Elections municipales 2008

Grigny (69) : Sortir des chrysalides !

Vous n’allez pas me croire, mais j’ai trouvé, collée à Givors, un drôle de petite commune. Une sorte de réplique du village gaulois qui résiste. Non, les habitants ne foutent pas des baffes aux romains, mais plutôt, ils ont élu un type qui a vraiment un drôle de notion du rôle de maire. C’est au détour de quelques conversations que l’étendue de sa bizarrerie s’est imposée, là, à mes oreilles incrédules.

Ecoutez, ce type prétend, accrochez-vous bien, que le rôle d’un maire est de faire ce qu’il croit juste pour ses administrés.

Etrange ...

Il pense que le rôle d’un maire est de porter d’une main les désirs de ses administrés et de l’autre, ses propres convictions de citoyen.

Singulier, non ?
Le plus incroyable dans tout cela, c’est qu’il le fait vraiment et depuis trois mandats...

En plus d’être un laboratoire, cette petite ville, son maire et son fonctionnement nous renvoient aux prochaines élections communales, en mars l’année prochaine. Voilà qui devrait vous donner des pistes pour comprendre le rôle d’un maire et ses difficultés, sans doutes pour élaborer certains objectifs que vous aimeriez voir figurer dans votre commune ou juger ceux qui sont proposés, mais plus encore, vous permettre d’imaginer que beaucoup de choses restent possibles...

Ne vous y trompez pas, ces élections sont capitales, peut être l’oublions-nous trop souvent ...

Grigny : quoi de particulier ?

Géographiquement ? Grigny, commune de Rhône Alpes, arrondissement de Lyon, canton de Givors, inscrite depuis 2007 dans l’intercommunalité du Grand Lyon, après consultation de la population. Environ neuf mille Grignerotes et Grignerots.

Politiquement ? Dans le département du Rhône, les législatives pour les quatorze circonscriptions de cette région ont donné : Pour les députés : 9 UMP (dont Grigny), 4 PS et 1 PC Liste des sénateurs du Rhône : 2 UMP, 2 PS, 2 UDF et 1 PC.
Liste des conseillers généraux pour les 54 cantons du Rhône : 11 UMP, 20 UDF, 20 PS et 3 PC

Le Maire ? A la tête de cette commune, Monsieur René Balme, pour son troisième mandat de maire. Autodidacte, il a trempé dans l’édition, la peinture, dans la création de sites internet avant l’heure et est à l’origine d’une télévision participative nommée ViVé. Engagement politique aussi tout au long de sa vie, il a quitté le PC il y a une dizaine d’années. Habite Grigny depuis plus de trente ans...

Inutile de préciser que si le charisme et l’opiniâtreté de René Balme sont primordiaux, il est entouré d’une solide équipe dont la motivation a été forgée par toutes les réalisations dans cette commune. Ils n’ont pas choisi la facilité, c’est le moins que l’on puisse dire et il faut à tout ce petit monde, des tripes solides pour maintenir le cap.

Grigny : AGCS et OGM. Quand l’état n’assure plus son rôle

La Ville de Grigny a proclamé la commune «  Zone Hors AGCS » en 2003 suite à une présentation des enjeux de ces accords lors d’une rencontre citoyenne pour laquelle des intervenants extérieurs avec été invités. Une des premières communes en France a adopté cette démarche. Mais de plus, René Balme devient secrétaire général du réseau national des élus et collectivités hors AGCS. Pour ceux qui ne connaissent pas le détail de ces accords, vous trouverez toute la littérature nécessaire sur internet (voir aussi les liens en fin d’article) mais le plus saisissant dans cette démarche réside sans doutes dans les difficultés d’alors, de décrypter la portée de ces accords justement, dans une période lors de laquelle les dangers n’étaient pas encore totalement identifiés et publiés à grande échelle sur le net. La démarche citoyenne et d’élu, d’interpeller ses concitoyens, d’engager une démarche au niveau de la commune et d’en profiter pour mettre en place un projet de superstructure pour les autres communes nationales est tout simplement remarquable.

Finissons en indiquant qu’aujourd’hui encore, ces accords sont très mal connus autant par les élus que par les citoyens et que le cycle de rejet de ces accords est encore en pleine expansion.

Concernant les OGM, la démarche a été encore plus spectaculaire. Le 25 juin 2003, le conseil municipal émet le souhait que le maire mette en œuvre ses prérogatives pour interdire de telles cultures sur le territoire de la commune et l’utilisation de tout aliment génétiquement modifié dans la restauration communale. Les habitants avaient été interpelés lors des troisièmes rencontres citoyennes. L’opposition reste en retrait. Fort de sa conviction, il envoie une lettre aux communes environnantes, les avertissant d’arrêté ainsi adopté. Le préfet, fouetté par l’état fou de rage au moment des actions de José Bové, lui envoie un courrier lui sommant de retirer son arrêté désigné comme illégal.

Le 21 Avril 2004, René Balme apporte son soutien à Guy Germain, Joannin Fleury et Jacques Roux, attendus au Tribunal Correctionnel de Vienne (les 3 de St Georges d’Espéranche) et demande au gouvernement de faire jouer le principe de précaution d’une part et prône la désobéissance civile qu’il estime être de circonstance sur ce dossier.

Grigny : Santé, police, expulsions,... Savoir prendre position

Quelques exemples de l’autonomie de pensée et d’action de cette commune :

Santé publique :
Le 14 juin 2006, après délibération, le conseil municipal s’oppose (20 voix pour et 6 refus de vote) au démantèlement du service de chirurgie de l’hôpital de Montgelas à Givors. Considérant qu’il s’agit d’un démantèlement programmé des hôpitaux publics de tout service rentable, au profit des établissements privés, le conseil municipal engage les communes environnantes à en faire de même.

Je rappelle que le démantèlement en France est effectivement en cours dans le cadre du projet « Hôpital 2007 ». A toutes fins utiles, je rappelle aussi que le dernier rapport de la cour des comptes vient d’épingler les établissements privés pour leurs comptabilités obscures (voir lien). Enfin, lorsque que l’on connaît l’AGCS et les méthodes maintenant éprouvées du gouvernement vis à vis des services publics les plus nécessaires, il n’est pas difficile de saisir que le mécanisme est : « Pour noyer ton chien, accuse-le de la rage ».

Police et sécurité :
Le jeudi 13 avril 2006, un incident survient dans le quartier du Vallon, suite au débarquement d’un régiment de policiers. Pas de chances pour eux, ils débarquent quelques minutes à peine avant l’ouverture d’une assemblée générale et leurs méthodes (gaz lacrymogènes en guise de préambule) sont alors parfaitement vues en « live » par tous les adultes présents. Les forces de police débarquent le lendemain et procèdent à trois arrestations de jeunes, dont un n’était pas présent le jour dit et l’autre était hospitalisé à la date des faits. René Balme intervient alors et écrit le 19 avril une lettre au préfet lui demandant de le recevoir dans les plus brefs délais. Le 26 avril 2006, le conseil municipal demande à l’unanimité l’ouverture d’une enquête administrative et le dessaisissement du commissariat de Givors dans cette affaire.

Expulsions locatives :
Depuis 2005, René Balme s’oppose aux expulsions locatives pour impayés. Il adopte des arrêtés municipaux contre ces expulsions et appelle à plus de travail en amont desdites expulsions (avec les bailleurs sociaux, les locataires, les huissiers) au sein du « Cellule de Veille Sociale municipale ». Cette posture lui vaut d’être régulièrement assigné au tribunal. Le 22 mars 2007, l’ensemble du conseil municipal, après délibération, le rejoint et interdit les expulsions sur le territoire de la commune. Un jugement lui avait d’ailleurs ordonné la suspension de l’exécution de l’arrêté municipal. Fort de la toute nouvelle loi du droit au logement opposable, il demande au préfet de participer à cette fameuse cellule de veille. Le 25 septembre 2007, le Maire se déplace pour empêcher une expulsion locative sur la commune. Il obtient gain de cause et en profite pour demander à la population de rester vigilante pour détecter d’éventuelles nouvelles tentatives.

Cantine scolaire : pas que des mots ...
Des enfants qui dégustent à la cantine municipale de vrais plats concoctés par un chef cuisinier. Et oui, les repas sont élaborés sur place, aucune société de distribution de repas ne met plus les pieds dans la commune pour nourrir les enfants. Le chef et son équipe (et pas n’importe lequel, je vous assure, j’y ai goûté) assurent la composition, l’élaboration et la distribution, sur place. Pour des repas équilibrés dont l’importance dans l’alimentation et le développement du goût des enfants n’est plus à démontrer. La prochaine étape sera le bio dans sa forme la plus efficace ...

Note : Grigny s’est battu pour empêcher tout affichage publicitaire sauvage et l’utilisation des espaces publics pour ce genre de publicités dont les tailles deviennent ahurissantes. C’est d’ailleurs une chose qui frappe lorsque l’on se ballade à Grigny... il n’y a pas ces panneaux horribles partout. Malgré tout, les abris bus sont maintenant maculés de ces publicités, étant la propriété du réseau de transport.

Il est assez clair, suite à ces exemples, que cette commune, son conseil municipal et son maire, sont particulièrement opiniâtres. Le seul moteur de cette opiniâtreté et cette faculté de se battre sur plusieurs fronts, au risque d’affronter le politique et le judiciaire, ne peut être que la puissance de convictions fortes. Dans un espace politique où la démagogie trouve régulièrement un nid douillet pour s’allonger, il est ici question de combats.

Grigny : Démocratie participative.
Voici, sans doutes, une démarche qui constitue autant une pierre d’achoppement que la clé de voûte de l’ensemble, comme si monsieur Balme avait voulu répondre à la rengaine que le militantisme citoyen peut revêtir une forme de despotisme.

D’ici très peu de temps, les Grignerots seront invités à voter pour valider ou écarter les près de 200 propositions émises ces derniers mois via les Conseils de quartiers, le Conseil Municipal de Jeunes, le Conseil associatif, le forum ou encore les questionnaires que chaque foyer a reçus lors de deux campagnes d’information successives en mai et septembre. La première édition de la mise en place du budget participatif date de 2005.

Ce formidable pari pour une démarche citoyenne, a été imaginé selon une structure organisée sous la forme de :

Les Conseils de quartiers
Créés en 1995 leur but, dans l’esprit de la municipalité, est d’être plus près des attentes des habitants et d’en faire des partenaires à part entière de la gestion des affaires de la ville (voirie, embellissement des quartiers, sécurisation, animations). Une tendance vers une responsabilisation des citoyens d’un quartier, vérifiée et vérifiable lors des débats mensuels au sein de ces Conseils, qui alimentent les propositions à présenter au Budget participatif. Une réunion plénière annuelle organisée en mairie, à laquelle participent des membres volontaires des six Conseils de quartier permet de produire une vision d’ensemble de cette forme de démocratie.

Le Conseil Municipal de Jeunes
Le Conseil Municipal de Jeunes est scindé en trois commissions encadrées par trois animatrices. Ces commissions se réunissent tous les 15 jours et travaillent sur les différents projets présentés durant la campagne par les jeunes élus. Parallèlement aux séances plénières trimestrielles, une réunion annuelle avec le maire. Les conseillers consacrent une réunion tous les deux mois à la question centrale du Budget participatif.

Le Conseil associatif
Constitué dans le cadre du Budget participatif, le Conseil associatif rassemble une trentaine d’associations (sportives, culturelles, caritatives, comités de locataires...). Son domaine de compétences se limitant, et se réunit en Mairie une fois par mois.

Budget participatif
Initialement organisé pour permettre la participation des habitants à l’élaboration du Budget participatif pour le chapitre Investissement, les habitants sont associés aujourd’hui à la conception d’une partie de son volet Fonctionnement. Ils ont en effet la possibilité de s’exprimer sur l’ensemble des domaines relevant des services à la personne comme la garde d’enfants, la sécurité publique etc. Un travail collégial s’ensuit avant la mise en place de conseils thématiques inter quartiers où sont invités les volontaires des Conseils de Quartiers, les services municipaux et les élus concernés. Le travail des différentes commissions consiste à donner à ce bouquet de propositions une dimension communale puis de regrouper et de thématiser en projets l’ensemble de celles-ci par les habitants. Les membres des Conseils de Quartiers, du CMJ et du Conseil associatif ainsi que toutes les personnes qui ont souhaité prendre part au vote, via le site ou les questionnaires, sont invités à valider ou repousser une à une les 200 propositions mises aux voix.
Les élus et les techniciens municipaux sont présents pour apporter d’éventuels éclaircissements mais ne pourront en aucun cas participer au vote et encore moins naturellement influer sur celui ci.

Le budget participatif donne une dimension supplémentaire à l’implication des citoyens au niveau local. Dans ses différentes formes, habituellement, ses détracteurs arguent qu’on observe qu’une minorité de citoyens prêts à s’investir dans les réflexions qu’il implique ou que les discussions qui s’ensuivent finissent par devenir bloquantes. A croire que malgré une formidable chance de pouvoir agir, bon nombre de personnes continuent de favoriser une attitude passive, recroquevillée, voire de mécontentement stérile.

Localement, en revanche, à l’image de Grigny et sans doutes grâce à toute une équipe et une structure bien équilibrée, une bonne participation est à remarquer, avec, ce qui est encore plus important, une augmentation progressive de cette participation. René Balme regrette cependant une faible représentation des couches les plus défavorisées de la population et il faut du temps sans doutes pour que l’intégralité d’une population puisse apprivoiser ce nouveau mode de citoyenneté.

Il faut croire que cette idée fait son chemin et que certains émules apparaissent. Certaines villes ont projeté de venir visiter Grigny, attirées par la démocratie participative ou le budget participatif. Parmi elles : Villeneuve d’Asq, Communay, Evry, Montrouge, Paris 12è, Lille, Roubaix, Roussillon, Anneyron, Montreuil

Pour couronner le tout, un cahier d’exigences populaires fait partie des projets du prochain programme municipal : « Demandons aux candidats aux prochaines élections de s’engager à défendre les exigences portées par le peuple de France et qui seront contenues dans les « cahiers d’exigences populaires ». Exigeons, aussi, de tous les élus qu’ils s’engagent, par écrit, à rendre des comptes annuellement aux électeurs afin de vérifier si les engagements pris sont bien tenus. »

Enfin, si vous pensez qu’un soupçon de démagogie pourrait encore subsister dans la conduite des projets de cette commune totalement singulière, alors je vous livre un scoop : « Le développement de la démocratie participative offre la possibilité d’utiliser le référendum comme forme de gouvernance. Je proposerai la possibilité d’organiser un référendum révocatoire, à mi-mandat, sur ma personne si je suis élu maire. »

Grigny : Communauté de communes

En 1999, la France voit la naissance des communautés de communes, d’agglomérations ou urbaines. Ces entités permettent de regrouper les communes pour le permettre de mieux gérer des équipements ou des services communs (transport, environnement, assainissement, services de secours, centres médicaux, urbanisme, équipements,...).

Le fonctionnement de la communalité s’est aussi inscrit dans les textes de loi. Ce regroupement de communes n’est pas qu’une entité virtuelle mais devient un enjeu concernant les budgets. Elles se regroupent pour disposer de théoriquement plus de fonds de la part de l’état et de profiter d’un dynamisme qu’il serait difficile à atteindre en tant que commune isolée. Des termes comme Dotation Globale de Fonctionnement (DGF), Dotation de Solidarité Urbaine (DSU), Dotation de Solidarité Rurale (DSR), Dotation Nationale de Péréquation (DNP), Fonds National de Péréquation de la Taxe Professionnelle (FNPTP) émaillent les lois de finance de l’état, au niveau des communes comme au niveau des communautés de communes.

Grigny s’est intégré à la Communauté de communes Rhône Sud (CCRS), il n’y a pas si longtemps. Le but de Grigny était de profiter de la mutualisation de moyens importants (par exemple l’utilisation des réseaux de transport par bus), de la cohérence politico-administrative avec les usages des Grignerots, et offrir une ouverture de la ville à l’extérieur.

Malheureusement, cette adhésion n’a pas compté que des effets positifs. En effet, comme bon nombre de communes en France qui s’en plaignent, il a été constaté tout de même une perte de pouvoir et de représentativité. Le dernier exemple à Grigny a été sans doutes le mode de financement de la médiathèque Léo Ferré pour lequel l’opposition UMP locale a porté des accusations sur le manque de transparence financier du projet, sous-entendant que le maire était derrière tout cela. Assez humoristique, cette opposition, dont le préfet (UMP) avait donné son accord et que le montage administratif et le mode d’acquisition (VEFA) avaient été élaboré par la communauté de communes (nommée CCRS).

Cette même opposition s’amuse aussi à reprocher au maire de prendre des décisions jugées non communautaires (sur la culture par exemple). Au lieu d’apprécier que la communauté de communes n’élimine pas une certaine autonomie de pensée (les maires sont les seuls élus au suffrage universel, non les membres de la CCRS), ceux qui n’ont jamais rien proposé depuis une trentaine d’années sur Grigny jugent cette attitude de responsabilité vis à vis des électeurs, comme une sorte de renonciation de l’appartenance à une groupe de communes...

Rappelons donc certains mécanismes inhérents aux communes vis à vis de l’état (sur ce point, Grigny n’est qu’un exemple sur des milliers). La DGF [1]est donnée de l’état aux communes ou groupements de communes. La taxe professionnelle est perçue par la communauté de communes (ou TPU [2] pour les communautés d’agglomérations) et la seule taxe perçue par les communes seules indépendamment de leur regroupement, est la taxe d’habitation.

quid de l ’autonomie communale ?

Dans cette spirale, autant la commune seule que les communautés de communes observent un phénomène récurrent : d’un côté la forte demande sociale en services publics de toute nature (petite enfance, éducation-formation, logement, transport, emploi, santé et action sociale) de l’autre la faiblesse des moyens financiers de très nombreuses collectivités pour y répondre. Autrement dit, les collectivités et notamment les communes doivent faire face à des besoins croissants mais leurs finances sont mises à mal, principalement par les mécanismes suivants :
- des mesures gouvernementales qui sous prétexte d’aider les entreprises exonèrent et plafonnent la TP sans compenser totalement ;
- de l’Etat qui se décharge de plus en plus de certaines de ses compétences sur les régions, les départements et les communes mais sans accompagnement financier correspondant ;
- d’un chômage massif, d’une extension de la précarité qui conduisent des millions de foyers à connaître de fortes difficultés sociales.

Les richesses créées échappent de plus en plus à la maîtrise publique et vont alimenter les profits et les placements financiers. L’application d ’un taux modeste de 0,5% sur les actifs financiers rapporterait 25 milliards d ’euros que l’État répartirait par une péréquation solidaire entre les communes. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour des différents gouvernements et encore moins avec le gouvernement actuel. Nous assistons à une volonté politique de réduire ce qui apparait comme des charges : les dépenses publiques (débat Europe, dette nationale, etc...), nous réduisons les impôts des plus riches (La décision de l’État de plafonner la Taxe Professionnelle des entreprises à 3,5% de leur valeur ajoutée doit conduire les collectivités dont les communautés à redoubler de vigilance quant à leur stratégie financière et fiscale comme le recommande la Cour des comptes.) alors que la dépense publique c’est l’éducation, la santé, le social, le logement et les grandes infrastructures...

Autant la décentralisation et le regroupement de communes fût louable dans son but originel (regroupement = autonomie, plus de moyens, économies d ’échelle, réduction d ’impôts), autant aujourd’hui la réalité est qu’aucune intercommunalité n’a abouti à une baisse des impôts, au contraire par la création de services nouveaux la fiscalité a été orientée à la hausse.

Si je vous parle de tout cela c’est avant tout pour indiquer que Grigny n’échappe pas à la règle et que de mener une politique et des choix citoyens dans ce cadre, n’est pas chose aisée. L’intégration de Grigny dans la CCRS, puis dans le grand Lyon en 2007 a amené nombre d’avantages pour les habitants (baisse du prix de l’eau qui a compensé l’augmentation des taxes d’enlèvement d’ordure, bus, etc...) mais a entraîné sans doutes certains problèmes d’autonomie financière ou autre.

Les habitants veulent toujours plus de services directs ou publics, de baisse de taxes et d’impôts. L’état, de son coté, est en train de tuer les communes au sens financier et il participe activement à leur étranglement (dépenses de fonctionnement toujours jugées excessives, racket sur la CNRACL, [3] TVA non remboursée sur le fonctionnement). La libre administration des communes est toujours remise en cause et il pèse sur la fiscalité locale en décidant des mesures qui ne sont jamais compensées. En rappel : les coûts de fonctionnement des communes augmentent deux fois plus vite que l’inflation.

Grigny : pour ceux qui veulent comprendre
Je ne reprends que les termes de la définition du but des rencontres citoyennes organisées régulièrement et offrant des débats publics avec des intervenants extérieurs.

« Les Rencontres Citoyennes ont comme mission d’ouvrir le champ de réflexion à la base en posant et en définissant d’autres repères, offrant d’autres outils que ceux que nous proposent les “médias mensonges”. Un champ de réflexion que chacun, y compris naturellement ceux qui ont des avis différents, est invité à investir. Puisse cette ouverture sur le monde permettre au plus grand nombre de mieux comprendre les grands enjeux de société du moment et ainsi, se positionner autrement que ne le voudraient la pensée unique et les adeptes de la mondialisation. »

A signaler aussi l’inauguration d’une médiathèque, ouverte à tous, dont le financement et la mise en place a été une succession d’embûches et de problèmes. Un morceau du discours d’inauguration : « Lorsque la population s’approprie comme elle le fait un équipement culturel public consacré à la lecture, au cinéma et au multimédia avec l’engouement que l’on constate, il y a lieu d’être optimiste tant il est vrai que lorsque le peuple est cultivé, qu’il sait se situer dans son environnement, il est beaucoup moins malléable et il sait entrer en résistance quand il s’agit de défendre le bien commun ou assurer la survie de l’humanité. Sa survie car c’est bien de cela dont il s’agit. »

Après trois mois seulement d’activité, le nombre d’adhérents avait triplé pour passer à mille cinq cents. Ce chiffre est en constante augmentation...

Que dire de plus ? Ah... si... Je rêve de ce genre de démarches dans ma commune...

Grigny : Balme ou la reconquête du rôle de Maire.
Impossible de fermer ce dossier sans pointer du doigt le rôle en pleine décrépitude que l’on veut faire jouer aux maires.

La politique environnante vient le plus souvent compliquer la tâche d’un maire, aussi volontaire et décidé qu’il puisse être. René Balme n’est pas le premier à s’en plaindre. Sans reprendre les arguments développés dans le chapitre sur la communauté de communes et sans dégrader un peu plus le tableau en rappelant la pénalisation de plus en plus forte des élus locaux, faisons un rapide tour d’horizon de la géographie politique de Grigny et comment cette petite ville peut paraître enclaver à certains égards.

Le maire est l’élu local le plus en contact avec les effets de ses propres décisions mais tout autant des décisions nationales.

Il vit les lois et les orientations politiques et sociales en direct.

Dans cet état de fait, les électeurs sont floués car tout est mis en oeuvre par le gouvernement actuel pour enlever le pouvoir aux élus locaux.

Alors que l’on devrait redonner du pouvoir aux élus locaux, nous assistons à un gonflement excessif du pouvoir administratif. Même l’assemblée perd peu à peu son rôle qui se cantonne à traduire des directives européennes.

Le département et les conseillers régionaux perdent progressivement leurs pouvoirs. Le préfet est le seul à avoir un vrai pouvoir alors qu’il n’a jamais été élu démocratiquement. Il joue le rôle d’un mercenaire de cet état qui serait pleinement satisfait de ne voir dans le maire qu’un exécutant. Notons enfin que l’association des maires de France (AMF), bien que consciente des problèmes grandissant dont les maires doivent faire face au dilemme est sensiblement à droite.

Plus précisément pour Grigny, ainsi, autant avec la région Rhône-Alpes (Socialiste), il faut observer une collaboration constructive (a aidé la démarche de Grigny pour une démocratie participative) autant c’est un combat permanent avec :

- Le département (couleur UDF massive) d’une part. Celui-ci ne fait bénéficier Grigny que des aides légales, mais pas un centime de plus. Aucun coup de pouce particulier n’a jamais été accordé, celui-ci préférant réserver ses faveurs à des villes ou villages de même couleur politique que lui.

- L’état : L’état s’oppose systématiquement aux décisions prise par le conseil municipal (Interdiction des expulsions locatives pour impayés de loyer, Interdiction des OGM, etc...). Il conteste, dans certains départements le droit d’adhérer au Réseau national des collectivités hors AGCS auquel René Balme a participé lors de sa création en 2004 et dont il est Secrétaire Général.

La nomination de Jacques GRAULT comme préfet (donc UMP), n’a pas changé grand chose.
Tous les préfets qui se sont succédés ont ignoré superbement Grigny, sauf pour déférer régulièrement René Balme devant le Tribunal Administratif.

Les préfets ne sont que les mercenaires de cet état.

Honnêtement, une autre orientation politique de ces instances, faciliterait sans doutes la tache de René Balme, mais malgré tout, les orientations politiques prises par la ville de Grigny gênent énormément l’ensemble de l’échiquier politique.

Pour quelle raison ?
Car Grigny fait régulièrement la démonstration qu’une autre façon de gérer est possible et que la démocratie représentative est obsolète.

Les vrais problèmes d’un maire comme René Balme ou d’une commune comme Grigny, sont simples à identifier. Les choix et la volonté politique sont en parfaite contradiction avec les convictions de René Balme. Celui-ci et son équipe doivent se battre aussi sur ces fronts et des coups d’éclats en permanence si possible relayés par la presse, sont quelque fois nécessaire pour subsister...

Dernier combat en date illustrant parfaitement cette posture : le financement des écoles privées par les communes... Eh oui ... un projet de loi proposé par le parlement obligerait une collectivité locale A à participer au financement des écoles privées situées dans une collectivité locale B et qui accueillent des enfants dont les parents habitent sur la collectivité A. Comment un encouragement à la privatisation de l’école publique, notamment en milieu rural où les enfants sont regroupés dans des écoles, du chef lieu de canton, en général, pourrait être du goût de René Balme ?

Conclusion : pour sortir des chrysalides

Nous vivons une époque broyeuse de rêves, exterminatrice d’espoirs. Notre confiance dans le futur s’émiette sous les coups répétés de nos déceptions. Il ne s’agit pas pour la plupart d’entre nous d’une époque de terreur mais bien de la violence d’une société pour ses membres. Il nous semble assister, impuissants (sommes-nous tellement impuissants ?), à la fin d’un règne. Les fissures de nos désillusions progressent millimétriquement, irrémédiablement. Dans cette torpeur, nous nous réfugions, malgré nous ou pas, dans notre cocon d’individualisme.

Dans cettechrysalide trompeuse par sonapparente sécurité,nous y avons, par la même, emprisonné nos révoltes, notre empathie, notre faculté de croire. Nous préférons rester là, dans cette bulle, bercés par la litanie de nos chers médias serviles ... « Dormez braves gens, il serait trop aventureux de sortir... ». Tandis que nous faisons semblant de croire à des promesses illusoires pour anticiper nos déceptions (sans espoir, comment pourrions-nous être déçus ?), nous regardons passivement fleurir les chrysalides.

Si d’aventure, ainsi drapés dans ce terne qui nous sied si bien, nous apercevons une lueur, un halo, un appel, nous en devenons d’autant plus méfiants... Peur de nous enflammer pour mieux finir par nous brûler... Encore... Plus le message est porteur d’espoir, plus le scepticisme s’empare de nous, plus notre méfiance nous gagne... Si au niveau national, la conduite de la politique depuis bien des années maintenant nous a enferrés dans ce scepticisme latent, nous avons souvent négligé la politique locale.

Les Français, d’après un sondage récent, plébiscitent de plus en plus leurs élus locaux et entretiennent avec eux une relation particulière dans laquelle la politique au sens large est en retrait par rapport à un pragmatisme plus grand vis-à-vis des réalisations et des projets réels. D’un autre coté, les maires sont de plus en plus, situés entre le marteau et l’enclume. Amoindris par la pression du pouvoir en place, dépossédés de plus en plus de la maîtrise budgétaire par une décentralisation incohérente, ils sont l’objet d’attentes croissantes de leurs administrés, souvent à l’encontre des objectifs politiques et sociaux de ce même pouvoir. L’état les utilise pour faire appliquer des lois qu’ils n’ont pas forcément choisies, l’état leur donne de plus en plus les gourdins pour assommer les plus faibles, l’état a réintroduit une sorte de gabelle et envoie ses fermiers généraux, les préfets, pour assurer le prélèvement, l’état sanctionne les maires autant qu’il les utilise comme fusibles démocratiques.

L’état finit par les endormir et les vider de toute envie, de tout projet. Si certains s’en accommodent passivement, d’autres réagissent et refusent de n’être que des interlocuteurs directs de ce pouvoir qui lui, ne voit rien de la réalité.

La commune représente la base de la démocratie et de la proximité, ne l’oublions jamais, et les citoyens doivent se battre pour redonner du pouvoir aux élus locaux, a fortiori dans les conditions politiques actuelles.

A Grigny, un homme et son équipe a décidé maintenant depuis plusieurs années que les administrés, ces hommes et ces femmes qu’il côtoie, avaient le droit de demander, avaient le droit d’être exigeants, avaient le droit de comprendre et même le droit de décider.

Cette chance existe puisqu’elle existe à Grigny.

En ce qui me concerne, Grigny n’est pas un laboratoire, car dans un laboratoire il est questions d’expériences, non, Grigny est un exemple, tout simplement et pourtant tellement important. Si René Balme reçoit des encouragements de ses administrés mais aussi de toute la France, si d’autres communes sont aussi dans les traces de cette citoyenneté retrouvée, nous devons leur accorder une importance toute particulière.

Alors, moi, René, je te le dis, je suis admiratif du travail et de la réflexion qui sont les tiens et ceux de ton équipe. Non seulement tu m’as donné beaucoup d’idées pour ma propre commune, qui dort depuis tellement longtemps, mais tu me permets par la même, de rêver que d’autres communes suivent un chemin approchant et que nous puissions enfin sortir de nos chrysalides.

Laiguillon, novembre 2007


Notes

[1] Dotation globale de fonctionnement.

[2] Taxe professionnelle unique.

[3] Caisse Nationale de Retraites des Collectivités locales


 
P.S.

Grigny
Le Site de la Mairie
Le Site de la commune citoyenne

René Balme et ses combats
Site de René Balme

AGCS
Convention Internationale des Collectivités Locales face à l’AGCS
AGCS : chronique d’une mort annoncée : L’école maternelle
AGCS : mécanismes et lutte
AGCS : les élus

OGM
OGM document sur le site de Grigny
OGM : mécanismes et dangers
Hopital 2007 et Sécu

source : e-torpedo

 
 
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1 commentaire
  • > Grigny (69) : Sortir des chrysalides ! 9 décembre 2007 19:21, par benedicte

    Un vrai plaisir d’avoir découvert cette commune grâce à vous ... qui prouve que l’on peut mettre en oeuvre une autre manière de voir les choses, aller vers une véritable démocratie ... et que ça marche !
    Merci

 
 
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