Obama et les Juifs

par MARC ZELL
The Jerusalem Post

La compétition chez les Républicains étant loin de terminée, le Sénateur John McCain remportera vraisemblablement la nomination par son parti à Minneapolis, au début septembre, il n’est pas totalement oiseux d’envisager une compétition Obama-McCain lors des élections générales, au mois de novembre. Une telle compétition a nécessairement des conséquences énormes, tant pour Israël que pour les Djouzes.

Ce n’est pas un secret : la candidature d’Obama a été soutenue, financièrement et politiquement par de nombreux membres éminents de la communauté juive américaine. Même des porte-parole de l’association Democrats Abroad [les Démocrates à l’Etranger, ndt], ici en Israël, qui soutenaient encore hier ouvertement Hillary Clinton, ont fait monter leurs enchères, récemment, dans des articles et des interviews, suggérant qu’une Administration Obama serait tout bénef pour Israël. Chose incroyable, ces sycophantes démocrates grand-teint, citant des déclarations de campagne en boîte, totalement dépourvues d’enthousiasme, n’hésitent plus à exhorter les électeurs juifs à lier leur sort et celui d’Israël à Obama, plutôt qu’au candidat républicain McCain.

Avec toute la déférence due aux célébrités soutenant Obama, comme Steven Spielberg et George Soros, les Juifs, ici en Israël, et là-bas, en Amérique, ainsi que d’autres amis d’Israël, peuvent-ils risquer de voter Obama, en novembre ? Un rapide examen des réalités devrait allumer un gros signal rouge dans l’esprit de la plupart des gens...

Avant toutes choses, parmi les considérations qui devraient interpeller les amis d’Israël, il y a l’équipe de spécialistes de la politique étrangère qu’Obama a choisi pour qu’ils le conseillent. La composition d’un panel de conseillers d’un président est habituellement un excellent indicateur de la position qu’adoptera le candidat, sur les problèmes de l’heure, s’il est élu.

C’est un tel test que l’auteur de ces lignes a appliqué à George W. Bush, en 2000, en des temps où la plupart des mandarins, en Israël et au sein de la communauté juive, prédisaient que sa politique moyen-orientale serait une copie au papier carbone de celle de son père, c’est-à-dire des problèmes, pour Israël. Mais Bush-fils avait choisi une équipe de conseillers conservateurs et avisés, dont les avis sur le Moyen-Orient étaient très marqués pro-israéliens et pro-démocratie. Par conséquent, l’Ere de George W. Bush est à classer parmi les plus favorables à Israël, de l’ensemble des soixante années d’existence de ce pays.

Avec l’équipe d’Obama, c’est le contraire, qui est vrai. Dirigée comme elle l’est par le conseiller ès-sécurité nationale de Jimmy Carter (qui a dit : « Israël est un pays d’apartheid »), Zbigniew Brzezinski, l’équipe d’Obama comporte des personnages problématiques comme Anthony Lake, Robert O. Malley et Susan Rice.

Un commentateur, citant un article du quotidien israélien résolument de gauche Haaretz, a relevé qu’une présidence Obama comportant une équipe de politique étrangère qui inclurait les personnes citées et leurs confrères idéologiques « aurait vraisemblablement une approche d’Israël radicalement opposée à celle des conseillers de présidents précédents (tant démocrates que républicains) ». On peut donc se demander si le candidat sera apte, c’est bien le moins qu’on puisse faire, à « soutenir » Israël.

Brzezinski diffuse, depuis trente ans, du vitriol au sujet d’Israël, et il a défendu publiquement, récemment, le rapport Walt & Mearsheimer, qui conclut que la politique américaine envers Israël était le résultat de pressions juives, et qu’elle n’avait rien à voir avec les intérêts américains. Plus récemment, Brzezinski a exhorté Israël à entamer un dialogue avec le Hamas ; il a décrit l’action israélienne durant la Seconde guerre du Liban de campagne de massacres contre des civils pris en otages, et il a effectué, au début du mois, un voyage afin de conférer avec le président syrien Assad, à l’insu, ostensiblement, de la campagne d’Obama.

Robert O. Malley, un autre diplomate de l’Administration Carter et conseiller spécial de Clinton sur les affaires arabo-israéliennes, est un autre avocat intarissable des Palestiniens ; il est l’un des coauteurs de toute une campagne anti-israélienne avec un ancien conseiller d’Arafat, Hussein Agha, qui comporte un tract condamnant l’administration Bush au motif qu’elle serait la cause de la continuation du conflit israélo-palestinien.

Et puis, enfin, il y a Susan Rice, ancienne conseillère ès-politique étrangère de la campagne présidentielle malheureuse de John Kerry, en 2004, durant laquelle elle avait concocté l’idée de résoudre le problème du Moyen-Orient en nommant conseillers nuls autres que Jimmy Carter et James Baker, une idée qui avait été par la suite repoussée par son propre boss en raison de son déséquilibre défavorable à Israël. Mais ce n’est pas là non plus les seules « pommes pourries » dans le panier de la politique étrangère d’Obama...

Autre indicateur problématique : l’association étroite du candidat Obama avec Jeremiah Wright Junior, pasteur de l’Eglise de la Communauté Unie de Trinity (membre de l’Eglise Unie du Christ, laquelle a été vilipendée pour son préjugé anti-israélien), qui est bien connu pour ses virulentes remarques anti-israéliennes, dont, notamment, un appel à lancer une campagne de désinvestissement en Israël, en raison des « injustices et du racisme que subissent les Palestiniens, à cause du sionisme. »

Le fait que le Révérend Wright compte parmi ses amis l’odieux antisémite Louis Farrakhan, qui considère que le judaïsme et une « religion de caniveau » et que les juifs sont des « sangsues » ne devrait pas non plus apporter beaucoup de consolation aux électeurs juifs et aux amis d’Israël. Obama aurait pu choisir une des centaines d’églises de la banlieue Sud de Chicago ; non : il a choisi le personnage Jeremiah Wright, qui a distingué Farrakhan du Prix Jeremiah Wright 2007 du meilleur prédicateur pour l’ensemble de sa carrière. De plus, l’église de Wright est le plus gros bénéficiaire des dons charitables d’Obama. Même l’éditorialiste juif Richard Cohen, du Washington Post, s’est senti obligé de demander à Obama de clarifier ses relations avec ces dirigeants communautaires anti-juifs et anti-israéliens, en se demandant pour quelle raison Obama est resté fidèle mordicus, dans son allégeance au Pasteur Wright, durant toutes ces années ?

Obama n’est sénateur que pour la première fois, c’est la raison pour laquelle il n’a participé qu’à quelques votes portant sur Israël et le Moyen-Orient. Il a aussi une certaine tendance à s’absenter de votes controversés, où il aurait été amené à inscrire sa politique personnelle dans les archives publiques. Toutefois, ses déclarations publiques sur un certain nombre de questions comportent un nombre non négligeable de problèmes pour les juifs et les amis d’Israël. En voici quelques exemples :

1) Obama prône ouvertement des initiatives allant dans le sens d’un dialogue diplomatique avec l’Iran, bien que l’Iran ait récemment qualifié Israël de « sale bactérie » et bien qu’il ait appelé, de manière réitérée, à l’annihilation de l’Etat d’Israël, ce, notamment, au moyen d’une attaque nucléaire, selon des allusions récentes :

2) Sa phrase : « Personne n’a souffert davantage que le peuple palestinien » [alors que la citation complète est une critique des Palestiniens pro-sionistes, puisqu’Obama a dit : « Personne n’a davantage souffert que les Palestiniens en raison de la non-reconnaissance d’Israël par le leadership palestinien » ! (‘Nobody has suffered more than the Palestinian people from the failure of the Palestinian leadership to recognize Israel’) ndt.

3) « La construction d’un mur [allusion à la barrière de sécurité d’Israël] séparant les deux peuples n’est qu’un énième exemple de la négligence de cette Administration (Bush) à assurer une médiation de paix... » ;

4) « Je suis opposé à la tentative cynique de Richard Perle et de Paul Wolfowitz, ainsi que d’autres guerriers du week-end en fauteuil au sein de l’administration, de nous faire ingurgiter leur agenda idéologique » (noter que seuls des Juifs sont nommés et fustigés, en dépit du fait que la politique en question était promue par l’Administration (Bush) dans son ensemble...] ;

5) « Le Révérend Al Sharpton est une voix pour les sans-voix, et une voix pour les dépossédés. Ce que le National Action Netword [du Révérend Sharpton] a fait est extrêmement important, pour ceux qui veulent changer l’Amérique, et l’Amérique doit être changée, de la tête aux pieds ! » [Nation Action conduit une protestation contre le propriétaire juif des magasins de prêt-à-porter Freddy’s Fashion Mart, à New York, où des manifestants l’occupant, auxquels Sharpton se joignait parfois lui-même, criaient des injures au sujet des « Juifs suceurs de sang » et des « ces bâtards de Juifs ».]

Obama était le seul candidat démocrate à avoir dit que c’était Israël qui devait changer de politique vis-à-vis des Palestiniens s’il voulait réaliser la paix.

Les déclarations publiques et les accointances problématiques et non-démenties d’Obama soulèvent suffisamment de questions sérieuses qui devraient amener les électeurs juifs et amis d’Israël à y penser à deux fois avant de le soutenir, en novembre.

Mais il y a un autre facteur problématique que les électeurs aux primaires démocrates n’ont jusqu’ici jamais sérieusement pris en compte : Obama aspire à devenir président de la plus grande démocratie (au monde), qui est toujours l’unique superpuissance encore existante sur la planète, tout en n’ayant été sénateur que moins de cinq ans, et tout en n’ayant aucune expérience, tant administrative, qu’au niveau national.

Même si les électeurs démocrates peuvent être tentés de voter Obama au cours des primaires, en protestation contre l’establishment politique démocrate (exactement comme ils le firent en 2006 afin de dénier au Sénateur Joseph Lieberman (aujourd’hui Indépendant) la nomination de son parti au poste de Sénateur du Connecticut), on aimerait pouvoir penser que l’électorat américain va, une fois encore, administrer la preuve de sa maturité et de son sérieux au cours des élections générales, en novembre de cette année, c’est-à-dire au moment où leurs votes compteront réellement.

Par les temps qui courent, à l’époque qui est la nôtre, la présidence des Etats-Unis n’est pas un poste pour un néophyte, aussi charismatique soit-il. Ceux des Américains qui vivent dans l’Etat juif comprennent très clairement quel est l’enjeu, et quel genre de risque représente Obama pour cette région du monde (le Moyen-Orient, ndt) et le monde. Il y a toutes les raisons d’espérer que nos compatriotes, aux Etats-Unis, et que, de manière générale, les amis d’Israël et de la liberté n’en disconviennent nullement.

Source : The Jerusalem Post
Traduction : Marcel Charbonnier


 
 
 
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