Je vous propose ici le premier entretien sur la non violence avec un ami non violent.

Non Violence, un dilemme éthico-idéologique.

Le respect de la vie d’autrui, m’interdit-il de défendre la mienne ?

Très cher ami, je suis moi-même non violent autant que c’est possible. Toutefois, je vais vous raconter brièvement l’histoire colombienne d’Haïti et du tribut de la non violence de la plupart de ses premiers habitants. En 1492, ce voyou criminel que fut Christophe Colomb fit la conquête de l’ouest de l’écoumène, conquête célébrée par les occidentaux comme découverte de l’Amérique. Découverte dont le concept même est un ethnocide eurocentriste en tant qu’il nie la conscience de ceux qui vivaient sur les territoires et qui avaient exploré, peuplé des siècles voire des millénaires déjà avant les européens la terre ultérieurement dénommée Amérique. Bien entendu, cela n’est pas mon propos du jour. Pour revenir donc à l’Histoire colombienne d’Haïti, en 1492, il y avait entre 1 million et demi voire 2 millions de taïnos sur la terre haïtienne que Colomb rebaptisa Hispaniola. En 1503, il ne restait que 10 mille. Les taïnos, trop pacifiques, trop non violents furent tous détruits par les armes de l’envahisseur, par l’esclavagisation où ils furent contraints au travail forcé et meurtrier sur les nombreuses mines d’or de leur propre territoire selon le vœu des espagnols tortionnaires et barbares conduits par l’immonde italien dont le nom résonne encore comme une infamie à mon entendement d’homme. 1503, une autre horreur commença, les noirs dont je suis en partie descendant, vu le grand métissage de mon tronc généalogique, furent traînés comme des choses dans les cales des négriers selon le conseil de l’évêque Las Casas qui conjurait Isabelle la catholique d’esclavagiser les nègres plutôt que les « indiens » - (nom donné aux taïnos par Colomb, le premier colon de l’Amérique) - pas assez forts pour travailler dans les mines. Force est de constater que les taïnos ont fini par disparaître totalement d’Haïti, appellation qu’ils ont d’ailleurs donnée à leur terre, leur pays volé au prix de leur sang par l’Europe. Dans d’autres sociétés moins crédules, plus combatives et plus violentes, les européens n’ont pas su détruire toutes les populations. Ma question donc, est celle-ci : avec la canaille criminelle qui poursuit de paisibles gens, la violence défensive n’est-elle pas obligatoire dans certaines conditions ? Quand on sait que la presse n’existait pas au temps des taïnos, on peut me répliquer que Gandhi et Martin L. King ont réussi en partie ! Mais cette presse, dites-vous bien, ne couvre que ce qu’elle veut. Aujourd’hui de mini génocides se font couramment en Afrique, commandités par des compagnies occidentales exacerbant des imbécilités tribales de certaines régions africaines et organisant des massacres comme ce fut récemment le cas en Sierra Leone avec des compagnies commerciales européennes et nord américaines du diamant. La violence défensive, je le dis, est hélas, nécessaire à la survie dans certaines circonstances d’agression. Tant que le matériel primera le spirituel et que même les religions instituées officielles demeureront en filigrane des soupapes idéologiques de l’intérêt, la violence sera la seule réponse de l’opprimé poussé à bout et devant, vie contre vie, assurer sa survie, sa dignité, sa reconnaissance humaine par la bête criminelle, obsédée d’intérêt et de profit au mépris de l’homme.
Fanon pensait dans Peau noire et masque blanc que le racisme dominateur du blanc était tel que (et je cite) « lorsqu’un blanc débarquait quelque part parmi des non blancs, il avait deux destins possibles, soit il était tué, soit il devenait dieu » ! Et ce théoricien français de la dramaturgie que fut Antonin Artaud, nous raconte dans sa préface au Théâtre et son double comment « l’arrivée d’un bateau européen sur des côtes étrangères voyait toujours les blancs apporter la décimation des ethnies non blanches envahies par les armes, la contagion par des maladies inconnues telles la peste et la variole ». Et moi, je le dis, la domination occidentale s’est faite et se maintient par la violence dominatrice et exterminatrice, les génocides et ce qui est peut-être la pire de toutes les violences, l’aliénation idéologique des dominés pour rendre pérennes les conquêtes abjectes du colonialisme ancien et nouveau.
Dans un monde où les loups ont toujours raison à cause de leurs crocs, il me semble impossible, cher ami, que les agressés restent des agneaux non violents et en même temps prétendre se libérer voire survivre parmi leurs prédateurs carnassiers. Hélas ! le monde est le lieu de la prégnance de la violence et du règne des violents prenant tout aux non violents et ensuite faisant, pour se protéger, des lois interdisant la violence des victimes !

Par ailleurs, ce qui relève d’un tout autre registre, il y a au stade ontologique, une violence vitale comme une violence létale de l’esprit. Cela, j’y reviendrai.


 
 
 
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1 commentaire
  • > Non Violence, un dilemme éthico-idéologique. 29 juin 2008 16:52, par Sophophile

    La première non-violence à vivre, c’est la non violence de la vitale éthique (dite) universelle.

    Quand l’éthique vitale est violemment violer, on peut penser qu’il faut, à regret, se faire violence et réagir violemment, et hélas pas seulement en paroles, quoique, sans haine aucune, l’âme sereine et équanime.

 
 
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