Lettre ouverte à Marie-George Buffet

Chère Marie-George,

J’ai lu avec intérêt le texte de ta conférence de presse du 28 mars sur la situation internationale au Tibet et les Jeux olympiques.

Si je me retrouve sur certaines de tes positions, je reste en opposition avec d’autres.

Dès le début de ton intervention tu parles de " ce qui se passe aujourd’hui au Tibet et sur l’opportunité ou pas de boycotter les prochains jeux olympiques de Pékin en 2008". Je ne peux qu’approuver ta condamnation de la répression et ton rappel que " le droit à la parole, le droit à vivre dans le respect de leur culture, le droit à vivre dignement valent pour les Tibétains comme pour tous les citoyens chinois." Cependant si tu cites à cet instant tous les citoyens chinois ton intervention reste très largement axée sur le Tibet.
Effectivement de nombreuses prises de positions récentes concernant le boycott des Jeux ou de la cérémonie d’ouverture sont apparues lorsque la situation au Tibet s’est dégradée récemment.

Mais la question des Jeux à Pékin avait été posée bien avant par différentes associations.
Si je cite ici Reporters sans frontières cela ne signifie nullement que j’approuve ou je soutienne la totalité des positions de cette organisation ou de son président, c’est simplement parce que c’est une des premières associations à avoir posé la question des conditions dans lesquelles se dérouleraient les Jeux de Pékin.

Reporters sans frontières donc a formulé neuf demandes : Libération de tous les journalistes et les internautes emprisonnés en Chine pour avoir exercé leur droit à l’information.
Abolition définitive des articles restrictifs du Guide des correspondants étrangers qui limitent la liberté de mouvement et de travail des médias.
Dissolution du Département de la publicité (ex-département de la propagande) qui contrôle quotidiennement le contenu de la presse chinoise.
Fin du brouillage des radios internationales.
Fin du blocage de milliers de sites Internet d’informations hébergés à l’étranger.
Suspension des "11 commandements du Net" qui instituent la censure et encouragent l’autocensure des informations diffusées sur le web.
Abolition des listes de journalistes et militants des droits de l’homme interdits de séjour en Chine.
Fin de l’interdiction imposée aux médias chinois d’utiliser sans autorisation officielle les images et les informations des agences de presse internationales.
Légalisation des associations indépendantes de journalistes et des organisations de défense des droits de l’homme.

Le collectif Chine JO 2008 a pour sa part formulé huit revendications :
- libérer les personnes emprisonnées depuis les manifestations de Tiananmen (1989) et tous les prisonniers d’opinion ;
- mettre fin au contrôle de l’information, y compris sur Internet ;
- suspendre les exécutions sur tout le territoire chinois en vue d’aboutir à l’abolition de la peine de mort ; supprimer la détention administrative ;
- mettre un terme à la pratique de la torture ; permettre la constitution de syndicats libres et indépendants ;
- supprimer l’article 306 du code pénal, qui permet la répression contre les avocats ;
- mettre fin aux expulsions forcées des citoyens de leur logement ou de leurs terres.

Aucune de ces questions ne concerne spécifiquement le Tibet et elles ne concernent que des problèmes d’application des droits humains.
Quand tu exiges " le courage de rappeler aux autorités chinoises leurs responsabilités de grande puissance mondiale" c’est ne n’est pas simplement à la question du Tibet qu’il doit être fait référence mais aussi à la question des droits humains en Chine.
C’était le sens de ton intervention dans ta conférence de presse du mercredi 20 février, où tu invitais " les autorités chinoises à profiter de cet événement mondial pour prendre des mesures fortes en matière de promotion des droits de l’homme et de la démocratie en Chine."

Tu critiques aussi les politiques qui préfèrent déléguer au mouvement sportif le soutien aux droits humains pour faire oublier qu’ils ne font rien.
Tout d’abord ce reproche aux politiques de ne rien faire, nous devons en prendre notre part. Quand avons nous interpellé sur la situation des droits humains en Chine, quand avons-nous, par exemple, rappelé que la peine de mort existe toujours en Chine et que le nombre de condamnations et d’exécutions relève du secret d’Etat ?

Ne pas déléguer au mouvement sportif, mais quand tu rappelais le 20 février " que le mouvement sportif et olympique s’était fixé des règles qu’il fallait respecter", ne faudrait-il pas auparavant s’interroger sur la légitimité de ces règles ?
Ces règles ont conduit à sanctionner en 1968 les Américains Tommie Smith et John Carlos 1er et 3ème au 200 mètres pour avoir protesté contre la ségrégation raciale aux États-Unis en baissant la tête et en pointant, lors de l’hymne américain, leur poing ganté de noir vers le ciel, sur le podium de la remise des médailles, et Peter Norman, australien, médaille d’argent pour avoir porté un insigne de soutien à leur cause.

"Le mouvement sportif, je pense notamment à cet appel d’athlètes français au président chinois refusant et le silence et le boycott, est en train de démontrer son esprit de responsabilité, son intelligence, ses valeurs humanistes." Oui, mais comment concilier cet esprit de responsabilité, cette intelligence et ces valeurs humanistes avec cette idéalisation de Jeux olympiques hors du temps, hors des réalités du monde qui les entourent. La charte olympique indique dans les principes fondamentaux de l’Olympisme " La pratique du sport est un droit de l’homme". C’est bien visiblement le seul que le CIO veuille bien reconnaître. Quelle sera notre position si un athlète violant délibérément la règle 51-3 de la charte olympique "Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique...n’est autorisée dans un lieu, site .. olympique", règle qui n’a pas empêché par contre l’arrivée en 1936 aux Jeux de Berlin de la flamme olympique dans un stade pavoisé d’oriflammes frappées de la croix gammée ?
Si nous en appelons à l’esprit de responsabilité, l’intelligence, et les valeurs humanistes du mouvement sportif il importe aussi d’affirmer que nous les soutiendrons dans toutes les formes d’expression qu’ils choisiront d’utiliser.

Enfin il faut continuer à interpeller les dirigeants du CIO sur les modalités de choix et sur la cohérence entre les informations figurant dans les dossiers de candidature et la réalité. Le rapport de la commission d’évaluation du CIO pour les jeux de la XXXIXe Olympiade en 2008 précise en page 73 , "Il a été confirmé à la commission que les reportages médiatiques et les déplacement des journalistes au cours de la période précédent les Jeux Olympiques et durant les Jeux ne seraient soumis à aucune restriction."

Connaissant la sincérité de ton engagement et ton combat pour les droits humains, reçois chère Marie-George, mes chaleureuses salutations.

Le 3 avril 2008

Jean-Michel Arberet
Conseiller municipal d’Arcueil
Partenaire du groupe communiste


 
 
 
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