Europe : la stratégie sur le mercure plombée par les dentistes ?

Dans le cadre de sa stratégie sur le mercure, la Communauté européenne a chargé deux comités scientifiques de statuer fin 2007 sur l’avenir du plombage au mercure ou amalgame dentaire en dentisterie. L’un de ces comités, le SCENIHR vient de rendre public mi-janvier 2008 son rapport préliminaire.

Stratégie européenne

Reconnu comme polluant majeur de l’environnement, le mercure est également un toxique redoutable pour la santé humaine. Depuis 2005, la Communauté européenne a décidé de prendre des mesures pour réduire l’exposition des populations à ce polluant. Si cette stratégie s’est déjà concrétisée par l’interdiction des thermomètres au mercure, votée mi-2007, il n’était pas question de traiter les amalgames dentaires, composés pour moitié de mercure, comme les autres dispositifs médicaux. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’amalgame dentaire est utilisé depuis plus de 150 ans par les dentistes qui clament haut et fort son innocuité et n’entendent pas renoncer aussi facilement à un matériau économique et facile d’emploi, sans équivalent par ailleurs.

Rapport en faveur de l’amalgame

Le rapport du SCENIHR (Scientific Committee on Emerging and Newly Identified Health Risks) vient d’être rendu public dans la plus grande confidentialité et comme par hasard uniquement en anglais. On peut y lire noir sur blanc que l’amalgame dentaire, bien que composé de 50% de mercure, n’est pas toxique et ne représente aucun risque pour la santé humaine. Le rapport réfute un à un tous les troubles de santé ou maladies, imputés par ses détracteurs à l’amalgame dentaire (sclérose en plaque, maladie d’Alzheimer, etc.). Non content de défausser l’amalgame de toute nocivité potentielle, le rapport insiste sur celle des composites ou résines, matériaux alternatifs à l’amalgame. Non seulement l’amalgame dentaire est un matériau exempt de tous risques mais il ne peut être envisagé de le remplacer par des matériaux (résines) qui, selon le rapport, sont loin d’avoir fait leur preuves. En conclusion, l’amalgame au mercure reste, plus d’un siècle et demi après les débuts de son utilisation, "un matériau de choix" en dentisterie et il n’est pas question de s’en passer.

Pressions dentaires ?

Ce rapport est-il partial ? A-t-il délibérément écarté les études démontrant la toxicité de l’amalgame dentaire ? C’est ce qu’affirme l’AKUT, une ONG luxembourgeoise qui lançait en novembre une pétition pour faire interdire l’amalgame dentaire en Europe. On remarque que les quatre experts extérieurs au comité qui ont participé à la rédaction de ce rapport, sont tous des représentants de la profession dentaire. Parmi eux, on note le nom du professeur M. Goldberg, membre de l’Association Dentaire Française et défenseur actif de l’amalgame dentaire. Ce même expert signait d’ailleurs récemment dans un journal syndical dentaire un article critiquant en termes vifs la décision de la Norvège (intervenue en début d’année) d’interdire l’amalgame au mercure. On ne peut s’empêcher de faire un rapprochement entre le pré-rapport du SCENIHR et cet article tant les arguments développés pour défendre l’amalgame et invalider ses alternatives présentent des similitudes troublantes.

Santé ou économie ?

En privilégiant l’amalgame, présenté comme solide et fiable, les dentistes disent agir pour le bien de la santé dentaire de leurs patients. En réalité, n’y-a-t-il pas des enjeux économiques à défendre envers et contre tout l’emploi du plombage au mercure et on peut se demander si ce n’est pas le rendement de leur cabinet que les dentistes défendent en conservant un matériau facile d’emploi et bon marché ? L’exemple de la Norvège en début d’année, puis tout récemment du Danemark et de la Suède d’interdire l’amalgame dentaire a peu de chances d’être suivi par l’Europe. Reste qu’il va être difficile pour la Communauté européenne de continuer à affirmer que “le plus grand exportateur de mercure au monde, doit montrer la voie à suivre dans la réduction de l’utilisation de ce métal”, tout en maintenant l’emploi du mercure dans le secteur dentaire, un secteur qui pèse tout de même 125 tonnes de mercure posées chaque année dans la bouche des européens.

En savoir plus sur le rapport du SCENIHR et la pétition lancée par l’AKUT afin de protester contre ce rapport jugé partial : site Holodent.


 
 
 
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