Finance : des mesures contre la démesure !

La finance est un monde merveilleux. Alors qu’en période de bonne conjoncture les gains boursiers ne sont pour ainsi dire pas partagés, c’est maintenant aux salariés que l’on demande de payer les pots cassés du capitalisme-casino ! Car avec la crise des subprimes, dernier château de carte financier en cours d’effondrement, ce sont bien les travailleurs qui vont éponger les pertes abyssales annoncées jour après jour, et cela doublement. A travers les retraites, d’abord : aux Etats-Unis (toujours présentés comme le modèle à suivre), le système par répartition (fortement attaqué en Suisse par la droite) est misérable, contraignant les salariés à cotiser dans des fonds de pension qui placent l’épargne sur les marchés. Ce sont des millions de rentiers qui voient une partie de leur capital partir en fumée. En Suisse, 30 milliards se sont déjà évaporés des caisses de pension depuis juillet. Alors que personne ne parle de relever le taux de conversion quand les rendements augmentent, il n’a pas fallu longtemps au lobby des assureurs pour exiger une baisse. Les salariés payeront une deuxième fois l’addition, à travers l’emploi. On pourrait s’attendre à ce que les pertes enregistrées sur les marchés entrainent une baisse des dividendes versés aux actionnaires : il n’en est rien. Dans le monde du capitalisme actionnarial, le principe-maître veut que tout soit mis en œuvre pour éviter de froisser les investisseurs. C’est donc en jouant sur la variable d’ajustement que constitue la masse salariale que les entreprises pourront garantir aux actionnaires les rémunérations extravagantes (15%) qu’ils exigent.

La crise des subprimes est une crise de la dérégulation des marchés financiers, lesquels ne rencontrent aucun obstacle (et pour cause, ils ont été progressivement démantelés) entravant leur expansion, et cela au détriment de l’économie réelle. Le krach ne résulte nullement d’un déficit d’éthique ou de vertu, ou de l’irresponsabilité de quelque trader indélicat. Contre tous les dogmes actuels, l’interventionnisme de la puissance publique est une évidence. L’idéologie libérale étant teintée de pragmatisme, les appels au secours adressés aux banques centrales en cas de coup dur illustrent bien les limites de la rationalité du « laissez-faire » ! Il est plus que temps d’en tirer toutes les conséquences, ce que semble enfin avoir entrepris le FMI qui publiait en 2006 un ouvrage de Garry Schinasi intitulé Safeguarding Financial Stability. On pouvait y lire que la déréglementation et la libéralisation préconisées depuis des années recèlent « un potentiel [...] de fragilité, d’instabilité, de risque systémique et de conséquences économiques défavorables ». Si le FMI l’affirme... Concrètement, il faut aujourd’hui luter contre les excès spéculatifs en bornant les profits de la finance, par l’instrument de la fiscalité. Des pistes en ce sens ont été avancées par l’économiste Frédéric Lordon à travers le SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin). Mais on le devine, ici comme ailleurs les obstacles à sa mise en œuvre sont plus politiques que techniques.


 
 
 
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