Prisons : Le droit de punir, le devoir de protéger.

Un jeune délinquant récidiviste de 19 ans, Jérémy Martinez, a été retrouvé mort dans sa cellule à Valence, une vétuste prison d’un autre âge. Il semblerait qu’il ne se soit pas suicidé, ce que l’enquête permettra d’établir. Cet incident grave relance le débat sur les conditions carcérales en France.

Sa famille, qui a porté plainte pour « non assistance à personne en danger », évoque l’hypothèse d’un meurtre par un co-détenu. Une information judiciaire pour "homicide volontaire" a été ouverte par le parquet, ce qui permettra d’établir la vérité. Le jeune homme présentait des traces de coups au dos et au visage, avait une côte cassée et a été retrouvé avec un sac plastique scotché autour du cou. Il avait exprimé sa peur à sa mère et à sa grand-mère venues le visiter, et l’aumônier de la prison était intervenu pour le mettre à l’abri, sans succès. Par ailleurs, deux autres jeunes détenus de cet établissement on tenté au cours des jours précédents de se pendre.

Une société qui se donne le droit de punir les délinquants, ce que personne ne conteste, a le devoir de les protéger là où elle les place en détention. Quelle est la punition préve par la loi ? La privation de liberté, ou la privation de liberté accompagnée d’une multitude d’inconvénients, du plus mineur au plus majeur, celui de se faire trucider par ses co-détenus. La surpopulation carcérale et ses corrolaires, la violence et le danger pour sa vie et son intégrité physique, sont le signe d’une société incapable de s’organiser. Les détenus ont des droits et au premier chef celui de la dignité et de la sécurité. Leur intégrité physique doit être protégée et ils ne doivent subir aucun harcèlement physique ou moral. Ils ont le droit comme chaque citoyen de bénéficier de la protection de la police et de ne pas plus craindre pour leur vie que tout un chacun.

On connaît tous les rapports alarmants et honteux sur la situation dans les prisons françaises. Insalubrité, surpopulation, conditions de vie épouvantables et danger. Si la société votait des lois pour punir les délinquants par tous les moyens possibles, les tourmenter et leur ôter toute dignité, soit ! Qu’on les pende par les couilles, qu’on leur introduise des alumettes alumées sous les ongles, qu’on les torture. Ce n’est pas ce qui est prévu par la loi et ce n’est pas la punition qui convient. On les punit de privation de liberté. Point final !

Si la prison n’est pas faite pour être un lieu privilégié de villégiature, elle doit être le reflet de ce qu’on trouve dans un monde libre. Propre, organisé, vivable, et non pas un lieu insalubre, vétuste et propice à tous les dangers. Quand la société, en l’occurrence française, aura atteint la maturité humaniste à laquelle ses citoyens et chefs devraient aspirer, elle fera en sorte que les prisons soient ce qu’elles devraient être : Un lieu où sont enfermés des délinquants et où elle leur garantit la sécurité et la diginité à laquelle toute personne a droit. Puisque l’homme s’est donné le droit de punir, il a acquis par la même occasion de devoir de protéger ceux qu’il punit. L’oublier est une faute grave, un manquement aux lois, et doit soulever notre indignation. On sait qu’il y a un grand nombre de choses à changer en France, au nombre desquelles la réforme des prisons. Que la Garde des Sceaux qui aime, et c’est son droit, être joliment habillée contribue à transformer la prison française, cet endroit hideux qui est la honte moyen-ageuse transportée au XXI ème siécle.

"Le service public pénitentiaire participe à l’exécution des décisions et sentences pénales et au maintien de la sécurité publique. Il favorise la réinsertion sociale des personnes confiées par l’autorité judiciaire. Il est organisé de manière à assurer l’individualisation des peines." Loi du 22 juin 1987

Si cette loi avait été respectée pour Jérémy Martinez, délinquant léger, on ne l’aurait pas mis en cellule avec un détenu qui était accusé d’homicide à main armée. Ce mélange des genres et la "non individualisation" de son incarcération s’explique par la surpopulation carcérale et par le fait que les autorités sont dépassées depuis longtemps.

Ashoka.


 
 
 
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3 commentaires
  • > Prisons : Le droit de punir, le devoir de protéger. 14 avril 2008 03:26, par Le Rouget de l’île

    Cher Ashoka,

    Pour appliquer le déluge de lois et décrets que la République promulgue, il faut des moyens. Or, les ressources, qu’une gestion moderne, que dis-je, normale, doit mettre en face du coût d’une réforme ou d’un simple arrêté, n’ont pas l’air d’y figurer si seulement ils y sont calculés.

    Or le « sujet carcéral » est le plus impopulaire dans la société française qui préfère l’ignorer que de se demander si la privation de liberté est une réponse adaptée à la délinquance.

    Il est-était donc normal d’incarcérer les paparazzis de Lady Dy qui ont dû puiser dans "water" commun pour pouvoir boire.

    Le phénomène est récurent depuis des décennies sans que rien, y compris les fameuses visites des prisons françaises par les députés, bien vêtus et propres d’une n-nième commission, y change quelque chose. Au contraire !

    Et dans la même veine, je me permettrais d’attirer votre attention sur les établissements pénitentiaires de Basse Terre et Baie Mahault en Guadeloupe et dans les DOM en général. Là, des populations de toutes origines et de toutes mœurs y croupissent dans l’attente, parfois, qu’une secrétaire découvre leur dossier dans la « pile ».

    Les mots me manquent pour approfondir ce sujet répugnant que les avocats, eux-mêmes ont du mal à supporter. Peut-être qu’en Union Soviétique…c’était mieux !

    J’arrêterai là par pudeur et respect des victimes de ce système qui reflète bien l’image de ce qu’est la France.

    Le Rouget de l’île

  • Je me demande où et comment seront traîtés les "pirates" somaliens du Ponant, victorieusement capturés par la glorieuse armée française et ses courageux généraux !
    Affaire à suivre !

  • Encore un coup d’épée dans l’eau !

    c’est toujours la même chose depuis des décennies...

    on affame le Peuple, on le terrorise par ces instruments du pouvoir que sont les médias (qui servent aussi à l’abrutir, c’est toujours payant !),on tranche dans les masses salariales (diviser pour mieux régner,encore et toujours) pour créer des classes sociales en opposition politique,etc...

    voilà un climat qui est bien loin d’être propice à l’amélioration des conditions de détention...

    Par contre, si vous êtes chômeur,vous pouvez postuler à un emploi d’avenir : Maton !!!

    Bien sur, j’approuve votre position, mais malheureusement : il y a d’autres (beaucoup d’autres) chats à fouetter...

 
 
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