Une surmédiatisation indécente

Avec l’investiture des candidats étasuniens pour les prochaines élections, la grande presse des pays se retrouve culotte baissée à focaliser indécemment une bonne part de son énergie à ne couvrir que cet « évènement ». Inutile d’imaginer le tintamarre futur des élections de novembre prochain. Comme si dans le monde rendu village par la couverture satellitaire permettant la « mondialisation » multimédiatique de l’information en temps quasi réel, les grands médias sont amenés à jouer avec des nouvelles clinquantes comme des gamins malappris jouant avec les allumettes. Informations émoustillantes, pour ce fait ordinaire que constitue l’investiture de parti aux États-Unis, ne prend de l’importance planétaire que par l’impérialisme des agences de presse et des grandes chaînes de multimédia dominés par l’establishment étasunien et leurs alliés. Pendant ce temps, des guerres régionales, des catastrophes avec des exigences humanitaires, des exploitations et destructions massives de forêts, la misère extrême des ouvriers de la périphérie dévorés par les compagnies du centre, les famines dues à des politiques dictées par le Nord au Sud, les réfugiés de la faim..., sont mis aux cloaques des médias. N’existent que Back-Hillary et Mac Caïn ! C’est qu’il est ici question de contrôler l’attention des gens et de vendre au monde la culture politique étasunienne en même temps qu’on fait digression et vend des rêves impossibles aux classes moyennes et aux pauvres à l’intérieur comme à l’extérieur des États-Unis. Il est un fait que l’on oublie souvent, le mental humain est constitué de manière telle que : ce qui capte et tient l’attention d’un homme, est son maître ! Pour retourner aux Etats-Unis, disons qu’un pays qui va d’ailleurs mal - il suffit de considérer à l’intérieur la crise de l’immobilier, les craintes de récession, et à l’extérieur la politique d’agression voire de bellicisme signe d’affaiblissement de l’hégémonie politique - peut tenter de paraître sous ses meilleurs jours, mais les individus choisis par l’establishment associé aux riches de tous les pays, ne changeront rien dans le devenir du peuple étasunien ni du monde tant que ce sera uniquement l’argent et la ploutocratie qui décideront de ce que fait l’État de la république étoilée. Les joutes préélectorales ont la vertu de faire saliver les amateurs de changement vertical venant d’en haut, c’est-à-dire du pouvoir gouvernemental pour un devenir meilleur du monde, mais en aucun cas, un peuple occupé à gagner son pain quotidien et à se gaver de télévision people, ne sera à même de rien conquérir. Le pouvoir populaire doit commencer par l’horizontalisation des méthodes politiques grâce à une communication des masses et des classes moyennes définissant leur stratégie pour ensuite propulser leur idées vers le sommet par de vraies structures créées ou exigées par eux pour les servir tout en s’appuyant par d’authentiques représentants dûment voués à leurs intérêts. Le changement ne viendra ni d’Hillary Clinton, ni de Barack Obama, pas plus que de Mac Caïn. On ne fait pas de cadeau aux peuples, c’est à eux de décider du changement positif pour eux par des outils qu’ils contrôlent et non des postiches de souveraineté électorale passant par des partis tout vendus à l’oligarchie dédaigneuse de tout ce qui est peuple et justice sociale, désignés uniquement à faire régner les compagnies, les trusts, les cartels, les multinationales.

Alors que l’homme de la rue, le votant ordinaire, majoritaire, s’empresse d’élire son candidat dans le délire avec des espoirs oniriques, l’oligarchie ploutocratique qu’est l’establishment, sait que elle, elle est la seule gagnante pérenne, assurée des bons services de tout futur président d’où qu’il vienne ! D’ailleurs, ils sont ceux qui financent dans de forts pourcentages la campagne des candidats, alliés naturels de leur hégémonie sociale et sociétaire. Et, dans ce jeu de rôle électoral, cette farce où l’on change souvent de masques pour ne pas changer de visage, le monde reste le même, ceux qui règnent et qui n’atermoient pas à manipuler dans l’ombre, prédominent et modulent une démocratie électorale à la mesure de leur suprématie pécuniaire de classe.

Pour le reste, le monde demeurera ce qu’il est, un abîme d’injustices et de souffrances pour les marginaux, près des deux tiers de la planète, vivant miséreux exploités ou délaissés, alors que se pavanent nos « surhommes » des partis, en quête d’un pouvoir qui n’est que parodie de représentation populaire alors que les compagnies cossues dictent les politiques.

Ainsi, les votants de partout éblouis par ces valets des ploutocrates que sont la plupart des politiciens - valets ici déifiés aux quatre ans par le peuple idolâtre - sont pris au jeu systémique de la déperdition par la délégation. Désorganisation et permissivité sont ici les faiblesses de la citoyenneté.

La surmédiatisation sensationnaliste des primaires étasuniennes et la surenchère d’intérêt qu’elle entretient chez les simples, nous fait voir que le meilleur statut auquel la grande presse assigne les masses, est celui du spectateur consommateur de sensations fortes.

Consommateur d’un spectacle délirant qui convertit tout en une sorte de joute sportive où le plus misérable des partisans se sent bandé de la performance de l’idole en lice !


 
 
 
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