore défendre cela aujourd’hui ? On peut aussi vouloir abandonner la modernité, attitude que Marx et Engels appelaient ironiquement le "socalisme féodal". Le problème est que la gauche accepte trop souvent le monopole (rebaptisé économie de marché) chez nous, au nom de l’efficacité, c’est-à-dire du confort apporté par la modernité, et propose le "socalisme féodal" dans pas mal d’endroits du tiers monde.

Dans le cas de la Birmanie, les pays d’Asie ne semblent pas soutenir les sanctions, et ils ont toutes les bonnes raisons pour hausser les épaules quand les Occidentaux leur parlent des droits de l’homme (pour ceux que cela étonne : étudier l’histoire), ou de souligner violemment notre hypocrisie, comme le fait l’ex-premier ministre malais Mahatir.
Il est douteux que les sanctions fonctionnent (outre que le gouvernement birman semble être assez autarcique) et, donc, toute l’agitation servira uniquement, comme dans le cas du Darfour, à faire de la propagande anti-chinoise, peut-être dans l’espoir de saboter les Jeux Olympiques.

Finalement, il y a un autre argument dont il faut dire un mot : faire l’un (s’agiter sur la Birmanie, le Darfour etc.) n’empêche pas de faire l’autre (soutenir les Palestiniens etc.). Mais la question est celle de notre succès dans toutes les situations où nous nous opposons réellement aux gouvernements occidentaux : quels succès avons-nous eu contre la guerre en Irak ? Qu’arrivons-nous à faire pour Gaza ? Quel probabilité il y a-t-il que nous empêchions une guerre avec l’Iran ?
Évidemment, "nous" rencontrons des succès lorsque nous sommes alignés sur les gouvernements occidentaux, mais uniquement dans la mesure ou ceux-ci rencontrent des succès (principalement lors de la chute de l’URSS), et la gauche occidentale joue là le rôle de mouche du coche. Le problème avec la Birmanie, la Chine, l’Iran etc. c’est qu’il y a des forces dans le monde qui résistent à l’hégémonie occidentale et la question qui se pose est de savoir si nous voulons tenter, de façon illusoire à mon avis, de sauver cette hégémonie, ou bien d’accepter une fois pour toutes la multipolarité du monde.

Il est tragique de voir que c’est dans la gauche que persistent le plus, au nom des droits de l’homme (combinés à un certain nombre de sophismes), les illusions de grandeur impériale de l’Occident, qui sont la principale menace de notre temps, pour nous comme pour les autres.


 
P.S.
 
 
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7 commentaires
  • > Pourquoi je n’irai pas à la manif Birmanie 3 octobre 2007 01:05, par tissiane

    Ma réponse.
    (je ne demande à ce qu’elle soit forcément publiée)

    Voir en ligne : Ce qui m’a boulversée dans le drame birman

  • > Moi non plus ! 3 octobre 2007 10:36, par François Xavier

    Cher Jean,
    Que dire de plus ? Vous avez très bien résumé la situtation ... Je suis de tout coeur avec vous.

    Voir en ligne : http://www.francoisxavier.net

  • > Pourquoi je n’irai pas à la manif Birmanie 5 octobre 2007 04:02, par JACQUES RICHAUD

    C’EST OU LA BIRMANIE ?

    Difficile débat que celui-ci ! Je reproduis ici les commentaires déja postés sur des sites amis en plusieurs étapes :

    En première réaction je disais :Je peux adhérer à la logique de toute une démonstration et pourtant ressentir un profond malaise devant l’argumentaire qui est :

    "Par “manipulation” je ne veux pas dire que la situation n’est pas terrible en Birmanie, mais la question des priorités se pose."

    La question des PRIORITES ! Cette terrible question des priorités et de la concurrence des causes, de la mise en balance des enjeux et des légitimités, de la concurrence des victimes que nous avons si souvent reproché à d’autres... Terrible choix qui à l’extrême peut nous mener à l’absurde décision de ne soutenir JAMAIS aucune cause au prétexte de l’existence d’une tragédie pire encore que celle qui nous interpelle à un moment donné... Au nom de ce principe nous devrions détourner le regard des misères qui nous sont les plus proches en raison de tragédies lointaines plus atroces ? Nous devrions ne pas voir la tête tranchée déjà tombée lorsque à côté on en est encore à la torture ? Ne pas voir la torture de l’un parce que se commettent des crimes de masse ? Ne pas comptabiliser et dénoncer le "petit" massacre minable face à l’entreprise de grande envergure criminelle étatique ?

    J’avoue un malaise profond à cette théorisation de la non-solidarité visible pour de tels faits ; elle heurte doublement ma conviction : Ma conviction que chaque homme et chaque femme valent pour UN et mérite de n’être abandonné jamais (ni l’inconnu expulsable demain de nos villes, ni le très célèbre Mumiah qui risque la chaise électrique un matin brun aux USA bientôt). Ma conviction aussi, internationaliste d’une indispensable solidarité entre TOUS les peuples face à leurs oppresseurs... Que nous ayons été déjà défaillants dans l’expression de nombreuses solidarités qui nous semblaient nécessaires se trouve désormais être un argument pour allonger la liste ?

    J’avoue que cette posture dérangeante pour justifier le non-signalement de son indignation, face à la dictature birmane ou face à tout autre pouvoir répressif, me dérange au plus profond de moi-même ; j’y vois comme la version de gauche d’un "utilitarisme" qui est au cœur de la pensée capitaliste ; une sorte de raisonnement "coût-bénéfice" ou "retour sur investissement" qui m’effraie, venant d’un homme aussi lucidement engagé souvent que Jean Bricmont.

    Une autre phrase me heurte au plus haut point :

    « Je préfère réserver mon temps et mes efforts à des causes que les grandes puissances ne soutiennent pas : les Palestiniens, l’opposition libanaise, les Irakiens, et le droit pour l’Iran à l’énergie nucléaire….. Je pense que ce serait une excellente “initiative citoyenne” de boycotter délibérément les manifestations auxquelles nous invitent nos médias. ». Le temps de ce monsieur est certainement précieux, pour d’autres le jour qui vient sera peut-être le dernier face aux chars de l’armée ; il y a comme une insulte à révolté en péril ! Pour ce qui est de « l’excellente initiative citoyenne », j’admire cette invitation à l’indifférence qui ouvrirait la voie aux pires compromissions et silences demain… la « politique autrement » qui invoque la citoyenneté prend ici une triste odeur d’indifférence élevée au rang de vertu…Enfin depuis quand devrions nous conditionner nos postures politiques au traitement « médiatique » des événements qui nous interrogent ?

    J’avoue ne pas croire tenable cette posture, sauf à se préparer à dire demain après l’écrasement de la révolte "qu’il devait en être ainsi", car le peuple n’était pas prêt à prendre la relève... Pour connaître un peu l’Asie après un an et demi de séjour en pays bouddhiste au Cambodge, je crois percevoir la vague profonde qui se soulève comme une fragile mais immense attente... Et nous détournerions les yeux ? En ce pays quelques minorités montagnardes exercent encore une résistance armée, mais l’immense majorité d’une population presque égale à celle de la France n’a d’autre pratique que l’attente d’une évolution démocratique qui fut un jour majoritaire et délégitimée par l’armée, devrions nous faire grief à ce peuple de ne pas s’être révolté par les armes ? Et si cette question était au fond, présente dans l’esprit de ceux qui expriment un certain dédain pour la Birmanie ? Et si la fascination de la violence révolutionnaire conditionnait pour une part notre empathie pour une cause ? Et si pour cette obscure raison nous préférions demander « c’est où la Birmanie ? »

    Je notais aussi l’utile lecture de
    Jean Bricmont, l’impérialisme humanitaire, voir : http://www.oulala.net/Portail/impri...

    A cette première expression de désaccord était objectée une trop grande "susceptibilité" à une émotion manipulée par les médias, mais dissimulant trés probablement des arrières pensées politiques qui devaient inciter à "la prudence" et en clair au "non-engagement" dans un quelconque soutien, pour éviter de cotoyer des gens peu fréquentables aux yeux de certains.

    Se posait donc la question seconde : MANIPULER LES EMOTIONS ?

    Bien sur , chacun est convaincu de "ne pas vouloir laisser manipuler ses émotions", mais dire cela avec Jean Bricmont contribue à théoriser une forme d’impuissance qui aurait vertu de non-compromission :

    - Ne peut-on A LA FOIS s’intéresser aux femmes afghanes et dénoncer ceux qui instrumentalisent leur sort ?
    - Ne peut-on A LA FOIS regarder le monde tel que nous le voyons et dénoncer toutes les duplicités de RSF ?
    - Ne peut-on A LA FOIS dénoncer Halliburton et en même temps Total ?

    Et pourquoi l’évidente "asymétrie" de jugement de certains devrait-elle fonder la raison de nos silences ? N’est-ce pas consentir à ceux là exactement la victoire d’une propagande que nous renoncerions à contrer ?

    A nous d’éclairer les enjeux et dénoncer les duplicités, sans abandonner jamais les hommes et les femmes eux-mêmes à un sort qu’ils n’ont pas choisi et à une oppression dont ils souhaitent s’émanciper, en Birmanie comme en Irak, au Népal comme au Liban, en Chine comme aux USA peut-être demain, en Iran comme en Palestine aussi...

    Non, décidément non, je n’approuve pas cette retenue qui serait une forme élevée de la bien-pensance et ne fait le jeu que des oppresseurs parce que nous serions impuissants à les démasquer tous. Je mesure bien sur la vanité et l’impact limité de nos actions de soutien ; je mesure combien nous soutenons plus parfois notre propre cohérence mentale que les combats asymétriques menés par des forces faibles contre des puissances immenses ; je mesure aussi la frustration induite par notre réelle impuissance souvent et que nous tentons inconsciemment d’éviter...

    Mais je sais aussi, dans un monde ou la communication circule jusqu’au fond des jungles et des montagnes, que le sentiment des hommes et des femmes de devoir poursuivre un combat pour la justice, peut être conforté par un signal même faible, venu de loin, de très loin... J’espère que ceux qui affronteront demain la junte birmane pour la renverser enfin n’auront pas eu accès au texte de Jean Bricmont !

    Je crois comme beaucoup que ce sont toujours les peuples eux-mêmes qui se libèrent et que toute forme d’ingérence humanitaire cache une imposture possible, je crois que les ONG, organisations dites "NON" gouvernementales, sont toujours des organisations "gouvernementales" plus ou moins camouflées... Dire cela AUSSI doit faire partie de notre combat. Mais l’internationalisme ne se peut brider lui-même, sauf à "déconstruire" et faire une réécriture révisionniste des combats des brigades internationales, de Fidel en Afrique ou du Che en Amérique latine...et de l’idéal communiste lui-même ! Sur tous ces sujets il y aurait à dire, sans désavouer l’engagement d’un seul de ceux qui y ont laissé leur peau, il y aurait même à dire que beaucoup de tous ceux là, à un moment ou a un autre ont vu leurs « émotions instrumentalisées », et alors ? Ils se sont levés pour cela, qu’espérons nous d’autre pour nous même et pour tous demain que de réveiller nos émotions qui sont les mots muets de notre dignité ?

    Pour finir j’ai pensé devoir confirmer l’actualité et l’importance de cet enjeu par une affirmation : C EST DONC ICI LA BIRMANIE !

    En confirmant d’abord ce point essentiel : "Je crois comme beaucoup que ce sont toujours les peuples eux-mêmes qui se libèrent et que toute forme d’ingérence humanitaire cache une imposture possible, je crois que les ONG, organisations dites “NON” gouvernementales, sont toujours des organisations “gouvernementales” plus ou moins camouflées…

    Dire cela AUSSI doit faire partie de notre combat. Mais l’internationalisme ne se peut brider lui-même". Sur ce point je crois que JB et moi sommes d’accord.

    Mais dire cela ne suffit pas à déterminer un positionnement dans une conjoncture particulière, une insurrection qui s’annonce, une répression qui s’abat... Ce sont toujours des hommes et des femmes qui sont concernés, broyés non par des "concepts », dont nous pouvons débattre pendant l’agonie de ceux que Bricmont semble dédaigner, mais par la matérialité de la force brute qui s’exercera au nom de concepts souvent non explicites.

    Alors je crois qu’il est une manière de nous mettre d’accord :

    - A un moment historique donné, devons nous tenter de conserver NOTRE SEUL REGARD (nécessairement extérieur et parfois très lointain) sur un épisode de cette lutte historique et mondiale contre l’oppression ? C’est la posture de Jean Bricmont qui n’utilise que SA propre analyse.
    - Ou devons nous TENTER, sans garantie d’y parvenir, le rapprochement, la compréhension, l’écoute et le soutien peut-être envers les premiers concernés ? C’est la posture que je préconise. ; et cela suppose de rechercher encore d’autres informations et d’autres encore, toujours.

    Mais une telle attitude n’équivaut nullement à une "simplification" du débat qui masquerait les duplicités, les manipulations, les enjeux cachés ; je crois qui plus est qu’elle est LA CONDITION PREMIERE de la réalisation de ce "travail", toujours complexe et toujours prolongé dans le temps, comportant même le risque "de se tromper" parfois ; cela est connu.

    Il a été sur un forum cité Robespierre qui fut acteur majeur de ce temps ou se définissaient « les priorités » ; mais je ne suis pas sur que le parallèle avec nos interrogations historico-politiques du moment soit pertinent. Il serait plus pertinent de savoir si Jean Bricmont, au nom du péril nazi montant comme un nuage sur l’Europe aurait trouvé dérisoire de s’engager en Espagne dans les brigades internationales pour sauver une République bourgeoise ? J’ai ma réponse que je ne peux prétendre imposer à personne...

    Mais je crois que le manichéisme qui consiste à manipuler « les priorité » peut nous être de très mauvais conseil. La Birmanie, c’est ici et maintenant, comme l’Irak, l’Iran et la Palestine, comme la Tchéchénie aussi, la Colombie ou le Darfour…Moi la recherche des priorités me donne le vertige.

    Jacques Richaud

  • Tout à fait d’accord avec Bicmont, moi aussi je n’irai pas à la minif pour la Birmanie.

    Comme je ne SIGNERAI pas la pétition de Charlie Hebdo et sos racisme.

    leila

  • > Pourquoi je n’irai pas à la manif Birmanie 7 octobre 2007 22:28, par FISCHER

    J’ envoie pour la première fois un message dans ce forum de discussion

    Dans la discussion entre Jean Bricmont et Jacques Richaud relatif à la Birmanie, je soutiens Jacques Richaud contre Jean Bricmont

    De mon point de vue, la divergence entre les deux n’est pas si importante

    De mon point de vue, le message de Jean Bricmont dépassait sa pensée

    Par rapport à la Birmanie, je signale l’existence de deux autres messages importants du point de vue d’un meilleur éclairage pour la discussion

    Il y a premièrement un message de Maxime Vivas contre les tribulations de Kouchner en Birmanie

    Il y a deuxièmement un message relatif à l’aide militaire d’Israël à la Birmanie

    Ils sont disponibles si vous consultez mon blog personnel, c’est le blog fischer02003.over-blog.com

    Amicalement

    Bernard Fischer

    fischer02003@yahoo.fr

  • "nos émotions sont les mots muets de notre dignité"

    Très beau texte !
    Je vais aller voir où c’est, la Birmanie, ca m’intrigue cette histoire...

 
 
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