Les émeutes des Yetis

Par Israël Shamir
traduit par Marcel Charbonnier

Les autorités chinoises ont fait ce que leur dictait leur devoir civique en mettant un terme, par la force, aux pogromes, au Tibet. En effet, les « manifestations et protestations des Tibétains » n’étaient rien d’autre, pour l’essentiel, que de véritables pogromes dirigés principalement (mais pas seulement) contre des Chinois Han et des musulmans Ouïgours. Une vingtaine de personnes (des immigrés chinois, des émeutiers tibétains et des membres des forces de sécurité) y ont perdu la vie ; cinq immigrés furent monstrueusement brûlés vifs, dans leur boutique. On aurait eu à déplorer bien davantage de victimes encore, sans l’esprit de responsabilité et la promptitude des responsables chinois.

La cause tibétaine n’est certes pas ignoble : les Tibétains veulent préserver leur culture, unique au monde (comme toute culture). Les peuples de la France et de la Suède, de la Palestine et de l’Irak veulent la même chose. C’était probablement aussi le cas des Yétis, les véritables aborigènes du Tibet. Nous tous, nous sommes menacés par des forces globalisantes qui oblitèrent la magnifique variété du monde. Le Dalaï Lama a qualifié ce processus de génocide culturel. Bienvenue sur Terre, Votre Sainteté ! Effectivement, chaque McDonalds, chaque « café » Starbuck s’inscrit dans le « génocide culturel » que nous sommes tous en train de traverser. Cela n’est pas une raison pour griller les Américains vivants... Les ratonnades contre les immigrés sont tout aussi inacceptables dans la lointaine Lhassa qu’à Toulouse ou à Liverpool.

Le peuple indigène du Tibet jouit d’absolument les mêmes droits que les autres peuples de la Chine. S’ils veulent avoir le Tibet à eux tout seuls, désolé : ça n’est pas comme cela que ça marche. Que nous le voulions, ou non, que cela nous plaise, ou non, nous devons partager notre sol avec ceux qui y étaient venus avant nous, et avec ceux qui y viendront après nous. D’ailleurs, de la même manière, les Indiens, les Népalais et les Chinois partagent leurs villes et leurs villages avec des immigrés tibétains, sans s’en plaindre plus que de raison.

Si la cause tibétaine est tellement mise en exergue, c’est que le Tibet est loin d’être un cas unique : il s’agit d’une région aux caractéristiques spéciales qui est avec la Chine dans la même relation que la Bretagne avec la France, que le Pays de Galle avec l’Angleterre, que la Catalogne avec l’Espagne, que la Sicile avec l’Italie, ou encore que le Dixieland, avec les Etats-Unis. Dans toutes ces contrées, des patriotes régionalistes peuvent rêver à plus d’autonomie, voire même à l’indépendance, ils peuvent vivre mal l’afflux d’étrangers. Les Bretons peuvent haïr les Parigots, les Gallois peuvent gueuler contre les British qui leur achètent leurs maisons, les habitants de l’Alabama peuvent vouer aux gémonies les juifs de Jew York qui leur dictent les règles du jeu et, ce, avant même de protester contre des immigrants venus de terres lointaines. Mais ils rêvent rarement de faire tourner les aiguilles de l’Histoire à l’envers. C’est la un rêve typique de la droite nationaliste, laquelle est, de fait, interdite tant en Europe qu’aux Etats-Unis.

Les présidents Bush et Sarkozy, les directeurs du New York Times, du Monde et du Haaretz, les activistes droitdelhommistes Bernard-Henri Lévy et Daniel Cohn-Bendit (qui appellent au boycott des Jeux Olympiques de Pékin) seraient-ils devenus des fans de Le Pen, David Duke et Horst Mahler ? Le Tibet ayant recouvré son identité nationale, ses homologues européens et américains prendraient-ils sa suite, affirmant leur propre caractère unique ? Peut-être. Toutefois, je doute que ces Lumières approuveraient des pogromes contre des juifs... Alors, pourquoi les pogromes antichinois sont-ils aussi chaudement applaudis ?

A défaut du Tibet, on trouverait toujours une autre raison pour lancer cette campagne antichinoise. Comme l’a écrit Christopher Caldwell dans le Financial Times des 29 et 30 mars : « Le boycott des Jeux Olympiques de Pékin est la solution qui recherche depuis fort longtemps un problème ». « Le problème », ça pourrait être le Darfour, la Birmanie, les droits de l’homme, les mauvais traitements infligés à des prisonniers et à des animaux, ou encore les avortements tardifs. Les journaux israéliens inventent tous les jours de nouvelles raisons de boycotter la Chine, généralement en raison de « violations des droits de l’homme ». Les raisons précises varient, mais le résultat reste toujours le même : ostraciser, isoler et punir la Chine, car elle est bien trop indépendante...

Les dirigeants chinois ne sont pas des chiffes molles ; ils ont connu bien trop d’exemples horrifiants de ce qu’il se passe dès lors que le gouvernement central fait preuve de faiblesse. L’Union soviétique s’est effondrée parce que Gorbatchev n’a pas su marchander avec le séparatisme des républiques baltes, de l’Ukraine et de l’Arménie. Les dirigeants chinois sont taillés dans un matériau plus solide. Parfois, des décisions difficiles doivent être prises, et cela requiert des gens à la volonté bien trempée.

Une de ces décisions, difficiles, mais avisées, fut celle de l’écrasement des émeutes de la Place Tiananmen, en 1989. Sans cela, la Chine se serait désintégrée au milieu d’un fleuve de sang et de larmes ; elle aurait été recolonisée par les puissances occidentales. Certes, la répression des émeutes de Lhassa fut, en comparaison, un événement de bien moindre ampleur, qui sera, espérons-le, bien vite oublié. Les Tibétains ont été dévoyés ; aujourd’hui, ils peuvent commencer à y voir clair. C’est ce qui s’est passé, pour nombre de sécessionnistes : les Ibo du Nigéria ont livré une guerre interminable, mais ils ont finalement accepté l’égalité avec les autres Nigérians. C’est ce qu’avaient fait les habitants du Dixieland, aux Etats-Unis, après leur défaite.

Les Chinois sont dans leur bon droit quand ils luttent contre les sécessionnistes et quand ils préservent l’intégrité de leur pays, Tibet compris. Il y a quelques jours, de cela, cette Panthère Rose de Président français, Môssieur Sarkozy, a déclaré (en visite officielle, au Royaume-Uni) : « Nous ne renoncerons jamais à l’Afghanistan ! ». Si ce clown français veut garder le lointain Afghanistan, s’il est prêt à envoyer des soldats français y mourir, alors il n’y a strictement aucune raison pour que les Chinois renoncent au Tibet, qui fait partie de la Chine depuis mille ans (Que mes lecteurs français se consolent : la principale alternative à ce clown, Ségolène Royal, fut encore plus délirante, dans ses appels à boycotter la Chine. Force est bien de le reconnaître : plus pitoyable que les gaullistes à la Sarkozy, tu ne meurs pas ; tu es socialo à la Royale...).

Les idéologues occidentaux voudraient modeler le mode à leur façon, et une Chine indépendante (ou une Russie indépendante, un Iran indépendant, une Inde indépendante...), ça n’est vraiment pas leur tasse de thé. C’est la raison pour laquelle ils sèment la guerre civile et les dissensions, promouvant le séparatisme et la sécession dans les pays indépendants. C’est un jeu ancien, que celui qui consiste à détricoter les empires, pour créer, ensuite, un nouvel empire sur les ruines des premiers. Dans ce petit jeu, les hypocrites de gôche et les impérialistes de droite agissent main dans la main.

Certes, ils trouvent localement des nationalistes minoritaires, souvent des gens sincères, qui acceptent leur soutien qui tue. Ces nationalistes se font généralement avoir ; à moins qu’il ne s’agisse d’escrocs cyniques, parfaitement conscient du rôle qu’ils jouent. Rien de bon ne sort jamais de ces causes sécessionnistes séparatistes : généralement, les terres ayant fait sécession tombent dans l’Empire judéo-américain. Le cas récent du Kosovo (qui a probablement inspiré le rebelles tibétains) en est un exemple éclairant : les Albanais du Kosovo ont obtenu d’être libérés de la Serbie, mais ils sont devenus une colonie de l’Union européenne, qui sert de plus grande base militaire et de plus important terminal pétrolier américains, au monde.

Un Tibet indépendant deviendrait, lui aussi, une base américaine dirigée contre la Chine, l’Inde et la Russie. La cruelle et sanglante rébellion tibétaine de 1959 avait été préparée et financée de A jusqu’à Z par la CIA, afin de saper la Chine. Si nous le savons, aujourd’hui, c’est parce que deux vilains garçons - Kenneth Conboy de la Heritage Foundation et James Morrison, un formateur militaire vétéran de la CIA - s’en sont vanté, dans leur bouquin intitulé The CIA’s Secret War in Tibet (La guerre secrète de la CIA au Tibet)(Kansas University Press, 2002). Gary Wilson a comparé cette intervention occulte à l’invasion de la Baie des Cochons, à Cuba .

Marx et Lénine n’aimaient pas parler en termes de catégories générales. Au lieu d’appeler à la liberté, ils demandaient : « La liberté, de quoi ? La liberté, pour qui ? L’indépendance, de qui ? » Ils n’absolutisaient pas la liberté, ni l’indépendance, ni l’autodétermination. Non, en lieu et place, ils se demandaient si cela était bon pour eux, ou pour leurs ennemis ? Si une petite nation devient un outil pour l’impérialisme, il faut lutter contre elle, disaient-ils. De fait, il est impossible de dire si « l’indépendance est bonne, toujours », ou non.

Souvent, l’indépendance est le morceau de fromage d’un piège à rats. On avait demandé à Gandhi ce qu’il pensait de la civilisation occidentale : « Cela serait génial ! », s’était-il exclamé. Il en va de même de l’idée d’indépendance : si un pays comme le Tibet - ou la Tchétchénie, - pouvait être indépendant, au lieu de servir de base avancée en vue d’une invasion américaine, cela serait génial. Mais une telle option n’existe pas. Comme l’a très bien dit George Deubeuliou Bush : « Soit vous êtes avec eux, soit vous êtes avec nous ».

Il est grand temps de renoncer à la quête de l’ « autodétermination », car ce noble sentiment a bien trop souvent fait l’objet d’abus. En lieu et place, nous devons exiger des droits égaux pour tous. Alexandre-le-Grand était d’une justesse légendaire avec les sujets de son vaste empire, et ses propres soldats macédoniens râlaient, disant qu’il préférait les Perses, qu’il avait vaincus, aux Grecs victorieux. « Pour moi, il n’y a aucune différence, entre un Grec et un Perse », répondit-il, poursuivant : « L’un et l’autre sont des sujets de mon gouvernement ». C’est l’attitude qui convient.

L’idée de l’indépendance et de l’autodétermination a échoué, partout ; actuellement, elle est en train d’échouer en Palestine, aussi. Les vestiges de ce concept sont aujourd’hui utilisés pour perpétuer l’apartheid et pour maintenir au pouvoir des hommes politiques corrompus et impuissants. Les indigènes palestiniens n’ont pas besoin d’indépendance ; ils ne l’obtiendront d’ailleurs pas, mais chaque jour où cette fiction continue à être entretenue ne fait que renvoyer à plus tard le jour de l’avènement de la vraie égalité, de tous et pour tous, en Palestine/Israël.

Les Tibétains devraient le comprendre, eux aussi. La façon de préserver le caractère unique du Tibet - et il en va de même de la France, de l’Angleterre ou de la Palestine - réside dans notre victoire sur l’Empire et sur sa tendance à globaliser et à homogénéiser. Dans cette bataille, la Chine est une protectrice et une amie, et absolument pas une ennemie.


 
 
 
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5 commentaires
  • > Les émeutes des Yetis 9 avril 2008 14:19

    Bravo !
    Nous avons connu à Paris, un vrai polgrom anti-chinois ... on peut le comparer à la nuit de cristal en allemagne...
    Ce qui est aussi enervant c’est que c’est surtout les Cohen, Levy, stein etc ... qui critiquent la Chine, mais sont d’un silence assourdisant pour la Palestine ...

  • > Nous sommes donc tous des Yetis ! 9 avril 2008 18:30, par jimbee

    Bravo pour le titre !

    On sent une grande générosité qui traverse tout votre article qui semble très au courant des attentes des Tibétains et de leurs "nervis" comme les organisateurs des JO parlent des Parisiens qui sont allés sous la pluie applaudir cette magnifique "flamme de l’harmonie".

    C’est quand même assez étonnant qu’il y ait encore des gens comme vous pour faire croire aux lecteurs qu’un "génocide à visage humain" comme le pratique la Chine dans quelque-unes de ses provinces et notamment au Tibet trouve sa justification dans un nationalisme exacerbé et surtout soit défendable : On ne peut pas massacrer, cacher les massacres et ensuite demander à être compris et respecté ! Si les Chinois respectait leurs provinces, les Tibétains ne seraient pas là où ils en sont de la désespérance.

    Un peuple écrasé, soumis et laissé dans la misère est un peuple dangereux !

    Les USA, par la voix de M. Bush ont bon dos (vous le dites vous-même !) d’appeler au boycott ainsi que M. Sarkozy... heu... réalisme politico-économique oblige (après tout nous ne sommes que quelques millions de Français !) : il ira peut-être finalement. D’ici à juillet, le Tibet sera "libéré" du joug dominateur, le DalaÏ-Lama aura retrouvé Lhassa (d’ailleurs on attendra après les JO pour le recevoir en France...) et les poules auront des dents !

    Alors, que faut-il faire ? Il faut accepter et justifier parce que la Chine, c’est un milliard de consommateur (surtout de petites mains qui ne coûtent pas cher !) dont 95% de Hans. Donc les autres n’ont que le droit de regarder l’ethnie la plus puissante les fagociter, les faire disparaître, faire commerce de leur folklore et détruire leur âme. Et en plus il faudrait applaudir des deux mains...

    La mondialisation est en marche et M. Shamir en est un des avocats même s’il s’en défend.

    Je comprends que Oulala produise ce genre de texte sur son site mais il est bon aussi qu’on soit quelques-uns à réagir face à tant de cynisme.

  • > Les émeutes des Yetis 10 avril 2008 10:08, par S. Portejoie

    Cet article a le mérite d’interroger sur la marche du monde, son fonctionnement et disons-le, de provoquer.

    je partage l’opinion de l’écrivain, dont le pseudo est lui-même un programme, que la seule solution dans le conflit israélo-palestinien soit la solution d’une seule et même nation, je sais aussi qu’il faudra beaucoup de temps pour vaincre les rancoeurs accumulées. Je la partage aussi lorsqu’il fait le parallèle entre le Kosovo et le Tibet

    Par contre, je ne peux pas partager l’idée que l’indépendance conquise d’un petit pays serait pour tomber (ou retomber) aussitôt dans les griffes d’un impérialisme. La preuve par Cuba. Cuba depuis sa réelle indépendance en 1959 a eu une politique originale, même si elle fut aidée par l’Union soviétique. Le mûr de Berlin est tombé, Cuba est restée indépendante. Considérer qu’un pays ne peut choir que dans les griffes d’un plus grand, c’est considérer qu’il n’y a pas d’avenir pour les peuples.

    Dire « Les Chinois sont dans leur bon droit quand ils luttent contre les sécessionnistes et quand ils préservent l’intégrité de leur pays », c’est vrai pour la Chine, mais pour les Chinois ?

    Faut-il rappeler que lorsque la Chine se prétendait communiste socialiste c’est la révolution culturelle, qui n’eut de révolutionnaire que le nom, et de culturelle que le prétexte tactique initial qui fut une lutte pour le pouvoir menée au sommet entre une poignée d’individus, derrière le rideau de fumée d’un fictif mouvement de masse qui a appauvrit considérablement les chinois et leur a interdit la pratique d’une culture millénaire.

    Faut-il rappeler qu’une courte guerre opposa la Chine au Viet-Nam de février à mars 1979 et qu’ils ne luttaient pas alors contre les sécessionnistes. Faut-il rappeler que la Chine aida les Etats-Unis en continuant de reconnaître le régime de Pol Pot après l’intervention vietnamienne qui mit fin à un génocide ?

    Dire également que Tiennamen ouvrait la boîte de pandore à une possible sécession, c’est, pour le moins, reconnaître le faible soutient du peuple chinois à ses dirigeants

    Aujourd’hui la Chine se prétend communiste de marché, en un mot capitaliste, la marge entre les meilleurs salaires et les plus bas est un gouffre. Les syndicalistes n’ont pas droit a la parole, sont emprisonnés. Seuls des syndicalistes à la botte sont acceptés.

    Chez nous, en France, de nombreux syndicalistes luttent pour éviter un syndicalisme à la botte, lié à l’union européenne.

    Les commentaires, l’hypocrisie des nobles attitudes, qui servent d’alibi à l’affairisme international, des Robert Ménard, Ségolène Royale, Bernard Kouchner, Daniel Cohn-Bendit, Bernard Henri Lévy . . . tiers-mondistes, quatre quart mondain, ne sauraient nous faire oublier la situation désastreuse de la grande majorité de la population chinoise et dire ceci n’est pas approuver l’agence officielle américaine National Endowment for Democraty (NED) qui a joué un rôle déterminant dans la « révolution orange » et qui est très présente en Inde auprès des réfugiés tibétains. La NED qui par ailleurs finance diverses associations, dont RSF.

    En Chine, comme au kosovo, en Palestine, en Birmanie, aux Etats-Unis, en France, en Colombie, au Tchad, au Sahara occidental et ailleurs, la question de la dignité humaine et de la démocratie est posée, celle de la solidarités entre les peuples aussi, qu’on peut nommer internationalisme. … que les dieux du stade nous entendent.

    Serge Portejoie

  • Oups c’est quoi ça ? Un ovni ? un illettré ? un cancre qui aurait oublié de lire sa leçon d’histoire ?

    Ce serait bien pour le journal qui "modère à priori" (?) de ne pas laisser dire tout et n’importe quoi sur ses articles parce qu’il en perd de sa crédibilité !

    Quelques liens :
    - pogrom
    - nuit de cristal

  • > Les émeutes des Yetis 13 avril 2008 20:19, par fanie

    Pourquoi personne ne parle du Tibet d’avant 1959, et du comportement pour le moins surprenant des moines tibétains,- Dalaî-lama compris -envers le peuple( servage, torture, etc) ? Si tout cela est vrai, je crois qu’il faut vraiment le faire savoir, car le monde entier baigne dans une atmosphère quasi amoureuse pour le dirigeant en exil, zen attitude oblige. Si tout cela est faux, pourquoi laisse-t-on Mélenchon et autres tenir de tels propos sans jamais les contester ??

 
 
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