La crise mondiale.

La vraie crise mondiale, ce n’est pas l’image de Sarkozy ou les manipulations liées à la libération de Madame Bétancourt, qui a tant fait pleurer dans les chaumières. La vraie crise prend sa source sous le règne de sa majesté Bush II, l’irremplaçable George qui aura tant fait pour mettre le bordel partout où il passe. La vraie crise mondiale a conduit à l’appauvrissement de tous, sauf les initiés au portefeuille bien garni, évidemment, et comme de bien entendu. Elle a conduit à la chèreté des produits alimentaires, souvent devenus presque inaccessibles pour beaucoup d’infortunés, et au coût prohibitif de l’énergie.

Plus c’est gros plus ça passe. On se réjouit de la libération tant attendue d’une mère de famille, politicienne de profession en Amérique du Sud. On s’attendait à voir une rescapée d’un camp de la mort et cette dame a un visage bien rebondi et de l’énergie à revendre. C’est miraculeux, et d’ailleurs Ingrid est allé à Lourdes ces jours-ci remercier la Sainte Vierge pour l’avoir sauvée. Attendrissant certes, mais ô combien agaçant, cette manie de nous prendre pour des cons. Faut dire qu’il y avait de gros intérêts en jeu : Les medias qui ont vendu beaucoup de papier, Sarko qui a fait sa promo et détourne l’attention du bon peuple. Donnez leur des jeux et du vin ou, encore mieux, une rescapée miraculeusement libérée, en meilleure santé que vous ou moi. On est content pour elle et pour sa famille. Alléluia !

Tout ça n’est finalement pas bien méchant. Plus grave, la crise économique mondiale crée par la rapacité des banques américaines. Voilà le scénario, et les effets dominos : La réserve fédérale américaine, dirigée alors par Alan Greenspan, baisse dramatiquement les taux d’intérêt pour relancer l’économie dans le début des années 2000. Les Américains se disent du coup qu’il vaut mieux acheter un logement que le louer, et s’endettent. Les prix de l’immobilier grimpent jusqu’à doubler. Les banques, attirées par les gains faciles, prêtent même à des gens insolvables, aidées par la complicité des évaluateurs de crédit, mais à des taux prohibitifs qui augmentent d’une année à l’autre jusqu’à atteindre les taux usuraires des cartes de crédit. Les heureux propriétaires de maison dont l’évaluation a facticement doublée sont incités à emprunter sur la « valeur » de leur logement, pour se livrer à une consommation effrennée. La bourse connaît des années luxuriantes entre 2003 et 2006. Puis les choses se gâtent en 2006, quand les emprunteurs insolvables font défaut. La bourse chute de 25% le 9 mai 2006 et ne revient à sa valeur de départ que fin Novembre 2006. Toujours dans l’euphorie, la bourse repart de plus belle et rechute de 25% le 19 Juillet 2007, un coup de « reviens-y » pour la même cause que le 9 Mai 2006. Re-euphorie jusque début Novembre 2007, date à laquelle, qu’on le dise ou non, les USA entrent en récession et avec eux le reste du monde. Le secteur bancaire ne fonctionne plus, aucune banque d’affaire ne déclarant d’un seul coup de combien elle est mouillée dans la crise des « subprime ». Les banques ne se prêtent plus entre elles par manque de confiance, réduisent leurs prêts aux entreprises et aux particuliers. La réserve féférale américaine réduit ses taux directeurs pour tenter de relancer la machine.

La réduction drastique des taux entraîne une baisse rapide de la valeur du dollar US. Par contrecoup, le prix du pétrole grimpe de façon fulgurante, ainsi que le prix des produits agricoles. L’inflation s’installe partout dans le monde et, si les banques centrales laissent faire, les dégâts seront considérables. En Europe la banque centrale augmente ses taux, et la réserve américaine fera sans doute de même graduellement à partir de Septembre 2008. Ces dégâts appauvrissent les plus pauvres partout dans le monde. Du coup, on se rend compte qu’il y a une vraie crise de l’énergie et que le pétrole n’est pas éternel.

Cette présentation des effets successifs engendrés par la rapacité des banques d’affaire américaines est sans doute plus difficile à comprendre pour les gens, et ne les intéresse pour ainsi dire pas du tout. Et pourtant, son importance est sans mesure avec la libération de Madame Bétancourt. Un nègre lui écrira un best seller, elle fera des séries de conférences dans le monde et deviendra une incontournable célébrité, encore plus riche.

Pendant ce temps-là, il faudra que l’ordre revienne dans l’économie modiale. Ça se passera ainsi : D’abord une augmentation des taux des banques centrales pour juguler l’inflation, un dollar US qui reprendra de la valeur, le prix du pétrole qui redescendra vers 80 ou 100$ le baril. Les prix de l’immobilier baisseront encore de 10 à 40%, et les faillites des banques auront appauvri tous les imbéciles qui étaient encore investis dans des titres boursiers bancaires. Les bourses connaîtront encore d’ici là au moins une sévère correction de 10 à 25%. Les retraites des américains, investies en bourse, en auront pris un vieux coup. Ne vous faites pas de soucis pour les capitalistes. Eux sont sortis de la bourse fin Octobre 2007 et ont épongé les petits porteurs en prenant leurs gains accumulés entre 2003 et fin 2007 soit 200 à 500% de plus-values diverses. Mieux encore, insassiables, avides et âpres au gain, ils attendent patiemment la reprise, attendue entre Octobre de cette année et Juin l’an prochain voire même fin 2009, grâce à laquelle ils pourront racheter des actions à 50 % de leur valeur. La propriété d’une majorité des actifs sous-jacents, entreprises industrielles et commerciales et titres divers, aura migré vers les poches du grand capital. À moins d’être naïfs ou de ne pas comprendre les mécanismes diaboliques qui ont sous-tendu cette crise, on ne peut que s’interroger sur l’apparente collection d’erreurs stratégiques de la crise des subprimes. On peut sérieusement se poser la question si elle n’a pas été délibérément provoquée, avec un machiavélisme implacable, par des gens au pouvoir considérable qui ont tout orchestré. À l’énoncé d’une telle hypothèse, les naïfs la taxeront de débile, mais les autres y verront sans doute une vérité qui n’est a priori pas facile à déceler ni à comprendre. Mais ceci est un autre débat...

Les avancées sociales se font à reculons, comme le menuet. Un pas en avant avec le front populaire et les négociations sociales, dix pas en arrière avec les réformes des retraites et les contrats renégociés. Tout cela sur fond de délocalisations, qui ont convaincu plus d’un salarié d’accepter des réductions de salaires.

On n’en veut pas à Ingrid Bétancourt, qui n’est pour rien dans les magouilles politico-médiatiques de sa libération. On se réjouit de sa liberté retrouvée et on souhaiterait que les politiciens et les medias en fassent autant pour l’économie et la justice sociale que pour elle. Mais il ne faut pas compter là-dessus, tant c’est bien plus facile d’émouvoir des imbéciles que de se frotter aux vrais problèmes.

Ashoka


 
 
 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes