Avec lui (et avec nous ?) tout devient possible

La staracadémisation élyséenne a fait déjà couler beaucoup d’encre et dans un commentaire récent sur le sujet j’ai, comme d’autres, évoqué la « berlusconisation » de notre République ...

La staracadémisation élyséenne a fait déjà couler beaucoup d’encre et dans un commentaire récent sur le sujet j’ai, comme d’autres, évoqué la « berlusconisation » de notre République :
Dans un commentaire « Vu de l’autre rive » je citais un journaliste du Quotidien d’Oran, Akram Belkaïd, qui avec une grande pertinence rappelait la réflexion ancienne d’un chroniqueur italien :
« Ce n’est pas tant Berlusconi que je crains, que le Berlusconi qui est en chacun de nous ». Des « mots qui s’appliquent à merveille au cas français » poursuivait le journaliste oranais. à propos de la dérive française. (in Le Quotidien d’Oran, jeudi 27 décembre 2007). Je poursuivais en pronostiquant « la mort de la politique passe ainsi par ce spectacle de substitution lamentable... » dans lequel à l’action et la pensée politique se substitue chaque jour une "performance" nouvelle.

Et si Sarkozy n’était devenu que notre miroir ? Des indices peuvent nous inquiéter qui nous obligeraient à moins d’ironie et plus de gravité.

- « De quoi Sarkozy est-il le nom ? » demande BADIOU dans une très lucide interrogation politique et philosophique, mais cela ne suffit pas à refléter toute l’emprise de cet avatar de nos plus bas instincts parvenu au fauteuil des héritiers de la République, avec notre assentiment majoritaire non encore désavoué.

- Lors du « Voyage en Egypte » l’Agence France Presse, la très sérieuse et officielle « AFP » se complaisait en communiqués dignes de la bibliothèque rose pour adolescentes pubères « Nicolas Sarkozy et sa compagne ont commencé leur journée..., sans jamais quitter la main de l’autre...Sur la felouque...elle le câline en posant amoureusement la tête sur son dos... » (sic ! ! !) . On sait que Napoléon n’aimait pas la presse, assurément sarkoléon n’a rien à craindre de ces furieux impertinents qui, à de rares exceptions surtout provinciales, manipulent le stylo en virtuose dans la position du courtisan rampant...

- Régis DEBRAY, notre « médiologue » clairvoyant parfois, avait écrit un essai récent intitulé « l’obscénité démocratique ». Il donnait au mot obscénité une signification plus générale que celle des événements évoqués, mais il ouvrait une piste de réflexion sur la place prise par la transgression dans notre univers ou la démocratie d’opinion se transforme en démocratie de dérision et d’insignifiance, suicidaire pour elle-même, réduite à l’applaudissement et à l’extase devant les outrances successives.

Sur l’emprise de la transgression qui flatte le « berlusconi présent en chacun d’entre nous » comme disait le chroniqueur italien, il me vient l’idée de mettre en lumière un double événement contemporain que nul ne semble avoir posé sur « un même plan », et pourtant...Dans les deux cas l’événement est révélateur d’une indécence qui heurte frontalement toute idée de respect humain, divertissement possible au sein des paillettes de l’agité d’en haut...Je parle de deux « nudités » livrées en pâture et qui ont fait l’actualité, non pas encore celle de Carla B sur laquelle des dizaines de prédateurs doivent déjà être en chasse, je parle de deux icônes très différentes de notre temps :

- La première Laure MANAUDOU, étincelante sportive qui n’a jamais dissimulé ses amours mais sans provoquer scandale, se retrouve livrée sur Internet dans une série de photos assez indécentes pour que son avocat obtienne le blocage immédiat du site, mais avec l’échappement inévitable à cette recommandation dans un univers qui se croit « libre » en confondant liberté et absence de limite...Nul ne défend cette diffusion qui permet à un anonyme minable ce viol planétaire d’une intimité. La technologie qui met le « n’importe quoi » à la portée de tous a cependant ses défenseurs qui se croient vertueux et même parfois progressistes. Avec moi « tout devient possible » disait le candidat avant son entrée dans le "loft" élyséen, ce n’est pas lui mais le monde tel qu’il est qui rend hélas cette affirmation crédible.

- L’autre nudité a été beaucoup moins commentée, mais est-elle moins choquante du fait que c’est la « gauche caviar » qui fait désormais dans le « cul » commercial ? Je parle de la « Une » du Nouvel Observateur du 3 janvier 2008 osant Simone de BEAUVOIR, entièrement nue et de dos en couverture exposée dans tous les kiosques de France...Nul doute que le journal du bien pensant Jean Daniel ait sans doute « boosté » ses ventes et que ses concurrents aient jalousé la performance osée qu’ils s’étaient, eux, interdits si l’idée leur était venue. La publication posthume de ce cliché que l’article précise avoir été « volé » montre qu’à « gauche » aussi « tout devient possible »...Les lois de l’édition sont féroces et la transgression fait toujours vendre. Celle qui pensait que la liberté ne devait pas aliéner la dignité ou sacrifier le respect de soi, se trouve jetée en pâture posthume par un nécrophile dont la suffisance semble garantir le respect préservé.

Mais qui peut imaginer, comme pour Laure Manaudou, que Simone eut donné son consentement ? Certains savent conjuguer liberté et pudeur, tout le monde n’est pas Catherine Millet qui a le droit de se livrer au regard de tous, comme nous avons le droit de garder une indifférence ou une attirance pour son exhibitionnisme.

Nous vivons ce temps du viol planétaire anonyme rendu possible ou de la nécrophilie pornographique bon genre, avec cette même indifférence, pensant chacun, oui « tout devient possible ». Il n’est pas un hasard que deux femmes fassent ainsi le lien du passage de 2007 à 2008, c’est l’an nouveau et l’ère nouvelle qui est ainsi fêté, nous sommes plus proches de la République de SALO que de celle de JAURES et la « gôche » qui voulait nous vendre la « bravitude » de la madone du Poitou a encore quelques efforts à faire pour nous laisser croire que l’émancipation humaine est encore à son programme.

Faire commerce des « charmes » d’autrui est le plus vieux métier du monde, mais dans ce monde de maquereaux qui font surenchère de respectabilité et de vertu, nul ne sait plus identifier la frontière de l’obscène. On peut saluer comme un sommet d’avoir osé déterrer un cadavre pour livrer sa nudité volée, a côté de cela le pirate anonyme qui mis en ligne une vedette à poil n’est qu’un crétin ; mais la France d’après est faite pour lui.

Le pantin d’en haut parle de « politique de civilisation », mais nous indique surtout que la transgression est au cœur de son programme, celle qui flatte les bas instincts d’un peuple en déshérence prêt à oublier que l’exploitation commence toujours par un certain regard porté sur l’autre. Lorsque le voyeurisme passe du stade de la perversion privée à une pratique collective tolérée ou valorisée, c’est comme un univers totalitaire qui impose ses mœurs aux antipodes de la fraternité.

JACQUES RICHAUD
10 janvier 2008


 
 
 
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2 commentaires
  • > Avec lui (et avec nous ?) tout devient possible 13 janvier 2008 23:00, par bituur esztreym

    à noter de plus le traitement d’images opéré sur la photo de beauvoir, qui fait que la couv est plus un symptômatique résumé de fausseté et de mensonge.

    Ph. de Jonckeere en fait la démonstration :

    « A mon sens cette grossièreté, sans parler de sa lâcheté, j’imagine la lettre que Simone de Beauvoir leur aurait écrite si au Nouvel Obs ils s’étaient aventurées sur ce genre de pente très savonneuse de son vivant, à l’auteur du Deuxième sexe, s’augmente d’un traitement post-image très étonnant.

    Donc en supposant que le maquettiste du Nouvel Obs ait, à peu de choses près, les mêmes méthodes de travail que les miennes, la séquence suivante d’opérations a été produite à partir de l’image orginale d’Art Shay.

    1. Recadrage — cela paraît peu de choses mais cela permet de faire disparaître le siège des toilettes sur la droite sur lequel sont notamment posés, c’est une supposition, les vêtements de Simone de Beauvoir, de même que de montrer un peu moins du carrelage lépreux de la salle de bain.
    2. Eclaircissement général de l’image et légère augmentation du contraste — ce qui permet étonnamment de donner à cette salle de bain des airs nettement plus fastueux que ceux de la salle de bain de Nelson Algren — qui habitait alors dans Wicker Park, une rue de ce quartier porte désormais son nom, et qui était un quartier assez misérable de Chicago jusqu’au début des années 90 — à l’éclairage blafard — à ce sujet l’image orginale d’Art Shay avant retouches numériques est percluse d’un grain épais et d’un contraste local fort qui sont les effets naturels de la sous-exposition dans des conditions lumineuses déplorables.
    3. éclaircissements à l’aide de pastilles du mur du fond — là aussi pour donner une mise plus luxueuse à cette salle de bain typique des appartements de Wicker Park. Il se trouve, hasard fortuit, que j’ai repeint quelques une de ces salles de bain dans mon ancien quartier, j’ai le sentiment de toutes les revoir sur cette photographie.
    4. On s’attaque maintenant plus précisément au corps de Simone de Beauvoir. Eclaircissement à la pastille de tout le haut du corps, notamment les bras, rendus plus fluides, des rides aux épaules sautent, de même que ce qui paraît être des tâches de rousseur sur l’image orginale d’Art Shay.
    5. L’éclaircissement, toujours à la pastille, des fesses et du haut des cuisses permet d’une part de les rendre plus visibles, mais aussi de gommer un peu la largesse des hanches et du haut des cuisses.
    6. De même avec les jambes.
    7. Sur la fesse droite, quelques boutons disparaissent sous quelques coups de tampons de clônage.
    8. Et dans la cuisse droite, un peu au dessus du pli du genou, quelques coups de tampons de clônage permettent également de débarrasser cette pauvre Simone de Beauvoir qui n’en demandait décidément pas tant d’un peu de culotte de cheval.
    9. Ajouter un calque de densité en lui donnant comme couleur de fond à faible opacité cette délicate couleur rose.

    Je me demande bien ce que l’on fait dans cette galère. Publier en Une la photographie de Simone de Beauvoir nue. Et ensuite s’acharner à faire ressembler cette femme des années 40 à une femme d’aujourd’hui. J’ironise souvent à propos de l’empressement des médias à tendre des microphones à des sportifs sachant à peine terminer une phrase et que sûrement on demandera bientôt à des poètes de crouler sous des haltères bien trop lourdes pour eux ou à des philosophes de s’affronter au football, et je pensais, fidèle aux Monty Python donc, grossir beaucoup le trait.

    Et pourtant cette semaine le Nouvel Obs s’est évertué à faire ressembler Simone de Beauvoir à Laure Manaudou. Peigne-culs. »
    _ démonstration - analyse

  • L ’ OBSCENE ET LE FAUX 14 janvier 2008 00:23

    L’OBSCENE ET LE FAUX

    Merci pour ces précisions qui ne pouvaient qu’échapper au non professionnel simple lecteur de cet hebdo. La vérité est donc encore plus lamentable :
    - L’an dernier Match avait gommé les « bourrelets » du président (vivant) en maillot sur un canot, simple allégeance d’un courtisan soucieux de sa carrière.
    - Nouvel Observateur fait mieux qui invente le lifting posthume. Les nécrophiles de l’hebdo-caviar viennent d’inventer la thanatopraxie numérique …et poursuivent la grande tradition des révisionnistes historiques en écartant un peu du cadrage la cuvette des toilettes…

    Ce gommage est assurément moins « signifiant » politiquement que l’effacement de Trotsky sur la célèbre photographie dans la foule ou n’apparaît plus que Lénine…Mais il démontre la même arrogance du falsificateur irrespectueux de son public. Le faussaire peut-être se défendrait-il en disant que ce jour là Léon n’avait pas bonne mine et que Simone était assez coquette pour le remercier sûrement du « petit service rendu »…

    Ce qui reste de cela c’est l’impudique outrance et le rabaissement à un comportement sans autre justification que mercantile. Bravo monsieur Daniel, la vieillesse de Simone fut digne, d’autres ne sont que naufrage. Mais consolez vous monsieur Daniel vous n’êtes plus seul, le « Monde 2 » du 12 janvier 2008 reprend , mais dans un article beaucoup plus digne et en page intérieure seulement ( p 59 ) le même cliché du photographe Art Shay…Au Monde aussi « Tout devient possible ».
    Pour ce qui est de Carla B, ca y est aussi , une série de photographies nue avec la liste de tous ses amants successifs circule sur le net…Non je ne vous donnerai pas le lien.
    Jacques Richaud

 
 
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