Grenelles

Samedi 6 octobre avait lieu à Lyon un colloque rassemblant des opposants au Grenelle de l’environnement. Cette journée justement dénommée Contre-Grenelle comptait dénoncer les paradoxes du président Sarkozy et de tous ceux qui l’ont suivi dans cette démarche rendue selon eux peu crédible au regard du reste de la politique menée par le gouvernement. Un tour d’horizon des problématiques sociétales qui peuvent être associées au réchauffement climatique complétait le programme.

Avec 500 personnes dans la salle et peut-être 150 à l’extérieur - et pour qui toutes les présentations furent doublées - cette rencontre fut d’évidence un vrai succès public, preuve que la cause environnementale et les questions de société mobilisent.

Situés à gauche de la gauche, les intervenants représentaient plusieurs tendances : l’écologie politique, la décroissance, les ‘consommacteurs’, la désobéissance civile, les anti-OGM, les alter-journalistes et des économistes engagés. Première constatation : on peut aisément répartir tous les thèmes traités en deux groupes selon la manière dont ils ont été traités :

D’une part, les approches idéologiques prônant le rapport de force et la confrontation qui mènent à l’isolement, au contre systématique, à l’appauvrissement intellectuel par le refus de l’analyse des faits avant toute théorisation politique, par le refus aussi du dialogue avec quiconque ne partageant pas purement le même mode de pensée. Clairement, ces positions déconnectées de la réalité et totalement absentes du champ des propositions sont vaines et vouées à l’impasse. La LCR, Alter-écolo et le journal de la décroissance en sont les exemples les plus criants.

D’autre part, beaucoup plus intéressant et au moins aussi nombreux que le premier, le second groupe traité se distingue par une argumentation concrète et des exemples pragmatiques en phase avec le quotidien : c’est le maire de Grigny, René Balme, qui a mis en place dans sa commune la démocratie participative et s’est déclaré hors AGCS ; c’est Julien Milanesi qui lutte avec son association contre la construction de l’autoroute A65 entre Langon et Pau et dénonce les absurdités du projet ; c’est Christian Jacquiau, économiste, qui stigmatise le rôle de la grande distribution dans la chaîne de la consommation mondialisée et fortement émettrice de CO2, pourtant totalement escamotée du Grenelle officiel ; c’est, enfin, un paysan de la Bresse qui témoigne des conséquences mortelles du nuage de Tchernobyl sur son cheptel et démontre avec force et simplicité le poids du secret de l’Etat sur un dossier de sécurité alimentaire totalement d’actualité, celui des OGM.

A lire cette description dichotomique, on pourrait croire que la journée fut mitigée. Pourtant, elle fut réellement passionnante par l’observation qu’elle offrait des personnes présentes, des rhétoriques rôdées à la critique indifférenciée des autres en général, des actes de ceux qui malgré tout y croient et oeuvrent tous les jours.

Mais qu’adviendra-t-il de cette belle mobilisation populaire ? Paul Ariès, politologue, conclut la journée par vingt propositions qui n’engageaient que lui : les quatre entités organisatrices n’avaient pas su se mettre d’accord sur une conclusion commune. Il n’y eut aucune forme de débat, des questions furent collectées et lues à l’assemblée après avoir prévenu qu’aucune réponse n’y serait donnée. Enfin, aucun rendez-vous n’a été pris pour une éventuelle suite à donner. La protestation en restera là, comme s’il suffisait d’être contre.

Mercredi 10 octobre avait lieu au Sénat un colloque rassemblant des associations et des scientifiques n’ayant pas été conviés au Grenelle officiel. Favorable au nucléaire en tant que solution pragmatique, maîtrisée et efficace quant à la réduction des émissions de CO2, l’intention de ce Pré-Grenelle était d’apporter une contribution rationnelle et non idéologique au débat. Ayant le soutien de deux sénateurs, de l’Académie des Sciences et d’un prix Nobel de physique, cette journée qui attira 120 personnes et fit salle comble fut elle aussi une réussite.

Mais que dire de ces deux mondes si différents du contre et du pré Grenelle, face à celui officiel organisé par le gouvernement ? Par des approches et des solutions radicalement opposées, mais aussi par les origines de leurs membres, les cercles qu’ils fréquentent, leurs statuts sociaux, jusqu’à leurs codes vestimentaires, ces deux groupes - on pourrait parler de tribu - sont constitués d’une façon telle qu’ils ne se rencontreront jamais ; ils discourent ainsi entre membres du même groupe, peu ou prou tous déjà convaincus. Aussi volontaristes et intéressantes soient-elles, ces deux tentatives n’auront qu’un impact limité sur l’opinion publique.

En cela, et parce qu’il est organisé par le gouvernement, le Grenelle de l’environnement bénéficie d’une couverture médiatique très large. Et paradoxalement, en surface au moins, plus l’écho du Grenelle sur l’opinion publique sera grand, plus ses effets risquent d’être consensuels et limités, le contenu des rapports des six groupes de travail en témoigne.

Alors quoi ? Chaque opinion doit avoir sa place dans le débat public et la liberté d’expression ne doit servir qu’un seul but, celui d’informer le plus largement possible chaque citoyen afin qu’il se forge sa propre opinion. Au sujet du réchauffement climatique, réjouissons-nous donc du prix Nobel de la paix décerné conjointement à Al Gore et au GIEC et de l’attention qu’il attire sur la cause environnementale : cette caution hautement symbolique ne peut avoir que des retombées positives dans l’opinion dont tous les courants de pensée bénéficieront pour un débat toujours plus démocratique.


 
 
 
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