F.A.O., l’histrionisme humanitaire...

Alors que le sommet de la F.A.O. sur l’alimentation tenu au début de juin 2008 après les dernières émeutes de la faim, s’est terminé, les affamés du monde, les pauvres, les humanistes constatent la mascarade des chefs d’État et l’inanité de l’ONU avec ses organismes tape à l’œil. Comme une ironie, comme une partie de sadiques, les chefs d’État s’y sont mis avec leurs arguties de démarcheurs des riches fermiers ou des industriels du pétrole et de l’éthanol qu’ils représentaient sans le dire. Mais alors, pourquoi une indécence si crapuleuse, si vile où chacun cherchait à montrer cyniquement et grossièrement que l’oligarchie énergétique ou terrienne qu’il l’a déléguée était innocente ? Peut-être qu’il est mystérieux de comprendre pourquoi Lula - l’originaire du Nordeste se comporte si ridiculement en gauchiste, le « gauchisme » étant « la pathologie infantile du communisme » comme le remarquait Lénine ; pathologie, disons-le, simiesque - a trouvé bon d’aller bêtement louer le puissant lobby brésilien de l’éthanol qui n’a que foutre des besoins alimentaires des masses affamés ! Excès de zèle, ineptie d’un président sous-primaire arriviste, ayant trahi la gauche latino-américaine ??? Qui saura jamais ! Toutefois, il est obvie que nous vivons en fait, l’ère de la surenchère du paraître où l’excès de transparence et la surmédiatisation des grands enjeux de la politique mondiale sont faites pour désamorcer les possibles manettes du pouvoir populaire, en laissant croire aux « citoyens » qu’ils sont au courant de ce qui se passe, de ce qui les concerne, et que leurs élus s’attachent laborieusement et respectueusement dans des sommets en leur nom, à s’attaquer à leurs préoccupations et leurs déboires. Ainsi, l’eidétique de la politique, sans changer dans sa nature permanente, revêt une essence synchronique nouvelle, celle de la mise en scène des sommets internationaux. Et de cette synchronie manipulatrice, les puissantes oligarchies usent de leurs larbins politiciens pour dénaturer le substratum socioéconomique de l’exclusion des vastes majorités de la planète par un semblant d’intégration de tous dans les « débats » voyous qui donnent l’impression de chercher des solutions aux drames affectant le monde tout en présentant médiatiquement une face d’insolubilité des problèmes abordés. Le tableau du dernier sommet de la FAO aura été celui-ci : tandis que le représentant de la FAO accusait les biocarburants dans la conjoncture de famine artificielle qui frappe des millions de gens, Lula les absolvait et diabolisait plutôt le pétrole alors qu’Ahmadinejad dénonçait de son côté le grand capital... Pris ainsi dans le capharnaüm verbeux de sommets byzantins, les affamés se retrouvent seuls devant leur souffrance et doivent se battre par leurs propres moyens s’ils refusent de crever... Faire de la vision politique une cécité discursive par la désinformation des intervenants, voilà le véritable but de la nouvelle culture des rencontres internationales sur l’économie, la pauvreté et la faim. Car au moment où le consensus pour résoudre un problème (celui de la faim) politiquement soluble avec un peu de bonne foi, paraissait un système aporétique inexpugnable, un mode consensuel de fait sévit sur le monde : celui de l’oligarchie ploutocratique mondiale tenant infernalement les rênes de l’économie des nations.

Faire la révolution ou mourir...

Sommets internationaux, facétie loufoque de plaisantins flegmatiques pour mimer une transparence factice qui masque l’opacité de la nébuleuse économique cachant les profiteurs inhumains constituant l’oligarchie ploutocratique mondiale, telle est la logique des rencontres internationales des « dirigeants » d’État inféodés par les intérêts privés. Et, à l’heure où les bouffons politiciens, véritables histrions de l’humanitaire, telles des marionnettes patibulaires mus par la classe de riches marionnettistes des structures du pouvoir économique et social leur tirant les ficelles, leur bave politicienne matoise et controuvée coule hypocritement à verse sur les misères des paupérisés qui les ont élus sans que la moindre quête de solution ou que la plus infime velléité de changement d’attitude des ploutocrates soit à l’ordre du jour dans le sinistre orbe économique et financier en cours.

Dans un monde où la volition des industries privées et de leurs magnats n’est qu’ironie dédaigneuse sur l’État rendu leur ombre ; dans un monde où les douleurs des marginalisés paupérisés et affamés sont l’objet de sommets moqueurs et manipulateurs, il ne reste aux peuples que la dialectique sûre et libératrice d’une nouvelle révolution contre l’ordre planétaire plouto-systémique.


 
 
 
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6 commentaires
  • > F.A.O., l’histrionisme humanitaire... (Corrections) 9 juin 2008 04:09, par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

    Lisez qui l’a délégué était innocente et non qu’il l’a déléguée...

  • > F.A.O., l’histrionisme humanitaire... 11 juin 2008 09:48, par geabel

    Merci pour cette lecture, et comme d’habitude, la pertinence du propos.
    Mais, depuis longtemps, remarques et critiques ont perdu l’efficacité qui permettait la prise de conscience.
    Combien de temps et de souffrances avant de voir apparaitre une autre approche, une autre lecture de ce monde qui permettra le passage à l’action ?

  • > F.A.O., l’histrionisme humanitaire... 11 juin 2008 22:04, par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

    Bonjour

    Nous vivons hélas, un temps de torpeur des citoyens perclus dans leur citoyenneté neutralisée et anéantie par l’ordre ploutocratique, bref, c’est de la permissivité coupable et autopunitive du citoyen pour ne pas dire de l’aliénation ! Cela est dû à une époque où justement les citoyens sont décivilisés, dépolitisés par la consommation et le loisir. Encore qu’en France, c’est de loin moins pire qu’en Amérique du Nord, où les gens ne sont que des ombres mimétiques au cœur du système socioéconomique tout en faisant confiance bêtement aux bobards de la grande presse. De toute façon, pour nous, ne rien dire serait un déni de solidarité et une dénaturation de la vocation de l’intellectuel. Nous faisons donc au moins une faible part de notre mission en proposant des idées. Penser, selon moi, comporte 3 dimensions qui sont la méditation, la réflexion et la cognition, cette dernière se corse par l’idée qui est action quand elle concerna la critique sociale. C’est donc à nous tous de chercher des stratégies appropriées pour permettre l’incarnation sociale de nos vues. En attendant, il faut que les citoyens renaissent au sens fort, c’est à dire qu’ils réapprennent à communiquer entre eux et créent une puissance horizontale des valeurs vraiment démocratiques face à l’ordre du pouvoir vertical de la ploutocratie qui nous écrase.

  • > F.A.O., l’histrionisme humanitaire... 12 juin 2008 07:13, par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

    Veuillez lire concerne et non concerna

  • > F.A.O., l’histrionisme humanitaire... 15 juin 2008 18:51, par geabel

    Bonjour,
    Je me dis que l’intellectuel doit se faire piéger par son propre narcissisme car le résultat de ses réflexions lui apporte suffisamment de satisfaction et il doit toujours avoir le sentiment d’être au-dessus des foules.
    Je pense que vouloir mobiliser les foules, c’est se mettre en concurrence ou compétition avec ces gens du Pouvoir qui ont, eux, des moyens considérables pour faire passer leur message.
    Considérer qu’il y a permissivité, autopunition, aliénation etc. signifie que chacun de nous est affecté, pour ne pas infecté.
    D’où ma supplique
    geabel

  • > MISE EN GARDE CONTRE L’ANTI-INTELLECTUALITÉ 16 juin 2008 12:36, par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

    Dangereuse et alignée à la ploutocratie, cette prétendue critique de l’intellectuel accusé de narcissisme ! Votre propos m’a inspiré un article que je vais proposer à Oulala, tant c’est important de crever cet abcès qu’est la mise à l’index de la posture intellectuelle.

    À très bientôt pour une réponse qui excède les limites de vos dires pour analyser l’idéologie tapie derrière eux.

 
 
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