Sarkozy : l’arbre qui cache la forêt du capital

Aujourd’hui, en bêlant, Sarkozy, Sarkozy, pour beaucoup de politiques, ça sert juste à mettre un peu de monnaie dans la poche réservée à la bonne conscience.

Le sarkozysme serait-t-il une nouvelle façon de gouverner ?

Il faut bien admettre que depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, les attaques pour démolir le droit français ainsi que la situation de la population se sont accélérées : nouvelles attaques contre les services publics, contre la laïcité, contre les libertés individuelles et collectives, tentatives d’imposer des révisions de l’histoire, tentatives pour imposer des mesures régressives, enseignement secondaire et supérieur mis à la disposition des entreprises, attaques contre la démocratie (notamment avec le viol du vote de 29 mai 2005), exonérations et cadeaux fiscaux pour les principaux actionnaires et patrons . . .

Nicolas Sarkozy n’ayant de cesse de se mettre en avant, il est facile pour ses opposants de lui faire porter les charges des reculs sociaux. Il faut dire que le bonhomme y met de la bonne volonté pour se faire détester : d’abord le voyage princier sur le yacht de Bolloré, puis son augmentation de 172 % alors que son 1er ministre répète à satiété que les caisses sont vides, ses discours de Latran puis de Riad sur la prétendue supériorité spirituelle des croyants, ses copinages douteux avec quelques estampillés dictateurs (Khadafy...), ses passages journaliers, jusqu’à plus soif, sur les chaînes de télévision, Sa désignation de Napoléon comme son personnage favori de l’histoire, qui fit tuer au nom d’une grande Europe (déjà), des millions d’européens, sa fascination à peine cachée pour Reagan et Thatcher dont on connaît les remarquables résultats sociaux (faut bien faire plaisir aux frontistes), son amitié pour Bush plus que pour le peuple états-unien. Ca fait effectivement quelques raisons de ne pas trouver le personnage trop sympathique.

Avec Sarkozy, les caricaturistes s’en donnent à cœur joie et les guignols de l’info sur Canal à chaque 20 h 00 de la semaine savent nous le montrer dans tous ses travers en exagérant à peine, comme des caricaturistes qui se respectent. Quelques dessinateurs indépendants ou travaillant pour des journaux satyriques ne sont pas en reste.

Mais, Sarkozy, c’est surtout pain bénit pour les politiques qui n’ont rien à proposer en dehors de l’Europe, de la société de consommation, de la concurrence libre et non faussée. En fait, tous ces politiques sont conditionnés consciemment ou nom par l’école dite de Chicago. Les théories de l’école de Chicago sont à l’origine des politiques économiques de la Banque Mondiale du milieu des années 80 jusqu’au milieu des années 1990, pendant lesquelles de nombreuses entreprises publiques furent privatisées. Milton Friedman, « Prix Nobel » d’économie 1976 et George Stigler, « Prix Nobel » d’économie 1982 en furent les principaux gourous succédant à l’économiste autrichien Friedrich Hayek Prix Nobel d’économie en 1974,

Sarkozy est pourtant dans son rôle. Il fut l’un des trois associés du cabinet d’avocats parisiens Leibovici spécialisé dans le droit immobilier, puis maire de la commune de Neuilly sur Seine qui compte des familles parmi les plus riches de France. Avec son frère Guillaume, chef d’entreprise dans le textile qui fut vice-président du MEDEF entre 2000 et 2006, il fréquenta les milieux d’affaires, puis sa carrière au sein de RPR puis à l’UMP (plusieurs fois ministre) en fait un politique qui se destine à la défense des privilèges. Sa politique actuelle ne peut étonner que les observateurs qui souhaitent être étonnés.

En fait, Sarkozy, avec son propre style, est plus le continuateur et le patricien de l’école de Chicago, qui prétend que le marché est la fin du politique en même temps que la meilleure solution pour régler les questions sociales en dehors de l’implication politique elle-même. D’où la fin de celle-ci. Mais pour cela, le capitalisme à besoin d’une direction d’Etat forte qui permet de faire des lois pour mieux privatiser les profits et socialiser les pertes, c’est-à-dire d’un Etat au service du marché (le capital) avec un Chef d’Etat avec des prérogatives de type régaliennes. Aujourd’hui, en France, c’est Sarkozy comme hier c’était Mitterrand ou Chirac.

En France, les derniers prédécesseurs de Sarkozy furent tous conditionnés par cette théorie. A commencer par les leaders socialistes, notamment en participant aux travaux de la Trilatérale fondée en novembre 1972. Etant d’origine américaine, elle a son siège aux Etats-Unis à New York. Les instigateurs en sont parmi les plus importants, David Rockefeller, Henri Kissinger et Zbigniew Brzezinski (l’actuel conseiller d’Obama à l’investiture états-unienne). Dans une de ses réunions tenue à Paris en 1989, on pouvait reconnaître : Dominique Strauss Kahn (déjà) Claude Imbert, Thierry de Montbrial, Hubert Curien, Jacques Rigaud, Alain Cotta, Raymond Soubie, Robert Lion, Raymond Barre, Roland Dumas, Jacques Delors, Alain Poher, Jacques Chirac, Laurent Fabius, etc. On constatera la présence de personnalités de la Gauche et de la Droite qui ont l’air bien amis. Parmi les autres participants, on pourra citer : Giovanni Agnelli, Georg Büchner, James E. Burke, Isamu Yamashita, Yotaro Kobayashi, E. Gerald Corrigan, Thomas P. Foley, Zbigniew Brzezinski, Manfred Wörner,etc. Tous des gens du peuple, du petit peuple, comme vous pouvez le constater.

C’est à partir de 1983, que le virage pour embrasser sans retenue les intérêts du capital se fit.

Quelques rappels.

Le projet de loi élaboré par le ministre de l’Éducation Nationale Alain Savary (1981-1984) pour créer un « grand service public, laïc et unifié de l’Education Nationale », rejeté par les partisans de l’enseignement privé fut finalement retiré en juillet 1984 par François Mitterrand.

Le mouvement de dérèglementation que connaît le service postal en France débute en 1987. C’est en avril 1989 que Hubert Prévot, ancien commissaire général du Plan de 1981 à 1984, ancien secrétaire confédéral de la CFDT et membre du Parti socialiste, remet un pré rapport à M. Paul Quilès, ministre des PTT de Michel Rocard, sur « la place du service public de la Poste et des Télécommunications » en France. Il évoque « un service public à vocation industrielle et commerciale, qui ne peut ignorer les lois du marché ».

M. Quilès, ministre des postes et télécommunications, estime, à propos du rapport Prévot, qu’« on ne dirige pas de grands ensembles comme les PTT avec un rétroviseur ni avec une godille ». Deux mois plus tard, il affirme que « le statu quo n’est pas possible, dans la mesure où il se traduirait par un déclin inéluctable et par l’abandon du service public ». Abandon pourtant en œuvre aujourd’hui.

En Mai 1990 : L’Assemblée Nationale adopte la réforme des PTT. Le 1er janvier 1991, sous le gouvernement Rocard, la Poste et France Télécom perdent leur statut d’administration et deviennent deux établissements autonomes de droit public.

La Poste, son sort est scellé depuis le 15 octobre 2001, avec la signature par les quinze pays alors membres de l’Union Européenne de la Directive instaurant la dérégulation totale du marché des services postaux à l’horizon 2009/2010. Sans que cela fasse particulièrement problèmes aux organisations politiques, voire aux directions syndicales.

Avec Lionel Jospin, dès l’année 90/91, les IUFM se substituent à trois structures : les Ecoles Normales d’Instituteurs, les Ecoles Normales Nationales d’Apprentissage et les Centres Pédagogiques Régionaux qui formaient respectivement les instituteurs, les professeurs d’enseignement professionnel et les professeurs du second degré. Aujourd’hui, Sarkozy veut mettre en place le dernier étage de la fusée casse de l’enseignement commencé par Jospin avec la privatisation des fonds universitaires.

Enfin, c’est Jean Claude Gayssot, qui a privatisé l’aéronautique française. Et c’est Marie George Buffet qui a estimé que ce serait une bouffée d’oxygène pour la France...

N’oublions pas également les promesses du dit Gayssot qui ne voulait pas de la séparation de la SNCF en deux entités distinctes : SNCF et RFF (Réseau Ferré de France) et qui l’a aussitôt réalisée. Y aurait il donc des bonnes privatisations à gauche et des mauvaises à droite ? Il faut le croire puisque la Gauche a réalisé plus d’ouvertures de capital de Sociétés Publiques que la Droite. Et c’est encore la première ouverture du capital des autoroutes françaises qui a été réalisée par un "gouvernement de gauche" dirigé par Fabius.

Quand aujourd’hui la gauche plurielle s’érige en sauveur des services publics contre Sarkozy on peut douter des bonnes intentions qui reviennent au printemps des votes électoraux pour s’envoler ensuite à l’automne des élections. En 1997 déjà, le programme électoral du PS fustigeait « le démantèlement des services publics » consécutif à « la purge libérale » opérée par la droite. « Sécurité, éducation, transports, santé, poste, télécommunications : [...] nous refusons la privatisation des services publics et leur transformation en objet de profit, » Juste avant d’être propulsé ministre de l’Économie et des Finances, Dominique Strauss-Kahn se pavanait la main sur le coeur : « Parce qu’il y a mission de service public, les socialistes souhaitent que France Télécom reste avec un capital à 100 % public ». Aujourd’hui France Télécom est privatisée à 73 % et l’expérience nous montre ce que valent les paroles et Strauss-Kahn est Directeur du FMI adoubé par Sarkozy et payé plus cher que n’importe quel PDG d’une grande entreprise.

"N’écoutez pas ce qu’ils disent, regardez ce qu’ils font." Cette phrase du philosophe Henri Bergson, reprise par un autre philosophe, Vladimir Jankelevitch, est toujours d’actualité aujourd’hui, aussi bien pour la gauche que pour Sarkozy. Depuis l’orientation en faveur du marché par la gauche en 1983, la part des entreprises publiques dans l’emploi total est passée de 11 %o à 3,9 %.

Si nous voulons être honnêtes avec nous-mêmes, la lutte des classes, puis la contradiction entre le capital et le travail dure depuis des siècles, mais depuis la Libération, c’est bien avec la gauche, au tournant de 1983 que le capitalisme a marqué plus de points en dévalorisant encore plus le travail au profit du capital et les gouvernements qui se sont succédés n’ont fait que continuer sur la lancée et à l’inverse les salariés se sont mieux portés sous des gouvernements dits réactionnaires que sous ceux de la gauche plurielle. Evidemment, la contradiction n’est qu’apparente car il faut prendre en compte le poids des organisations ouvrières et du rapport de force politique international à chacun de ces instants.

Aujourd’hui, en bêlant, Sarkozy, Sarkozy, pour beaucoup de politiques, ça sert juste à mettre un peu de monnaie dans la poche réservée à la bonne conscience.

Beaucoup de personnes pensent que pour changer, les perspectives politiques manquent. Ce n’est pas avec « Gauche avenir » ou se retrouvent Quilès, Gayssot , Wurtz. Il n’y a pas d’avenir dans l’opposition gauche-droite, ces faux semblants, invitent à revenir au fondamental : la contradiction Capital/ Travail.

La part salariale est à peu près stable jusqu’au milieu des années 1970. Le retournement de tendance intervient dans la première moitié des années 1980 (années Mitterrand) : la part salariale se met à baisser, puis tend à se stabiliser à un niveau historiquement très bas. Selon les dernières séries de l’Insee, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises est de 65,8 % en 2006 contre 74,2 % en 1982, soit un recul de 8,4 points. Selon la Commission européenne, la part des salaires dans l’ensemble de l’économie est passée de 66,5 % en 1982 à 57,2 % en 2006, soit une baisse de 9,3 points. Ce recul est analogue à celui que l’on peut observer pour l’ensemble de l’Union européenne (8,6 points). Le partage des richesses est bien donc une des questions clé pour une réflexion politique aujourd’hui.

Ces 9, 3 points représentent 100 milliards d’euros passés des poches des salariés aux comptes du capital. Ce chiffre, 9,3 %, suffit à contester toutes les « réformes » en cours : allongement de la durée de cotisations pour les retraites, salaires qui stagnent depuis vingt ans, mise en place de la franchise médicale, etc. Ces 100 milliards d’euros pourraient être transformés en pouvoir d’achat pour les ménages et une meilleure sécurité sociale, voire faire baisser le temps de travail en dessous des 35 heures sans créer aucune difficulté pour les personnes et le pays, d’améliorer les retraites parce que le salaire est non seulement la contrepartie du travail subordonné, mais aussi la paie du travail libre.

Des désespérances d’aujourd’hui naîtront les espérances de demain. Et comme le mieux est de commencer le plus tôt possible, il s’agit de rassembler les gens sans ceux, qui du haut de leurs certitudes, tricheries et condescendances, voudraient être Chef à la place du Chef.

Nous ne sommes pas seuls (seules). Des intellectuels : économistes, philosophes, sociologues de renommée mondiale, remettent en cause le pouvoir de l’argent qui détruit l’homme et son environnement. De plus, de par le monde des luttes (qu’on essaie de nous cacher) existent : en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique centrale et du sud et même aux Etats-Unis. Enfin, c’est par millions que les damnés de la terre n’aspirent qu’à améliorer leurs conditions de vie.

Face aux événements révolutionnaires au Venezuela, en Bolivie, au Mexique, en Equateur, à l’instabilité sociale et politique en Afrique, en Inde et au Pakistan, aux sombres perspectives économiques des Etats-Unis et de l’Europe, à l’impasse des guerres en Irak et en Afghanistan, les capitalistes et leurs représentants politiques sont hantés par le sentiment que la situation leur échappe. Les perspectives des stratèges du capital se sont complètement écroulées. Où que l’on regarde, on voit la guerre, le terrorisme, le chaos et l’instabilité. La reprise économique dont ils parlent si souvent est extrêmement fragile et peut s’effondrer sous l’effet de n’importe quel accident, comme par exemple une augmentation du prix du pétrole et l’Union Européenne (UE) constitue une fuite en avant vers la barbarie économique, puis vers la barbarie tout court.

Pourtant, sur les bases d’une véritable démocratie et d’une révolution dans le domaine de la production, d’un juste partage des richesses, d’une utilisation des techniques au service des personnes et non de la finance, il est possible aujourd’hui d’assurer une réelle abondance, tout en préservant l’avenir écologique de la planète, et les hommes et les femmes n’auraient plus à se soucier au quotidien de leurs besoins matériels. Disparaîtraient alors l’inquiétude et les peurs humiliantes que connaissent, à chaque heure de leur vie, la majorité des gens. Pour la première fois, des hommes libres deviendraient les maîtres de leur destinée. Pour la première fois, ce serait vraiment des hommes. Et alors commencerait la véritable histoire de l’humanité. C’est possible.

Serge Portejoie.


 
P.S.

Nota : Je remercie de leurs collaborations involontaires, les rédacteurs des sites de l’INSEE, Rouges Vifs Île de France, OULALA, Michel Collon, Bernard Friot, Michel Husson, du Monde Diplomatique, l’Humanité, site de la Présidence de la République et de quelques ministères qui m’ont permis de vérifier les dates et chiffres permettant d’éviter erreurs et contestations.

 
 
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