Docteur Amos et Mister Oz

Troublant personnage que cet écrivain prestigieux dont nul ne conteste le talent. Devenu un véritable porte-parole du mouvement « La PAIX MAINTENANT » (Shalom Archav ), une interview récente à la veille de l’ouverture du salon du livre dont Israël est « invité d’honneur » à Paris, semble pourtant de nature à décourager tous ceux qui se veulent encore optimistes .

Troublant personnage que cet écrivain prestigieux dont nul ne conteste le talent. Le « sabra » né Jérusalem en 1939 d’une famille émigrée de Russie est devenu un véritable porte-parole du mouvement « La PAIX MAINTENANT » (Shalom Archav). Sa littérature est populaire et c’est avec constance que AMOS OZ milite « pour un état palestinien », après avoir diagnostiqué la folie des faucons et la faiblesse des colombes (voir son plaidoyer « Aidez-nous à divorcer » ).

Une interview récente à la veille de l’ouverture du salon du livre dont Israël est « invité d’honneur » à Paris, semble pourtant de nature à décourager tous ceux qui se veulent encore optimistes (1 ) pour croire en la capacité de ce peuple à partager demain autre chose que des larmes avec ses voisins en deçà ou au-delà du mur.

LE DOCTEUR AMOS a un temps laissé entendre son irritation et même imaginé de bouder le salon du livre à Paris (du 14 au 19 mars 2008) ; mais il vient de se raviser : « Mais non, je suis enchanté de venir. Israël invité d’honneur du salon du livre à Paris, c’est pour moi un événement très significatif » (In TJ, Tribune Juive nos 35 - mars 2008, p 10-16 ). Le « docteur AMOS » de « la paix maintenant » confirme son image tolérante en répondant au questionnement de TJ : « Alors pourquoi cette polémique ? On vous a dit fâché avec les organisateurs »...AO : « J’ai considéré en effet que davantage d’écrivains arabes israéliens et palestiniens méritaient d’être invités. Et je l’ai dit. Certes il y aura bien Sayed Kashva et peut-être un autre, mais, pour moi, ce n’est pas assez. Je persiste et signe ». Voici donc le bon docteur AMOS du côté de tous ceux qui se sont indignés pour ce choix, même s’il ne donne pas clairement une signification politique à cette ségrégation, à l’heure de la commémoration des soixante ans de l’existence de l’état d’Israël.

Mais là, patatras ! le docteur Amos a déjà trop parlé et « MISTER OZ » intervient ; il poursuit : « Tous ceux qui écrivent en HEBREU auraient du être invités » (sic !) . Tout est dit ici de la nature profonde et des limites de la pensée d’une partie au moins du groupe « Shalom Archav » qui prône la paix sans désavouer la guerre et qui voudrait « ébraïser » malgré eux même ceux des palestiniens qui sont nés sur cette terre et n’ont pas encore été expulsés des frontières d’Israël. Le « bon arabe » est celui qui parle hébreu ; la culture en Israël ne s’exprime qu‘en hébreu ; aucun autre héritage culturel, spirituel ou historique ne « mérite » l’invitation au salon du livre que celui qui s’exprime en hébreu. Etre né arabe dans les frontières de la « ligne verte » et s’exprimer en arabe ou même en Français comme plusieurs auteurs palestiniens, « ne suffit pas » pour « mériter » cette invitation à Paris.

Docteur Amos le savait et Mister Oz ne pouvait l’ignorer, il est même des arabes qui pensent et qui écrivent dans une autre langue que celle d’Amos Oz ! Il le savait lui qui a tant réfléchi à l’abomination de ces intolérances croisées ; mais il a choisi son camp ! Son camp est celui d’un état juif pour les juifs de langue hébraïque exclusive et peut-être de quelques exceptions totalement assimilées acceptant de penser et écrire dans la langue du conquérant et de l’occupant. Les autres, tous les autres, même francophones n’ont rien à faire à cette tribune parisienne à la gloire d’Israël !

Le même MISTER OZ qui rappelle « enseigner la littérature à l’université Ben Gourion » désavoue sans doute quelques-uns de ses propres élèves qui auraient voulu approcher la pensée juive sans faire le choix d’en adopter la langue. Le Professeur OZ se justifie : « Pour moi l’hébreu est ma lyre, l’instrument de musique qui soutient ma pensée. Je ne suis pas chauvin pour tout ce qui IDENTIFIE mon pays, mais je le suis pour ma langue. La dessus, on ne me fera jamais changer d’avis ». Pour Mister OZ l’affirmation se renforce, « l’identité d’Israël » c’est sa langue hébraïque...Avec une telle « caution » d’un représentant du « camp de la paix » on peut craindre le pire venant de tous les nationalistes et religieux intégristes qui rêvent du « grand Israël » et du « transfert » des populations arabes pour les chasser d’un état juif, pour les seuls juifs, dont ils réclament même désormais la reconnaissance internationale !

Pourtant Docteur Amos et Mister Oz ne cessent de s’interpeller l’un l’autre, à propos de la politique du gouvernement israélien : « Chaque mois, je me dois d’écrire un article...pour dire au gouvernement d’aller au diable. Mais ils ne m’écoutent pas (rires) »...Ce rire est-il celui d’un Machiavel ? Son amitié confirmée pour Shimon Peres ne révèle pas de désaccord si profond avec la politique du pire menée à Gaza à la veille du salon...Pour ce qui est du « divorce nécessaire entre Israéliens et Palestiniens » la question lui a été encore posée et la réponse fut claire : « Je pense qu’il n’y a pas d’autre alternative...deux peuples différents cohabitent : des arabes palestiniens, des juifs israéliens...Il n’y a pas d’autre choix que la séparation...La Palestine pour les Palestiniens et Israël pour les Israéliens ». Le docteur Amos est bien pour la paix, mais mister Oz veut pouvoir ignorer demain que ses pieds foulent une terre sur laquelle sont nés des arabes aussi, auxquels il refuse toute légitimité à la cohabitation. Etrange conception de la paix que celle là qui satisfait les espérances les plus folles de la droite israélienne. Et Mister OZ ne s’en cache pas : « Je suis sioniste, même si je considère que les promesses des origines n’ont pas été accomplies...Si je devais envoyer un seul message aux juifs de la diaspora, je leur dirais : apprenez l’hébreu...Seule une langue commune nous rattachera à la même culture, la même littérature et les mêmes créations artistiques. Sionistes de tous les pays, apprenez l’hébreu ! »

C’est CELA, c’est exactement cela le salon du livre à Paris en mars 2008 ; une manifestation qui se veut pour certains (sans doute pas tous) à la gloire du sionisme et de sa langue.

Si la paix n’est défendue que par ceux qui ont une vision aussi étriquée de leur propre identité, en référence au seul sionisme, il conviendra sans doute de chercher ailleurs les sentiments universalistes et tolérants qui la rendront possible. C’est cela, exactement cela qui peut et doit être débattu dans et autour ce salon du « livre » si singulier. Pour nous, universalistes et internationalistes, la langue de la paix ne peut être la langue d’un seul.

Comme l’écrit dans le même numéro de Tribune Juive Ivan Lévai, directeur de la publication « les peuples qui lisent sont dangereux » (page 18)...Ceux qui écrivent aussi dit-il plus loin ; mais ce n’est pas l’absence des auteurs arabes qu’il regrette, seulement celle d’une jeune auteure dont Shimon Peres a « adoré le roman »...Flatterie et cécité vont souvent de pair...

NB : Dans le même numéro (p 32 33) Michel Taubmann nous parle « du spectre d’un nouvel Aushwitz avec les moyens d’Hiroshima » et confirme selon lui le péril iranien, tandis que « l’état hébreu ne menace absolument personne » (sic !) ...Mais « il est évident que si les Israéliens possèdent la preuve qu’un danger vital pèse sur leur pays, ils n’auront pas d’autre choix que d’attaquer les installations iraniennes. Dans ce cas, il faudra les soutenir » (Michel Taubmann est aussi rédacteur en chef de la revue « Le meilleur des Mondes » dont le dernier numéro, le numéro six, est un « Spécial Israël - soixantième anniversaire » développant largement ce thème visant à banaliser la « guerre préventive »). Cette position est aussi soutenue par un article de Georges Amsel (p 34 -35) qui met en doute les capacités d’appréciation de l’AIEA en Iran.

Mais ceci est un autre sujet ? ....Pas si sur.

Jacques Richaud 11 mars 2008

(1) Frères pourtant ;

Voir aussi :
- Le salon du livre et l’UJFP
- Parti communiste israelien...
- Gaza, la boucherie...
- Auschwitz-Gaza...
- Daniel Barenboïm, pourquoi je suis devenu Palestinien.
- Gaza ou la banalité des crimes de guerre.


 
 
 
Forum lié à cet article

7 commentaires
  • AMOS OZ , LE SALON ET L’AMBASSADE DE FRANCE 13 mars 2008 01:16, par JACQUES RICHAUD (l’auteur)

    LE SALON DU LIVRE ET L’AMBASSADE DE FRANCE

    Pour comprendre l’enjeu évoqué il faut connaître trois faits :

    1- L’Arabe est aussi une langue officielle dans l’état d’Israël depuis sa création. Cette situation serait très vite remise en cause si la communauté internationale cédait aux prétentions du gouvernement de reconnaissance d’un état désormais défini comme « juif » ; un salon en langue « hébraïque » s’inscrit comme un acte nécessairement politique dans cette perspective.

    2- Lors de la préparation de ce salon une première sélection d’écrivains avait été proposée par le centre national du livre (CNL) associé aux ambassades d’Israël en France et de France en Israël : Plus de 70 auteurs avaient été mentionnés, d’expression pas seulement hébraïque mais aussi arabe, polonaise ou russe. Il semble que la seule pression de l’ambassade israélienne, en relais d’une demande gouvernementale de Tel Aviv, ait réduit les invitations aux seuls auteurs d’expression hébraïque. Le sens politique de ce choix est l’objet de ce commentaire, à interpréter dans le contexte israélien mais aussi dans le contexte mondial qui est celui des prétentions de l’état israélien (voir pour cela aussi le NB)

    3- Enfin , J’emprunte à un article du « grand soir » la reproduction d’un courrier signifiant bien que c’est en dernier lieu L’AMBASSADE DE FRANCE EN ISRAEL qui délivre les invitations officielles des écrivains. (lettre du 7 décembre 2007) Ce fait suffit à démontrer que la diplomatie française au plus haut niveau acceptait déjà en décembre 2007 de subordonner son choix à celui exigé par les idéologues de Tel Aviv, même en opposition avec le désir premier des organisateurs du salon !

    Il s’agit ici d’un échange avec un de ceux qui ont refusé cette invitation, le poète AARON SHABTAI

    7 décembre 2007
    Madame Edna Degon, « chargée de mission Salon du Livre 2008 », responsable de l’organisation de la présence d’Israël au salon du livre de Paris avait invité Aaron Shabtai à y participer, avec la lettre suivante, du 7 décembre aussi : « Cher Aaron Shabtai, le 13 mars 2008 sera inauguré le Salon du livre de Paris dans lequel Israël sera présent en qualité de « Pays hôte ». Quarante écrivains et poètes israéliens sont invités à prendre part à la semaine culturelle française. Vos œuvres ayant été traduites en français, il va de soi que vous êtes parmi les invités. Aimeriez-vous participer ? L’invitation officielle sera émise par l’ambassade de France en Israël, quand tous les autres écrivains auront donné leur disponibilité. J’espère de tout cœur que vous voudrez bien accepter l’invitation, Paris vous attend. Merci et bonnes fêtes, Edna »

    5 février 2008
    Présence d’ Israël au salon du Livre de Paris : le poète Aaron SHABTAI dit NON.
    Aaron Shabtai dit « non » au Salon du livre de Paris. : « Chère Edna, Je vous remercie pour votre lettre.Je ne pense pas qu’un Etat qui maintient une occupation, en commettant quotidiennement des crimes contre des civils, mérite d’être invité à quelque semaine culturelle que ce soit. Ceci est anti-culturel ; c’est un acte barbare travesti de culture de façon cynique. Cela manifeste un soutien à Israël, et peut-être aussi à la France, qui appuie l’occupation. Et je ne veux pas, moi, y participer. Salutations cordiales Aaron Shabtai »

    Aaron Shabtaï est un des plus grands poètes israéliens contemporains et le plus apprécié des traducteurs de drames grecs en hébreu. Ci dessous une de ses poésies, qui évoque les « Eaux fortes de Goya et Guernica »

    "CULTURE"

    Le signe de Caïn n’apparaîtra pas

    sur le soldat qui tire

    sur la tête d’un enfant

    depuis une colline au dessus de l’enceinte

    autour du camp de réfugiés

    parce que sous le casque

    pour parler en termes conceptuels

    sa tête est en carton.

    D’autre part,

    l’officier a lu The Rebel,

    sa tête est illuminée,

    à cause de cela il ne croit pas

    au signe de Caïn.

    Il a passé son temps dans les musées

    Et quand il pointe

    le fusil vers l’enfant

    comme un ambassadeur de Culture,

    il met à jour et recycle

    les eaux-fortes de Goya

    et Guernica

    Aaron Shabtai

    - www.ism-italia.it under construction - Traduit de la version italienne publiée par ISM-Italia par Marie Ange Patrizio, Marseille.

    Gaza : Never against ! La complicité européenne dans le lent génocide, par Omar Barghouti.

  • QUEL OTAGE ? 14 mars 2008 03:22

    LE SALON EN OTAGE ? OUI !

    LE MONDE | Editorial : « LE SALON EN OTAGE »
    "Avant même d’ouvrir ses portes, jeudi 13 mars, le Salon du livre de Paris a été pris en otage. C’était prévisible : Israël en est, cette année, l’invité d’honneur, et cela suffit, plus que jamais, à déclencher les soupçons, les passions et les interdits, pour ne pas dire les fatwas.

    Plusieurs pays arabes, qui sont pourtant tout sauf des champions de la liberté de penser et d’écrire, l’Organisation de la conférence islamique, pour qui l’existence même d’Israël est un sacrilège, mais aussi des éditeurs et écrivains de langue arabe, mais encore quelques écrivains israéliens et jusqu’à l’une des plumes les plus prestigieuses du supplément littéraire du quotidien israélien Haaretz, Benny Ziffer : de tous côtés, des voix se sont élevées pour appeler au boycottage de cette manifestation.

    C’était inévitable, donc. On aura beau dire que c’est la littérature et les écrivains d’un pays et non ce pays lui-même qui sont traditionnellement les hôtes privilégiés du Salon, la distinction est trop ténue pour éviter les amalgames : en 2002, par exemple, alors que l’Italie était invitée, des incidents avaient éclaté lors de la visite de deux ministres du gouvernement Berlusconi.

    En outre, la concordance de cette invitation avec le soixantième anniversaire de la création de l’Etat d’Israël - soulignée par la visite d’Etat en France du président israélien Shimon Pérès, qui devait inaugurer le Salon jeudi soir - ne pouvait que cristalliser un peu plus la colère des protestataires. Mais ceux-ci ne se seraient certainement pas montrés plus conciliants si ce Salon avait eu lieu une autre année. Enfin, le fait que tous les auteurs officiellement invités écrivent en hébreu aiguise un peu plus les tensions, puisqu’elle exclut les communautés israéliennes d’expression russe ou arabe.

    Pour autant, cette prise en otage de la littérature par la politique est absurde et choquante. Quoi qu’il exprime du réel, le livre est d’abord l’expression d’une singularité individuelle. Aussi enraciné soit-il dans l’Histoire, l’écrivain est d’abord héraut de liberté, de rencontre et de partage. Boycotter les livres, voire récuser une langue, a toujours été l’arme des dictatures.

    Et il est d’autant plus paradoxal - mais absolument logique pour les adversaires irréductibles d’Israël - de récuser ce Salon que la plupart des écrivains israéliens qui y participent sont parmi les avocats les plus forts de la cause d’un Etat palestinien viable et indépendant, à côté de l’Etat d’Israël. Cela ne les empêche pas d’être viscéralement attachés à leur pays et à leur langue. Mais tout autant à la paix. C’est cette paix, dans les livres comme sur le terrain, qui paraît malheureusement, plus que jamais, menacée par les partisans de la politique du pire."
    Article paru dans l’édition du 14.03.08.

    COMMENTAIRE :
    - On nous refait le coup de la « fatwa » : « C’était prévisible : Israël … l’invité d’honneur, et cela suffit,… à déclencher les soupçons, les passions et les interdits, pour ne pas dire les fatwas. » Le ton est donné, celui de l’outrance, comme après l’affaire Redeker ou le mot fatwa a été utilisé et repris jusqu’à la nausée (1- 2 )
    - Affirmations mensongères et amalgames de basse propagande « Plusieurs pays arabes, … l’Organisation de la conférence islamique, pour qui l’existence même d’Israël est un sacrilège » Aucune déclaration au sujet du salon , même de la part de ceux qui appellent au boycott n’accrédite cette affirmation, mais le Monde ne fait pas dans la nuance…
    - Mais aussi « Enfin, le fait que tous les auteurs officiellement invités écrivent en hébreu aiguise un peu plus les tensions, puisqu’elle exclut les communautés israéliennes d’expression russe ou arabe….Pour autant, cette prise en otage de la littérature par la politique est absurde et choquante  ». Là est bien le problème ! C’EST LE SALON QUI A ETE PRIS EN OTAGE PAR CEUX QUI ONT IMPOSE DE N’INVITER QUE DES ECRIVAINS EN HEBREUX ! La première commission réunie avait sélectionné des dizaines d’écrivains israéliens correspondant à la diversité d’Israël, arabes, russes, polonais…. L’Arabe est d’ailleurs langue officielle aussi de l’état d’Israël depuis sa fondation. C’est Tel Aviv qui a imposé la ségrégation de ses auteurs sur le seul critère d’usage de la langue hébraïque ! C’est Tel Aviv qui a pris en otage le salon du livre et l’ambassade de France à laquelle a été fournie une « liste » d’auteurs "invitables", sur des critères correspondant au désir des sionistes les plus farouches ! (3) Il est scandaleusement partial d’occulter ce fait, que la rédaction du « monde » ne peut ignorer, pour parler de prise en otage au sujet de ceux qui s’en indignent !
    - Mais la maladresse ou l’aveuglement de l’éditorialiste du « quotidien de référence » se retourne contre lui, lorsqu’il rajoute : « Boycotter les livres, voire récuser une langue, a toujours été l’arme des dictatures. » C’est en effet très exactement ce que vient de faire l’état d’Israël en boycottant ses propres auteurs de langue « non hébraïque » ! Merci pour la qualification très exacte donnée à ce comportement !
    - L’éditorialiste croit devoir déplorer une attitude contraire aux intérêts de la paix : « la plupart des écrivains israéliens qui y participent sont parmi les avocats les plus forts de la cause d’un Etat palestinien viable et indépendant, à côté de l’Etat d’Israël. Cela ne les empêche pas d’être viscéralement attachés à leur pays et à leur langue. » Personne ne le conteste, ce qui est en cause c’est l’identification de l’identité israélienne à l’usage de la seule langue hébraïque, ce qui correspond à l’exigence des sionistes les plus ultra, les mêmes qui préconisent de chasser tous les Arabes d’Israël, les mêmes qui voudraient que la communauté internationale reconnaisse le caractère « juif » de l’état, légitimant dés lors l’officialisation d’une seule langue, en contradiction avec les textes de reconnaissance de l’Etat d’Israël par la communauté internationale.
    - La conclusion est un curieux procès en responsabilité : « C’est cette paix, dans les livres comme sur le terrain, qui paraît malheureusement, plus que jamais, menacée par les partisans de la politique du pire. » L’allusion « au terrain » quelques jours après les massacres de Gaza sonne étrangement, il se peut que la politique du pire siège ailleurs que dans l’esprit de ceux qui s’indignent du rejet par l’état israélien de ses propres écrivains arabophones ou venus de Russie par exemple et s’exprimant dans leur langue natale

    Que dira « le Monde » demain pour commenter le fait que le très francophone Shimon Peres se soit exprimé à Paris en hébreux au salon ? Est-ce une marque de respect pour ses hôtes que de leur signifier publiquement que la démonstration voulue était d’abord une démonstration identitaire juive ? Il est en sus probable que très peu de français présents et même le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner, aura pu comprendre cette allocution qui était d’abord destinée à être relayée vers Tel Aviv, pour dire « mission réussie », voici la nouvelle langue de l’état juif, la seule langue de cet état !
    Tous ceux qui pensent que la culture est le moyen le plus efficace pour effacer les différences ne regretteront jamais la venue d’un écrivain israélien en France et se réjouissent des traductions de quelques oeuvres majeures de certains invités. Mais ils ont le droit, au nom même de l’attente que l’événement rendait possible, de s’indigner que celui-ci ait été mis au service d’une idéologie niant la diversité même de la population du pays invité. C’est le sionisme qui a pris le salon en otage, et non pas ceux qui révèlent cela.
    La contrepartie logique de l’attitude des hébraïsants exclusifs serait logiquement qu’ils renoncent définitivement à prétendre rentrer dans le club de la « francophonie », même si à titre individuel tous les écrivains francophones d’Israël, juifs ou arabes seront toujours les bienvenus, la France ne manquera pas de leur offrir les lieux et les occasions de rencontre en espérant œuvrer ainsi pour la paix, plus efficacement que ne l’a fait l’ambassade d’Israël sélectionnant ses invités.
    Jacques Richaud 14 mars 2003

    (1) En réponse à un éditorial du Monde « Pour Robert Redeker » ; http://www.attac-toulouse.org/ind_d...
    (2) A propos de « fatwa » http://bellaciao.org/fr/article.php...
    (3) Voir commentaire : http://www.oulala.net/Portail/artic...

  • >"LA LANGUE DE TOUT UN PEUPLE" 14 mars 2008 10:53

    "LA LANGUE DE TOUT UN PEUPLE"
    Sur un autre forum (socio 13 ) est commenté un article de l’Huma : Tu as raison Leila de signaler cet article que j’avais lu aussi dans "L’Humanité" (Vous savez le journal de Jaurès...)qui conforte l’analyse que je propose de cet événement :
    « La littérature israélienne est à l’honneur pour l’édition 2008, c’est l’occasion de découvrir une littérature foisonnante qui met en mouvement des hommes et des femmes qui sont les témoins et les acteurs de tous les soubresauts de l’histoire de cette terre. Notre entretien avec Edna Degon, conseillère littéraire pour la délégation israélienne.
    http://www.humanite.fr/Salon-du-liv...

    Il ne s’agit aucunement d’un événement littéraire mais bien d’un événement politique majeur ! (In http://socio13.wordpress.com/2008/0... )

    La phrase "L’aventure de cette langue est un cas, unique, de langue ancienne et sacrée devenue une langue pratiquée au quotidien par tout un peuple,..." contient à elle seule toutes les données du problème que révèle la seule "éligibilité" au rang d’invité au salon du livre 2008 à Paris des seuls auteurs écrivant en hébreu :

    1/ Cette langue est "sacrée" ! Ah bon ? La langue du "peuple élu" sans doute ? La langue du peuple dont le Premier ministre vient de proclamer, après les massacres de Gaza et les protestations onusiennes que "Aucun peuple n’a le droit moral de critiquer Israël" ? La langue sacrée est celle d’un peuple inscrivant sa supériorité dans la définition même de son identité, le seul peuple dont la langue soit "sacrée"... Tous les mollahs fanatiques ont des leçons à prendre de cette arrogance là, eux qui ont depuis longtemps sécularisée la langue de leur prophète !

    2/ C’est bien une langue "ancienne" redevenue artificiellement une langue coutumière en opposition au yiddish est-il démontré qui n’était qu’une langue "allemande"... Tout est dit ici du lien subliminal entre la référence à l’histoire des "juifs d’Europe" et la définition même de l’identité de l’état d’Israël.

    3/ La langue pratiquée par "tout un peuple" est une affirmation tout simplement négationniste ! L’affirmation de la non-existence des arabophones, même ceux auxquels est soi-disant accordée une "nationalité" israélienne ; on peut aussi étendre aux russophones encore "mal intégrés" la même perspective de défiance . Hors l’assimilation totale, pas de légitimité pour les membres de ce "peuple" de plus en plus enfermé sur lui-même et de plus en plus arrogant envers ceux qui dénoncent sa dérive ultranationaliste. Le « mur » est aussi dans les têtes et ne semble pas prêt de tomber.

    L’article de l’huma peut inspirer bien d’autres commentaires encore, dont un qui serait de s’interroger sur la raison de l’absence d’analyse critique au sein de cette presse prétendument porteuse d’un certain idéal concernant la paix et la coexistence entre les peuples. Peut-être à la veille d’un deuxième tour de municipales difficile est-il opportun de ne froisser personne ? L’histoire nous enseigne pourtant que l’effacement devant le pire ne peut que précipiter les catastrophes.

    Pour être clair enfin, situons le problème dans sa véritable dimension, sans négliger d’analyser la responsabilité des « intellectuels » que sont les écrivains :

    - 1 / Le premier objectif de la politique d’Israël n’est pas encore la « paix » mais la reconnaissance par la communauté juive du caractère « Juif » de cet état. La reconnaissance déjà acquise depuis plus de dix ans par l’OLP de l’état d’Israël ne suffit plus, il faut préciser désormais « Juif », réglant du même coup le sort des résidents arabes qui seront déclarés apatrides sur le sol même de leur naissance et le sort des réfugiés dont le retour deviendrait inimaginable. C’est tout l’enjeu de la suite qui sera donnée à la conférence d’Annapolis, c’est tout l’enjeu du soutien apporté par Bush à l’état « Juif », et de la position européenne et française sur le même sujet.

    - 2 / Dans ce combat visant à légitimer un état racialement « pur » uni par sa langue « ancienne » et « sacrée », les intellectuels sont chargés de la bataille culturelle pour faire accepter la légitimité de l’apartheid d’aujourd’hui, dont la non-invitation des « arabes » au salon n’est que la part la plus douce. Le gouvernement israélien sait qu’il ne gagnera pas la bataille « politique » s’il ne gagne pas la bataille « culturelle » ; le discours en hébreu au salon de Paris du francophone Shimon Pérés est une formidable bataille remportée contre ses hôtes sidérés et muets, incapables de protester, sachant tous que leur appréciation serait immédiatement jugée au regard de l’accusation d’antisémitisme qui accompagne toute critique de l’état d’Israël ; même lorsqu’il s’agit de désigner les incohérences et les outrances internes de cet état.

    - 3 / Sans doute l’ensemble des invités sélectionnés pour le salon ne peut être suspect de complicité volontaire avec cette démarche, certains sans doute aveuglés par le nombrilisme des auteurs et l’amour réel de leur « pays », se défendent même de ce soupçon. Presque tous « regrettent » l’absence des arabes ! Certains même l’ont écrit avant de venir et le répéteront publiquement ici. Cette dérisoire posture masque mal la duplicité de certains (voir Dr Amos et Mister Oz http://www.oulala.net/Portail/artic... ). Maïakowski disait déjà : « Les mots sont des balles » et il avait raison ; on peut ajouter après Victor Klemperer que la langue n’est pas neutre et qu’elle véhicule « aussi » son idéologie ; il s’agit ici du sionisme revendiqué par quelques-uns de ceux là qui prétendent encore représenter le « camp de la paix »…La paix ; oui, mais sur la terre réservée aux seuls juifs s’exprimant dans la langue désormais « sacrée » que la France aura contribué à « consacrer » dans son salon du livre 2008. Cet événement est d’importance considérable, car c’est l’ambassade de France à Tel Aviv qui a délivré les documents de participation à ce salon, sans élever la moindre protestation avant l’irréparable. L’explication me semble plus importante que le boycott qui autorise Israël à adopter la posture de la « victime » .

    La France a été, je l’ai dis déjà « prise en otage » par une manœuvre sioniste dont les répercussions seront considérables.

    Tous ces écrivains qui s’épanchent sur la question avec le « regret » de l’absence de leurs frères « arabes » sont dans la bataille culturelle comme ces soldats des territoires occupés qui résument leur état d’âme dans la formule « On tire et on pleure ». …Il ne fallait pas tirer !

    Jacques Richaud 14 mars 2008

  • UN PROPAGANDISME SOUS CONTRAT 15 mars 2008 03:39, par JACQUES RICHAUD

    « UN PROPAGANDISME SOUS CONTRAT SIGNE PAR LES ECRIVAINS ! »
    BENNY ZIFFER REDACTEUR EN CHEF LITTERAIRE D’HAARETZ A L’ORIGINE DE L’APPEL AU BOYCOTT LANCE PAR DES ECRIVAINS ISRAELIENS

    Polémique sur la présence d’Israël au Salon du Livre. Un entretien exclusif avec Benny Ziffer.[01/03/08]
    In
    http://www.nonfiction.fr/article-78...

    Écrivain, journaliste, blogger, Benny Ziffer est rédacteur en chef du supplément littéraire d’Haaretz, le principal quotidien israélien . Il est à l’origine de l’appel au boycott des écrivains israéliens au Salon du Livre de Paris qui ouvre ce vendredi. En exclusivité pour nonfiction.fr, il s’explique.

    nonfiction.fr : Comment vous définiriez-vous ? Vous êtes écrivain, rédacteur en chef du plus célèbre supplément littéraire israélien, celui d’Haaretz, blogger, commentateur de la vie des livres ? Quel est au juste votre métier ?
    Benny Ziffer : Je suis tout cela à la fois et rien de tout cela. Je suis effectivement l’auteur de trois romans et j’ai commencé à écrire sur le tard ; mais le titre d’écrivain me met un peu mal à l’aise, car "écrivain", en hébreu, dans son sens original, signifie "chroniqueur du roi", au sens biblique. Et je ne veux être le serviteur d’aucun roi ni d’aucune puissance politique. Je préfère donc être désigné comme responsable des pages littéraires d’Haaretz, justement parce que le large public ignore ce qu’est cette fonction. Quand je me présente comme tel, on me demande : "Mais que faites-vous comme vrai métier ?" Ça me fait sourire.
    NF : Que faites-vous comme vrai métier ?
    BZ : (Il rit). Je tiens un blog qui a une popularité inexplicable dans mon pays, en Israël. Mais puis-je en être fier ? C’est plutôt pour moi un passe-temps. Suis-je un critique littéraire ? Je déteste les critiques littéraires : je les trouve très souvent pompeux. Ils se prennent très au sérieux. Alors qui suis-je ? J’aime porter tous ces masques à condition de pouvoir les ôter.
    …..
    NF : Le supplément littéraire d’Haaretz est une institution ancienne et singulière. Comment le définiriez-vous ?
    BZ : C’est un supplément littéraire qui a une histoire passionnante. Il est né avant le journal lui-même, de manière indépendante, en 1918, au Caire, et ce n’est qu’une année après que le quotidien a été créé. Le supplément jouit d’un statut spécial : c’est comme s’il était la perle dont le journal est la coquille.
    NF : La langue - l’hébreu - y tient une place centrale.
    BZ : Au niveau de la langue, la particularité d’Haaretz, c’est de défendre l’hébreu littéraire et le journal est donc le berceau d’innombrables mots qui forment le vocabulaire hébraïque nouveau. Un grand nombre de mots en hébreu ont été inventés ou diffusés dans Haaretz. Par exemple, "Shoah" a été utilisé pour la première fois dans Haaretz pour désigner l’holocauste. Mais bien d’autres termes, souvent plus populaires, sont également nés dans ce journal. Il existe justement un dictionnaire qui reprend tous les termes inventés par Haaretz, et très largement d’ailleurs par mon prédécesseur, l’ancien responsable du supplément littéraire.
    nonfiction.fr : On y publie aussi des poèmes.

    NF : La littérature israélienne se distingue-t-elle de celle de la diaspora ? Y’a t-il des liens entre les deux ? Par exemple Yehuda Amichaï a écrit des poèmes en hommage à Paul Celan.
    BZ : Depuis les années 1960, la littérature israélienne s’est complètement détachée de son passé juif et s’est éloignée de la diaspora. Cette riche culture juive était essentiellement religieuse et pour cette raison même, mais aussi en raison de la langue, elle ne peut plus établir de relation facilement avec un lecteur moderne. L’hébreu est paradoxalement une barrière supplémentaire : à cause de son évolution rapide, il est très difficile de comprendre un texte en hébreu du XIXe ou même de la première moitié du XXe siècle pour un israélien d’aujourd’hui. C’est un peu comme votre ancien français. Et par exemple, notre prix Nobel, Agnon, est malheureusement devenu quasiment illisible pour les Israéliens.
    NF : La littérature israélienne, tout comme Israël, est à la fois jeune et millénaire. Comment s’inscrit-elle par rapport à son héritage, celui de la langue hébraïque – langue de la Bible – mais aussi celui de tous les grands romanciers juifs : Franz Kafka, Albert Cohen... ?
    BZ : Il faut dire deux choses. La première, c’est que contrairement à la littérature de la diaspora, la Bible est compréhensible, car c’est de l’hébreu pur. Il y a donc un lien direct entre la Bible et la littérature israélienne d’aujourd’hui, par-delà la littérature juive de la diaspora. Ensuite, la littérature israélienne a été très influencée par quelques auteurs, notamment allemands, comme Kafka, moins parce qu’ils étaient juifs que parce qu’ils étaient de grands écrivains.
    NF : Est-ce une littérature en "renaissance" ? Compte-t-elle de nombreux nouveaux auteurs, un dynamisme, de nouvelles expressions ? En France, on la limite souvent aux grands auteurs, que vous avez cité, Amos Oz ou David Grossman ?
    BZ : C’est une littérature en éternelle renaissance parce qu’elle est en quelque sorte le porte-parole d’une langue en renaissance. De manière générale, les écrivains sont ceux qui contribuent au développement de la langue et des mots, et sont un rempart contre les dégâts de la culture de masse, notamment américaine, très prégnante en Israël. L’hébreu non littéraire, celui que les gens parlent dans leur vie, devient de plus en plus une langue américanisée ; le rôle des écrivains me semble être d’aller contre ce mouvement. À mes yeux, ils sont supposés défendre la langue. Mais, hélas, ils ne le font pas. Au contraire, ils veulent accompagner l’abâtardisation de la langue, son américanisation. La génération des années 1960, les Amos Oz, Abraham Yehoshua, étaient très conscients de leur rôle pour protéger la langue, mais la jeune génération d’écrivain accompagne son appauvrissement.
    NF : Quels sont les thèmes qui y sont abordés ? Ne concerne-t-elle que la naissance et le devenir d’Israël ?
    BZ : Longtemps, la littérature israélienne s’est retrouvée, s’est constituée, autour de la naissance de l’État d’Israël et autour du grand roman national. Mais la particularité de la très jeune littérature israélienne est à l’inverse son rejet du nationalisme, son refus de se construire autour de cette histoire.
    NF : Est-ce une mauvaise chose ?
    BZ : Non, mais nos jeunes auteurs sont tombés dans l’excès inverse : le culte des sujets non-politiques, ils ne s’intéressent qu’à la vie quotidienne, souvent urbaine, et à leurs petits problèmes personnels.
    NF : Ce qui la rend très égocentrique ?
    BZ : Et très médiocre. C’est comme si tout le monde faisait du Christine Angot !
    NF : Aux écrivains israéliens, vous préférez les écrivains juifs Américains ? Philip Roth ?
    BZ : Je suis frappé par le fait qu’il n’y a aucun rapport entre la littérature juive américaine et la littérature israélienne. Mais c’est vrai que c’est une littérature de très grande qualité, Saul Bellow ou J. D. Salinger (bien qu’il ne soit pas "juif" dans son écriture), sont parmi mes auteurs préférés.
    NF : Pensez-vous qu’une meilleure connaissance de la littérature israélienne pourrait favoriser un regard moins "caricatural" sur Israël, dépassant les antagonismes faciles et réducteurs entre pro-israéliens et pro-palestiniens ? Un livre comme Une histoire d’amour et de ténèbres de Amos Oz offre un regard très nuancé sur la naissance d’Israël, soulignant à la fois sa légitimité, son droit à exister mais aussi ses errances ?
    BZ : Non. Au contraire. Je trouve que la littérature israélienne joue un jeu un peu vicieux avec ses lecteurs à l’étranger.
    NF : C’est-à-dire ?
    BZ : Au fond, la littérature israélienne n’est intéressante que pour des lecteurs étrangers. C’est un succès de curiosité. Le lecteur ne cherche pas dans cette littérature des innovations de style ou de langue : il y cherche l’actualité israélienne. En fait, il cherche le journalisme dans la littérature. Les écrivains israéliens répondent souvent à cette demande par une exagération de la réalité israélienne. Il existe par exemple toute une littérature qui raconte la vie des femmes religieuses ou bien qui décrit l’atmosphère au sein de Tsahal, l’armée israélienne, avec la solidarité entre hommes, la virilité. C’est très opportuniste. Ça plait en France et aux États-Unis. Mais on ne fait pas de bonne littérature en voulant plaire aux lecteurs.
    NF : Outre la littérature, y’a t-il une vitalité des essais dans le domaine des sciences humaines, de la nonfiction en général (philosophie, histoire, sociologie...) ? Quels sont les domaines de recherche privilégiés ? Les angles d’approche ?
    BZ : Je trouve qu’il y a un appauvrissement significatif de la vie intellectuelle israélienne, ce qui se voit dans le manque de discussion sur les idées et le faible nombre d’essais intéressants. Il y a certes tout le débat autour des "nouveaux historiens" , mais celui-ci me semble passé de mode. Il me semble que tout cela est un signe du désespoir de la gauche intellectuelle israélienne après la seconde Intifada.
    ….
    NF : Quelle est la place des auteurs, présents et passés, dans la société israélienne ? Y’a t-il des figures "tutélaires", un peu à la manière d’un Victor Hugo en France, et, à l’inverse, des auteurs dissidents, critiques ? La littérature - mais aussi les essais - jouent-ils un rôle dans les prises de position politiques d’Israël ? Et si oui, lequel ?
    BZ : Nous vivons dans une société qui a besoin d’un prophète et en Israël, ce sont les militaires et les écrivains qui jouent ce rôle. Chez nous, c’est Amos Oz, Abraham Yehoshua, David Grossman, qui sont des figures politiques, en plus de leur œuvre littéraire. Mais ces auteurs sont aujourd’hui fatigués et il n’y a personne pour permettre un passage de témoin. Du coup, les figures tutélaires ne sont plus que des militaires !
    NF : Quelle est la place donnée dans Haaretz à la littérature des "arabes israéliens" ? Les traitez-vous comme des auteurs israéliens à part entière ?
    BZ : Oui. Je fais tout pour encourager de jeunes arabes israéliens d’expression hébraïque à écrire et j’essaye de les publier dans le supplément d’Haaretz. En même temps, il y a aussi de nombreux arabes israéliens, qui publient en arabe, et avec lesquels il n’y a malheureusement quasiment pas de contact. Comme la traduction de l’arabe vers l’hébreu est particulièrement difficile, cela complique encore davantage les échanges et les lectures croisées.
    NF : Accordez-vous alors dans le supplément littéraire d’Haaretz une place aux auteurs palestiniens ?
    BZ : Malheureusement, presque pas. Bien sûr, Mahmoud Darwich est traduit et nous le publions dans le supplément. Par exemple, nous avons publié, une fois, un texte de lui, le même jour, dans la presse arabe et dans Haaretz. Mais au-delà de ces cas rares, il y a un énorme gouffre entre la littérature palestienne – constituée souvent malheureusement de poésie nationaliste et déclaratoire – et israélienne. Il y a une dizaine d’années, j’ai publié une anthologie de poésie palestinienne, traduite en hébreu, mais ce fut tellement difficile sur le plan de la traduction littéraire que je n’ai pas renouvelé l’expérience depuis.
    NF : Vous n’êtes pas sans savoir qu’Israël sera, cette année, l’invité d’honneur du Salon du Livre à Paris. Une polémique est née sur la sélection "officielle" des écrivains israéliens ? Quel est le débat ?
    BZ : J’AI ETE LE PREMIER A LANCER LA PETITION DEMANDANT LE BOYCOTT DU SALON DU LIVRE A PARIS. Depuis, il y a eu beaucoup de débats et de polémiques.
    NF : Pourquoi avoir lancé cet appel au boycott ?
    BZ : Il y a plusieurs problèmes. Le premier problème c’est que notre gouvernement, notre ambassade, qui ont fait la sélection, n’ont choisi que des écrivains d’expression hébraïque en EXCLUANT DE FAIT DEUX TIERS DE LA SCENR ISRAELIENNE : or celle-ci compte une énorme communauté d’expression russe, ainsi qu’une communauté d’expression arabe. C’est donc très réducteur. Le deuxième problème, c’est le CHOIX ARBITRAIRE fait par des bureaucrates de l’ambassade qui ont exclu des grandes figures comme notre poète national Nathan Zach. Pourtant il écrit en hébreu ! Le troisième problème, c’est que l’ÉTAT ISRAELIEN CONSIDERE QUE LES ECRIVAINS SONT DES AGENTS DE PROPAGANDE. À partir du moment où l’administration finance le billet d’avion, elle estime que l’écrivain est là pour servir la cause israélienne et ELLE EXIGE CE PROPAGANDISME DANS UN CONTRAT QUE TOUS LES ECRIVAINS DOIVENT SIGNER. C’est ce qui s’est passé avec les Salons du Livre de Paris et de Turin.
    NF : Vous êtes sérieux ?
    BZ : Absolument
    . Le grand écrivain israélien Yehoshua Kenaz par exemple n’est pas invité en France parce qu’il a refusé de signer ce document ! Or, son œuvre est largement traduite en Français. Et il écrit en hébreu.
    NF : Un Israélien ne peut pas écrire en yiddish ? en arabe ? en anglais ?
    BZ : Pas aux yeux de notre ambassade ! Et s’il n’écrit pas en hébreu, il n’a pas droit de cité au Salon du Livre. Il existe pourtant une littérature yiddish en Israël, bien qu’elle soit minoritaire. Il y a aussi une littérature d’expression anglaise et même en français !
    NF : Vous-même étiez invité au Salon du Livre et vous avez refusé l’invitation ?
    BZ : Ils ne m’ont pas invité !
    NF : C’est pour ça que vous avez appelé au boycott ?
    BZ : Oui, pour me venger ! Non, sérieusement, J’ESTIME QUE C’EST UNE QUESTION ESSENTIELLE.TOUT ECRIVAIN ISRAELIEN DEVRAIT , AU FOND DE SA CONSCIENCE, BOYCOTTER le Salon du Livre de Paris.
    NF : Quels sont les auteurs qui refuseront de participer ?
    BZ : Malheureusement, seuls un ou deux auteurs invités ont boycotté le salon du livre : Aaron Shabtaï et Sami Michael. Cela prouve que la liste a été bien faite par l’ambassade. CEUX QUI ONT ETE CHOISIS NE RISQUAIENT PAS DE DESERTER ! ON LES A CHOISIS POUR CETTE RAISON MEME.
    NF : Mais alors c’est un échec du boycott ?
    BZ : Le boycott a échoué pour l’instant, si on tient compte des écrivains "invités". Cela s’explique très facilement car les écrivains choisis sont conformistes et acceptent les règles de l’État. Beaucoup d’autres écrivains ou essayistes ont toutefois appelé au boycott, par exemple l’historien Ilan Pappe. Et cet appel au boycott suscite une vive polémique à Paris ou à Turin et dans le monde entier. Et de nombreux pays ont également appelé au boycott. De ce point de vue c’est un succès.
    NF : Les pays qui boycottent le salon du livre sont essentiellement des pays arabes comme le Liban, le Yémen, l’Arabie Saoudite, le sultanat d’Oman, ou encore les pays du Maghreb, le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, et bien sûr l’Iran. Tariq Ramadan est également de leur côté, tout comme de nombreuses figures musulmanes. Ne risque-t-on pas de vous accuser de faire le jeu des ennemis d’Israël ?
    BZ : Je pense que les pays arabes auraient de toute façon appelé au boycott. Il est important que les écrivains israéliens aussi se mobilisent et ne laissent pas la critique aux seuls pays arabes. C’est à mon avis le meilleur moyen de ne pas faire le jeu des ennemis d’Israël, non pas en participant à cette mascarade du Salon du Livre, mais en étant les premiers à la dénoncer. Je dois dire aussi que je me sens très solidaire des éditeurs et des écrivains arabes qui, du fait du boycott, vont être privés d’exposer au Salon du Livre.
    ….
    NF : Il y a une autre journaliste d’Haaretz, Amira Haas, qui comme vous est très inclassable. C’est la seule journaliste israélienne à vivre dans les territoires palestiniens (hier à Gaza, aujourd’hui à Ramallah). Vous lisez ses articles ? Vous les appréciez ?
    BZ : Amira Haas est en effet la seule journaliste israélienne vivant à Ramallah. Auparavant, elle vivait à Gaza. Elle prend beaucoup de risques dans sa vie professionnelle et privée. Elle est extrêmement courageuse. C’est à la fois une journaliste de grand talent et une femme écrivain qui a d’ailleurs décidé de prendre une année sabbatique pour écrire. Elle aussi sera au Salon du Livre, dans un débat, mais de manière autonome par rapport aux invités "officiels".
    NF : Vous tenez l’un des BLOGS les plus populaires d’Israël en parallèle de vos chroniques dans Haaretz. Vous croyez à l’avenir de l’écrit sur le web, à l’avenir de la littérature sur le web, à la vie d’une critique littéraire sur Internet, comme on essaye de le faire à nonfiction.fr ?
    BZ : Au début, j’étais très réticent envers le web. Mais à partir du moment où j’ai eu mon blog, j’ai découvert que c’était une source infinie de possibilités d’écriture, un moyen nouveau pour être lu, sans la médiation de l’éditeur ou du journal, et ce contact direct avec les lecteurs me plaît.
    …….
    nonfiction.fr : Si nonfiction.fr vous invitait, vous viendriez, pour nous faire plaisir, au salon du livre cette semaine ?
    Benny Ziffer : Mais je viens ! Pas comme invité officiel, mais comme journaliste d’Haaretz. Je viens couvrir le Salon du Livre. Je viens raconter le boycott.

    Propos recueillis (en français) par Frédéric Martel

  • > Docteur Amos et Mister Oz 15 mars 2008 21:02, par Sianabog

    Amos OZ a trois torts pour qui a une culture suffisante la moins inobjective possible sur la réalité sionisto-palestinienne

    1/ Il est particulièrement subjectif et attribue aux autres ses propres sentiments. Habilement en excellent écrivain qu’il est

    2/ Il a approuvé avec la Paix maintenant l’inadmissible début de l’agression du Liban durant l’été 2006, alors que les deux soldats ont été faits prisonniers sur le sol libanais contrairement à ce qu’on a voulu nous faire croire sur l’influence de l’habile agit-prop sioniste qui n’a rien à envier à Goebels.

    3/ Il considère comme normal la création d’Israël dont le terroriste Ben Gourion lui-même a admis qu’elle ne pouvait se faire sans meurtre et sans expulsion à supposer qu’elle ait eu un sens que ne partage toujours pas beaucoup de juifs qui ne vivent toujours pas en Israël. Alors que la Yérida ("fuite" hors d’Israël) augmente, y compris chez les "Sabra" (juifs natifs d’Israël), mais aussi chez les déçus qui sont venus (aliya) et repartent chargés de désollusion.

    Oz ne mérite donc objectivement qu’un carton rouge, car il ne respecte pas les règles de l’honnêteté intellectuelle et nie la réalité historique éthiquement indéfendable . Mais encore une fois pour qui a une culture suffisante sur la réalité sionisto-palestinienne, ce qui n’est pas le cas d’un Français sur 50 000. Les autres se font manipulés .... comme Hugues Auffray chantant devant Pérès son Petit Simon et en étant fier.

    La triste Shoah absolument inadmissible, mais qui a rapporté beaucoup d’argent et qui est constamment exploitée, n’autorisait pas les inqualifiables sionistes à terroriser jour et nuit les Palestiniens, même quand ils ne résistent pas.

  • > Docteur Amos et Mister Oz 16 mars 2008 22:16, par ANTECRIF

    Participez à la campagne de protestation contre
    la nomination de l’hyper sioniste François Zimeray
    en qualité d’Ambassadeur des droits de l’homme,
    nomination qui prélude à un grand mouvement
    d’épuration du Quai d’ Orsay, au profit d’un alignement
    sur les inconditionnels d’Israël (Arraud, Errera, Ruffin, Zimeray,
    Rama Yade, Kouchner, et bien d’autres)

    http://www.france-palestine.org/art...

  • UN ETRANGE MBASSADEUR DES DROITS DE L HOMME 18 mars 2008 01:45, par JACQUES RICHAUD (l’auteur)

    J’ai effectivement dénoncé déjà cette nomination :
    UNE NOMINATION TRES « SIGNIFIANTE » DENONCEE PAR L’AFPS

    On peut craindre en effet qu’un pas sérieux soit franchi par notre diplomatie pour faire du ministère des affaires étrangères un office de lobbying honteusement partial. Non seulement notre président « va » au Crif, mais il nomme un de ses représentants au cœur de la diplomatie française. Il le fait dans une période ou la question du non respect du droit international est dénoncée par toute la communauté internationale. Ce communiqué de l’AFPS mérite large diffusion :
    Jacques Richaud 11 mars 2008 , In :
    http://socio13.wordpress.com/2008/0...

    CAMPAGNE de mails de protestation vers le Ministère des Affaires étrangères.
    publié le lundi 10 mars 2008

    AFPS
    En parallèle aux actions et protestations mises en oeuvre en ce qui concerne la situation actuelle en Palestine, et plus particulièrement à Gaza, qui traduit une fois encore l’irrespect par l’État d’Israël du droit international et du droit humanitaire, nous ne pouvons laisser passer sans réagir la nomination le 13/02 en Conseil des ministres de François Zimeray comme Ambassadeur des droits de l’homme au Ministère des affaires étrangères.

    M. Zimeray a été jusqu’à cette nomination (et il l’est peut-être encore) le vice-président de la ’Commission d’études politiques’ du CRIF. Il est également fondateur, avec le président du Fonds social juif unifié, d’une association de lobbying au niveau européen intitulée “Medbrige”.

    Pendant son mandat de député européen, il était à la ’Commission des affaires étrangères et de la politique de défense’, et il a été à l’origine de la demande d’une commission d’enquête parlementaire sur l’usage des fonds versés par l’UE à l’Autorité palestinienne. En 2003, il a été l’un des fondateurs d’un groupement pour traiter de la question “de la montée de l’antisémitisme et de l’antisionisme en France”.

    Selon le Canard Enchaîné du 20/02, “il est classé ’pro-israélien en diable’ par ses camarades socialistes”.
    Car cette nomination s’inscrit dans un vaste mouvement (y compris des personnes) en faveur d’Israël depuis l’élection de N. Sarkozy. Selon le Canard du 5/3 (cf. dernière page “Larmes de crocodile pour Gaza”) : “A en croire d’insolents diplomates français, on entend dire, dans plusieurs organisations européennes, que l’équipe Sarkozy-Kouchner-Levitte adopte des positions encore plus ’pro-israéliennes’ que celles du clan Bush”. L’ex-ambassadeur de France en Israël, Gérard Araud, est ensuite clairement indiqué comme un important acteur de ces nouvelles orientations.
    Protestez sans tarder contre cette nomination.

    Ne permettez pas que notre Ministère des affaires étrangères devienne l’un des plus ardents défenseurs d’Israël, sous couvert de “droits de l’Homme”…

    Copiez-collez le modèle de lettre qui vous est proposé ci-dessous (ou écrivez votre propre courrier, en restant factuel et courtois), et signez. Car ce qui compte ici, c’est le nombre de mails envoyés !
    Envoyez votre mail à
    copie :
    A notre connaissance, d’autres nominations de cette nature sont en cours. Plusieurs sont déjà intervenues.
    Réagissons sans plus tarder ! Des centaines de mails doivent être envoyés dans les jours qui suivent !
    Modèle de lettre _ :
    Att. M. Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères
    Copie à M. Jean-David Levitte, Conseiller diplomatique du Président de la République
    Monsieur le Ministre,
    Je tiens à vous faire connaître mes plus vives inquiétudes et ma profonde stupéfaction suite à la récente nomination de Monsieur François Zimeray en qualité d’Ambassadeur pour les droits de l’homme.
    En effet, M. Zimeray est connu pour son appartenance à divers groupes de pression très connotés tant au niveau européen que français. Ses déclarations et initiatives partiales en particulier sur la grave question du conflit israélo-palestinien découlant de l’occupation israélienne en porte témoignage.
    M. Zimeray ne me semble donc pas disposer des qualités d’impartialité requises pour assumer une telle haute fonction, qui ne peut que reposer sur un attachement rigoureux et sans faille aux principes et valeurs découlant du droit international et du droit humanitaire.
    Alors qu’après sa nomination il a déclaré conserver toutes ses opinions et vouloir les mettre en œuvre comme Ambassadeur, il convient de relever que celles-ci contreviennent au droit international qui doit être applicable à tous les peuples en tous lieux, sans considérations personnelles de nature communautaire ou autre.
    Souhaitant qu’il soit donné toutes les suites nécessaires à l’encontre de cette nomination, qui m’apparaît d’ailleurs s’inscrire dans un mouvement plus général en rupture avec une politique étrangère de la France qui soit équilibrée et digne,
    Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en mes sentiments distingués,
    Prénom Nom Ville Arr
    Afps, mars 2008 __._,_.___

 
 
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