La décadence sécuritaire

Le sécuritaire pénal submerge la justice. Les garanties individuelles sont passées par pertes et profits. Il y a danger car nous en sommes déjà à la phase 2.

Après le succès de la phase carcérale, le gouvernement s’attque au contrôle social. Sur la voie publique (vidéosurveillance à outrance). Dans le champ familial (contrôle éducatif des parents). Dans la vie privée (Internet sur écoute). Tous ces dispositifs visent à prévenir tout risque de débordement de la population. Nous devrons obéir, sinon ...
En échange, on nous promet quoi ?
Ni emploi ni croissance économique. Mais la sécurité civile. Un néologisme pour désigner la garantie d’intervention de l’Etat si jamais l’on tenterait de toucher aux flux économiques. Aux infrastructures industrielles. Alors quid des droits de l’individu ? Ils sont remplacés par un jeu complexe et prophylactique de procédures. Ce livre vous les décrit par le détail. Il fait froid dans le dos ...

Et surtout, surtout, ne vous trompez pas. C’est sous le gouvernement de la "gauche plurielle" qu’a été régularisé le STIC. Puis que l’on a créé le FNAEG. Le système de traitement des infractions constatées et le fichier national automatisé des empreintes génétiques sont des enfants d’une gauche politique qui marche avec la droite. D’où mon émotion quand on a voulu prendre mes empreintes au renouvellement de mon passeport. J’ai dit non. Désormais je ne voyage plus en avion. Voiture ou train, au maximum. Je ne veux pas être fichée ...
En mars 2003, la loi de sécurité intérieure a permis de croiser les fichiers police et gendarmerie, ainsi 24,4 millions de personnes ! Car tout le monde entre dans le cadre, dès qu’il a franchi la porte d’un commissariat. Même dans son bon droit ... La CNIL a constaté que les signalements étaient injustifiés, erronés ou périmés. Qu’importe, on est passé outre !

Nous oublions, nous tous, qu’un état démocratique ne peut accepter que les moyens mis en œuvre pour assurer la sécurité soient attentatoire aux libertés. Mais de Jospin à Devedjian, de Chevènement à Perben, les hommes se sont croisés mais le cap n’a pas varié ! On est loin du discours de Pierre Mauroy, en mars 1981, quand il disait : "La droite dit : la première liberté, c’est la sécurité. Nous disons au contraire : la première sécurité, c’est la liberté."
Et dans un écho pervers, Lionel Jospin conclut, dans les années 2000 : "Un citoyen dont la sécurité n’est pas assurée ne peut exercer son droit à la liberté".
On connaît la suite ... Le Pen au deuxième tour de la présidentielle sous fond de psychose et d’insécurité brandit comme une arme politique.

Mais l’analyse proposée dans ce livre est plus radicale. Elle démontre la chute rapide et programmée de pans entiers de l’Etat de droit.
L’angle d’observation choisit par leurs auteurs - deux anciens secrétaires généraux du Syndicat de la magistrature - démontre bien la disparition des notions mêmes de justice. Cela en faveur d’un arbitraire bureaucratique. Le tout au service d’une petite partie de la population. Camouflée dans un discours de vertu - séparer les pouvoirs, présomption d’innocence, débat contradictoire - cette manœuvre vise à pervertir l’institution. Car il faut la mettre au pas. Pour ce faire, on l’enrégimente dans une vaste entreprise de maintien de l’ordre public. Et on brandit l’efficacité comme paradigme incontournable d’un ordre nouveau.

Alors, la justice se met finalement à la disposition de l’administration et admet que les pouvoirs de violation des libertés, dont le monopole lui avait été conféré pour en priver - justement ! - l’administration active, soient actifs ! Et elle ne peut plus en limiter l’usage ...
La nouvelle justice oublie tout simplement que l’efficacité n’est pas la justice ! Que le droit a justement pour fonction d’entraver l’efficacité du pouvoir. Et cela quelle que soit la légitimité du but poursuivi.

Derrière cette décadence sécuritaire pointe un projet politique malthusien. Il semble que nous devions nous préparer à voir appliquer des solutions guerrières pour répondre à des problèmes civils. La limitation de plus en plus accrue des libertés publiques et individuelles est en marche. La domination de l’élite sur le plus grand nombre se fera à ce prix-là !

Gilles Sainati & Ulrich Schalchli, La décadence sécuritaire, La fabrique éditions, septembre 2007, 112 p. - 14,00 €


 
 
 
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