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" De Johannesbourg à Bagdad : la Politique Tatin de l’Occident ! "

Le " World Summit on Sustainable Development " des Nations Unies (qui s’est déroulé à Johannesbourg du 26 août au 4 septembre 2002) s’est conclu sur un échec cuisant. Comme d’habitude les dirigeants politiques de la planète ont démontré leur incapacité d’assumer leurs responsabilités de défenseurs du Bien Commun. Ils se sont aplatis face au diktat imposé par le " secteur privé ", et les représentants des ONG ainsi que ceux de la " société civile " n’ont eu d’autres choix que de s’en aller en claquant la porte. Ce triste spectacle ne cesse malheureusement de se répéter depuis 10 ans. De Rio de Janeiro en passant par Istanbul, Le Caire et Beijing, ces grand messes des Nations Unies se sont toujours conclues de la même façon. Il est par ailleurs étonnant de voire combien de personnes et d’organisations croient encore à la quelconque utilité de ces Sommets.
La planète se meurt et la politique semble s’en foutre. Mais est-ce vraiment le cas ?

Le Nouvel Ordre Mondial (Multipolaire) en marche !

L’oligarchie à la tête de l’Empire d’Occident agit à l’unisson en faveur de l’avènement d’un Nouvel Ordre Mondial (comme il a été déjà dit dans un précédent article dédié à ce propos). Ce nouveau Système peut être résumé ainsi : 1 Etat mondial dirigé par un gouvernement planétaire ; 1 Banque Centrale Mondiale ; 1 monnaie unique mondiale ; 1 place boursière mondiale ; 12 multinationales qui contrôlent l’industrie de la planète ; 1 armée mondiale. Une étape intermédiaire est prévue, mieux connue sous le nom de Nouvel Ordre Mondial Multipolaire. Voilà ce qu’écrivait à ce propos Guy Verhofstadt, actuel premier ministre belge, le 26 septembre 2001 sur les colonnes de la Libre Belgique : " Le G8 des pays riches doit être remplacé par un G8 des associations de coopérations régionales existantes. (…) En d’autres termes, un forum où les associations de coopération continentales les plus importantes se retrouvent sur un pied d’égalité : l’Union Européenne, l’Union africaine, le Mercosur, l’Asean, l’Accord Nord-Américain de Libre Echange…
Ce nouveau G8 deviendrait le forum des accords contraignants sur les normes éthiques globales concernant les conditions de travail, la propriété intellectuelle, la " bonne gouvernance ". Dans un même temps, ce G8 renouvelé pourrait envoyer les directives et incitants nécessaires aux grandes institutions internationales et aux fora de négociation tels que l’OMC, la Banque Mondiale, Kyoto. (…) Un G8 capable de formuler une réponse radicale à des problèmes mondiaux telle que la traite des êtres humains. (…) Il nous faut en effet essayer de voir plus loin que l’intérêt européen. Car même quand nous sommes pétris des meilleures des intentions, les intérêts d’une multinationale pétrolière ou des cultivateurs européens de betteraves sucrières nous sont plus chers que le sort du peuple Ogoni dans le delta du Niger ou le piètre revenu des travailleurs des plantations de canne à sucre au Costa Rica ".

Langue de bois et tarte Tatin

Comprendre le langage politique donne le pouvoir incroyable de savoir lire entre les lignes. Comme tout langage, celui-ci est codé et implique un système de sens propre à lui-même, auquel seuls les initiés ont accès. Réussir à obtenir la clé de lecture qui permet de déchiffrer le code de ce langage politique, ouvre les portes à la compréhension du monde.

" La multitude ne conspire jamais que contre les puissances réelles ; elle n’a pas la science de ce qui est vrai, mais elle a l’instinct de ce qui est fort. " (Eliphas Levi)

Instinctivement, la " multitude " comme l’appelle Eliphas Levi, sait qu’aucun représentant du peuple n’est sincère lorsqu’il parle et qu’il ne pourra jamais l’être tant qu’il se préoccupera plus des conséquences égoïstes de court terme de ses paroles, que de celles altruistes de long terme de ses actes.
Instinctivement, la " multitude " a donné un nom à ce langage : " la langue de bois ". Celle-ci n’est compréhensible qu’en partant d’un principe de mauvaise foi de la part de celles et ceux qui la pratiquent. Giulio Andreotti (ancien premier ministre italien et vieux requin de la politique) disait à ce sujet : " Penser à mal est peut-être péché, mais souvent on tombe juste ! ".
De fait, le système de sens politique se pose désormais en opposition antithétique avec celui de sens commun. En clair : lorsqu’un politique dit blanc, il faut comprendre noir ; lorsqu’il dit paix, il faut comprendre guerre ; lorsqu’il affirme : la croissance est de retour, il faut comprendre : la crise va durer ; lorsqu’il affirme que le système dans lequel nous vivons est démocratique, il sait que ce n’est pas le cas et qu’il n’est lui-même qu’un laquais du véritable pouvoir oligarchique…
C’est pourquoi il est possible d’affirmer que l’Occident mène en réalité une politique qu’on pourrait définir Tatin, en l’honneur de la célèbre tarte renversée, inventée maladroitement par les demoiselles Tatin.

Les chemins qui mènent à la dictature sont toujours pavés de bonnes intentions

Au nom de la démocratie et de Droits de l’Homme, nos pays sont prêts à faire la guerre pour imposer leur paix par les armes ; même chimiques, biologiques ou nucléaires.
Cela n’a jamais cessé d’être le cas depuis le début du XXème siècle.

D’un point de vue géostratégique, nous nous trouvons actuellement face à un point de non retour, ce que les économistes appellent le " break even point ", au-delà duquel il est impossible de revenir en arrière.
Les actions qui seront menées lors des prochaines années auront une influence considérable sur la définition et la structuration de ce nouvel ordre mondial que tous, d’un côté ou d’un autre, voient se profiler à l’horizon. C’est dans l’air du temps, comme il est bon de dire dans ces cas-ci. Reste à savoir si cet Ordre sera démocratique, fruit du dialogue et de la négociation, ou bien si il sera plutôt totalitaire et imposé au moyen de la guerre et de la domination.

La tendance actuelle ne laisse rien présager de bon, sans compter que bientôt un autre nœud viendra au peigne : je veux parler de l’intégration politique européenne. La Convention Européenne guidée par le très charismatique Valéry Giscard d’Estaing, devra bientôt rendre sa copie. D’ici 2004 les chefs de gouvernements des 15 devront trouver la solution institutionnelle à leurs problèmes (Union Politique), car 10 nouveaux pays membres frappent à la porte. Entre temps devra se faire l’union militaire et diplomatique (PESC) , et que la Grande-Bretagne devra entrer dans la valse de l’Euro si elle voudra avoir une place de choix au sein de la future Confédération des Etats-Unis d’Europe. Cela promet du sport.

La " Guerre au Terrorisme " semble être une véritable panacée. Elle excuse tout, même ce qui est inexcusable, comme le traitement inhumain réservé aux prisonniers afghans détenus à Guantanamo Bay. Cette " sale guerre " sert de collant pour obtenir un consensus au sein des pays occidentaux autour du fait que le danger viendrait de l’extérieur ; ce consensus est imposé aux citoyens en jouant avec leurs sentiments de peur et de haine. Elle sert aussi à éliminer tout type d’opposition politique au Nouvel Ordre Mondial. Il suffit de voir le sort qui est réservé à tous les mouvements indépendantistes et nationalistes de la planète, pour comprendre qu’il sera très difficile de résister à cette force centripète actuellement dominante. Mais le véritable danger réside malheureusement au cœur même du système occidental, et pas ailleurs.

Irak : une crise prévue depuis longtemps !

Avant toute chose il est bon de rappeler que Saddam Hussein à réussi à imposer son régime à l’Irak en grande partie grâce à l’appui des Etats-Unis et d’autres pays européens, du temps de la guerre contre l’Iran (d’autres dictateurs ou " terroristes " tels que Pinochet, Hitler, Bin Laden ou d’une certaine manière Milosevic, ont bénéficié en leurs temps et pour leurs guerres du même soutien). La logique de tout ça pourrait être la suivante : " moi, Occident, je te soutiens et je t’utilises ; tu te renforces avec le temps ; dans dix ans tu deviens mon ennemi publique n°1 ; je te fais une guerre ; je te bats et je te vires ; j’imposes ensuite mon régime démocratique à ton pays". En l’occurrence, en ce qui concerne l’Irak, on pourrait ajouter : " …et je m’empares de ton pétrole ".

Pourquoi se fait-il que justement maintenant s’ouvre une nouvelle crise sur le front irakien ? Pourquoi les dirigeants politiques occidentaux, Messieurs Blair et Bush en tête, recommencent à aboyer contre Saddam Hussein ?
Les raisons officielles disent qu’il serait en train de reconstituer un arsenal d’armes de destruction de masse (chimiques, biologiques) et qu’il serait capable de se doter de l’arme nucléaire d’ici six mois. D’après plusieurs inspecteurs des Nations Unies ces affirmations seraient fantaisistes et dépourvues de toutes preuves.
Outre le fait que pour les mêmes motifs, les Etats-Unis pourraient se faire la guerre à eux-mêmes ainsi qu’à l’Europe, il est intéressant de se rendre compte qu’il y a 20 ans c’était eux qui fournissaient des armes biologiques et chimiques à l’Irak (William Blum dans le NY Times du 18 août 2002).

Cette nouvelle bataille était déjà dans l’air bien avant les attentats suicide du 11 septembre. CNN a lancé un grand dossier reportage intitulé "Irak : the unfinished war" le 16 janvier 2001. http://www.cnn.com/SPECIALS/2001/gulf.war/unfinished/war
Cela veut bien dire ce que ça veut dire ! Le terme "unfinished" implique évidemment et malheureusement aussi : "let’s finish it !".

L’administration Bush a réussi dés les premiers jours de son mandat (17 février 2001) à s’attirer les foudres de la planète entière en donnant l’ordre de bombarder à nouveau l’Irak. La planète entière s’était révoltée...

George 43 Bush a avoué ce jour-là lors d’une visite à Mexico que les frappes qu’il avait ordonné faisaient partie d’une stratégie de long terme : "the missions to enforce the no-fly zones are part of a strategy, and until that strategy is changed, if it is changed, we will continue to enforce them."

Le World Socialist Web Site titrait le 25 janvier 2001 :
"Will George W. Bush launch a new US war of aggression against Iraq ?"

L’administration Bush menace d’intervenir unilatéralement contre l’Irak, si les alliés européens refusent de le suivre dans cette nouvelle bataille. Ces derniers forcent les Etats-Unis à agir en concert avec eux au sein du cadre des Nations Unies. " D’abord des inspections ; puis une résolution ; enfin la guerre ". Comme si le respect des règles annulait leurs pêchés. C’est comme deux policiers dont l’un demande d’abord les papiers, puis il tabasse ; l’autre tabasse d’abord et demande les papiers après. Mais le résultat est le même.

Car telle est la vérité qui apparaît en décodant la langue de bois. Aucun partenaire politique européen n’a exclu à priori l’utilisation de la force. Et ce qui n’est exclu, est envisageable. De fait, chaque jour qui passe, dans les discours des hommes politiques européens les phrases se nuancent, l’intonation change, les termes aussi et il est assez clair que bientôt un consensus international existera quant à l’opportunité de cette nouvelle bataille. Car l’Europe a tout autant besoin de celle-ci que les Etats-Unis.

Onze ans de guerre, quelques batailles, des millions de morts !

Je dis bien bataille, et non guerre comme l’osent affirmer certains, car la guerre débutée en 1991 n’a jamais réellement cessée.

" Seulement les choses dont les hommes cessent d’avoir l’intelligence n’existent plus pour eux, du moins comme Verbe ; elles rentrent alors dans le domaine des énigmes et du mystère. " (Eliphas Levi)

En 11 ans, les batailles se sont succédées au fil du temps (en 1996 ; 1998 ; 2001…) ; les frappes " chirurgicales " américaines et britanniques ont quant à elles été quotidiennes ; pour sa part, l’embargo imposé à l’Irak par les Nations Unies, au nom de la Paix et de la démocratie, a été la véritable arme génocidaire utilisée tout au long de cette guerre.
Hilarant d’hypocrisie le nom donné au programme d’ " aide " de cet embargo, " oil for food " : " pétrole contre nourriture ", qui suit la logique : " je t’affame puis je t’aide en te donnant des cacahuètes, mais seulement en échange de tout ton pétrole, car ton argent ne vaut plus rien ". En effet, un billet de 250 dinars irakiens valait 800 dollars en 1991. Aujourd’hui, il vaut 12 cents !

Si ce n’était que ça !
L’embargo de l’ONU a déstructuré l’économie et paralysé les institutions sociales irakiennes. Depuis la dévaluation de la monnaie, le pays est plongé dans un terrible état de dévastation.

"L’Irak était une société riche, qui avait du pétrole, un secteur agricole non négligeable, une main-d’œuvre développée, un domaine artistique intéressant [mais contrôlé !] et un système de services sociaux [santé et éducation] enviable", nous dit Rachad Antonius. C’était avant la guerre de 1991. Des années de sanctions, dont l’interdiction d’importer certains produits élémentaires, ont rendu ces services comparables à ceux des pays sous-développés.

L’Etat et les institutions financières n’ont plus les liquidités nécessaires pour procéder à l’entretien des équipements, notamment pour le traitement des eaux usées et la mise en place de mesures d’hygiène. Résultat ? Des maladies infectieuses qui avaient disparu telles que la typhoïde, la malaria et la tuberculose sont réapparues.
Vaccins, antibiotiques et médicaments arrivent au compte-gouttes et les hôpitaux ont du mal à soigner correctement les patients. Même quand ceux-ci guérissent, il n’est pas exclu qu’il retombent malades le lendemain. Après deux ou trois fois, les antibiotiques n’agissent plus... et ils meurent.

On remarque aussi une incidence anormalement élevée de leucémies et autres types de cancer chez les enfants ainsi que des malformations congénitales multiples. Plusieurs experts attribuent ces maladies à l’uranium appauvri (U-236 et U-238) utilisé dans les bombes et les missiles. Il est important de rappeler la provenance de cet uranium : les déchets nucléaires produits par nos centrales. Au lieu de les traiter, on les recycle dans des bombes. C’est beaucoup moins cher et c’est en ligne avec les principes du développement durable, non ?

Rien que pendant la campagne de 1991, 90.000 tonnes de bombes ont été lâchées sur l’Irak. Celles-ci ont détruit des systèmes d’approvisionnement en eau, des réseaux de transmission d’électricité, des moyens de communications et de transport, des industries, des commerces, des installations agricoles, de la volaille et du bétail, des entrepôts de nourriture, des marchés, des usines de fertilisants et d’insecticides, des centres d’affaire, des trésors archéologiques et historiques, des appartements, des zones résidentielles, des écoles, des hôpitaux, des mosquées, des églises et des synagogues.

Les sanctions affectent essentiellement la population civile et sont responsables de la situation socio-économique actuelle en Irak. Selon un rapport de l’UNICEF, 4.500 enfants irakiens meurent chaque mois à cause des sanctions ! Cela fait 54.000 enfants morts par an soit environ 600.000 en 11 ans, sans compter les adultes et les vieillards !

Tout ça pourquoi ? Pour la défense des Droits de l’Homme et de la "Démocratie" ? Bien sûr que non ! C’est pour le pétrole et pour déstabiliser le Moyen-Orient afin d’y instaurer des régimes " libres ", là ou bon semblera aux "Paladins du Bien" (en opposition à l’Axe du Mal).

Ramsey Clark part en guerre contre la guerre

Voici un extrait d’une lettre rédigée par l’ancien ministre de la Justice américain Ramsey Clark, qu’il a envoyé le 29 juillet dernier à tous les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU, avec copies à l’assemblée générale de l’ONU et au sénateur Biden de la commission sénatoriale pour les relations étrangères. Il est possible de trouver le texte complet de cette lettre sur le site Internet de l’International Action Center, ONG fondée et dirigée par le même Ramsey Clark. Elle résume admirablement bien la situation dans laquelle nous nous trouvons.

29 Juillet 2002

Monsieur l’Ambassadeur,

L’espoir qui resterait aux peuples du monde de voir les générations futures préservées du fléau de la guerre grâce aux Nations Unies serait anéanti par une nouvelle attaque des Etats-Unis contre l’Irak. Les menaces, brandies par le président Georges Bush, le Vice-président Cheney, le secrétaire à la défense Rumsfeld, et divers attachés de cabinet et officiels du Pentagone, d’attaquer l’Irak, de l’envahir et de renverser son gouvernement constituent un leitmotiv depuis un an. La guerre psychologique elle-même est un crime contre la paix et viole la charte des Nations Unies.(…)

Si les Nations Unies sont incapables d’empêcher les Etats-Unis, un membre permanent du Conseil de Sécurité, de commettre des crimes contre la paix et l’humanité ainsi que des crimes de guerre envers une nation qui a déjà souffert au-delà de toutes limites du fait des agressions américaines, alors à quoi servent encore les Nations Unies ? L’opposition à toute attaque ou tentative de renverser le gouvernement irakien par la force doit, et c’est la moindre des choses, être exprimée publiquement par les Nations Unies.(…)

Les Etats-Unis ont forcé l’imposition de sanctions génocidaires envers l’Irak en 1990.
Les Etats-Unis ont élaboré des sanctions économiques contre l’Irak que le Conseil de Sécurité a approuvé le 6 août 1990, 45ème anniversaire de l’attaque nucléaire américaine sur Hiroshima. Ces sanctions sont la cause directe de la mort cruelle de plus d’un million de personnes.
C’est le plus grand crime contre l’humanité de cette dernière décennie du 20ème siècle, le plus violent de l’histoire. Chaque mort douloureuse d’une personne dépérissant de malnutrition, de " kwashiorkor ", une poussée de déshydratation causée par de l’eau contaminée, ou de maladie, aurait pu être empêchée. Les sanctions persistent jusqu’à aujourd’hui et causent des centaines de morts chaque jour. Chaque agence des Nations Unies traitant des problèmes d’alimentation, de santé et des enfants - comme la FAO, le Plan Alimentaire Mondial, l’OMS, l’Unicef - ont proclamé l’horreur et l’amplitude de cette catastrophe humaine et en ont indiqué la responsabilité.
La grande majorité des victimes des sanctions sont des enfants, des personnes âgées, des malades chroniques et des cas médicaux urgents. Ce sont les personnes les plus vulnérables à l’eau polluée, à la malnutrition, et au manque de médicaments et d’équipements médicaux.
Les affirmations américaines selon lesquelles ce serait le gouvernement irakien qui serait responsable des décès par manque de nourriture et de médicaments sont fausses. Les Etats-Unis ont bloqué les ventes de pétrole par l’Irak pendant six ans avant de faire semblant de se soumettre aux impératifs humanitaires en autorisant des ventes de pétrole pour acheter de la nourriture et des médicaments.
Depuis 1997, lorsque les ventes ont commencé, ils ont dans les faits saboté et retardé le programme " pétrole contre nourriture ", qui ne fournit pas de revenus suffisants pour atteindre le niveau requis pour stopper la détérioration quotidienne de la santé et la croissance du taux de mortalité en Irak.
Avant les sanctions, il n’y avait virtuellement pas de malnutrition en Irak et son système de santé, ses hôpitaux et médicaments gratuits étaient un modèle pour la région. Son système gouvernemental de distribution des denrées alimentaires est un modèle d’équité et d’efficacité, manquant seulement de quantité et de variété de nourriture.

L’aviation militaire américaine a attaqué l’Irak à volonté pendant onze ans.
Les Etats-Unis ont effectué des attaques aériennes contre l’Irak à volonté depuis mars 1991, lorsqu’ont pris fin les attaques massives qui se déroulaient à un rythme d’une sortie aérienne toutes les 30 secondes. (…)

L’Irak ne constitue pas une menace pour les USA, les pays de la région ou d’autres pays.
Les USA ont faussement affirmé que l’Irak travaillait au développement d’armes de destruction massive pour attaquer les USA, Israël, ses voisins et d’autres pays. Les USA ont affirmé que ses attaques de 1991 ont détruit 80% de la capacité militaire irakienne. Les inspecteurs de l’ONU ont affirmé avoir découvert et démantelé 90% de la capacité irakienne (d’après 1991) de développement d’armes de destruction massive. L’Irak, son peuple et ses ressources sont épuisés. L’Irak possède une génération " rachitique " d’enfants en-dessous de 10 ans et une population de tous âges qui est affaiblie. Elle est la victime du pire crime contre l’humanité des récentes décennies.

Les Etats-Unis sont le plus grand vecteur de violence sur la Terre.
Deux des officiels les plus haut placés des Nations Unies responsables des inspections d’armement de l’ONU en Irak et un citoyen américain honnête participant aux inspections ont démissionné, dénoncé les sanctions et nié qu’il existe une menace que l’Irak développe des armes de destruction massive.

Les USA possèdent plus d’armes nucléaires que toutes les autres nations réunies ainsi que les systèmes les plus sophistiqués et les plus nombreux pour le lancement d’armes nucléaires, y compris la flotte sous-marine des Trident II. Ils possèdent les plus grands stocks d’armes chimiques et biologiques et développent la recherche la plus avancée et la plus extensive sur les armes de destruction massive dans le monde. Les dépenses militaires des USA excèdent celle des neuf plus importants budgets militaires suivants réunis. Le président Bush a proclamé à plusieurs reprises son droit de frapper le premier. Les USA ont attaqué Hiroshima et Nagasaki avec des bombes atomiques et continuent à justifier de tels actes.

Les USA ont dénoncé les traités contrôlant les armes nucléaires et leur prolifération ; ils ont voté contre le protocole permettant la mise en place des conventions réglementant les armes biologiques, rejeté le traité bannissant les mines antipersonnel, la Cour criminelle internationale et en fait tout effort international pour contrôler et limiter la guerre. La guerre américaine contre le terrorisme est une proclamation du droit des Etats-Unis d’attaquer le premier n’importe qui, n’importe où, sur simple soupçon, ou sans excuse, unilatéralement.

Les USA souhaitent renverser le gouvernement irakien et beaucoup d’autres en violation de la loi. A moins de restreindre cette politique, les chances de développer la paix et l’égalité globale des possibilités économiques, sociales, culturelles et politiques entre les nations seront perdues. Quel gouvernement présente la plus grande menace pour la paix, globalement ou pour la Mésopotamie et ses voisins - les Etats-Unis ou l’Irak ?(…)

Si, comme promis si souvent, les USA attaquent bel et bien l’Irak pour renverser son gouvernement, il s’agira de la violation la plus évidente, la plus arrogante et méprisante, jamais connue, de la Charte des Nations Unies, de la charte de Nuremberg et de la loi internationale.

J’écris cette lettre à chaque représentant à l’ONU des membres du Conseil de sécurité, au président de l’Assemblée générale et au président Bush. C’est l’une d’une série de lettres décrivant les fautes des USA et de l’ONU envers l’Irak et protestant contre elles. La faute qui menace et dont il est question ici est la pire. Si, douze ans après ses assauts aériens dévastateurs et après douze ans de sanctions génocidaires, de risque omniprésent d’attaques aléatoires par l’aviation américaine et de menaces sans fins contre des victimes sans défense, les USA donnent le coup de grâce au peuple irakien dans le silence des Nations Unies et des pays riches, la honte et l’impuissance humaine nous destineront à une violence plus grande que jamais.(…)

Une attaque américaine sur l’Irak violerait la Constitution et les lois des Etats-Unis, nécessitant la mise en accusation du président Bush et de tous les officiels responsables, leur procès devant le Sénat américain et des Cours fédérales.

Une attaque sur l’Irak par les Etats-Unis violerait aussi la Constitution et les lois des Etats-Unis et exposerait, selon la Constitution des Etats-Unis, le président Bush à la mise en accusation par la Chambre des représentants pour les plus grands des crimes, ceux contre la paix et l’humanité, au jugement par le Sénat des Etats-Unis et à un procès devant une Cour fédérale.

Malheureusement, ces dernières années, on a plus souvent assisté à des violations de notre Constitution qu’au respect fidèle des droits de tous les citoyens qu’elle est sensée protéger. Mais ceux qui aiment leur pays et qui, pour cette raison, insistent pour que leur pays agissent avec justice, s’efforceront de faire rendre des comptes à toute autorité américaine qui participerait à une attaque contre l’Irak.

Ramsey Clark

CONCLUSION

Je travaillais au siège de Nations Unies à New York en mars 1998, lorsque le Secrétaire Général Kofi Annan s’est rendu en toute hâte à Bagdad, pour arracher l’accord irakien à de nouvelles inspections. Ce faisant, il avait arraché la paix, même si ce n’était que pour quelques mois. A son retour au Palais de Verre, Kofi Annan fut accueilli triomphalement. Personne n’avais jamais vu ça depuis la création de l’ONU. La foule en liesse l’attendait déjà sur 1st Avenue. Tout le personnel des Nations Unies s’était réuni dans le hall de l’immeuble pour l’entendre tenir un discours mémorable. La joie était tellement intense qu’elle en était presque palpable. Les applaudissement s’alternaient aux cris qui disaient  : " Peace ! Peace ! ". Tout le monde était en communion et chacun sentait de faire partie d’un tout qui ce jour là, avait réussi à changer le cours des événements.
C’était la seule et unique fois de son histoire, que les Nations Unies étaient parvenues à prévenir (et donc à éviter) la guerre. Normalement, elles n’ont toujours pu que constater les dégâts et envoyer des troupes de " maintien de la paix " après que les affrontements n’aient cessé. (Normal : le Conseil de Sécurité décide, L’ONU ne faisant qu’exécuter ses ordres)
J’espères de tout cœur que le personnel de l’ONU puisse revivre une telle expérience très bientôt, car si les Nations Unies ne réussiront pas à éviter une nouvelle " Guerre Punique " cette fois-ci, " les portes de l’enfer pourraient bien s’ouvrir pour ne jamais se refermer ", comme l’a affirmé récemment un haut responsable irakien.

Sous prétexte du 11 septembre et sous couvert de la " Guerre au Terrorisme ", l’Europe et les Etats-Unis sont en train de poursuivre une politique génocidaire, hégémonique et impérialiste à niveau planétaire, visant à imposer un Nouvel Ordre Mondial d’une part, et à s’emparer du contrôle des marchés du pétrole, de l’eau et de la drogue de la planète d’autre part. Pour cela ils sont prêts à utiliser toutes les armes de destruction de masse (embargo, chimiques, biologiques et nucléaires) dont ils disposent.
Pour éviter que les citoyens européens et américains ne se révoltent contre cette politique Tatin, de nouvelles lois liberticides sont votées à la va-vite par des parlements qui ne se rendent pas compte de ce à quoi ils collaborent.
En effet, seule une élite de politiques, d’industriels, de banquiers, de militaires, de monarques et de magnats de l’information, est au courant de la réelle stratégie menée par l’Occident (Europe et Etats-Unis, plus le Japon). Celle-ci est définie au sein d’organisations privé (Bilderberg, Council on Foreign Relations, ERT, Commission Trilatérale etc.), qui tirent les ficelles de la politique internationale depuis plus de 50 ans. Il suffit de rappeler que ces organisations sont à l’origine de l’actuel système multilatéral mondial : elles ont donné naissance au plan Marshall, à la CECA, à la Commission Economique Européenne, à l’ONU, au FMI, à la Banque Mondiale, à l’OMC…
Cette élite joue de son influence pour créer au sein de la classe dominante un consensus quant à la vision du monde à adopter. En gros, elle utilise des armes de la propagande et de la manipulation mentale pour imposer sa réalité au reste de la société. (La propagande n’existe pas ? Il suffit de zapper sur toutes les chaînes de la terre à l’heure du télé journal pour se rendre compte que les nouvelles sont les mêmes partout dans le monde. Pourquoi ? Parce que seule 5 agences de presse se répartissent le marché de l’information planétaire…les dirigeants de celles-ci sont membres des organisations susmentionnées).

Pour réussir à arrêter le massacre, il est important de dénoncer cet état de fait et la politique Tatin menée conjointement par l’Europe et les Etats-Unis depuis cinquante ans. Disons non à la guerre sous toutes ses formes ! Disons non au Nouvel Ordre Mondial ! Soyons vigilants et pratiquons la solidarité ! Disons non aux Tatins ! Bretzels du monde entier, unissez-vous ! Renversons les renversés !


 
P.S.

Dessin : Kahil, Arabnews

 
 
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1 commentaire
  • votr article est tres interessant,je voudrais juste mener le debat sur une partie de ce reve imperial qui se jouera la semaine prochaine lors du sommet des G8
    cette"institution"hors-loi,dirais-je, va instituer sur le projet colonialiste du grand moyen orient propose par bush et compagnie
    remodeler les espaces,un monde allant des puits de petrole du sahara occidental(sud maroc)au pakistan(petrole)
    israel bien sur serait le centre de ce nouveau grand moyen orient(l’appellation elle-meme est ridicule:grand/moyen)ou du moins serait integre ,le probleme palestinien un detail
    et bien sur ,on vivra tous heureux grace à la democratie promise:flexibilite,gel de salaires,chomage............n’est-ce pas la democratie du marche(et dire que "dictature du proletariat"faisait et fait peur à nos intellectuels qui s’evertuaient à l’incriminer de tous les maux,"democratie du marche"..non,c’est magique,et oui l’etat se desengagera et on creera des societes de mini-credit,on "encouragera la "societe civile"...et on vivra tous en harmonie
    d’ailleurs l’exemple a ete bien perçu en irak,on l’a senti cette democratie americaine dans les prisons d’abou gharib,dans les fosses pleines de corps,dans l’arrogeance,le mepris...
    et bien sur,si t’es contre,il y aura toujours un"intellectuel"qui te dirait"mais il n’y a pas d’autres alternatives,les refractaires sont les islamistes/terroristes...etc et busch ,et oui,se sacrifie pour defendre les valeurs humanitaires,et puis et on ne fait pas d’omellette sans casser d’œufs....."bien sur en omettant de preciser que ces"islamistes" ont ete encourages et finances par ces memes americains et leurs allies our combattre le communisme,la democratie...
    les democrates arabes se faisaient tuer,torturer dans les prisons des gouvernements appuyes,armes par les"democraties"occidentales...
    et oui,et maintenant busch a pitie de nous ,pauvres populations arabes vivant sans democratie
    la democratie,on a lutte pour,on a souffert pour,appuyes en cela par les consciences libres de partout
    et on continuera la lutte
    et on montrera sur le terrain qu’il y a une autre voie:celle de la democratie,de la defense des acquis des desherites,de la lutte contre le liberalisme sauvage et de la "democratie" du marche

 
 
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