{id_article}
 

Les Hommes du JINSA et du CSP

Petite précision d’abord : Le journal où est paru cet article n’est pas une petite feuille de chou américaine. The Nation est aux Etats-unis ce que le Monde Diplomatique est à la France : un journal critique de référence dont la réputation de sérieux et de qualité est sans faille.
Le JINSA n’était à l’origine qu’un petit réseau informel dont les membres, néo conservateurs et ultrasionnistes, s’attachaient à faire du lobbying pour renforcer le soutien militaire à Israël. Il est devenu au fil du temps et des changements de présidents un formidable groupe de pression dont les membres occupent maintenant des postes clés dans le gouvernement américain. Le vice président des Etats-unis, Dick Cheney, en faisait partie jusqu’à ce qu’il occupe son poste actuel. Une flopée de hauts fonctionnaires et de généraux retraités du Pentagone en font aussi partie, y compris le président du très influent Conseil de Politique de Défense du Pentagone, Richard Perle -par ailleurs membre directeur du Jerusalem Post. Jason Vest décrit sans complaisance ni fausse pudeur le fonctionnement de ce groupe et l’influence qu’il a sur l’actuelle politique américaine. la deuxième partie de ce texte sera publiée très prochainement.

Il y a à peu prés trente ans, un groupe proéminent de neo-
conservateurs, ceux que l’on appelle les faucons, a trouvé dans
le « Committee on the Present Danger » (Comité du Danger
Présent ) un moyen efficace pour plaider leur cause. Ce groupe
considérait, de manière fervente, que les Etats- Unis étaient à
un doigt d’être militairement surpassés par l’Union soviétique.
Sa raison d’être était de plaider bruyamment en faveur d’un
accroissement des budgets militaires, de s’opposer presque
fanatiquement à n’importe quelle forme de contrôle des
armements et de soutenir ardemment les Likudnik d’Israël.
Considéré comme un groupe marginal à ses débuts sous
l’Administration Carter, le CPD s’est déplacé des marges vers
le centre du pouvoir, en 1980, lors de l’élection de Ronald
Reagan,.

Les penseurs conservateurs de la défense militaire en avaient
fait la pierre angulaire d’une administration fantôme de la
défense pendant l’administration Carter. Durant les années de
Clinton, ce sont en partie deux organisations qui ont tenu ce
rôle : l’Institut Juif pour les Affaires de sécurité nationale
(JINSA : Jewish Institute for National Security Affairs) et
le Centre pour la Politique de Sécurité (CSP : Center for
Security Policy
). De la même manière qu’il y a deux décennies,
des douzaines de leurs membres occupent maintenant d’importants
portefeuilles gouvernementaux. Leur plaidoyer pour le même
ordre du jour continue, soutenus qu’ils sont par les appareils
non-gouvernementaux dont ils sont issus.

Travailleurs et persévérants, ils ont réussi à entrelacer un
certain nombre de questions : soutien au réseau de missiles
pour la défense nationale, opposition aux traités de contrôle
des armements, soutien à des systèmes d’armes peu rentables,
aide militaire à la Turquie et soutien à l’unilatéralisme
américain de manière générale - avec au cour et pour ligne
dure, l’appui à Israël.

La ligne dure du JINSA/CSP n’est jamais aussi manifeste que
dans leur campagne implacable pour la guerre - non seulement
contre l’Irak, mais "la guerre totale," comme l’a clairement
exprimé Michel Ledeen, l’année dernière, un des membres les
plus influents du JINSA à Washington. Pour cette équipe, "le
changement des régimes", par n’importe quels moyens, de l’Irak,
de l’Iran, de la Syrie, de l’Arabie Saoudite et celui de
l’autorité palestinienne est un impératif urgent. Toute
dissension - qu’elle provienne du Département d’Etat de Colin
Powell, de la C.I.A. ou des officiers militaires de carrière -
constitue une hérésie contre des articles de foi qui
soutiennent d’une manière frappante qu’il n’y a aucune
différence entre des intérêts de sécurité nationale américains
et israéliens et que la sécurité continue et la prospérité pour
les deux pays passe par l’hégémonie dans le Moyen-Orient. Cette
hégémonie sera réalisée avec les recettes traditionnelles de la
guerre froide faites de feintes, de force, de clientélisme et
d’opérations secrètes.

Le Pentagon’s Defense Policy Board (Conseil de Politique de
Défense du Pentagone), par exemple, est présidé par un
conseiller du JINSA/CSP et un ancien fonctionnaire du
Département de la Défense sous l’Administration Reagan, Richard
Perle. Il regroupe des conseillers des deux groupes et a fait
les Une récemment en accueillant un briefing [1] qui fait de l’Arabie
Saoudite un ennemi qui doit être écrasé à l’aide d’un certain
nombre de procédures, dont un grand nombre reflètent les
recommandations du JINSA et les préoccupations de la foule des
membres du JINSA/CSP concernant l’Egypte. La diapositive finale
de la présentation faite au Conseil de Politique de Défense
proposait que "la Grande Stratégie pour le Moyen-Orient" se
concentre sur "l’Irak comme pivot tactique, l’Arabie Saoudite
comme pivot stratégique [et] l’Egypte comme prix à payer."
Ledeen a mené la charge pour le changement de régime en Iran,
tandis que de vieux camarades comme Andrew Marshall et Harold
Rhodes de l’Office of Net Assessment du Pentagone bricolent
activement des modèles pour reconstruire aussi bien les
gouvernements iraniens que saoudiens.

Le JINSA acclame aussi les militaires américains quand ils
tentent de s’assurer des droits à des bases dans la zone
Erythréenne stratégique de la Mer Rouge, en négligeant,
heureusement, de mentionner que le régime laïc, un temps
prometteur, du Président Isaiais Afewerki continue à s’enfoncer
dans cette espèce d’autoritarisme répressif pratiqué par " l’
axe du mal" et ses complices.

De fait, certains dans les cercles militaires et les cercles de
renseignement se sont mis à utiliser l’expression "axe du mal"
pour faire référence au JINSA et au CSP, ainsi qu’à de
vénérables dépositaires de la pensée des faucons comme
l’American Enterprise Institute et le Hudson Institute.
Sont aussi désignés de la sorte, des entrepreneurs de la
défense, des fondations conservatrices et des entités de
relations publiques soutenues financièrement par des sionistes
américains de l’extrême droite (qui soutiennent aussi le JINSA
et le CSP).

« Il s’agit d’un milieu où idéologie et argent se mélangent
ouvertement : Chaque fois que quelqu’un a été présenté dans la
presse ou à la TV comme faisant partie du Center for Security
Policy
ou du JINSA et qu’il soutient une position fondée sur
une idéologie ou des principes - choses qu’ils font
incontestablement avec conviction, vous n’êtes pas , pour
autant, informés qu’ils fournissent aussi une sorte de
couverture à d’autres idéologues qui se mettent au pas au
service des Likoudnik et de la "Pax Americana" dit un vétéran
des renseignements. Il note aussi que, si les Etats-Unis ont
commencé à supprimer graduellement l’aide civile à Israël qui
s’achèvera avant 2007, la politique du gouvernement est
d’augmenter l’aide militaire de la moitié de l’aide civile qui
est coupée chaque année ; ce qui est non seulement un avantage
pour les industries militaires israéliennes et américaines,
mais aussi crucial pour réaliser la vision que propose
l’extrême droite pour la défense anti-missile et pour le Moyen-
Orient.

Le JINSA fut fondé en 1976 par des néo-conservateurs inquiets
de ce que les Etats-Unis pourraient ne pas être capables de
fournir à l’Israël un ravitaillement militaire adéquat dans
l’éventualité d’une autre guerre Israélo- arabe. En vingt-cinq
ans le JINSA, qui n’était à l’origine qu’un réseau informel,
s’est transformé en une opération de l’ordre $1.4-million par
an disposant d’un formidable tableau de décideurs de Washington
dans ses cartons. Jusqu’aux débuts de l’Administration courante
de Bush, le conseil du JINSA comprenait un poids lourd comme
Dick Cheney, John Bolton (actuellement Sous- secrétaire d’Etat
pour le Contrôle des armements) et Douglas Feith, le troisième
cadre de plus haut rang au Pentagone. Perle ainsi que l’ancien
Directeur de la CIA James Woolsey, deux ténors dans le chour
qui milite pour la guerre contre l’Irak, font toujours partie
du conseil. C’est aussi le cas de reliques de l’ère Reagan-
comme Jeane Kirkpatrick, Eugenie Rostow et Ledeen - le contact
de Olivier North avec les Israéliens dans l’affaire Iran/
contra.

D’après son site Web, le JINSA existe pour "instruire le public
américain de l’importance d’une capacité de défense AMÉRICAINE
efficace pour que nos intérêts en tant qu’américains puissent
être sauvegardés". Il veut aussi "informer la défense
américaine et la communauté des affaires étrangères du rôle
important qu’Israël peut jouer et joue dans le soutien apporté
aux intérêts démocratiques en Méditerranée et au Moyen-Orient."
En pratique, cela se traduit par des membres produisant un flot
régulier d’éditoriaux et de commentaires qui constituent de
bons indicateurs de ce que pense la direction civile du
Pentagone.

Le JINSA se délecte à dénoncer pratiquement tout type de
contact entre le gouvernement des Etats-unis et la Syrie et à
découvrir de nouvelles façons de diaboliser les Palestiniens.
En voici un exemple (un de ceux qui font d’une pierre deux
coups) : Selon le JINSA, non seulement Yasser Arafat contrôle
toute la violence dans les territoires occupées, mais il ne
l’orchestre que "pour protéger Saddam.... Saddam est à l’heure
actuelle le seul soutien financier réel d’Arafat .... [Arafat]
n’a aucune raison d’arrêter la violence contre Israël et de
permettre à l’Ouest de prêter attention à son mentor et
caissier." Et quand il s’agit de faire avancer d’autres aspects
de l’ordre du jour de l’extrême droite en les entrelaçant avec
des intérêts israéliens, le JINSA n’hésite pas non plus. Un
rapport récent affirme que la réserve animalière et florale de
l’arctique (ANWR) doit être forée parce que "les états arabes
produisant du pétrole " sont des pays "aux intérêts hostiles
aux nôtres," alors qu’Israël "se tient avec nous quand nous
avons besoin d’[elle] » . Une politique américaine de forage du
pétrole dans l’ANWR "limitera la capacité de nuisance [des
Arabes] à l’égard de n’importe lequel d’entre nous."

La plus grande partie du modeste budget annuel du JINSA est
dépensée en envoi de généraux AMÉRICAINS retraités et d’amiraux
toujours influents, en Israël, où le JINSA leur facilite des
réunions avec les fonctionnaires israéliens. A leur retour aux
Etats-unis, ils écrivent joyeusement des éditoriaux et des
commentaires, signent des lettres et des publicités soutenant
la ligne Likudnik. (Le JINSA plante aussi des graines pour
l’avenir puisqu’il envoie aussi chaque été des cadets des
académies américaines en Israël et patronne une série de cours
pour l’Armée, la Marine et les académies de l’Armée de l’air.)
Dans une de ces déclarations, publiée juste après l’éruption de
la dernière Intifada, vingt-six membres du JINSA, officiers de
rang retraités, ainsi qu’un grand nombre de membres du conseil
consultatif, ont stigmatisé d’un ton moralisant, la violence
palestinienne en la caractérisant comme "une perversion de
l’éthique militaire". Ils ont aussi en insisté sur le fait
que "le rôle de l’Amérique comme facilitateur dans ce processus
ne doit jamais céder à la responsabilité de l’Amérique comme
ami d’Israël," car "des amis n’abandonnent pas des amis sur le
champ de bataille."

Si noble que semble ce geste, le groupe de facteurs qui a signé
cette lettre - ils n’apparaissent presque jamais sur le site
Web de l’organisation pas plus que dans ses communiqués -
devrait exiger que l’expression soit amendée pour dire
plutôt : "Des amis n’abandonnent pas leurs amis sur le champ de
bataille, particulièrement quand il y a des affaires à mener et
des dollars à gagner." [2]

Presque chaque officier retraité membre du conseil du JINSA a
ou bien participé à des voyages en Israël ou signé des lettres
du JINSA ou encore travaillé avec les entreprises militaires
qui font affaire avec le Pentagone et Israël. Tandis que
certains se présentent discrètement comme " consultants"
indépendants et évitent de mentionner leurs clients, d’autres
ont moins honte de leurs partenaires, y compris quand il s’agit
compagnies privées Internationales de mercenaires tel Military
Professional Resources International
, de courtiers en armement
et de consultants militaires comme Cypress International et
de SY Technology, dont les clients principaux incluent le
Missile Defense Agency du Pentagone, qui chapeaute plusieurs
projets communs en cours avec Israël.

Les Behemoth [3] contrats militaires sont aussi très bien
représenté dans les rangs du JINSA. Par exemple, les membres du
son conseil consultatif du JINSA, l’amiral Leone Edney,
l’amiral David Jeremiah et le Lieutenant général Charles May,
tous retraités, ont servi Northrop Grumman ou l’une de ses
filiales soit comme consultants soit comme membres de son
conseil d’administration. Northrop Grumman a construit des
bateaux pour la Marine israélienne et a vendu des avions F-16
et des avions Hawk E-2C à l’Armée de l’air israélienne (ainsi
que le système de radar à Arc de l’armée israélienne destiné à
ses hélicoptères d’attaque). Il travaille aussi avec Tamam,
une filiale de Israeli Aircraft Industries, qui produit un
véhicule aérien non-piloté. Lockheed Martin a vendu plus de 2
milliards de $ de F-16 à Israël depuis 1999, aussi bien que des
simulateurs de vol, des systèmes de fusée de lancement multiple
et des lance-torpilles Seahawk (Seahawk heavyweight
torpedoes
). À un moment ou un autre, le Lieutenant Général
May, retraité, le Général Paul Cerjan et l’amiral retraité
Carlisle Trost ont travaillé dans les vignobles de LockMart.
Trost a aussi siégé au conseil de General Dynamics, dont la
filiale Gulfstream a un contrat de 206 millions de $ pour
fournir des avions à Israël destinés à être employé pour "des
missions électroniques spéciales.

De loin, le membre du JINSA qui a le plus diversifié ses
activités est l’amiral retraité David Jeremiah. Il est
président et associé de Technology Strategies & Alliances
Corporation
(décrit comme "une société de conseil en stratégie
et en investissement bancaire engagée principalement dans
l’aérospatiale, la défense, les télécommunications et les
industries électroniques"). Jeremiah fait aussi partie des
conseils d’administration de Lytton filiale de Northrop
Grumman
et du géant de la défense Alliant Techsystems. Ce
dernier fait de très bonnes affaires dans les balles en
caoutchouc, en partenariat avec l’entreprise TAAS d’Israël.
Jeremiah siège aussi dans le Conseil de Politique de Défense du
Pentagone (Defense Policy Board ), présidé par Perle.

La seule entreprise de défense d’importance qui ne soit pas
présente dans le conseil consultatif du JINSA est Boeing,
laquelle entretient des relations avec Israeli Aircraft
Industries
depuis trente ans. (Boeing vend aussi des F-15 à
Israël et, en partenariat avec Lockheed Martin, des
hélicoptères Apache, une arme omniprésente dans les territoires
occupés.) Mais jetez un coup d’oil sur des organismes proche du
JINSA pour ce qui est d’être pro-Likoud et pro-guerre des
étoiles, le Centre pour la Politique de Sécurité ( Center for
Security Policy
) et le conseil pour la sécurité nationale et
vous trouverez Stanley Ebner, un ancien cadre de Boeing ; Andrew
Ellis, vice-président pour les relations avec le gouvernement ;
et Carl Smith, un ancien directeur de personnel du Comité des
Forces armées au sénat (Senate Armed Services Committee ) et
par ailleurs un avocat qui a compté Boeing parmi ses
clients. "Le JINSA et le CSP," dit un analyste vétéran du
Pentagone, "sont peut être aussi la même chose."

Rien de spécial : Il y a toujours eu des chevauchements
considérables entre le JINSA et les listes du CSP. Des
conseillers du JINSA comme Jeane Kirkpatrick, Richard Perle et
Phyllis Kaminsky servent aussi dans le conseil consultatif du
CSP. L’actuel président du conseil consultatif du JINSA, David
Steinmann, siège aussi dans le conseil d’administration du
CSP ; et Douglas Feith, avant son retour au Pentagone, a servi
dans le même conseil. A cette date, vingt- deux conseillers du
CSP - incluant d’autres reliques de l’ère Reagan comme Elliott
Abrams, Ken deGraffenreid, Paula Dobriansky, Sven Kraemer,
Robert Joseph, Robert Andrews et J.D. Crouch - ont repris des
positions clefs dans l’administration de la sécurité nationale,
ainsi que d’autres vrais partisans fruits de vendanges plus
récentes.

Alors que le CSP se vante d’une liste de consultants de poids,
sa star est sans conteste Frank Gaffney, son fondateur,
président et PDG. Un protégé de Perle de l’époque où ils
étaient tous deux assistants du sénateur Henry "Scoop" Jackson
(aka le sénateur de Boeing et le champion le plus ardent
d’Israël au sénat en son temps .) Gaffney rejoint plus tard
Perle au Pentagone, le temps d’être mis à la porte par le
secrétaire d’état à la Défense Nationale Frank Carlucci en
1987, peu de temps après que Perle soit parti. Gaffney a alors
reconstitué la dernière incarnation du Comité du Danger Présent,
Committee on the Present Danger. Au-delà de la compilation
d’une liste des faucons conservateurs les plus influents,
Gaffney a été très prolifique pendant les quinze dernières
années. Il a produit en série un flot constant de rapports
(aussi bien que des colonnes régulières pour le "Washington
Times") en mettant l’accent sur le fait que les menaces les
plus graves pour la sécurité nationale AMÉRICAINE sont la
Chine, l’Irak, les missiles balistiques non encore développés
qui pourraient être lancés par des états voyous et l’adhésion à
pratiquement n’importe quelle forme de traité de contrôle des
armements.

Les prescriptions du CSP pour la sécurité nationale élaborées
par Gaffney étaient assez simple : Étripez tous les traités de
contrôle des armements, relancez des programmes d’armement dont
pratiquement tout le monde pense qu’ils doivent être arrêtés
(comme le V-22 Osprey), ne faites pas de quartier aux
Palestiniens et, le plus important, avancez à toute vapeur sur
à peu près chaque programme de missile de défense national (
national missile defense program
.) (Le CSP était lourdement
représenté dans la Commission des années 1990 pour Évaluer la
Menace de Missile Balistique aux Etats-Unis ( Commission to
Assess the Ballistic Missile Threat to the United States
).
Son rôle pour préserver le programme sous les législatures de
Clinton fut vital.

On comprend très bien pourquoi en regardant qui sont les
membres du CSP : Non seulement les fabricants du Osprey (Boeing)
sont bien représentés parmi l’équipe de conseillers du CSP mais
c’est aussi le cas de Lockheed Martin (par le biais de son vice-
président pour les missiles spatiaux et stratégiques, Charles
Kupperman et le directeur de systèmes de défense Douglas
Graham). L’ancien Cadre supérieur de TRW Amoretta Hoeber est
aussi un conseiller du CSP, comme l’est Robert Livingston
ancien Membre du Congrès et membre d’un groupe de pression en
faveur de Raytheon. Ball Aerospace & Technologies - un
fabricant d’importance majeure pour les satellites de la NASA
et du Pentagone - est représenté par l’ancien Secrétaire John
Naval Lehman, tandis que le fabricant de systèmes d’ordinateur
de défense contre les missiles Hewlett-Packard est représenté
par George Keyworth, qui fait partie de son conseil
d’administration. Le Comité électoral de Défense des Missile
Caucus et Osprey (dit " tilt rotor ") Congressional Missile
Defense Caucus and Osprey
est représenté par le député Weldon
Bref et le sénateur Jon Kyl.

Le CSP a contribué au développement des arguments contre le
Traité de Missile Anti-balistique. En grande partie ignorée ou
raillée à l’époque, une note du CSP datant de1995 co-écrite par
Douglas Feith insistait pour que les Etats-Unis se retirent du
traité ABM. Elle est devenue un élément essentiel de la
politique, ainsi que d’autres rapports du CSP qui s’opposaient
au Traité d’interdiction sur les essais nucléaires, à la
Convention sur les Armes Chimique et à la Cour Criminelle
Internationale. Mais peut-être l’angle le plus intéressant pour
comprendre la politique du JINSA/CSP se présente-t-il sous la
forme d’un article de Perle auquel Feith a collaboré en 1996
avec six autres personnes sous les auspices de l’Institut pour
des Études Stratégiques et Politiques Avancées ( Institute
for Advanced Strategic and Political Studies
. ) Il s’agit
essentiellement d’une lettre de conseil à l’important
politicien israélien Benjamin Netanyahu : "une Pause claire :
une Nouvelle Stratégie pour mettre le royaume à l’abri"
apparaît aux yeux d’une lecture perspicace comme une sorte de
manifeste neoconservateur américaino-israélien.

Les prescriptions de l’article concernaient un virage à droite
de l’économie israélienne, avec à la clef des réductions
d’impôt et des ventes massives de terre et d’entreprises
publiques. L’article assure que de telles actions auraient
l’appui "d’un large spectre de leaders pro-israéliens jouant
un rôle clef dans le Congrès." Mais au-delà de l’économie, le
papier se lit principalement comme un plan pour une mini-guerre-
froide dans le Moyen-Orient. Il préconisait l’utilisation
d’armées interposées pour organiser des changements de régime,
des déstabilisations et un endiguement. En effet, il va jusqu’à
décrire une façon de faire avancer le programme du sionisme de
droite en le mêlant avec un plaidoyer pour la défense anti-
missile. "M. Netanyahu peut mettre l’accent sur son désir de
coopérer plus étroitement avec les Etats- Unis sur la défense
antimissile afin d’éradiquer la menace de chantage que même une
armée faible et éloignée peut poser aux deux états." L’article
ajoute : " Non seulement une telle coopération sur la défense
de missile va permettre de contrer une menace physique tangible
contre la survie d’Israël, mais elle élargirait la base de
soutien à Israël. Nombreux sont ceux aux congrès des Etats-Unis
qui savent peut être très peu sur ce pays, mais se soucient
beaucoup de la défense anti-missile "- chose qui a l’avantage
supplémentaire d’être " utile pour obtenir le transfert de
l’ambassade des EU en Israël à Jérusalem. "

Les derniers mois à Washington ont montré combien sont
influentes les notions propagées par le JINSA et le CSP - et
combien le zèle de leurs partisans peutêtreinquiétant.Au début
du mois de mars Feith a essayé en vain d’empêcher les anciens
officiers des renseignements de la CIA Milt Bearden et Frank
Anderson d’accepter une invitation à une réunion au Pentagone
avec le secrétaire d’état à la Défense Nationale D. Rumsfeld et
concernant l’Afghanistan. D’après des sources au courant de cet
incident, ce n’était pas à cause de ce que tous deux auraient
pu dire de l’Afghanistan, , mais probablement par crainte
qu’Anderson, un vétéran Arabisant et ancien chef de la division
Proche-Orient de la C.I.A., offrent leur avis sur l’Irak
(opposé à l’invasion) et la Palestine et Israël (ni partisan ni
d’Arafat ni de Sharon). À la fin du mois de juin, après que
United Press International ait fait un article sur la manière
dont un groupe de libertés civiques Musulman-Américain
éreintait Gaffney suite à ses attaques contre le Conseil des
Musulmans américain, Gaffney, (.) "s’en est allé fou furieux »,
en lançant un flot d’injure contre le rédacteur d’UPI qui a
publié l’article.

Ce sont des incidents comme cela, disent des observateurs et
des participants informés, qui témoignent d’un point culminant
dans la dynamique intéressante des faucons de droite à l’heure
actuelle. Quoique l’ordre du jour général avancé par JINSA et
CSP continue à être reflété dans les conseils de guerre, même
certains des faucons (incluant Rumsfeld et le député Paul
Wolfowitz) deviennent de plus en plus méfiants à l’égard de la
politique de colonisation d’Israël et l’appui implacable que
lui apporte Gaffney. En effet, son crédit personnel dans les
cercles de l’Administration de Bush est bas. " Gaffney a usé
son crédit en étant un taon autoritaire plutôt qu’un artisan
sérieux de la politique "dit un haut fonctionnaire, politique,
du Pentagone. Depuis le début de cette année, le conseiller
politique de la Maison Blanche Karl Rove réflechit pour créer
un nouveau groupe de défense, dans la ligne dominante, qui
résisterait à l’influence du CSP. Selon ceux qui ont discuté
avec Errent de cette question, ses efforts viennent en réponse
aux plaintes de nombreux activistes conservateurs qui
considèrent que Gaffney leur a fait faux bond ou qui pensent
qu’il est trop dur avec le Président Bush. "Beaucoup d’entre
nous ont pris au mot [Gaffney] au cours des dernières années "
dit un conservateur influent : " Maintenant nous savons qu’il a
soutenu la défense de missile la plus imparfaite comme c’est le
cas pour les systèmes conventionnels. Il considére Cuba
comme « une menace asymétrique classique » , mais pas Al
Qaeda. Et depuis 9/11, il est moins concerné par la menace à
l’Amérique qu’à Israël. "

Le budget de Gaffney a toujours été faible, environ 1 million
de $ annuellement - financé en grande partie par une série de
subventions du conservateur Olin Bradley, par diverses
fondations Scaife, aussi bien que par de l’argent provenant
d’entreprises de défense. Mais il a récemment été capable de
réaliser une TV et une campagne d’annonces affirmant que les
Palestiniens sont l’Ennemi Numéro un dans la Guerre à la
Terreur, et il est toujours hanté par la destruction d’Israël.
C’est là que l’on voit l’influence non pas de l’argent des
entreprises de défense, mais des dollars des Sioniste d’extrême
droite, y compris de ceux qui lui viennent d’Irving Moskowitz,
le magnat du loto en Californie. Donateur pour le CSP et JINSA
(aussi bien que directeur du JINSA), Moskowitz envoie non
seulement des millions de dollars par an aux groupes de colons
Israéliens d’extrême droite comme Ateret Cohanim mais il a
aussi financé la construction de colonies, ayant acheté la
terre dans des secteurs arabes clefs autour de Jérusalem.
Moskowitz a engagé l’argent qui a permis la réouverture en
1996 d’un tunnel sous le Mont du Temple/Haram Al-Sharif,
responsable de troubles ayant occasionné soixante-dix morts.

le Banquier Lawrence Kadish de New York finance lui aussi les
efforts de Gaffney. Il est le patron estimé et de valeur aussi
bien du Comité National Républicain que de George W. Bush.
Kadish soutient financièrement le CSP et Americans for
Victory Over Terrorism
(Américains pour la Victoire Sur le
Terrorisme). Cette dernière est une ramification du militant
conservateur William Bennet Empower America, dans laquelle lui
et Gaffney servent comme " conseillers seniors" dans le but
d’identifier des menaces "externes" et "internes" post-9/11.
(Les menaces "internes", telles qu’elles sont exprimées par
AVOT, incluent l’ancien Président Jimmy Carter, le rédacteur
d’Harper Lewis Lapham et le député Maxine Waters.) Parmi les
protecteurs de Gaffney il y aussi Poju Zabludowicz, l’héritier
d’un immense empire international diversifié qui inclut le
fabricant d’armes Soltam - qui a une fois employé Perle - et le
bienfaiteur du Britain Israel Communication and Research Centre
recemment établi , un groupe Basé à Londres qui semble mettre
au même niveau le reportage ou le commentaire peu flatteur sur
le sionisme et l’antisémitisme.

Alors qu’un nombre petit mais croissant de conservateurs
expriment leur inquiétude concernant divers aspects de la
politique étrangère et de la politique de défense - allant de
la crainte d’être débordé au manque de débat au Congrès - les
faucons semblent faire la loi. Au début d’octobre, Michael
Rubin,chercheur pur et dur de l’American Enterprise Institute
(pour Rubin, la présidente sortante des droits de l’homme à
l’ONU, Marie Robinson, est un complice du terrorisme) parvient
au Pentagone pour reprendre le secteur du Département de la
Défense concernant l’Irak et l’Iran. Il ajoute ainsi une
nouvelle voix au chour « guerre totale » de la section du
Pentagone de Ledeen. Le Département d’Etat de Colin Powell
continue à prendre des coups de l’extérieur et de l’intérieur -
y compris en provenance de Bolton et de son assistant spécial
David Wurmser. (David Wurmser est un chercheur de l’AEI,
sioniste d’extrême droite qui s’est marié avec Meyrav Wurmser
de l’Institut de Recherches sur le Moyen-Orient - récemment
sujet d’une enquête critique par Brian Whitaker rédacteur pour
le Moyen-Orient du Gardian de Londres. Wurmser a joué un rôle
clef dans la politique du "Arafat doit partir" que beaucoup de
spécialistes de carrière considèrent comme une sucrette
problématique offerte à Ariel Sharon.)

Quant à Rumsfeld, selon des commentaires faits lors de
rencontres le 6 août au Pentagone, il semble y avoir peu de
doute sur les propos qui l’interessent le plus - et pas
seulement ceux sur la défense anti-missile et les aventures
étrangères : Après avoir abordé une question sur le problème
Israélo-palestinien, il a mentionné à plusieurs reprises "les
prétendus territoires occupés " et a négligemment caractérisé
la politique israélienne de construction d’enclaves pour les
seuls juifs sur la terre palestinienne comme "l’erections de
quelque colonies dans les parties diverses du secteur
prétendument occupé," avec lequel Israël peut faire ce qu’il
veut, dans la mesure où il a "gagné" toutes ses guerres contre
des entités arabes diverses. Il s’agit là essentiellement d’un
écho de la position exposée par le JINSA selon laquelle il n’y
a là « aucune occupation israélienne." la mélodie sinistre
improvisée et répétée par Rumsfeld a fait froid dans le dos
d’un député : "j’ai compris à ce moment ," a-t-il dit, "que au
sujet des colonies - où il y a des clivages sur le droit -
Wolfowitz peut être à gauche de Rumsfeld."


Notes

[1Pour un
complément d’information lire l’article : Les Etats Unis
menacent d’une démocratisation tous les régimes dictatoriaux
qu’ils ont soutenu
Note de la Redaction

[2Pour un complément d’information sur
les intérêts en jeu dans une guerre comme celle qui pourrait
être menée contre l’Irak, lire l’article : La stratégie du
Bazar
. Note de la Redaction

[3l’auteur renvoie à un animal mythique de la
tradition biblique : Tout d’abord représenté comme un boeuf
gigantesque, parce qu’il mangeait le foin que lui servaient les
montagnes, il fut par la suite considéré comme un démon
stupide, maître de la gourmandise, que le Moyen Âge représenta
sous la forme d’un éléphant bedonnant. C’est en fait une des
nombreuses illustrations de la force brute qui habite la Terre
et se trouve aussi dans chaque individu. Dans « Behemoth
contre Leviathan, Petites guerres cruelles et paix en panne
 », Alain Joxe
fait référence à ce mythe de la manière suivante : « L’Empire
américain parait avoir renoncé explicitement après la guerre du
Golfe et l’intervention en Somalie à toute volonté de "state
building", dans ses actions extérieures, abandonnant ainsi la
fonction hobbesienne de "protection" que "l’Etat Leviathan"
assure traditionnellement au peuple, par le monopole de la
violence légitime, qui s’impose aux instances, identités et
agents de la décomposition. La "protection" hobbesienne se
recale comme il est normal aux niveaux identitaires inférieurs
de la souveraineté, qui sont ceux de la guerre de tous contre
tous symbolisée dans le vocabulaire de Hobbes par l’animal
mythique Behemoth, le chaos venu de la mer. » Note du
Traducteur


 
P.S.

Article original : The Men From JINSA and CSP

Reprinted
with permission from the (date of issue) issue of The Nation
magazine. For subscription information, call 1-800-333-8536.
Portions of each week of Nation magazine can be accessed at
http://www.thenation.com.

Traduction : Jean Santerre

Illustration : Kahil

 
 
Forum lié à cet article

2 commentaires
 
 
Les derniers articles
 
Thèmes