Modération

- “Modération, tel est le titre de la leçon du jour, dit le maître à l’anarchiste”

- “Mais, le monde est Everest ou Abysse, dit l’anarchiste”

- “Il est les deux à la fois, dit le maître”

L’anarchiste

Alors, le monde n’est point absolu comme je le pensais !

Le maître

Ses nuances relatives sont ses seules vérités. Hormis Dieu, l’absolu de l’homme est toujours monstrueux. C’est par l’absolu que naissent les dogmes des infaillibles. Et le pape est inquisiteur et l’État est exclusif et les officiels : l’école, le mariage, l’exhibition... remplacent l’esprit, l’amour, le charme.

L’anarchiste

Je demeure contre les officiels, mais je change de projet final, mes substitutions seront sans excès.

Le maître

C’est tout à ton honneur, et ta terre nouvelle saura par accouchement au forceps, être mère du jour et de la nuit sans rompre les rythmes, sans casser les cadences. Et l’homme politique assumé est un visionnaire qui met l’utopie en route dans le réel public.

L’anarchiste

Oui, tel serai-je, sans violer les faces, sans voiler les visages ! Je délaisserai les mains basses et lourdes des balourdes idées.

Le maître

Je crache sur les carcans, les absolutismes jusque-là en cours contre l’absoluité de l’homme. Je crache sur les icônes, les fauteuils, les trônes. Je crache sur les couronnes royales, les calottes papales, les médailles militaires et les médaillons des décorés à la croix d’or, croix de merde blasphématoire de la croix du Fils. O ! que de croix gammées ressurgissent aux armoiries des héros, blasons et sautoirs maculés des honorés ! Et l’homme bouffi des structures oublie que le bonheur est éberluement bipersonnel contre l’abyssale et bête beauté de nos barbaries. Nous, si souvent de brusques bourrus brisant le beau !

L’anarchiste

Le mot bien n’est plus qu’un barbarisme-anagramme de béni. Alors, convenons sans mot dire que le bien des titans de nos temps rime avec maudire.

Le maître

Toutes nos folies guerrières des révolutions pataugent d’absolu ! Et les bourgeois, ces extrémistes du lucre, baroques masqués, dressent leurs barbelés au détour de cette boue où ils reprennent les bonasses par des baratins modérés. Car les peuples acclament l’absolu mais vivent de choses simples et bonaces. Le trouble perpétuel dans les rues où les consciences leur répugne. Gare à l’infantilisme des docteurs perdus dans le livresque, abêtis de théories inajustées, donc inapplicables !

L’anarchiste

Satanique, sempiternel, sanglante source des sorcelleries idéologiques, historiques ! Sans modération, nos sangles se cassent et l’histoire, sans cesse, sombre, s’abîme par la classe des sicaires masqués de fausses modérations. Bien mal bâti est pire que Mal bien monté ! Et l’histoire en témoigne !

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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2 commentaires
  • > Modération (Correction) 21 juillet 2008 04:31, par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

    veuillez lire les rues ou les consciences et non les rues les conciences

  • > Modération 22 juillet 2008 18:25, par Rafael Lucas

    Très bon, ce texte avec un parfum frankétiennien, notamment dans le choix des personnages allégoriques, comme dans Foukifoura, Pèlen Tèt, et Twou foban, de Frankétienne.
    Ceci dit, puisque tu écris si bien, avec un sens de l’oralité poétique et polémique, pourquoi ne pas prolonger et étoffer ce texte dans une courte pièce de théâtre ? Au lieu d’un bon "chen janbe" qui colmate notre faim, tu nous offrirais une nourriture intellectuelle plus copieuse. Rafael Lucas (nèg Jean-Rabel), Bordeaux-3

    Voir en ligne : http:// du "chen janbe" a...

 
 
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