Au cœur du secret de Max-Pol Fouchet

D’aucuns se souviennent de Max-Pol Fouchet comme d’un homme de médias, un passeur qui officiait à la télévision et à la radio pour donner envie. C’est un peu grâce à lui que certains sont venus à la grande musique, à la poésie, à la peinture ... Mais à force de vanter les autres, de décrire les grandes œuvres, il s’est, en quelque sorte, rendu invisible aux yeux du public, et sa poésie est passée inaperçue. Un comble ! Hubert Nyssen a donc décidé de lui rendre justice en publiant en 1985 - aujourd’hui réédité - ce qu’il y a de plus pur dans l’œuvre de MPF. Et pour employer un mot qu’il aimait particulièrement, de plus "central" : ses poèmes.

Oui, Max-Pol Fouchet (1913-1980) était un grand poète, même s’il cultivait son secret comme une chose indispensable à sa vie, une source d’où émanait son rayonnement. D’ailleurs, comment expliquer, aussi, son inénarrable talent pour vanter Nerval, Höderlin, Novalis, Jouve ... si l’on n’est pas l’un deux ? Poésie ne rime jamais avec lumières de la rampe, mais avec cabinet de curiosités, bureau mansardé, silence en forêt ... Demeure le secret rappelle la solitude absolue dans laquelle il a écrit sa poésie, se retirant de plus en plus, au terme de sa vie, entre les murs amis de sa maison de Vézelay : "Les vieux murs m’écoutent sans que je parle, et j’entends leur parole de silence."

Silence, oui, toujours le silence sans lequel aucune création n’est possible, et en poésie encore plus, puisque ici, nous sommes dans un "exercice spirituel". Un silence en opposition à cette jeunesse passée en Algérie, dans cette lumière qui dévore et précise impitoyablement les détails d’un désespoir maîtrisé ... Puis la maladie, longue et incertaine, lui imposera de nouveau à se recueillir dans le silence pour tenter de se retrouver. D’évoquer l’amour, aussi, ce sentiment étrange qui ne peut prévaloir contre la clairvoyante certitude de notre condamnation à mort.

Max-Pol Fouchet savait que l’initiation passe par le contact de la mort, seule capable de nous dévoiler la vérité de l’existence. Il le savait, sorte de prémonition avant l’impossible, l’insupportable, qui survint en 1942, quand sa femme Jeanne périt dans un naufrage ... Il savait, car déjà, il avait senti en lui cette disparition bien avant l’annonce officielle. Il avait lu, au départ du bateau, dans son nom - Lamoricière - une détresse invisible qui lui dictait dans sa tête "La mort ici erre" ...
Et c’est alors qu’il su déchiffrer les vers qu’une écriture automatique lui avait dictés, bien avant le drame : "Ton amant toujours c’est la mort / Et ma maîtresse c’est encore elle / Il passe toujours un bruit d’ailes / On se retourne rien n’est plus là".

Brûlé par cette terrible lumière, Max-Pol Fouchet connut le rapport de l’homme au monde, dans le sens des romantiques allemands. Il célébra alors le passage comme l’élément constitutif d’un univers qui, lui, est un vaste organisme éternel où tout se remplace et s’échange. Il devient un poète solaire.
Cet amoureux fou du monde ne parla presque jamais des villes ou de l’histoire, mais s’adonna à magnifier la dignité des amandes, des collines, des agneaux. Il ne s’intéressa qu’au rapport au cosmos. Il suivit un rythme biologique et non une circonstance particulière.

Cette poésie pourrait être taxée de simple, voire de simplistes par les sots qui la lirait un peu vite, comme on prend un café sur le zinc. Mais cette simplicité-là, justement, est toute aussi difficile à atteindre que la légèreté affichée d’un Kundera : on ne l’atteint qu’à force de travail, de ratures, de brouillons successifs. Max-Pol Fouchet ne croyait pas que la poésie est toute entière dans l’écriture. Mais il la prenait aussi comme un artisanat, à la manière d’un René Char.
La quête spirituelle est aussi une quête sur les mots, et sur le rythme. D’où l’importance primordiale d’une lecture sur le bon ton afin de respecter la manière très particulière de l’impair et des variations métriques.

Ce volume rassemble Demeure le secret, Le feu la flamme, Héraklès et un inédit - Hymnes à la vie - qui semble être donné pour définitif. Max-Pol Fouchet ne souhaitait pas la réédition des poèmes antérieurs à Demeure le secret, on peut donc considérer le présent recueil comme une édition quasi exhaustive des poèmes qu’il revendiquait.


 
P.S.
 
 
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