Le fait sportif

Alors que vont commencer à Pékin les jeux de la XXIV olympiade de l’ère moderne et que le sport en général a pris tant d’importance en tant que phénomène réel, social, économique et politique, sans se dérober aux critiques ou à l’enthousiasme qu’il suscite souvent, quels sont, en résumé, les raisons, les critères de valeurs, les bases psychologiques que l’on peut reconnaître au fait sportif ?

Le fait sportif s’inscrit irréversiblement dans l’histoire des civilisations modernes et n’échappe ni aux conditions économiques, ni aux événements politiques, il est traversé par des courants divers et souvent contradictoires. Le fait sportif est évolutif, il est ouvert aux possibles. Cependant, le fait sportif est souvent perçu comme une image de société idéale dont l’égalitarisme démocratique serait prouvé par le fait que tout à chacun à sa chance sur la ligne de départ.

Les jeux olympiques de Pékin succèdent au tour de France cycliste qui a succédé à Wimbledon qui a succédé à la coupe d’Europe de football qui a succédé à Rolland Garros qui a succédé à la finale de la coupe d’Europe de rugby qui a succédé à la finale de la ligue des champions de football. . . C’est juste pour rappeler de grandes manifestations sportives récentes sur la planète sport où un événement chasse l’autre. Ces manifestations sportives qui se succèdent ravissent certaines personnes, en désolent d’autres. On pourrait pourtant y ajouter les milliers d’autres manifestations qui consistent pour des millions d’êtres humains à aller plus vite, plus haut, plus fort comme les y invite la devise olympique et d’autres millions, plus nombreux encore, à regarder et applaudir les premiers car ils se sentent concernés par les résultats.

Le fait sportif devient donc incontournable. Concernant les critiques, celles les plus souvent avancées concernent le sport et l’argent, le sport et la violence, le sport et l’infantilisation, le sport et son utilisation politique, le sport et le dopage. Sans prendre trop de risques, on peut affirmer que le sport mérite ces accusations portées contre lui. Il y a aussi les critiques radicales, taxées d’intellectuelles, avec leur dédain à l’égard du sport qui considèrent celui-ci comme un objet sociologique mineur, voire comme un nouvel opium du peuple [1] et méprisent les passions populaires, plus fortement celles liées au football, au cyclisme ou à l’athlétisme, moins celles liées au golf ou au tennis, ce qui les aide à se différencier du monde ordinaire. A l’instar de Jean Claude Michéa on pourrait dire que, pour ces gens là, à travers leurs critiques des sports les plus populaires, c’est surtout le mépris des peuples qu’ils affichent [2]. Il est tentant de faire remarquer que le sport a réuni, a rassemblé, jusqu’à ce jour, plus de personnes que les livres de philosophie ou les discours des grands tribuns et que si il y a quantité d’écrivains ou d’acteurs de salons, il n’y a pas d’exemple de mauvais sportifs aux jeux olympiques car pour prétendre y participer il faut avoir passé des étapes de qualification mesurables et de haut niveau, le subjectif n’y a pas sa place.

On peut affirmer que le sport est création, culture et humanisme. Il est création par l’invention du scénario compétitif. Il est culture parce qu’il déborde du présent et de l’utilité immédiate, il a un écho dans l’art, la littérature, la sociologie [3], il comporte sa propre esthétique. C’est particulièrement évident dans les sports à visée esthétique comme la natation synchronisée, la gymnastique rythmique ou la gymnastique sportive par exemple. Il est humanisme parce qu’il tend à l’universalité, son langage est immédiatement accessible à tous les hommes, il est une ode au métissage, enfin des organisations (fédérations) internationales l’organisent.

A noter que si le fait sportif suppose la compétition et que s’il "oppose", il est particulièrement frappant de voir que cette opposition procède d’une entente entre "adversaires " qui se constituent comme tels que par un accord réciproque portant sur la nature du but et les règles relatives au moyen d’y parvenir. Le "combat " sportif est soumis à des contrôles qui empêchent de tourner à la bagarre ou d’employer la tricherie Les adversaires sont ainsi avant tout des partenaires qui s’entendent. Au début et à la fin de la rencontre, on se salue, on se serre la main : ce geste signifie que l’unité l’emporte toujours sur la dualité. Enfin, l’entraînement sportif se pratique rarement seul, même dans un sport individuel, l’autre (compagnons d’entraînement, entraîneur, kinésithérapeute, médecin ...) intervient à un moment donné. Le lien social de l’homme avec l’homme est donc activement assumé dans le fait sportif, il mérite pleinement le nom de « rencontre » par quoi on le désigne souvent. Avec le fait sportif, il s’agit effectivement d’une ouverture, juste trop souvent pervertie par les conditions objectives de la société dans laquelle il se déroule.

En tentant de trouver des justifications au fait sportif et essayer de comprendre pourquoi des innombrables millions de personnes s’intéressent d’une façon ou d’une autre au sport, on peut dégager quatre idées essentielles ; son aspect ludique, le plaisir, sa symbolique, l’aspect télévisuel [4].

L’aspect ludique

Le jeu est partie intégrante de la vie. Les animaux jouent. Le petit de l’homme joue sitôt que ses capacités physiques lui en donnent la possibilité. Le jeu sert même de premier apprentissage de la vie. Lorsque l’enfant joue, très rapidement il se mesure à lui-même ou à l’autre et pour certains l’activité sportive devient vite la possibilité de continuer le jeu d’une façon "plus sérieuse", plus facilement acceptée par le monde qui l’entoure, car le sport est conseillé pour des raisons diverses [5] et la société sportive est une société ludique, elle ne se réduit pas à une société globale avec une fin en soi comme le travail. Le jeu est action, mais action inutile, inventé pour le plaisir.

Le jeu, c’est l’illusion, l’imaginaire, le rêve, la récréation, c’est une évasion vers un monde irréel qui n’est commandé ni par le temps, ni par l’espace, ni par un déterminisme. Le jeu est un monde merveilleux. Les jeux sportifs poursuivent des objectifs réels et se différencient par là du jeu de l’enfant ou de l’adulte, cependant l’acteur sportif n’a pas de texte, malgré des entraînements de plus en plus pointus et scientifiques, il improvise toujours. L’idée de liberté dans le geste se substitue à celle du destin. On peut perdre, la vie continue. Pour le public, l’essentiel est l’incertitude du résultat qui devient un jeu lui-même lorsqu’on cherche à deviner l’issue d’un match, d’une course ou d’un combat. Concernant les sports professionnels, il existe même des paris appelés jeux (jeux de loto, etc...) Enfin des paris sont souvent organisés entre amis, dans les ateliers, les bureaux, les chantiers. Si les premiers peuvent être pervers, les seconds participent complètement du jeu. On peut apercevoir aussi des jeux « à côté du sport » comme ces spectateurs qui s’amusent à courir nus sur les terrains de football et de rugby pendant les mi-temps des matchs, voire les matches eux-mêmes ou bien encore le diable rouge, Didi Senft, un allemand, inventeur de vélos bizarres et ludiques, qui accompagne les coureurs du tour de France depuis 1992. On ne peut terminer sans faire allusion à Manolo, l’homme au tambour, qui est le supporter le plus le plus charismatique de l’équipe espagnole de football. Le jeu est donc un stimulant à la fois pour les sportifs et pour les spectateurs et téléspectateurs. [6].

Le plaisir

Le sport peut être pure émotion. Le plaisir ! Sans lui, rien n’est possible. Le plaisir est la source à laquelle s’abreuvent tous les sportifs de la planète. Le plaisir, émotion au présent, est le véritable mobile de l’action, il entretient l’action sans devoir la justifier. Marcher, éviter un obstacle, changer de trottoir, attraper un objet ... Sans qu’il y paraisse, nos gestes quotidiens sont d’une étonnante complexité. Ils nécessitent une parfaite coordination entre nos neurones, nos différents muscles et articulations, nos récepteurs sensoriels, etc. qui composent notre corps. "Aujourd’hui, aucune théorie n’est capable d’expliquer comment tous les mouvements que nous produisons sont aussi bien coordonnés", avoue Benoît Bardy, chercheur en neurosciences et en activités physiques et sportives (ACAPS.) Le geste du sportif vise à optimiser chacun des gestes spécifiques à la pratique de son sport, le sportif cherche à atteindre ses propres limites. Les champions possèdent l’adresse, l’harmonie, la mobilité, l’astuce, la vitesse, la force, la grâce, supérieures aux communs des mortels. La beauté d’un mouvement nouveau ne remplacera jamais le précédent, il ne fera que s’ajouter, comme un couplet nouveau à une chanson de geste. Une tête plongeante d’un Drogba ne remplacera jamais une "madjer " [7], elle ne fera que s’ajouter. Pas plus que la perfection de Nadia Comaneci aux jeux olympiques de Montréal n’a effacé les sept médailles d’or de Mark Spitz aux jeux olympiques de Munich, pas plus que l’envolée puis l’enroulé sur la barre à 2m45 de hauteur, de Javier Sotomayor, semblant se jouer de la pesanteur, ne remplacera les 2m09 de Stefka Kostadinova [8]. Ces exploits créent dans le temps présent puis futur une interactivité, une osmose, entre le champion et le spectateur ou le téléspectateur, dont la source est le plaisir de faire, de voir puis de se rappeler.

On ne peut parler du plaisir dans le sport sans évoquer les endorphines, la dopamine, ces neurotransmetteurs [9], hormones du plaisir [10], et donc de la récompense et de la motivation, qui peuvent être stimulées par les sensations fortes, notamment sportives. Ce qui explique que le sportif puisse ressentir un bien-être alors qu’il soumet son corps à mille tourments. Depuis les années quatre-vingt avec la découverte de ces neurotransmetteurs, des hormones sécrétées naturellement par le cerveau, dont le nom évoque parfois la morphine parce qu’elles auraient un rôle anti-douleur. Elles se trouvent activées, créés en supplément pendant des efforts physiques d’endurance [11]. Ces endorphines supplémentaires produisent surtout des sensations de relâchement, de bien être, d’activité mentale décuplée, de plaisir pendant l’effort comparé quelquefois avec audace à l’orgasme amoureux que le sportif prend l’habitude de rechercher. Problème : ces hormones créent une accoutumance et lors de l’arrêt de l’entraînement ou de la compétition, le sportif se trouve en manque, il a tendance à déprimer. Enfin, dans le fait sportif la fin des compétitions soustrait du plaisir et est une des contradictions de la pratique sportive, car la déception constitue majoritairement la règle, au moins dans les sports individuels, car la poignée de gagnants est toujours beaucoup moins importante que la poignée de perdants. Une ou un seul (e) gagne, les autres perdent.

Toutefois, en définitive, le plaisir reste inhérent au sport. Comme le jeu, il est la condition première [12] pour le pratiquer et les sportifs qui "arrêtent" donnent souvent comme raison, de ne plus trouver de plaisirs dans la pratique du sport. Pour les professionnels, ils sont alors psychologiquement saturés. Quelques-uns essaient alors de changer de sport pour retrouver du plaisir, comme le sauteur en hauteur, Jacques Madubost qui fut champion d’Europe de saut en hauteur en 1966 puis devint champion de France et d’Europe de tir à 25 mètres ou encore Laurent Jalabert qui passa directement des courses de vélo au triathlon, avec des résultats remarquables.

La symbolique

Avec la symbolique, un dialogue s’instaure entre le sportif et son public. Le sportif (encore plus si c’est un champion reconnu) semble dire : je souffre physiquement pour toi. Le public répond : je souffre moralement pour toi.

Le sportif est dans la situation analogue à celle de l’acteur et participe à un spectacle, le spectacle sportif. Toutefois, à la différence du spectacle théâtral, celui-ci n’est pas écrit d’avance et ressemble plus à un roman policier à suspense avec une énigme qui tient en haleine jusqu’à la fin de la ligne d’arrivée, du nombres d’essais autorisés (athlétisme), du temps autorisé, des quatre vingt dix minutes ou de la prolongation. Dans le scénario sportif, l’acteur et le spectateur ont en commun de ne pas connaître le mot de la fin.

En fait, le sportif et son public, participent à un même drame et ont les éléments d’une même grille de lecture.

Le spectacle sportif rejoint le conte et la mythologie avec, par exemple, la descente aux enfers qui peut désigner une équipe qui va descendre dans la division inférieure, le champion qui se blesse avant une grande compétition ou la course cycliste Paris - Roubaix surnommée « l’enfer du nord » [13].

Le sport n’échappe pas à la société divisée en classes. Le plus souvent, les membres des classes populaires choisissent et valorisent des sports qui intègrent l’esprit de sacrifice, la force, le mélange des corps, l’exaltation de la compétition, lorsque ceux des classes supérieures privilégient les sports, souvent instrumentés, l’esthétisme et l’absence de contact direct. Toutefois, des passerelles existent. En golf, Tiger Woods, considéré comme l’un des plus grands de l’histoire de ce sport, né d’un père afro-américain et d’une mère thaïlandaise est issu d’un milieu populaire. En effet, depuis quelques années, des sportifs venant des milieux populaires ont compris que pratiquer un sport plus confidentiel où la concurrence et moins grande pouvait rapidement les propulser en haut de l’affiche. A l’inverse, les classes aisées trouvent que s’occuper de sports populaires très médiatisés leur permet d’espérer acheter la tranquillité publique, voire pour l’un des leurs se faire une popularité à travers le sport qui pourra lui servir de piédestal vers d’autres sommets, pour certains cela leur permet de s’acheter une carte de visite présentable [14], pour d’autres, il s’agit de se faire beaucoup d’argent lorsqu’ils sont à la fois propriétaires de moyens d’informations et d’équipes sportives [15].

L’aspect télévisuel

Les dirigeants sportifs et les sportifs eux-mêmes ont besoin de la télévision pour faire connaître leur passion, pour la promotionner. Souvent, pour le sportif, passer dans la lucarne équivaut à un reconnaissance sociale. La télévision de son côté à besoin du sport pour augmenter son taux d’écoute et s’en servir comme d’un appel financier. Le sport et la télévision ont donc des intérêts communs, entre eux, c’est un mariage de raison.

Depuis les années soixante, dans les pays occidentaux, le temps d’antenne consacré aux sports s’est régulièrement accru. D’abord, il fut un argument de vente pour les récepteurs de télévision, aujourd’hui les chaînes se disputent les sports qu’ils considèrent les plus populaires en terme d’audience, à fort effets médiatiques, les jeux olympiques venant en premier, suivi du football surtout, notamment la coupe du monde. Pour la France, le tour de France cycliste ou Rolland Garros pour le tennis font aussi beaucoup d’audience. L’audience étant l’argument premier en direction des annonceurs et détermine pour ces derniers la stratégie de programmation des spots publicitaires en fonction des sports et des catégories sociales qui se reconnaissent dans ceux-ci.

Vivre un grand événement international, retransmis en direct, concentre toute la charge émotionnelle possible du spectacle retransmis. Si de surcroît, l’équipe nationale ou sa vedette favorite s’illustre, alors le processus d’identification du téléspectateur est à son apogée. Du coup l’audience télévisuelle est à son maximum. Evidemment, cette identification peut prendre des tours pervers en cas de conflits politiques sous jacents des nations que représentent les protagonistes. Ryszard Kapuscinski, journaliste polonais d’investigation dans un livre [16] a expliqué le match de football qui servit de détonateur à la guerre qui opposa en 1969, le Honduras et l’Equateur, qui fit vingt mille morts environ. On pourrait encore citer le cas de ce footballeur colombien, Andres Escobar, assassiné parce qu’il avait marqué un but contre son camp lors de la coupe du monde de 1994. Enfin, le hooliganisme est vraisemblablement encouragé par la lucarne télévisuelle, celle-ci faisant du sujet, un sujet exceptionnel : le scoop. Le téléspectateur en mal existentiel trouve là une idée qu’il peut à son tour pratiquer en l’améliorant, c’est-à-dire en pire.

Toutefois, réduire l’aspect télévisuel à ses défauts les plus voyants serait oublier les véritables plaisirs ressentis pour des raisons diverses par les téléspectatrices qui s’intéresseront plus au patinage artistique, à la gymnastique, à l’équitation, a la natation synchronisée ..., par les téléspectateurs qui s’intéresseront plus au football, au rugby, au cyclisme, à la formule 1..., par les sportifs et anciens sportifs, les amateurs éclairés, des entraîneur, qui s’intéresseront plus, à la façon de pratiquer, à la technique d’un sport précis. Au total, cela fait beaucoup de monde.

Notons que l’animateur d’une émission sportive joue un rôle non négligeable pour amener de nouveaux "aficionados" à s’intéresser aux sports. Si le discours de l’animateur intéresse peu le sportif ou l’ancien sportif qui peut couper le son, pour les autres individus, l’animateur peut être déterminant pour fidéliser le téléspectateur. On sait que Roger Couderc, en son temps, amena beaucoup de monde à s’intéresser au rugby et fidélisa ce nouveau public à l’image rugbystique télévisée. Aujourd’hui, Nelson Montfort ne laisse pas insensible pour le patinage artistique et quelques autres sports lors des retransmissions auxquelles il participe. Enfin, Canal + met beaucoup de moyens autour des sports que la chaîne transmet. A Canal +, l’avant compétition participe d’un scénario pour attirer de nouveaux abonnés.

Aujourd’hui, le sportif dit de haut niveau a conscience aussi bien des téléspectateurs qui le regardent à travers la lucarne que des spectateurs qui se trouvent sur les gradins. La plupart reconnaissent d’ailleurs que le fait de se savoir sur le petit écran influe sur leur manière de se comporter, voire sur leur performance. Grâce à la télévision, le sportif de haut niveau a ainsi un impact d’encouragement encore plus important pour amener de nouvelles personnes, notamment les plus jeunes, à s’essayer à la pratique sportive. La plupart des fédérations sportives notent un regain du nombre de licenciés après le passage de leur sport sur le petit écran.

En résumé

Un ancien footballeur aux pieds carrés, un ancien arrière (ou ailier) de rugby le plus lent qu’a connu l’hexagone, un ancien "athlète" ayant des aptitudes pour s’étaler et prendre un bain dans la rivière du 3000 mètres steeple (sans même avoir la prétention de vouloir faire rire les copains tout en y réussissant parfaitement) n’a évidemment pas l’ambition en quelques lignes de faire le tour du fait sportif, mais à partir d’un phénomène mondial, qui suscite beaucoup de questions et d’interrogations, d’essayer à partir de points précis, de quelques critères de valeurs, de mieux percevoir, sans a priori idéologiques ou culturels (même si le fait sportif n’est jamais neutre socialement et donc politiquement), les bases psychologiques du fait sportif qui rassemblent (en dépit des critiques), couramment et régulièrement plusieurs milliards de personnes aussi bien dans la pratique que dans l’intérêt portés aux pratiquants.

[[Jean Marie Brohm est défenseur de cette thèse, il a publié entre autres, «  Les meutes sportives » L’harmattan - 1993

[2] Jean Claude Michéa, « Les intellectuels, le peuple et le ballon rond », Editions Climats, 2003. Pascal Boniface avec son livre « Football et mondialisation », Armand Colin, 2006, fait les mêmes remarques que Jean Claude Michéa concernant les intellectuels et le sport (page 9 et 123 notamment).

[3] On peut citer parmi d’autres, s’agissant de la sculpture : André Michel, Bertrand Lemarchand, pour la peinture : Anabelle Fulchiron, Carole Le Goff, pour la littérature, parmi les livres les plus remarquables : Roger Vailland avec « 325 000 francs », Corrêa, 1955, Antoine Blondin avec «  Le Tour de France en quatre et vingt jours », Denoël, 1984, Eduardo Galéano avec « Le football, ombre et lumière », Climats, 1998, Philippe Delerm avec « La Tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives », Panama, 2007, pour la sociologie : Bernard Jeu, « sociologie du sport », PUF, 1996, enfin Pierre Bourdieu lui-même qui avait initié au début des années 80 l’un des séminaire fondateur de la sociologie du sport, à l’Institut National du sport et de l’Education Physique (INSEP), fidèle aux principes d’une sociologie vivante capable de trouver de l’intérêt dans toutes pratiques sociales, qui aborde le fait sportif avec notamment « Le sens pratique », Minuit, 1980, où le sociologue explicite sa théorie de l’action et « Question de sociologie », Minuit, 1981.

[4] La télévision va être vraisemblablement concurrencée par le web.

[5] Intégrateur à la société, pourvoyeur de meilleure santé pour le versant positif, espoirs de parents qui projettent sur leurs enfants les rêves sportifs déçus, avec une pression psychologique sur ces derniers qui constitue un risque physique en cas de surentraînement pour le versant négatif, etc....

[6] Pour une approche sur le jeu, on peut consulter l’essai de Johan Huizinga « homo ludens , essai sur la fonction sociale du jeu », Gallimard, 1938, 1995, celui de Roger Caillois « Les jeux et les hommes », Gallimard, 1958.

[7] La "madjer ", les footballeurs le savent, est ce geste technique qui consiste, à la suite d’un centre, à tromper le gardien d’une reprise directe par une talonnade. Lors de la finale de la coupe d’Europe des clubs de 1987 qu’il a remporté avec le FC Porto , l’algérien Rabah Madjer a marqué le premier but portugais grâce à ce geste plein de finesse. Depuis, cette technique lui doit son nom.

[8] En athlétisme, le cubain Javier Sotomayor et la bulgare Stefka Kostadinova sont respectivement détenteur du record du monde du saut en hauteur avec 2m45 pour le premier, 2m09 pour la seconde.

[9] « Les neurotransmetteurs ou neuromédiateurs, sont des petites molécules qui sont libérées d’un coté de la synapse, c’est-à-dire de la zone de contact de deux neurones » - interview du professeur Jean Costentin (neuropharmacologue) à " Sport et Vie ", n° 31, juillet/août 1995.

[10] La découverte d’hormones du plaisir ont laissé entrevoir une production synthétique de celles-ci pour soigner certaines maladies, sans résultats positifs tangibles pour l’instant. Selon la revue " Sport et Vie " (n° 57, novembre/décembre 1999), des laboratoires et marchands de rêves peu scrupuleux ont même proposé sur Internet des endorphines en bouteilles.

[11] L’entraînement en endurance vise surtout à obtenir une augmentation des capacités cardiovasculaires, il s’agit d’un effort long. L’entraînement en résistance permet de tonifier les muscles pour gagner en dynamisme et en puissance, il s’agit d’un effort court mais intense. Toutefois, le plus souvent les deux sont combinés et on insistera plus sur l’un ou l’autre des efforts suivant le sport pratiqué.

[12] L’exception est ces athlètes éthiopiens et kenyans et quelques autres qui s’essaient à la course d’abord pour vivre mieux, le plaisir venant ensuite, donc en second.

[13] Pour Paris - Roubaix, les coureurs cyclistes ne partent pas de Paris, mais de Compiègne.

[14] Roman Abramovitch, cet oligarque russe, orphelin, parti de rien mais ami de Boris Eltsine, ce qui lui permit de récupérer des secteurs industriels, notamment énergétiques, pour un rouble symbolique au détriment des travailleurs russes et se faire une fortune est le président du club de football de Chelsea en Angleterre, l’un des plus cotés sur la planète du ballon rond. On trouve de plus en plus d’investisseurs dans le sport qui, à l’instar d’Abramovitch, recyclent des fortunes plus ou moins douteuses et s’achètent ainsi une carte de visite « d’honnête homme ».

[15] En France, le Team Lagardère, regroupe depuis juin 2005, au stade Jean-Bouin à Paris et à côté, à la Croix Catalan, des tennismen et des athlètes de très haut niveau, plus quelques autres dont l’escrimeuse Laura Flessel et la judoka Lucie Décosse. Par ailleurs le groupe d’Arnaud Lagardère à travers la branche « Lagardère Active » contrôle une partie de la presse et de l’audiovisuel français et international.

Le groupe de Rupert Murdoch et de son fils cadet James, géant de la finance, de la presse, de l’audiovisuel et de l’Internet détient des parts dans de grands clubs, notamment de rugby à XIII en Australie.

Président du Conseil italien pour la troisième fois depuis le 7 mai 2008, Silvio Berlusconi, propriétaire de plusieurs chaînes de télévision, est devenu populaire avec le Milan AC qu’il a dirigé, alors que le club obtenait plusieurs fois le titre de champion d’Europe de football, en s’entourant de stars du ballon rond : Barési, Gullit, Van Basten...

[16] Ryszard Kapuscinski, « Il n’y aura pas de paradis », Pocket, 2004.


 
 
 
Forum lié à cet article

2 commentaires
  • > Le fait sportif 2 août 2008 20:11, par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

    Le subjectif existe dans le sport car la mensuration de la performance du sujet humain en quelque domaine que ce soit, est très facilement versatile voire altérable par divers impondérables ou aléas physiques, physiologiques, psychologiques... La performance sportive est subjective et objective à l’image du Sujet-objet qu’est l’Homme. Et puis, il y a un vrai scandale idéologique par la place donnée aux sportifs dans la presse, par le salaire inconsidérément élevé aussi alloué à des sportifs alors que des médecins qui sauvent la vie, des savants de bonne foi qui recherchent de quoi vraiment améliorer la condition humaine, des penseurs nourrissant le monde d’idées enrichissant notre humanité sont abandonnés à eux-mêmes. On fait de bien des sportifs des personnages people à la Madonna, dont on se sert pour manipuler le peuple et l’opinion publique. Le sport en soi est noble mais tout ce qui s’y imbrique par l’idéologie est infâme. Il était fait pour canaliser positivement notre violence, pourtant il engendre beaucoup de violences destructrices par le déchaînement des passions voire le fanatisme... (Les hooligans, entre autres, en sont un exemple probant). De compétition vouée à humaniser le dépassement, le sport est devenu assez souvent, l’arène de la haine, du ressentiment et de la volonté de faire à tout prix le bon résultat ! Quant on sait aujourd’hui que beaucoup de victoires sont dues à la drogue, et que très peu de sportifs en lice sont testés, qui peut savoir quand la performance est authentique ? La grande majorité voit-elle vraiment le sport en soi ou le projet manipulateur des consciences que les establishments lui impriment et les forcent à voir. Quant à l’évaluation de qui est meilleur à d’autres en sport, à certains niveaux, c’est clair mais à d’autres c’est un pur fouillis. Pour rester juste dans le foot : par exemple, l’Italie de 1982 était-elle meilleure que le Brésil de Zico qu’elle a éliminée ? La France de 2006 était-elle moins bonne que la même Italie ? Johan Cruyff, jamais champion du monde, est-il moins valable que bien des joueurs moyens devenus champions du monde ?
    Néanmoins, merci du texte, il est intéressant.

  • > Le fait sportif 9 août 2008 18:27, par Serge Portejoie

    J’ai été dépassé par mon propos en utilisant le mot « subjectivité ». En effet, la subjectivité existe dans certaines disciplines sportives. On peut prendre l’exemple des disciplines qui fonctionnent avec l’aide d’un arbitre ou d’un juge. Toutefois, dans la discipline phare aux JO, l’athlétisme (et c’est au JO que la phrase fait référence), toutes les disciplines sont mesurables. De plus, il est toujours difficile de comparer le degré de subjectivité d’une action humaine. On peut affirmer pourtant que l’action sportive dans sa généralité est moins dépendante du subjectif qu’un certain nombre d’autres activités.

    Toutefois, l’article consiste surtout, à partir de constatations, à tenter une approche pour comprendre le pourquoi et le comment du fait sportif, cette activité humaine, qui conditionne le vie de millions de personnes. Les jeux de Pékin en cours, qui ont attirés pour la cérémonie d’ouverture près de 4 milliards de téléspectateurs, dont 5 millions en France, ne démentiront pas. Le fait sportif étant souvent dénaturé par les superlatifs qui l’accompagnent ou, à l’inverse, par les critiques qui considèrent les sportives et sportifs ainsi que celles et ceux qui s’intéressent aux sports comme des benêts. Si par hasard cette seconde interprétation s’avérait quelque peu fondée, cela envisagerait pour le moins la question de l’avenir de l’homo sapiens de façon négative. La démocratie qui suppose le pouvoir au peuple ne peut se contenter de cette vision.

    Serge Portejoie