L’humanisme à la sauce bretzel

Il est de part le monde, des innocents plus innocents que d’autres. Des victimes, parce qu’elles le sont quotidiennement, se fondent précisément dans le quotidien. Et nous empêchent chaque matin, de nous raser en rond. Heureusement, l’exotisme parfois frappe à la radio pour nous inviter hier au Sénégal, aujourd’hui à Bali et fort probablement demain à Bagdad.

"Nous devons faire échec à cette idée que le meurtre arbitraire d’innocents puisse faire avancer une cause ou soutenir une quelconque aspiration".
De qui émanent ces propos portés par la tolérance, le bon sens et pour tout dire par un humanisme délicat ? D’un individu qui rappelle, comme on prêche dans le désert oriental, que chaque jour est un jour de deuil en Palestine, que chaque jour porte en lui l’impuissance et la colère d’entendre, ce matin encore, qu’un enfant est mort sous les balles et les obus de l’armée israélienne ? Vous n’y êtes pas. Ces propos sont ceux tenus par le miraculé de la pâtisserie. Georges W. Bush lui-même s’est hasardé, entre deux crises d’étouffement, à cette analyse. Sauf, bien sûr, que ce cri du coeur, Bush l’a lancé non pas en réaction aux massacres dont fait l’objet le peuple palestinien, mais après l’attentat de Bali.

L’ampleur du drame indonésien est considérable et des innocents sont morts alors qu’ils dansaient dans une discothèque. Morts pour rien. Morts par qui ? On ne peut s’empêcher de penser que cet attentat automnal arrive à "point nommé" pour les va-t-en guerre américains et ses quelques rantanplans.
On lit que "une offensive contre Saddam Hussein (et non pas contre le peuple irakien, imprégnons-nous de cette hypocrisie) cet hiver est une période optimale". Ce qui signifie que les conditions sont particulièrement favorables pour assassiner massivement en limitant au maximum les pertes US. D’ailleurs, les stratèges militaires américains, comme des écoliers appliqués, revoient actuellement, sur les directives du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, "leurs plans de guerre en prévoyant des interventions plus rapides avec davantage d’armes de précision et moins de soldats". Mais avec toujours plus de civils irakiens.
Cynique à souhait, Rumsfeld souligne que les "munitions à guidage de précision peuvent donner une efficacité dix fois supérieure à celle d’une bombe classique".
Les enfants irakiens devraient être honorés d’être les premies cobayes de ces armes du futur.
Les enfants palestiniens se contentent d’obus, de missiles et autres vulgaires explosifs. Et parmi ces enfants, un enfant de 4 ans, au moins aussi innocent que les autres innocents, ceux pris comme otages et alibis par Bush, est mort lui aussi parce que l’arbitraire quotidien, la haine l’ont ainsi décidé.

On procède chaque jour à une revue de presse, on regarde la télévision, on écoute la radio et on attend encore aujourd’hui les déclarations indignées des intellectuels juifs de part le monde. A l’exception notable de quelques uns d’entre eux qui passent, pour le sioniste lambda, comme de vulgaires néo-collabos...
On attend aussi, mais le temps est fait pour ça ici en France, de connaître la position des intellectuels juifs français après l’assassinat gratuit (et revendiqué par son auteur comme un crime raciste) d’un jeune Arabe dans la banlieue de Dunkerque.

Il est vrai que ce jeune là était Marocain et que les seules gouttes de pétrole qu’il possédait ne servaient qu’à allumer son zippo.

Djam


 
P.S.

Voir aussi la galerie photo : Naplouse, la destruction d’un patrimoine de l’humanité.

Illustration : photo Abed Omar Qusini

 
 
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1 commentaire
  • > L’humanisme à la sauce bretzel 28 novembre 2003 11:19, par CHRISTIAN ERWIN ANDERSEN, alias Cochise, poète & voyageur

    Monsieur,

    Merci pour votre prise de position claire et courageuse.

    Je vous rejoins presque complètement.

    Presque !

    Presque parce que l’humanisme est devenu le paravent commode et généralisé de toutes les monstruosités auxquelles nous assistons et qu’il est grand temps de le dénoncer.

    Voici, en quelques lignes , pourquoi

    JE SUIS ANTIHUMANISTE :

    (Texte d’une interview à laquelle j’ai répondu à propos de mes activités d’écrivain)

    Tu déclares : « Je suis un antihumaniste qui se retient ». C’est mal aujourd’hui d’être antihumaniste ? L’homme ne serait-il pas bon ?

    L’homme n’est ni bon ni mauvais. Comment pourrait-il être l’une ou l’autre chose puisqu’il n’a jamais, de toute son histoire (sinon à l’époque des chasseurs-cueilleurs qui, c’est scientifiquement établi, fut une période d’abondance), eu le loisir, le bonheur « d’être » , simplement « d’être ». Et puis ces qualificatifs sont tellement grossiers, approximatifs !

    Quant à l’anti-humanisme il fallait que l’on y arrive. Le bain de sang dans lequel nous barbotons a assez duré. On ne peut décemment pas appeler humanisme l’ensemble des doctrines (philosophie, éthique, conception politique, etc …) qui ont conduit à cette faillite sanglante. Il faut les dénoncer, toutes ! Il n’y a pas que Marx, Lénine, Trotsky et leurs amis qui avaient de l’homme une vision infantile. Les autres aussi, quasi tous. Et ça vaut aujourd’hui encore.

    La séculaire duperie de l’humanisme est peut-être ce qu’il faut combattre avec le plus de vigueur, le plus impitoyablement. Il faut simplement espérer que la période « anti » ne dure pas trop longtemps, qu’il n’y ait pas trop de casse. Et lorsque je dis que je me retiens, c’est une boutade … mais partiellement seulement… je me retiens parce qu’il est dangereux d’être antihumaniste, que c’est éminemment subversif et que j’ai déjà un volumineux dossier à la Sûreté de l’Etat…

    Bien sûr je serais le premier à souhaiter que l’on s’attaque au problème avec un esprit positif, sans violence mais la violence va éclater, partout . Ca va déraper car ceux qui se cachent derrière le paravent du mythe humaniste, les conservateurs aussi bien que les « progressistes » grugés vont devenir enragés en sentant toutes leurs valeurs s’effondrer avec les cours de la bourse !

    La redéfinition de l’homme doit être radicale. Elle a commencé d’ailleurs. Ouvrez les yeux. Les intellectuels et les artistes doivent y tenir le premier rôle et s’y préparer. C’est par les voies de l‘art que la connaissance de l’être humain a le plus avancé, par la quête inlassable de la beauté qui seule peut sauver le monde.
    Il faut que l’on sache qui est l’homme « dans son tréfonds, au plus profond de lui-même » et ce qu’il veut avant de lui fourguer des doctrines, des dogmes, de l’enfermer dans des codes, des lois … les Grecs avaient commencé ce travail qui a été réduit à néant par la catastrophe du monothéisme mosaïque. Car enfin, parler d’humanisme c’est comme tailler un costume à un fantôme : l’homme n’existe pas encore … il arrive… là-bas…essayons de faire sa connaissance, de prendre ses mensurations, de le connaître. Il est couvert de la boue du christianisme … du communisme, du nazisme, du capitalisme… de l’égoïsme libéral… laissons lui le temps de se doucher. Ensuite, et alors seulement, nous pourrons le laisser parler, dire ce qu’il veut…

    NE POURRIONS NOUS OUVRIR LE DEBAT ?

 
 
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