Viol collectif

Ceux-là même qui avaent été désavoués sur le projet de traité constitutionnel présenté le 29 mai 2005 vont imposer en février 2008 un texte équivalent en évitant le verdict du peuple. A ceux là s’ajoutent quelques complices qui donnent raison à Nicolas Sarkosy de vouloir accélérer le pas en prévoyant une ratification du traité de Lisbonne au Parlement et au Sénat juste après le congrès de Versailles.

NDLR : Pour illustrer le propos, vous pouvez visionner le mode d’emploi de raoul-marc Jennar

C’est le 4 février de cette nouvelle année 2008 que les députés et les sénateurs sont convoqués en congrès à Versailles pour modifier la constitution française de façon à permettre l’adoption du traité dit simplifié (240 pages pas du tout simplifiées) qui sera, comme l’ont dit la plupart des commentateurs et Giscard D’Estaing lui-même « toutes les propositions antérieures seront dans le nouveau traité, mais cachées ou déguisées d’une manière ou d’une autre », une copie conforme du projet de constitution refusé par les français le 29 mai 2005. Pour ce faire, à l’instant du congrès, une majorité des trois cinquième des députés et sénateurs est requise pour valider cette énième modification de la constitution française. Notons qu’il suffit seulement de deux cinquièmes pour bloquer la révision de la constitution.

Ces deux puis trois cinquièmes exigés font que le Parti Socialiste est la seule force politique parlementaire à pouvoir s’opposer efficacement au coup d’Etat simplifié. Tout devrait l’y pousser : un électorat majoritairement hostile aux dérives de l’Union européenne, la promesse de sa candidate à l’élection présidentielle d’organiser un nouveau référendum, un statut d’opposant qui ne peut que l’inciter à résister au pouvoir en place et plus encore à ses abus, une identité politique qui gagnerait, au-delà de la question européenne, à se refonder autour de la défense d’une démocratie effectivement en péril.

Pourtant, c’est avec soulagement sinon enthousiasme que les élus du PS, toute honte bue, voteront la révision constitutionnelle et la ratification de la Constitution bis de Nicolas Sarkozy ou ne se déplaceront pas, ce qui revient au même. Rendons hommage cependant à quelques -uns comme Bernard Dolez ou Jean Luc Mélanchon qui se seront opposés à leur parti.

Sur Nicolas Sarkosy, il est souvent tentant de se moquer de son coté people. Pourtant, il faut bien reconnaître une maîtrise incontestable au Président français car c’est à quelques encablures des municipales que comme par hasard il propose le congrès de Versailles. Il sait bien lui qui fut longtemps le maire d’une des communes qui compte plus de milliardaires au km3 que de billets de 100 euros dans les poches d’un pauvre que les municipales mobilisent les esprits puisque qu’elles désignent les élus au plus près du peuple et que surtout elles mobilisent les partis qui cherchent par ce biais une représentation nationale, voire au cas par cas, pour certain élus, se fabriquer un escabeau pour monter dans les hiérarchies représentatives.

Le 4 février sera donc une journée noire pour la France et pour les peuples d’Europe. Pour autant, la partie ne sera pas gagnée pour les partisans de l’Europe Fédérale puisque si les élites sont gagnées à cette idée, il reste à gagner les peuples de vingt-sept pays et de modifier encore quelques constitutions comme la constitution irlandaise que est (pour l’instant) tenue d’organiser un référendum pour adopter le nouveau traité. Cependant, il reste que ce traité adopté (même sans le peuple) dans une France qui compte encore en Europe pèsera d’un poids non négligeable sur l’avenir européen.

Pour mémoire et résumer, je rappelle que le traité de Lisbonne c’est :
- l’exacte substance de feu le traité constitutionnel avec sa concurrence libre et non faussée, qui vise notamment à réduire la masse salariale au plus bas.
- L’extension des votes à la majorité transformant ainsi l’Union Européenne en une fédération. Faute de peuple européen, le dernier mot reviendrait à des institutions sans légitimité, en particulier à la cour européenne de justice, sur la base d’une dangereuse « Charte des droits fondamentaux » ou prévalent les libertés individuelles au détriment des droits collectifs et du citoyen (ce qui est bien dans l’air du temps de l’idéologie dominante).
- L’emprise des structures supranationales qui accélérerait un véritable démontage social.
- Une diplomatie et des forces armées, l’UE agirait en véritable empire capable d’intervenir partout sur la planète.

Avec l’effacement des peuples, et une union fédérale, c’est bien aussi d’une Europe empire qu’il s’agit de mettre en place à l’instar de l’empire Etats-unien tant décrié où du supposé empire Chinois en perspective. Cette logique d’empires, avec guerre économique à l’appui (ne pensons pas à l’autre), étant le pire de ce que peuvent espérer les peuples de la planète.

En France, comment en sommes-nous arrivés à laisser remettre en cause le choix du peuple exprimé le 29 mai 2005 ?

C’est vraisemblablement parce que, les leaders du Non de l’époque ne sont pas tous convaincus des méfaits de l’Union Européenne, il suffirait de quelques changements à la marge pour que celle-ci leur soit acceptable. Enfin, embarqués dans des relations d’élections de nombreux « nonistes » ont besoin de « ouistes » pour voir renouveler leurs mandats électoraux et cela à gauche comme à droite. Les représentants du peuple étant trop souvent les représentants de leurs partis avec lesquels ils n’osent pas se fâcher et pour certains, le mandat est une bonne pioche pour attendre une retraite meilleure que celle de la plupart des françaises et des français.

Pourtant, au soir du 29 mai, il n’y avait aucune illusion à se faire, les battus n’allaient pas rester le pied au plancher. Dés les premiers instants, les leaders du Oui montaient au créneau. Un an plus tard Valéry Giscard d’Estaing déclarait « la rejet de la constitution est une erreur qui doit être corrigée » (1). L’ancien Chef de l’Etat français, promu directeur constitutionnel européen, précisait : «  si les Danois et les Irlandais peuvent finir par voter oui, les français pourront le faire également », faisant ainsi allusion respectivement au Non de 1992 (traité de Maastricht pour les Danois) et de 2001 (traite de Nice pour les Irlandais) transformé en Oui à la faveur d’un second référendum.

C’est donc dès le lendemain du 29 mai 2005, que les partisans du Non auraient dû se mobiliser pour que le référendum s’inscrive dans le temps comme par exemple organiser des comités de défense du référendum de 29 mai 2005 ou autres formules permettant que les esprits restent mobilisés contre un possible coup d’Etat et que le débat sur la question européenne qui avait si bien commencé continue.

Hors, il a fallut attendre que le traité simplifié soit mis sur la table pour que difficilement on commence à en parler dans les chaumières associatives, syndicales et politiques. Et de la plus mauvaise façon, en proposant un nouveau référendum ce qui laissait penser qu’en définitive on pouvait s’asseoir sur le vote du 29 mai et le remettre en cause. Le temps passant et Sarkosy et son équipe avançant avec l’idée médiatisée que dans sa course à l’Elysée Nicolas Sarkozy, aurait annoncé la couleur à propos de la ratification parlementaire, alors là évidemment, proposer un nouveau référendum devenait la seule solution. Mais, à part les déclarations de bonnes intentions où les pétitions sur le net (à considérer que toutes les françaises et français soient abonnés à Internet) où sont passé les distributions de tracts devant les entreprises, sur les marchés, les réunions ? Pour l’instant, à quelques jours du 4 février, il y en a eu peu et ce n’est pas les centaines de personnes qui se rassembleront (naïvement ou pas) le 4 février qui empêchera le viol du référendum du 29 mai 2005.

Il est d’ailleurs symptomatique que de nombreux « nonistes » n’avaient pas l’attention de rassembler contre ce viol de l’expression majoritaire des français (de nombreux sondages montrent que le Non l’emporterait plus fortement aujourd’hui qu’en 2005 et Sarkosy lui-même dans un discours à Strasbourg le 13 novembre 2007 notait « qu’un référendum en France mettrait l’Europe (comprendre Union Européenne ) en danger, il n’y aurait pas de traité s’il il y avait une consultation en France » car les textes proposés à pétition ne rassemblent pas, ils proposent pour la plupart une autre constitution ce qui interdit de facto à celles et ceux qui sont contre toutes constitutions de les signer.

Lu encore dans la NVO du 16 novembre 2007, organe de la CGT, un texte émettant des réserves sur le traité simplifié pour regretter ensuite que ledit texte n’aille pas assez loin, « le champs des compétences sociales qui relèvent de la compétence des institutions européenne n’est pas élargie ». En clair pour la direction de la CGT, il faudrait encore plus de transfert de souveraineté. Ceci précisé, il faut reconnaître que la direction de la CGT, au contraire de la plupart de ses militants, ne s’était pas engagée pour le Non au référendum du 29 mai 2005.

Avec le nouveau traité, pour celles et ceux qui pensent revenir un jour « aux affaires » cela peut aussi constituer un bon parapluie. Un gouvernement national pourra toujours faire mine de s’opposer à une décision européenne et s’abriter ensuite derrière celle-ci pour justifier l’abandon de ses engagements électoraux.

On peut aussi chercher dans ces manquements des « nonistes », pour certains au moins, le fait de se considérer eux mêmes faisant partie de l’élite et ayant un devoir de solidarité avec les autres. Lorsque les élites sont coupés du peuple où en on peur, le pire est toujours à craindre.

Toutefois, ce qui est fait un jour, l’histoire nous l’a souvent montré et nous le montre encore, peut être défait un autre jour et rien n’indique que les peuples d’Europe et d’ailleurs se laisseront rouler dans la farine Ad vitam aeternam.

Serge Portejoie

1) Discours devant la London School of Economics, 28/06/2006


 
 
 
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