Pouvoir et terrorisme en Algérie

Le terrorisme, fléau, qui ronge l’Algérie depuis presque 20 ans. Des centaines de milliers de morts et des milliers de blessés. Ce mouvement a depuis ses débuts pour but de déstabiliser le pouvoir. Pourtant, force est de constater que ce dernier est toujours en place. Ainsi, l’on est en droit de s’interroger sur la véritable portée de ce mouvement. Le GIA, et autres, n’ont-ils pas, dans les faits, érigé un véritable trône aux dirigeants ?

En effet, dès les années 80, le FLN (Front de Libération Nationale) alors aux commandes, traverse une vraie crise : quelle légitimité lui accorder ? Jusque là, le parti s’était contenté de surfer sur l’indépendance acquise en portant le patriotisme à son paroxysme. Néanmoins, cette idée commence déjà à paraître obsolète, et l’on se tourne vers une légitimité socialiste ( ce qui était finalement un autre moyen d’affirmer l’indépendance du pays, cette fois économique). Mais avec l’échec du système dans la fin des années 80, l’Algérie fait face à une crise économique majeure tenue par un pouvoir vacillant en quête de légitimité. Et voilà que le FIS (Front Islamique du Salut), qui s’appuie sur un fond religieux et sur l’échec économique du gouvernement, vient défier le système. Sa montée en puissance va de pair avec l’escalade des fondamentalismes religieux. Les chômeurs, les ruinés, les « ratés » se réfugient dans l’espoir d’un au-delà. Et ils expriment leur rage envers le système à travers un intégrisme. La situation explose. Et ces derniers commettent des atrocités qui marqueront à jamais l’esprit des algériens. Mais alors, ils détournent l’attention du pouvoir, et se posent petit à petit en ennemi commun de la nation. Ainsi, ils donnent une légitimité aux dirigeants : débarrasser le pays du terrorisme.

Mais l’aide, bien involontaire faite par les terroristes au pouvoir, va encore plus loin ! En effet, on ne peut nier que l’insécurité en Algérie a placé le pays sur la liste noire de la plupart des multinationales. Le premier critère pour une firme étant la stabilité du pays. Ainsi le terrorisme agissant comme repoussoir s’est révélé être un véritable bouclier économique pour l’Algérie. N’étant pas harcelée par une offre étrangère sauvage, une industrie locale a le temps de se développer à son rythme. Une telle absence des services étrangers aurait été impensable si la situation avait été stable. En effet, les algériens, abreuvés de médias occidentaux, sont devenus avides de nouveautés, de gadgets high-tech, etc. Par exemple, l’opérateur téléphonique Djezzy, leader de son secteur en Algérie, a augmenté son chiffre d’affaire de 108% entre 2004 et 2005 1 ! Enfin bref, les algériens sont de gros consommateurs si bien que selon le Guide, investir en Algérie2, concernant les nouvelles technologies, « l’Algérie apparaît actuellement comme le plus gros marché euroméditerranéen. » . Une telle conjoncture assure un marché juteux pour les investisseurs locaux et étrangers. Nul doute que ce constat appelle à un avenir économique prometteur. D’autant plus qu’une telle situation aurait été impensable si l’Algérie n’était passée par cette période de trouble. Pour s’en convaincre il suffit de comparer sa situation à celle du Maroc où la majeur partie des services est assurée par des multinationales étrangères (par exemple, même le ramassage d’ordures est garantit par une société espagnole : Cespa) et où toute entreprise locale a été littéralement étouffée. Ainsi, une fois de plus, les terroristes ont pérennisé le pouvoir. En effet, si ce dernier parvient à tirer profit de cette situation, il assurera son maintien, car comment critiquer un système qui vous profite ?

Comme l’écrivait Chateaubriand : « le résultat en politique est toujours contraire à la prévision »3 . Plutôt que de déstabiliser le pouvoir, les terroristes l’ont renforcé, et ce à plusieurs niveaux : ils lui ont redonné une légitimité et ont assuré un marché à l’économie locale. De quoi faire tomber des barbes...


 
P.S.

1 : http://www.algerie-dz.com/article4708.html
2 :mis à jour le 1° janvier 2007
3 :Mémoires d’ Outre-Tombe.

 
 
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1 commentaire
  • > Pouvoir et terrorisme en Algérie 22 juillet 2008 13:15, par faridb

    Bonjour,

    Votre article ne recouvre pas toutes les réalités de la situation en Algérie tant sur le plan politique qu’économique depuis les années 80 à nos jours.
    Le gouvernement algérien a su tirer profit de la situation et se maintenir au pouvoir durant cette période d’instabilité cependant il faut rappeler que c’est par un recours anti-démocratique, un véritable coup d’état : putsch du 11 janvier 1992 ou il y a eu interruption des élections législatives. L’Algérie vivra alors au rythme des attentats, massacres, exécutions sommaires et disparitions forcées. C’est à ce moment qu’il y a eu rupture entre le peuple et les gouvernants plongeant alors l’algérie dans la violence ...
    Vous écrivez « Et ces derniers (les chomeurs, les ratés … algériens) commettent des atrocités qui marqueront à jamais l’esprit des algériens. Mais alors, ils détournent l’attention du pouvoir, et se posent petit à petit en ennemi commun de la nation. Ainsi, ils donnent une légitimité aux dirigeants : débarrasser le pays du terrorisme. »
    Avec le recul, il faut rappeler que les groupes terroristes et les forces armés de l’état algérien sont impliqués dans des crimes, des disparitions ... De nombreuses familles de disparus tournent plutôt leur regard interrogateur en direction de l’état. voir http://www.algeria-watch.org/fr/art....

    Sur le plan économique, il faut rappeler que cette période a entrainé la paupérisation du peuple algérien que le faible développement économique n’a pu empêcher. Parler de développement économique local sans apporter de chiffres c’est peu pertinent. Les importations colossales de denrées alimentaires de base durant cette période démontrent que le marché local est déficient.
    Au cours des dix dernières années entre 1990 et 2000, la croissance annuelle moyenne de la production nationale a été de l’ordre de 0,9 %. Dans la réalité, hors hydrocarbures (5,5% de croissance) et hors agriculture (2,8% de croissance), l’économie productive algérienne a subit une régression des plus inquiétantes. Smaïl GOUMEZIANE CIPA Paris Voir : http://www.algeria-watch.org/fartic...
    C’est un véritable vide économique qui caractérise l’Algérie durant ces années d’instabilité. D’une part la dette, la spéculation et la corruption fragilisent l’économie algérienne et d’autre part les contraintes structurelles du FMI incitent à la privatisation de secteur public. Cette situation ne profite à personnes, le peuple voit son pouvoir d’achat s’éroder, le chômage exploser, le système de soin et d’éducation se disloquer …
    Une autre ascension fulgurante de l’économie algérienne c’est Khalifa (banque, avion, TV, foot …) mais on ne peut la prendre comme exemple étant donné l’ombre de corruption et de clientélisme jusqu’à l’état que cette affaire contient. Djezzy crée en 2001 a un essort important mais ne remplit pas le ventre des algériens … Les nouvelles technologie sont des créneaux à fort rendement économiue …

    Partant du néant il est certain que tout reste à faire en Algérie, la corruption généralisée et la politique économique d’ouverture laisse peu de chance au développement local des entreprises.

    « il faut asseoir la croissance rapide et durable de l’économie nationale sur l’ensemble des secteurs productifs avec pour objectif principal le développement équilibré du marché intérieur. Une telle alternative suppose le rééquilibrage du poids des différents secteurs dans la création de richesses, y compris en ce qui concerne le volume des capitaux qui s’y investissent. L’agriculture nationale, l’industrie et le BTP ne peuvent être cantonnés au rôle subalterne qui est le leur aujourd’hui » Smaïl GOUMEZIANE CIPA Par
    Enfin si la situation mondiale favorable à la lutte contre le terrorisme (après septembre 2001) le soutien de puissances extérieures comme la France le maintient au pouvoir aurait été moins légitime …

    Si le terrorisme a été bénéfique à l’Algérie, le nazisme l’a aussi été pour l’Allemagne il a unifié le peuple et relancer l’économie allemande …
    A ce jeu là on peut justifier tous les crimes de l’humanité …
    Le terrorisme issu des peuples ou le terrorisme d’état est un véritable cancer dont les conséquences peuvent apparaître à court terme et à long terme .
    Il faut lutter contre.

 
 
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