Mirage fourvoyant d’une soi disant société de loisir...

La Star, illusion du thanatos social...

La star est sans doute le représentant le plus puissant de la société car elle reprend quoique par des formes populacières et plaisantes, le statut du héros des temps mythologiques. Qu’est-ce qu’une star ? C’est essentiellement la vedette bénie de la presse, cette parturiente de mythes, peu importe la réalité ou l’absence de talent pour la facilité de sa consommabilité par le populo en l’assouvissant de défoulements et de phantasmes. Ce n’est ni l’artiste ni le génie qui accroche par son art supérieur ou son excellence surhumaine, loin s’en faut, et la plupart des vrais artistes sont gardés hors de ce tintamarre populacier, mais le personnage fictif, fantasmagorique et suprahumain au ciel des médias faiseurs de dieux qui exprime le vœu du marché et du rêve social fabriqué par l’establishment l’adoubant et l’enrichissant à satiété pour jouer son rôle grâce à la presse qui l’impose aux consommateurs. Une presse séculièrement théogonique c’est-à-dire génératrice des dieux-idoles de la société dans une « mystique matérialiste » d’aliénation permanente des masses. La star est donc la vedette à laquelle la presse people associe comme une aura faisant d’individus souvent très ordinaires, parfois de vils histrions, des reflets inatteignables, des mânes vivantes, plus grandes que nature - dans l’univers virtuel psychédélique de l’assouvissement irrationnel et rageur - que le populo désemparé en mal de sensations fortes, adopte, consomme et idolâtre.

Star ou putain, dieux-idoles du panthéon médiatique.

La posture de la star est en soi une ironie pour l’intelligence. Une fuite de la vérité, fut-elle celle de l’esthétique fascinant de l’art qu’invoque l’artiste authentique. La séduction du monde parallèle combien attractif, associée à la star par la société qui, à grands coups de messes médiatiques, la célèbre dans sa liturgie du loisir, est précisément faite pour éclipser les vrais charmes intelligents de la vie et de la culture par l’hyperprésence d’un opium, l’affluence surenchérie d’images émoustillantes des pulsions et débilitantes de l’entendement. La star est en soi une magie, une prestidigitation de la société ploutocratique pour assouvir les pires instincts des masses frustrées en mal d’un défoulement hédoniste que leur refuse la vie réelle. En ce sens, le star système est une vallée de rescapés de la folie de jouir, la démence d’un éros virtuel. Un défouloir qui tend de plus en plus, à force d’invasion, à monopoliser l’espace public, vu l’intervention de plus en plus directe de la star dans la sphère du sérieux en société à l’heure de la médiocrité politique contemporaine cyniquement instituée et entretenue par la ploutocratie... Une poubelle de l’éros virtuel et simulateur auquel s’adonne un social blême et en crise de sens et de valeur dans sa réalité. Masturbation des masses, vivant au jour le jour le thanatos d’une société d’exclusion, sur l’inaccessible plaisir. Voyeurisme par le trou de la serrure médiatique sur les ébats malsains excentriques des investis des maisons de production et d’imprésarios, ces démiurges des idoles, du populo qui, se masturbant sur le pays marginal des merveilles de ses stars, peut crier en taré manipulé qu’il jouit par procuration. Assouvissement malsain sur l’horreur masquée, enjolivée, jouissance par idole interposée constituent donc les piliers de la presse people voire de la grande presse en général dont la fonction semble de plus en plus, dans un monde désenchanté, celle d’opérer un réenchantement laïc par l’éveil des sens. Réenchantement pourtant pas séculier, vu le ton sacré de la présentation médiatique, de la représentation scénique au petit écran et l’adoption sacrale que lui voue le populo. Incroyable posture idolâtre d’une société qui proclame sa laïcité ! Idolâtrie de l’argent et du sensationnalisme par le pauvre d’esprit et le rude travailleur fantasmant sur la vie totalement parasitaire d’une aristocratie jet set louée, sacralisée, théocratisée par la presse people au dédain de la sécularisation du monde occidental qui rejette la théocratie formelle de certaines cultures ! La star contribue en fait à la mise à mort, par sa mascarade médiatique ubiquitaire, du ravissement esthétique authentique que procure l’infinie splendeur propre au grand art que la culture humaine a inventé pendant les millénaires de notre histoire. Loin d’être une étoile, la star est une sorte de trou noir dont le disque d’accrétion engloutit la conscience des masses par les mass media en masquant les hideurs du système social.

Altermédiatisme ou nouvel espace public.

J’appelle altermédiatisme l’environnement nouveau que se forge la presse alternative. Environnement de réappropriation de l’information libérée et libératrice qui commence à se construire notamment sur internet. Je crois que cela constitue le possible du nouveau dans un monde sous la férule des cerbères des grands médias de désinformation publique. Il nous faut, en effet, réinventer l’espace public envahi des alluvions de la presse et la presse people en particulier. Sortir de ce guêpier de désinformation par le loisir, la publicité et la manipulation des bulletins d’information. Construire une communication altermédiatique affranchie de l’ornière des médias de marché pour promouvoir les valeurs humaines et néocitoyennes, voilà le pari des partisans de la liberté. Cet humanisme nouveau ne peut se faire que contre l’univers insane de l’héroïsme fallacieux de la star, cette prostituée exhibitionniste payée de manière déraisonnable par un système marchand inhumain et spectral auquel elle donne le masque de la sympathie. La star est la putain courtisane qui ensorcèle les choqués du désastre de l’information attristante sur un monde qui va mal. En ce sens, les émissions people instillent une information parallèle désinformante par manière de médication contre les horreurs des nouvelles. Information-diversion qui fait apparaître l’événement dans la nouvelle, mais la fait oublier dans ses causes en intronisant la bamboche délirante du people. L’une des tâches dévolues à la star, est bien de se pavaner avec les objets griffés depuis ses habits jusqu’à ses villas, ses voitures, ses bateaux et avions privés pour faire rêver à tous que le bonheur par la consommation existe et peut être accessible à tous ! L’espace public nouveau doit donner la parole aux éducateurs informels, contribuer à la création de groupe de réflexion et d’action pour une alternative humaniste et citoyenne.

Aux ignominies et émonctions de la manipulation médiatique et de l’irréalisme omniprésent de la presse people dont relève les grands médias où règne la star et son « journaliste » thuriféraire, opposons la force humaine du citoyen libéré et revendicateur d’une autre société. Force humaine qui réhabilitera, loin des camouflets de la richesse astronomique insensée allouée aux stars grâce à sa consommation par les masses abêties, l’opulence légitime de l’expression et la place de la beauté et de l’art dans leur force et leur manifestation du génie humain. Il faut commencer par réhabiliter la conscience sociale, bâtir le vrai citoyen sur la ruine de la conscience déviée, grabataire maintenue malade par la presse people qui transforme nos sociétés en des asiles de déments déchaînés par l’idolâtrie de la star et la passion compulsive de la consommation. Quand Hollywood et ses relayeurs donnent le ton de la vie réelle à la société dite branchée, l’on comprend que la citoyenneté grugée par la désinformation soit expropriée et que le sens soit égrugé dans le débat social. Construire la nouvelle citoyenneté, voilà le pari de l’Altermondialisme. L’autre société, l’autre citoyen ne sera possible que par un altermédiatisme révolutionnaire, une implication politique altermondialiste plurielle et pertinente, car si la personne humaine ne s’accomplit que par la métaphysique et en Dieu, la société, l’autre société possible, elle, se réalise par la révolution altermédiatique et la politique prise en main par le nouveau citoyen. Nouveau citoyen qui par sa conscience politique et sociale mettra l’utopie en route dans le réel collectif et public.


 
 
 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes