Sarkozy le catholique.

Peu de Français savent qui est réellement Nicolas Sarkozy. On le sait avide du pouvoir absolu, coutumier du « fait du prince », et méprisant du « qu’en dira t’on » lorsqu’il profite des largesses en nature de ses amis riches. Mais ses relations médiatisées avec une charmante mannequin sont bien moins intéressantes que celles qu’il entretient avec l’Église catholique.

Contrairement à ses prédécesseurs comme De Gaulle ou Chirac, Sarkozy viole la tradition laïque de la France établie en 1905 et convole avec le Vatican. Dans ses discours au Pape ou lors de son intronisation à Latran, il fait ostensiblement allégeance à l’Église catholique et à ses valeurs religieuses, alors qu’il représente la France laïque, faite de diversité.

Au Pape, qui l’avait félicité de son élection, Sarkozy envoie une lettre de quatre pages où il détaille son projet présidentiel en soulignant sa forte connotation avec les principes catholiques, un peu comme un écolier vertueux montre patte blanche. Dans son discours, il établit les rôles respectifs du curé et de l’instituteur : « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ». Affirmation effarante dans la bouche du Président d’une République laïque. Au passage, les éducateurs et enseignants, dévoués, auxquels la République a confié le soin de transmettre ses valeurs, voient leurs rôles passer nettement au second rang après les curés.

Ni parmi ses prédécesseurs, ni à l’UMP ou au RPR le discours religieux n’avait sa place. Tout comme Georges Bush et son fondamentalisme religieux, Sarkozy se déclare missionné au nom de la religion. Il ne l’est pas. Il a été élu pour exercer un pouvoir laïque et il outrepasse ses attributions.

Mais outrepasser est assurément un terme qui convient parfaitement à ce Président à l’ambition démesurée. Les Français n’aiment pas les rois, et encore moins les parvenus qui se toquent d’agir comme les rois et se croient investis d’une toute puissance. En se réclamant implicitement et assez explicitement de la puissance de dieu, Sarkozy se fourvoie, même si cela lui vaut les faveurs de l’électorat catholique.

Adoubé Chanoine de Latran, Sarkozy a décidément bien des points communs avec un loser, le tristement célèbre George Bush. Comme lui il se croit investi d’une mission catholique, et comme lui il doit son élection au fait d’avoir réussi à faire croire à un électorat abusé que les choses allaient changer grâce à lui et que rien ne le dévierait de ses décisions ni de ses convictions. Il nous soûle de ses « ce que j’ai dit, je le ferai ».

Combien de temps Sarkozy fera t’il illusion ? Ses vœux ont été d’une platitude absolue, la forme terne ne cachant rien d’un fond médiocre sur son bilan. L’individu est habile, tant dans ses stratégies de déstabilisation de l’opposition que dans ses paroles aux électeurs. Cette habileté lui permet de vivre sa romance avec le pouvoir, et ce n’est en définitive que cela qui l’intéresse.

Ceux qui ont voté pour le changement en mieux, attendez vous à rien ou même au pire. Vous vous êtes fait rouler, mes pères...

Ashoka.


 
 
 
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6 commentaires
  • > Sarkozy le catholique. 7 janvier 2008 00:22, par Tannhäuser

    Cher ami, il est un peu trop tôt pour savoir si je me suis fait rouler ou pas... si effectivement c’est le cas, je le serais même avec un autre président (ou une présidente). Cela ne change pas grand chose.
    Que d’articles pour peu de choses ! il y a au moins deux par jours sur ce supposé "viol de la république" par le PRésident de celle-ci. Qu’en est-il vraiment ? La laïcité, elle n’a que cent ans, et depuis elle a été maintes fois modifiée. Si vous ne reconnaissez pas le caractère inviolable de la monarchie française (qui a quand même duré 1300 ans), pourquoi un homme, en 2008, devrait-il reconnaître le caractère inviolable de la laïcité qui n’a que cent ans ?
    On dirait, à vous lire tous, que Sarkosy a commis un crime, une trahison, pire encore que l’acte régicide qui a eu lieu en 1793. Allons-donc, remettons les choses à leurs places ! La laïcité a été mise en place par des hommes, animés d’ailleurs d’une certaine haine envers la Vérité. Cette laïcité a-t-elle vraiment une légitimité si importante pour qu’on fasse un tel foin ?

  • > Sarkozy le catholique. 8 janvier 2008 01:50, par Ashoka

    Tannhauser,
    La confusion des genres n’est pas une bonne chose. Des religions, il y en a beaucoup. La France est plurielle et il n’y a aucune raison pour laquelle la religion catholique devrait avoir la faveur d’un Président. On verra ce que vous direz si un jour c’est un Musulman qui préside la France et qu’il priviégie l’Islam. Je gage que vous allez crier au scandale.
    Pour cette raison, la neutralité ou la laïcité a du bon.
    Vous, Tannhauser, vous êtes catho ?
    Ashoka

  • > Sarkozy le catholique. 8 janvier 2008 06:31, par ibrahim demir

    Bof !

    Votre article me fait penser aux manifestations des laïcs contre l’élection du président Abdullah Gül supposé islamiste. Ils ne voulait pas d’un homme pieux sur le fauteuil de Atatürk.

    Je suis résolument contre Sarkozy,je n’aime ni ses idées (en grande partie) ni sa façon de gouverner.Mais j’approuve ses positions par rapport à la religion.

    Il ne faut pas confondre laïcité et l’athéisme.On peut être laïc (défendre séparation de l’église et de l’état) et avoir une confession religieuse.

  • > Sarkozy le catholique. 8 janvier 2008 08:42, par Bastet

    Vous dites : "La laïcité a été mise en place par des hommes, animés d’ailleurs d’une certaine haine envers la Vérité." D’autres vous diront : "Les religions ont été mises en place par des hommes animés d’une certaine idée du pouvoir absolu par le lavage du cerveau".Un président d’une république qui explicitement, dans sa Constitution,dit "la République connaît mais ne reconnaît pas les religions"se doit d’être le président de tous ses concitoyens.Il ne peut donc y avoir de collusion entre le spirituel et le temporel !Le discours de Sarkosy le nouveau chanoine est d’autant plus amusant que le Droit Canon ne reconnaît pas les divorcés (ex-communiés) ! Sarkozy est un opportuniste.Pire, je parierais que dans son for intérieur, il pense être.....la Vérité.

  • > Sarkozy le catholique. 9 janvier 2008 23:02, par Ashoka

    À Ibrahim Demir,
    On peut aussi, quand on est président, avoir des convictions religieuses et ne pas trahir la déclaration des droits de l’homme et les lois votées pour la laïcité. Etre élu ne signifie pas changer la loi. À moins bien sûr de se croire au dessus d’elles, de la France, et des Français. C’est vrai qu’il y aura toujours des gens laxistes comme vous pour tout excuser.
    Ashoka

  • > Sarkozy le catholique. 10 janvier 2008 18:25

    D’autant plus effarant que si l’on suit le raisonnement présidentiel (la radicalité du sacrifice comme "certificat", l’espérance...), cela conduit à reconnaitre que le premier pilote de camion-suicide venu est encore plus fondé à nous dire la distinction du bien et du mal.
    S’ouvrir le ventre serait donc bien le raisonnement ultime. Gageons que nos éminences seront plus modérées en ce qui les concernent, je vois mal François FILLON s’immolant par le feu pour nous "prouver" l’intérêt de la retraite à 41 ans. Mais ça aurait de la gueule ...

 
 
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