La Symphonie du loup - Rentrée 2007

Il est un doux rêveur venu des Carpates. Au pays du conte Dracula on n’empale plus, mais on est poète au fil de l’eau, tous les jours, comme d’autres sont maçons ou fonctionnaires ... Marius Daniel Popescu nous offre avec son premier roman la possibilité d’un voyage enivrant.

Pour parler correctement de la comédie humaine il convient d’être un peu poète, très observateur, jongleur avec les mots, perspicace et cavalier avec les règles. Il faut une bonne dose d’auto-dérision et un sens aiguisé de la formule pour, comme un pamphlétaire du XIXème siècle, saillir la syntaxe pour lui faire donner sa plus belle voix. Nul ne doutera plus que Marius Daniel Popescu est un écrivain de grande facture lorsqu’il aura refermé ce livre-là ! Car la jubilation hypnotique qui aura eu raison de tout lecteur pourvu d’un tant soit peu d’humanité prouve combien un livre peut changer les choses.

Parfaitement. Un livre peut changer un homme, un homme peut convaincre un autre homme de lire ce livre qui aura changé cet homme-là qui incitera son acolyte à faire de même et la boule de neige ira son chemin ... Le monde change, quoiqu’on en dise, et bien au-delà des mass médias qui ne contrôlent rien, ne leur en déplaisent ... Un peu de douceur dans ce monde de brutes : il ne faut donc pas s’en priver ...

Ainsi, ici, calme bloc en nos âmes déposé, ce pavé polyphonique à la densité puissante, notre aura-t-il foudroyé que l’on ne s’y prendrait pas autrement pour le présenter. Chronique de nos contrées humaines au-delà de nos frontières, traits illusoires sur une carte tracés alors que les hommes sont déjà loin, cette fable qui ressemble à un récit autobiographique renvoie aussi à la critique de la raison pure car c’est bien ici, dans l’instantanéité du détail, dans la manière de le nommer pour le rapporter, que l’incandescence des affects se révèle. Si certains mots n’auraient pas du exister, comme le rapporte l’un des héros, il s’avère que nécessité faisant loi, une certaine dose de malheur donne aussi naissance à sa représentativité littéraire.

Partant de la mort accidentelle de son père, le narrateur enlace les récits de son grand-père avec les siens, contemporains, et l’on tangue entre le passé et le présent dans un mouvement de va-et-vient qui donne ce non rythme si limpide et coloré qui n’est pas sans rappeler une certaine forme de transe que l’on ressent à la lecture, pour peu que la nuit s’emmêle et que l’on s’y enfonce jusqu’au bout, voyage initiatique qui n’a rien à envier à son illustre pair.

Lauréat du Prix Rilke 2006 pour le recueil "Arrêts déplacés", Marius Daniel Popescu nous est apparu en 2004 avec un drôle de journal littéraire, tiré à 1000 exemplaires, dont il est le rédacteur unique. Le persil est un cabinet de curiosités lyriques et critiques qui agit comme un contre-feu face aux tentatives d’uniformisation que nous subissons tous les jours.
Né à Craiova, en Roumanie, en 1963, Popescu s’établit à Lausanne en 1990 et gagne sa vie comme chauffeur de bus aux Transports publics locaux. Un pied resté planté dans la vraie vie lui confère un marqueur qui lui donne toujours l’indication du nord, et de cette boussole quantique il tirera les rhapsodies de sa poésie puis les polyphonies de ce roman magnifique tout en délicatesse.

Sélectionné pour le prix Wepler-Fondation La Poste 2007, ce roman incomparable et généreux offre donc une alternative aux modes inutiles que certains éditeurs fabriquent pour vendre du papier. Ce n’est donc pas un hasard si c’est Corti qui l’édite (à part Minuit, voire P.O.L, qui d’autre aurait osé ?) : qu’il en soit ici remercié.
Ne passez pas à côté de cet OVNI qui parle de l’essentiel, nos origines portées vers le métissage de nos cultures pour nous offrir la société de demain.


 
P.S.
 
 
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